POV Aiden
Je grimaçai en me redressant, l'écho des sifflements de Maître Miroir semblant encore résonner à mes oreilles. Instinctivement, je portai la main à mon cou, sentant à peine une légère goutte de sang mais rien de plus.
Je soupirai, partagé entre le soulagement d'avoir survécu et l'inquiétude en voyant ma main droite, gravement blessée d'avoir maintenu sa lame à mains nues. Elle tremblait. Même si je ne le ressentais pas encore vraiment, mon corps, lui, tremblait de peur j'étais passé à un cheveu de la mort.
Serrant plusieurs fois le poing pour me sortir de cette torpeur, je me relevai doucement, grimaçant de douleur, une main posée là où Maître Miroir m'avait poignardé la plaie s'était rouverte. J'invoquai Igni à faible intensité, serrant les dents pour retenir un cri, jusqu'à ce que la blessure se referme, au moins partiellement.
Une fois cicatrisée, j'essuyai machinalement ma main ensanglantée sur ma tunique, puis me retournai : Philippa se relevait, tout aussi péniblement, et dit avec un sourire :
« On a survécu. Tu viens récupérer ta récompense ? »
Je soupirai, m'avançant vers elle à petits pas :
« Arrête de jouer la comédie. »
Elle fronça les sourcils, se soignant à l'aide de sa magie :
« Je vois pas de quoi tu... »
Je la coupai net, frappant le sol du pied une immense lance de glace surgit aussitôt à hauteur de son cou. Fatigué, je dis :
« Je me répéterai pas. Je suis épuisé, j'ai mal partout, et j'ai plus du tout envie de jouer à ton petit jeu. »
Elle me fixa en silence, plusieurs longues secondes, puis noua ses cheveux en queue de cheval et répondit, d'un calme plat, très différent de son ton habituel :
« Très bien. Ça commence à me fatiguer, moi aussi. »
Elle tapota du doigt la lance :
« Enlève ça de ma vue. De toute façon, tu peux rien faire si tu ressors seul tout le monde croira que tu m'as tuée. Alors dépêche-toi. »
Je ne répondis rien, mais fis disparaître la lance. Elle recommença aussitôt à me regarder avec son arrogance habituelle jusqu'à ce que je fasse réapparaître plusieurs lances autour d'elle, froidement :
« C'est vrai, je peux pas te tuer. Mais je peux te faire souffrir. Et après tout, si tu t'en sors, tu iras pas crier sur tous les toits que la grande Philippa s'est fait sérieusement amocher par un simple sorceleur. »
Elle ne répondit pas, mais je sentais que si on n'avait pas été blessés tous les deux, elle aurait déjà cherché à se venger. Elle finit par dire, froide :
« Très bien. T'as gagné, Aiden. »
Elle se détourna, invoquant un portail de téléportation, mais jeta un dernier coup d'œil avant de partir :
« Une dernière chose : crois pas que t'auras la paix, maintenant. Je veux en savoir plus sur ta magie, et pour ta gouverne avec ou sans ton accord, ça m'est complètement égal. »
Elle sourit :
« Au fait, comme tu l'as toi-même suggéré, je vais bien expliquer à tout le monde que c'est moi, la fabuleuse magicienne, qui ai résolu ce combat toi n'ayant été qu'un simple soutien. Ça te dérange pas que je m'accapare tout le mérite, hein ? »
Puis elle jeta à mes pieds une bourse pleine de couronnes, sortie de son espace de rangement, et dit, froide :
« C'est pour respecter les termes du contrat. Les pièces que je t'avais données avant, c'était juste une illusion je fais ça uniquement pour que tu penses pas que je vaux même pas mieux qu'une escroc de bas étage. J'ai une réputation à tenir, moi. »
Elle marcha vers son portail, agitant la main :
« Sur ce, mon cher futur pion, va pas trop loin. Même si tu fuis, je te retrouverai t'es beaucoup trop intéressant pour que je te laisse filer. »
Au moment où elle allait se téléporter, je lâchai, sarcastique :
« T'as raison. Je préfère Yennefer. »
Elle me lança un regard furieux elle haïssait Yennefer, c'était de notoriété publique et commença : « Espèce de con... » Mais elle n'eut pas le temps de finir l'insulte : elle disparut dans le portail.
Je soupirai, regardant autour de moi. Bon. Maintenant, comment je sortais d'ici ? Je me mis à marcher vers une autre pièce en boitant légèrement, et en arrivant dans une sorte de bureau, je commençai à fouiller les documents qui s'y trouvaient.
La plupart concernaient des tractations sur l'achat de cadavres avec d'autres puissances, ou des lettres échangées entre le corps principal et le corps secondaire de Vilgefortz la dernière en date, rédigée des années plus tôt, laissait deviner, à travers des mots particulièrement violents, que ce corps secondaire réclamait son indépendance. Mais en me retournant, je me figeai net.
Devant moi se dressait un arbre généalogique complet de la famille royale de Cintra, remontant sur une centaine d'années déjà impressionnant en soi. Mais ce qui me glaça, ce furent les petites annotations griffonnées à côté de Calanthe, de la mère de Ciri, et de Ciri elle-même : des notes évoquant le Sang Ancien, et un pouvoir que quelqu'un cherchait activement à réveiller avec ou sans son consentement.
Je n'avais pas besoin d'en voir davantage. Il fallait que je prévienne Geralt, Ciri, et le reste du groupe à Kaer Morhen, au plus vite. Je me dirigeai vers la sortie mais je réalisai, en arrivant devant le mur d'eau, qu'on avait plongé bien trop profondément. Avec mes blessures, jamais je ne pourrais remonter à la surface à la nage.
Je réfléchis. Il restait une solution : cette étrange magie de téléportation que j'avais déjà utilisée à Cintra, et de nouveau pendant ce combat. Fermant les yeux, je fis comme Triss me l'avait enseigné et, curieusement, je pouvais encore entendre sa voix.
« Fais le vide dans ta tête, Aiden. »
Je fis le vide. Je me retrouvai dans un monde entièrement noir, sans la moindre lumière.
La voix de Triss continua, dans ma tête :
« La magie est instinctive. Le feu répond aux sentiments intenses, l'eau aux sentiments apaisants. Alors quand tu cherches quelque chose, réfléchis au fond de toi : comment définis-tu ta propre magie ? »
Libre. Sans la moindre contrainte, sans le moindre obstacle. Comme une hirondelle.
La voix de Triss reprit, douce :
« C'est bien. Maintenant, essaie de... »
Mais soudain, je fronçai les sourcils sa voix disparut d'un coup. L'hirondelle explosa devant moi, une pluie de plumes immenses recouvrant tout mon champ de vision. Je forçai pour revenir dans le monde réel, mais d'un coup, comme si je perdais la vue elle-même, tout devint noir.
Même quand mon monde intérieur était sombre, je pouvais habituellement encore distinguer quelque chose, comme dans la nuit. Mais là, plus rien du tout. Je sentais ma propre respiration, le souffle froid contre mes dents, comme si tous mes sens s'étaient soudain aiguisés à un niveau extrême.
Puis, d'un coup, comme si on venait d'allumer une lumière immense, la vue me revint mais j'étais incapable de bouger. Un œil reptilien gigantesque me fixait avec une intensité indescriptible, et je sentais le souffle de ses narines balayer mon visage.
Comment est-ce possible ? C'est mon esprit, pas le monde réel, je...
Ce qui me fit taire, ce fut une hirondelle qui vint se poser tranquillement sur le museau du dragon et, comme pour le réprimander, lui donna quelques petits coups d'aile sur le nez pour toute réponse, le dragon renifla, puis parla, pour la première fois, d'une voix grave :
« Tu n'es pas encore prêt, Ceanndraig, à utiliser ce pouvoir sans en connaître les véritables enjeux. C'est pour ton bien. Mais exceptionnellement, tu l'utiliseras quand même sache simplement que l'heure de ta décision est arrivée. »
Sans attendre ma réponse, il me dévora.
Je me réveillai dans le monde réel, sentant une puissance immense monter en moi. Ce que je ne voyais pas moi-même, c'est que mes yeux brillaient non plus avec des pupilles de chat, mais avec de véritables pupilles de dragon. Si j'avais été plus attentif, j'aurais aussi remarqué des écailles apparaître sur mon bras, et les blessures de mon torse se refermer d'elles-mêmes.
Puis je sentis qu'il fallait relâcher cette énergie tout mon corps devint d'une luminosité intense, et je devais absolument la libérer, puis...
La seule chose dont je me souvins en rouvrant les yeux, c'est que j'étais dans les airs, en train de plonger droit vers l'eau mais à côté du port, cette fois. J'aperçus juste à temps Dandelion, complètement figé par le choc de me voir chuter en piqué, sans la moindre force, vers l'eau.
Il n'hésita pas une seconde : arrachant ses chaussures à la volée, il se précipita vers le port. La dernière chose dont je me souviens, c'est ma tête plongeant la première dans l'eau. Puis plus rien.
...
....
....
Me réveillant brusquement, la main sur le cœur, je sentis un choc en cognant, sans le vouloir, la tête de Dandelion en me redressant. Se tenant le crâne, il dit :
« T'as le crâne aussi dur que les cuisses d'une donzelle. »
Regardant autour de moi, je reconnus ma chambre d'auberge il avait dû me traîner jusque-là. Croisant son regard inquiet, je demandai, instinctif :
« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Il soupira, reprenant son aiguille et son fil, maintenant ma tête penchée :
« Arrête de bouger, j'essaie de recoudre ta blessure à l'œil tu vas avoir une belle cicatrice, comme Geralt. »
Je soupirai, le laissant faire. Il continua, tout en travaillant :
« À vrai dire, je t'ai attendu jusqu'au lendemain. Tu as dormi quinze heures. »
Je restai figé :
« Quinze heures ?! »
Il hocha la tête :
« Ouais. T'en fais pas, à part le fait que t'es devenu le rêve de tous les gamins qui t'ont vu voler par magie, et que quelques veuves ont particulièrement apprécié la vue de ton torse. »
Je soupirai devant son humour habituel qui, bizarrement, m'avait manqué, tellement plus léger que celui de Philippa et souris :
« Merci, mais non merci. Et sinon, tu te souviens de quoi exactement ? »
Terminant les points de suture, il répondit :
« Juste que quand t'es apparu dans les airs, on aurait dit que tu déchirais littéralement l'espace avec des griffes, avant de surgir comme un coup de tonnerre. T'en fais pas, j'ai réussi à te sauver de la noyade, et à éviter les questions des gardes, mais... »
Il se leva, posa une bourse sur la table, et sourit :
« Gildart a appris que Philippa s'était officiellement attribuée la résolution du problème, toi n'ayant été qu'un vague soutien. Toute la reconnaissance publique lui revient. Mais l'intendant a bien senti que ton rôle était bien plus important que ça et quand il a entendu parler d'un mage ressemblant à un guerrier blessé qui était sorti de nulle part, il a tout de suite compris que c'était toi. Il a retrouvé ta trace, et t'a donné la récompense prévue pour lui et ses hommes. Il a même précisé que rien ne l'empêcherait de le faire, même si pour certains, ça reviendrait à une forme de trahison. »
Je fus surpris en sentant le poids de la bourse au jugé, il devait bien y avoir dans les trois cents couronnes. Je regardai Dandelion, qui garda son sourire :
« Comment c'est possible ? Je veux dire, j'ai même pas officiellement accepté son contrat à lui. »
Il haussa les épaules :
« Comme tu le sais, je lui ai posé la question. Il m'a simplement répondu que pour lui, t'avais été un sauveur pour lui, et pour ses hommes. Et même si personne d'autre connaît la vérité, dans le cœur de l'intendant, t'as résolu leur problème. Ça lui suffit. »
Je soupirai, regardant la bourse, puis la tendis à Dandelion, qui se figea. Alors qu'il s'apprêtait à me la rendre, je l'en empêchai :
« Garde-la. »
Il secoua la tête :
« Je peux pas, Aiden, c'est t... »
Je le coupai :
« Non, garde-la. Tu m'as sauvé la vie dans l'eau. Tu m'as accompagné alors que t'y étais absolument pas obligé. Et même si c'est un peu difficile à admettre, j'étais content de t'avoir à mes côtés ça rendait Philippa beaucoup plus supportable. »
Le voyant hésiter encore, je souris :
« Si t'hésites encore la prochaine fois, tu me paieras le repas et les boissons. »
Il soupira, hochant la tête, avant de se figer :
« Attends, comment ça ? Tu pars déjà ?! »
Je hochai la tête, m'asseyant au bord du lit, les pieds posés sur le plancher, grimaçant encore de douleur et de fatigue, puis lui expliquai tout ce que j'avais découvert dans l'antre. Ça le figea sur place :
« Aiden, t'es pas obligé d'y aller tout de suite. »
Je soupirai, les yeux tournés vers le ciel. Je savais bien que je n'étais pas obligé de me stresser autant Ciri était à Kaer Morhen, protégée par deux des meilleures magiciennes et sorceleurs qui soient. Mais je devais vérifier par moi-même. Je regardai Dandelion, sérieux :
« Je le sais. Mais je dois y aller quand même. »
Il soupira, se leva, souriant :
« Dommage. Moi qui voulais t'emmener visiter les cabarets ou les bordels pour te forger en véritable homme. »
Je ris :
« Ciri t'aurait tué. Et je compte même pas Triss, qui t'aurait carrément brûlé vif. »
Pendant les minutes qui suivirent, il me posa des questions sur Ciri, sur notre enfance ensemble et j'appréciais vraiment de discuter avec lui. C'est un excellent conteur, et je comprenais désormais pourquoi Geralt l'appréciait autant, malgré son comportement si particulier : quelqu'un qui, dans ce monde, n'était clairement pas un combattant, mais qui n'hésiterait pas une seconde à suivre quelqu'un dans un danger mortel simplement parce que c'était un proche de son meilleur ami. Ça ne courait pas les rues.
Les heures passèrent, me laissant récupérer un peu de force mais pas encore assez. Caressant le pelage de Nocturne, qui frotta affectueusement sa tête contre mon bras, je vis Dandelion arriver avec plusieurs sacs, souriant :
« Si tu peux pas profiter du repas ici, voici quelques provisions. »
Je soupirai :
« T'étais pas obligé, encore une fois. »
Il secoua la tête, amusé :
« C'est un cadeau de l'aubergiste, et des habitants. »
Là encore, je restai surpris. Il rit devant ma réaction :
« L'intendant a fait passer le mot sur la vérité. Même si les gens de la haute société croiront jamais un simple intendant, les habitants, eux, le croient sans hésiter Gildart est très apprécié de la population, surtout qu'il est lui-même né roturier. »
Je soupirai en regardant toutes ces provisions, les accrochant à la selle de Nocturne en souriant, puis pris Dandelion dans mes bras :
« Merci, mon ami. »
Il rit, me rendant mon étreinte, puis dit :
« Va retrouver Ciri. Et la prochaine fois qu'on se croise, je t'offre un verre et une nouvelle chanson sur tes aventures, promis. »
Je souris, montai sur Nocturne, la fis avancer, puis m'arrêtai un instant, me retournant vers Dandelion :
« Tu peux me rendre un dernier service ? »
Il me regarda, curieux :
« Oui ? »
Je souris :
« Fais courir la rumeur sans te mettre en danger, bien sûr que Philippa aurait très bien pu régler ce problème bien plus tôt si elle l'avait vraiment voulu. Même si ça reste discret, si ça peut l'agacer un minimum, ce sera déjà une petite victoire pour moi. »
Il éclata de rire :
« Promis, je m'en occupe. »
Je hochai la tête, faisant avancer tranquillement Nocturne hors de Roggeven. Les villageois croisés en chemin me saluaient avec un sourire, murmurant simplement : « Merci, sorceleur ! Merci d'avoir sauvé notre cité ! »
Même si eux seuls pouvaient vraiment me croire, et que ma réputation officielle n'en pâtirait sans doute pas autant qu'elle l'aurait mérité, je souriais naturellement, le cœur battant devant ces remerciements sincères. En arrivant près de la porte, je m'arrêtai net : Gildart m'attendait au milieu de ses hommes, un sourire aux lèvres. Dégainant son épée, il cria :
« Soldats ! Montrez au sorceleur comment Roggeven sait dire merci ! »
Tous les soldats dégainèrent leur épée, la portant contre leur torse, formant deux rangées bien ordonnées, laissant un passage libre entre elles. Tandis que je faisais avancer Nocturne le long de cette allée, les soldats levèrent leur épée en criant :
« Merci, sorceleur ! »
Arrivant à la sortie, Gildart, qui m'y attendait, sourit :
« Sorceleur, Roggeven vous accueillera toujours avec plaisir. Que la route vous soit favorable. »
Je hochai la tête, souriant, puis, claquant la langue, fis galoper Nocturne loin de Roggeven, le cœur bien plus léger qu'à mon arrivée.
Ça faisait déjà quelques heures que je m'occupais du campement. La nuit était tombée, Nocturne dormait paisiblement dans son coin. Alors que la nuit s'installait et que Roggeven s'éloignait déjà loin derrière moi, je sentais une étrange oppression me gagner, comme une pression sourde sur la poitrine comme si j'étais observé.
Non. Ça devait juste être une idée. Aiden, deviens pas parano.
Je m'apprêtais justement à m'installer pour dormir moi aussi, quand trois silhouettes surgirent des buissons, réveillant Nocturne en sursaut, qui se mit à hennir nerveusement. Je me figeai : trois loups-garous se tenaient devant moi mais bien loin de la variété ordinaire de ces créatures.
Avant même que je puisse dire ou analyser quoi que ce soit, le plus petit des trois, armé d'un bâton, se rua sur moi à une vitesse impressionnante certes moindre que celle de Maître Miroir, mais je n'avais toujours pas récupéré toutes mes forces.
Esquivant de justesse sa dague, je fis apparaître une épée de glace, visant sa tête mais il la para avec aisance, un sourire arrogant aux lèvres. Ce sourire s'effaça net quand, de mon autre main, une seconde lame se planta dans ses côtes : activant ma magie, la glace se propagea instantanément dans tout son corps, figeant ses organes. Dans un dernier réflexe désespéré, il tenta de me trancher la gorge de ses griffes mais Nocturne surgit derrière lui et lui asséna un violent coup de sabot en pleine tête, l'assommant net, la glace achevant de geler ses organes.
Me retournant pour m'occuper des deux autres, il était déjà trop tard. Le plus grand des loups se tenait juste devant moi, un sourire condescendant aux lèvres, son poing bien plus rapide et dangereux que prévu fonçant droit vers mon visage. Je sentais que je pouvais encore esquiver, mais au moment où j'allais m'accroupir, deux lianes surgirent, m'entravant les jambes : le troisième loup-garou, dissimulé sous une cape, utilisait donc lui aussi la magie.
Pas le temps de réfléchir davantage : le poing s'abattit en plein sur mon visage, m'envoyant au sol, sonné. Alors que je tentais de me relever, le loup-garou posa son pied sur mon dos, m'immobilisant. J'entendis le hennissement désespéré de Nocturne, prise au piège par les lianes du sorcier, qui l'enserraient de plus en plus, comme une cage vivante.
Les derniers mots que j'entendis furent ceux du loup-garou massif, au-dessus de moi :
« Tu as le bonjour du seigneur Lycaon. »
Puis un dernier coup de pied s'abattit sur mon visage. Plus rien, à part le hennissement désespéré et lointain de Nocturne, juste avant que je ne sombre dans l'inconscience.
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POV Vilgefortz
J'étais tranquillement installé dans ma tour de mage, à mon bureau, savourant un excellent vin de Toussaint, quand un pigeon voyageur m'apporta un message de l'empereur : l'armée approchait déjà de la colline de Sodden, et le Conseil des Mages se réunirait dès le lendemain le destin du Nord, ou plutôt de ce qu'ils appellent leur Nord, allait s'y jouer. J'étais plutôt impatient.
Jetant un œil au calendrier, je dis, amusé :
« Nous venons tout juste de passer en 1264. Et les plans se déroulent sans le moindre accroc. Parfait. »
Ce qui effaça aussitôt mon sourire, ce fut l'apparition de ce satané démon, son éternel sourire amusé aux lèvres. Je dis, froid :
« C'est déjà l'heure, Maître Miroir ? »
Il hocha la tête, parcourant du regard ma bibliothèque, et répondit calmement :
« En effet. Selon les termes de notre contrat, tous les cinq ans, tu as le droit de me poser une question sur ce qui se passe, où que ce soit dans le monde. »
Je ris, arrogant :
« Tu crois vraiment que je m'en soucie encore ? Je contrôle déjà ce monde, pendant que les autres s'imaginent encore jouer au petit jeu des rois. Je m'apprête bientôt à séparer ce sorceleur de la princesse de Cintra celle qui croyait pouvoir se cacher simplement en teignant ses cheveux, une fois arrivée à Aretuza. Franchement, je suis déçu par Triss. Elle devrait pourtant savoir que de rares mages possèdent l'affinité nécessaire pour percevoir la lueur propre à chaque magie et celle de Ciri... succulente. »
Maître Miroir garda son sourire, imperturbable :
« Tes petits jeux pervers ne m'intéressent absolument pas. Un contrat reste un contrat alors respecte-le, et pose ta question. »
Je soupirai, agacé ce démon croyait-il vraiment pouvoir me faire la morale, à moi ? Je finis par demander, presque au hasard :
« Très bien. Dis-moi si mon clone a réussi ses expérimentations. »
Maître Miroir sourit :
« Tu es sûr de ta question ? Après ça, tu ne pourras plus m'en poser une seule pendant cinq ans. »
Je ricanai :
« Pas besoin de te répéter. Dépêche-toi de répondre. »
Il haussa les épaules, toujours souriant :
« Votre clone a été victorieux dans ses recherches. »
Je hochai la tête sans même le regarder le grimoire sur les lignées, posé devant moi, m'intéressait bien davantage et dis, ennuyé :
« Bien. La question a été répondue, tu peux disposer. »
Maître Miroir s'inclina, sans le moindre signe de vexation, et s'évanouit par la fenêtre. Le regardant du coin de l'œil disparaître, je fronçai les sourcils, réalisant soudain qu'il avait employé le passé. Est-ce que mon clone serait... mort ?
Je secouai la tête, riant de ma propre paranoïa ce démon cherchait sans doute juste à me rendre fou, alors que c'est moi qui le tiens en laisse. Je souris, caressant les pages du grimoire, mon regard se perdant dans les flammes de l'âtre.
Et si ce monde ne veut pas d'un mage aussi ambitieux que moi, eh bien, détruisons-le, et récupérons les pouvoirs du Sang Ancien pour moi seul. Il ne me reste plus qu'à écarter les chiens de garde de Ciri et elle sera enfin mienne.