POV général
Aiden resta les bras croisés, malgré la main tendue de Philippa, et dit simplement :
« Je m'appelle Aiden. Comme tu l'as sûrement deviné, je viens bien de l'École du Loup je suis navré de ne pas être le Loup Blanc en personne. »
Derrière elle, les soldats posèrent aussitôt la main sur le pommeau de leur épée après tout, Aiden venait de refuser la poignée de main de quelqu'un de haut rang. Mais Philippa garda son sourire, retirant sa main sans se formaliser :
« Aiden, donc ? T'es amusant, je dois l'avouer. Si ça te dérange pas, j'aimerais qu'on discute en tête-à-tête, sans... »
Elle jeta un regard dédaigneux à Jaskier et à Gildart celui-ci, sans doute poussé à bout, frappa son bureau du poing, renversant son verre de vin sur le sol, et s'écria, furieux :
« Comment osez-vous ! Vous débarquez dans mon bureau comme si c'était chez vous, et maintenant vous m'en excluez, moi, comment... »
Elle le coupa, glaciale :
« Comment j'ose ? La vraie question, c'est plutôt comment VOUS osez. Dois-je vous rappeler que vous n'êtes qu'un simple intendant ? Alors rangez votre petite fierté. Si vous voulez que le problème des morts se règle, soyez un gentil garçon, et sortez. »
Il serra les dents, furieux, mais quitta la pièce en bousculant l'épaule de l'un des gardes de Philippa. Celle-ci se tourna alors vers Jaskier :
« Ça vaut aussi pour vous. Cette situation n'a pas besoin de douces paroles mielleuses. »
Jaskier me regarda, comme pour me demander mon avis silencieusement même s'il était visiblement stressé, si je lui avais dit de rester, il serait resté. Mais je secouai la tête en souriant :
« T'en fais pas, Jaskier. Tu peux sortir. Moi et cette charmante dame, on va discuter un peu. »
Il soupira, murmurant que Geralt allait le tuer, mais sortit avec les gardes de Philippa, nous laissant seuls dans le bureau. Elle esquissa un sourire :
« Charmante dame, hein ? »
Elle passa volontairement un doigt sur le bureau de l'intendant, l'air dégoûté en découvrant la poussière accumulée, puis enjamba la flaque de vin renversée. Je répondis, calme mais distant :
« En effet. Je suis sûr que t'as déjà dû entendre à quel point le Loup Blanc est un charmeur auprès des dames à moins que tu ne te considères pas toi-même comme une dame. »
Une petite pique, mais Philippa garda son sourire amusé :
« Tenter des piques ? Adorable. Mais j'avoue, c'est intéressant tu me rappelles une connaissance. Peut-être que tu connais Yennefer de Vengerberg ? »
Je secouai la tête :
« Non. Pourquoi je devrais la connaître ? »
Elle resta silencieuse un instant, me fixant, puis retrouva son sourire, feuilletant distraitement les livres de l'intendant :
« Non, mais vous vous entendriez bien tous les deux, je pense. Bon, maintenant que les plaisanteries sont passées, parlons affaires. »
Je restai debout, bras croisés cette distance ne semblait pas déranger Philippa, bien au contraire, elle paraissait même l'apprécier. Elle s'assit sur le bureau de l'intendant, y installant un coussin au préalable, et reprit :
« Je suppose que les roturiers, et cet intendant, t'ont déjà expliqué la situation ? »
Je hochai la tête :
« En effet. Mais pourquoi tu fais rien, toi ? Je doute que tu sois une simple magicienne du dimanche, si t'es à la cour du roi. »
Elle rit :
« T'as fait tes recherches, c'est bien. Pour répondre à ta question, sorceleur : oui, cette situation me paraît d'une simplicité enfantine. J'ai déjà compris qu'il s'agit d'un mage qui expérimente la nécromancie. »
Je fronçai les sourcils, sarcastique :
« Alors pourquoi tu règles pas la situation ? T'as peur de t'abîmer les ongles ? »
Elle sourit, amusée :
« Non. Parce que cette situation m'apporte certaines choses. Mais t'as pas besoin de tout savoir. Une seule question : tu veux m'aider à la résoudre ? »
Je ne répondis pas tout de suite, demandant plutôt :
« Je ferai rien tant que t'auras pas au moins expliqué pourquoi tu veux mon aide. T'as bien dû voir que je suis qu'un jeune sorceleur. »
Elle se leva du bureau, s'approcha de moi :
« En effet. Et c'est justement ça qui est intéressant ça faisait une éternité qu'il n'y avait plus eu de sorceleur dans le coin. »
Elle glissa alors ses doigts le long de mes bras croisés ; je restai immobile, attendant qu'elle finisse. Elle continua :
« Je vais te dire pourquoi j'ai besoin de toi. Toi, sorceleur, comment tu vois l'avenir de ce monde ? »
Je fronçai les sourcils :
« C'est une question philosophique, ou... »
Elle soupira, agacée :
« Sorceleur, réponds juste à la question. Faire attendre une dame, c'est pas très galant. »
Je répondis, sarcastique :
« Je me demande encore si t'es vraiment une dame t'as toujours pas confirmé. » Puis, avec un soupir : « Je suppose que les sorceleurs vont sûrement continuer à se faire rejeter par la société, à mesure que les monstres disparaissent. »
Elle rit, sans se vexer du ton sarcastique :
« En effet. Et tu trouves ça normal ? »
Son sourire se fit plus froid :
« Ce sont ces petits humains qui osent nous réclamer de l'aide quand ça les arrange, pour ensuite nous traiter comme des parjures, des êtres inhumains. »
Je rétorquai :
« L'inconnu fait peur à l'humanité depuis toujours, alors... »
Elle me coupa, froide :
« Pas la peine de me faire la leçon, je le sais déjà. Mais ça reste une excuse. Tu trouves pas ça injuste, toi, que des gens nés simplement dans la bonne famille aient tous les pouvoirs ? On dit bien que les plus forts doivent protéger les plus faibles, non ? Alors pourquoi nous, les mages et les sorceleurs, on devrait continuer à obéir à ces soi-disant supérieurs ? »
Je fronçai les sourcils :
« Tes paroles sonnent presque comme de la trahison, surtout venant d'une magicienne de la cour du roi. Et je suis à peu près sûr que t'as ajouté "sorceleur" à ta phrase juste parce que je suis là. »
Elle rit, me regardant droit dans les yeux, se léchant les lèvres :
« Intelligent, en plus ? C'est vrai, j'ai ajouté "sorceleur" parce que t'es là. Mais est-ce que ça change quoi que ce soit ? Tout ce que je dis est vrai. Et même si c'est vrai, on n'est que deux ici, sorceleur et même si tu vas te plaindre, qui te croira ? »
Je répondis :
« C'est vrai. Mais oublie pas que même si je peux pas atteindre les hautes sphères comme toi, nous, les gens d'en bas, on a nos propres réseaux. Je suis sûr que je peux chuchoter à l'oreille de quelques personnes qui parlent souvent à la foule. Et même si ça paraît pas grand-chose, ça finira par arriver aux oreilles du roi. Et même s'il n'y croit pas, il sera pas le seul à l'entendre beaucoup de nobles l'entendront aussi, et le doute s'installera, un peu plus qu'avant. »
Philippa se tut, fixant mes yeux, puis dit calmement :
« Aiden, c'est ça ? T'es prêt à te jeter tête la première dans ce bourbier, juste pour prouver que j'ai tort ? »
Je répondis, bras croisés, sans détourner le regard :
« Pourquoi, Philippa ? Tu veux tenter ? »
Elle resta silencieuse, puis éclata de rire :
« Aiden, Aiden, Aiden. T'es adorable. Mais t'as raison t'as gagné le droit de savoir ce que je veux vraiment. Enfin, pour toi. »
Elle me tourna le dos, fixant la fenêtre :
« Je veux que tu m'accompagnes. J'ai un peu confiance en mes hommes, mais je préfère largement avoir un vrai sorceleur, qui sait se battre, pour me protéger. »
Je demandai :
« Te protéger de quoi ? D'après ce que j'ai entendu comme rumeurs, tu devrais pas avoir de mal toute seule. »
Elle me regarda du coin de l'œil :
« C'est vrai, Aiden, je pourrais sans doute anéantir toute cette armée de morts. Mais même pour moi, je dois rester vulnérable un moment, le temps de localiser l'antre du mage. Et dans ces moments-là, je préfère avoir un vrai professionnel à mes côtés. »
Elle poursuivit :
« Et pour enfin répondre complètement à ta question : pourquoi toi, précisément ? Je veux que la population locale, et au-delà, voie clairement que ceux qu'on traite de "non-humains" et de "mages", en les excluant de l'humanité, sont justement ceux qui les ont sauvés. Roggeven est l'un des ports les plus fréquentés l'histoire se propagera vite, et ça compliquera la désinformation de ceux qui veulent exterminer les non-humains. »
Je rétorquai :
« Mais c'est pas tout, hein. Je suis sûr que c'est pas uniquement une question de réputation. »
Philippa se retourna, souriante :
« En effet, il y a plus. Mais ça te concerne pas, et t'as pas vraiment besoin de savoir, tu crois pas ? »
Je la fixai sans rien dire, puis répondis simplement :
« Certes. Quel est ton plan ? »
Elle sourit :
« T'en fais pas, je suis généreuse. Tu m'auras comme alliée à l'avenir, et tu repartiras avec une bonne bourse de couronnes à la fin. Tout ce que t'as à faire, c'est être mon garde du corps, du début à la fin et par "fin", j'entends jusqu'à ce qu'on ait réglé son compte au sorcier responsable de tout ça. »
Je hochai la tête :
« Combien de couronnes ? »
Elle réfléchit, souriante :
« Quatre cents couronnes... »
Je la coupai :
« Six cents couronnes, plus un enseignement approfondi sur la magie des mages. »
Elle parut surprise :
« Qu'est-ce qui te fait penser que j'accepterais cette proposition ? »
Je répondis calmement, faisant tourner le pommeau de mon épée d'argent entre mes doigts :
« Parce que même si tu te sens en confiance, même toi, tu peux pas rester ici indéfiniment sans commencer à agacer des gens puissants. Et comme tu l'as dit toi-même, t'as peu confiance en tes hommes. Et même si je vois bien que tu doutes de mes compétences, tu sais aussi que si je porte ce médaillon, avec ces yeux de chat, c'est que j'ai survécu à des épreuves bien réelles. Même en manquant peut-être un peu d'expérience, je reste largement au-dessus de simples soldats. Alors oui, je mets ma valeur sur la table. À prendre, ou à laisser. »
Elle se tut, puis afficha un sourire aux yeux prédateurs qui me fit frissonner malgré moi, avant de répondre calmement :
« Tu m'intéresses de plus en plus, Aiden. Rares sont ceux capables de négocier de la sorte face à une magicienne. Très bien, j'accepte tes conditions leçon comprise. T'es vraiment intéressant. Je retiendrai ton nom : si j'ai un jour besoin d'un sorceleur, tu seras mon premier choix. »
Elle désigna la porte :
« Attends-moi sur la grande place ce soir, on s'en occupera ensemble. Sois pas en retard, ce serait vraiment pas galant. »
Alors que je sortais, j'entendis Philippa ajouter, amusée :
« Et pour répondre définitivement à ta question, Aiden : oui, je suis bien une dame. Me force pas à te le prouver. »
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POV Aiden
Je mangeais un sandwich avec Jaskier, assis sur des caisses, sur la grande place où circulait une foule dense. Je venais de lui résumer notre conversation. Il me regarda, amusé :
« Je sais pas si t'es pas carrément le fils caché de Geralt, honnêtement t'attires déjà l'attention d'une magicienne. »
Je soupirai :
« Je vois pas bien en quoi j'ai fait quoi que ce soit pour ça. »
Jaskier rit, occupé à retendre les cordes de son instrument :
« Honnêtement, j'ai eu l'impression qu'elle flirtait dangereusement avec toi. Peut-être que Philippa aime les jeunes hommes. »
Je soupirai, finissant mon sandwich :
« Je vois pas où t'as vu du flirt là-dedans. J'ai plutôt eu l'impression qu'elle essayait de me manipuler. Enfin bref. »
Jaskier haussa les épaules, amusé, me pointant du doigt :
« L'amour, c'est parfois de la manipulation, tu sais. Après tout, toi aussi tu manipules bien tes mots et tes gestes quand tu dragues une femme crois-moi, je m'y connais. »
Je ris légèrement :
« Bien sûr, le grand Jaskier s'y connaît. Rappelle-moi combien de fois les femmes te répondent, déjà ? »
Il haussa les épaules, souriant :
« Sache que sur dix femmes, il y en a au moins deux qui tombent sous mon charme. »
Après ce petit discours vaniteux, il posa son instrument à côté de lui, curieux :
« Au fait, pourquoi l'enseignement magique ? »
Je ne répondis pas immédiatement c'était un pari risqué, honnêtement mais finis par répondre :
« Honnêtement ? Même si j'ai déjà reçu un enseignement magique, Triss m'a dit un jour que Philippa, malgré ses manipulations, reste une magicienne extrêmement puissante et expérimentée. Elle a dû accumuler pas mal de connaissances au fil du temps. Et même s'il y a un risque de manipulation, je l'accepte quand même. »
Jaskier soupira :
« J'aurais dit que tu voulais juste la revoir. Mais fais gaffe, d'accord ? Geralt a vécu pas mal d'histoires avec des magiciennes, et j'en connais quelques-unes c'est parfois dangereux de jouer avec elles. Elles sont magnifiques, certes, mais leur comportement ferait frissonner même le plus grand barde qui soit, moi. »
Je ris :
« Ouais, ouais. Au fait, tu comptes retourner à l'auberge cette nuit ? »
Il secoua la tête, sérieux :
« Non. Je te l'ai dit, je t'accompagne. »
Je fronçai les sourcils :
« Jaskier, c'est pas... »
Il m'interrompit d'un geste de la main :
« Pas la peine de me le dire, je sais que c'est dangereux. Mais t'es proche de mon ami Geralt, et ça fait de toi quelqu'un que je dois aider aussi. Même si tu refuses, je te suivrai quand même c'est une question de principe, pour moi. »
Je soupirai, souriant malgré tout :
« Tu devrais quand même changer de tenue. On dirait vraiment une femme, avec ça. »
Il fit mine d'être outré, souriant, et s'éloigna.
Les heures passèrent, le soir arriva. Les rues s'étaient vidées. J'entendis des bruits de pas, dont des talons, et levai les yeux : Philippa s'avançait, ce sourire aux lèvres, ses yeux fixés sur moi, me faisant toujours frissonner malgré moi. Je me levai des caisses, Jaskier à mes côtés, changé entre-temps en tenue de cuir, son instrument toujours en bandoulière.
En s'approchant, elle sourit :
« Je pensais que les animaux de compagnie étaient interdits, le soir. »
Je fronçai les sourcils, sachant qu'elle visait Jaskier. Avant que je puisse répondre, il sourit, pas vexé pour un sou :
« En effet. Mais malheureusement pour vous, madame, si vous voulez continuer votre petit contrat avec Aiden, va falloir m'accepter aussi parce que, pour être honnête, j'ai absolument aucune confiance en vous. »
L'un des hommes de Philippa s'avança, prêt à frapper Jaskier, mais je m'interposai et frappai l'homme à la gorge il tomba à genoux, s'étouffant, sous les yeux des autres soldats qui dégainèrent leurs épées. Regardant Philippa, qui observait la scène comme un simple spectacle, je dis calmement :
« Tiens tes soldats en laisse, Philippa. Je m'occupe de Jaskier, t'as pas à t'en soucier. »
Elle haussa les épaules, amusée :
« Comme tu veux, tant que le contrat est rempli, tu peux le garder. » Elle passa à côté de moi, laissant glisser ses doigts sur mon armure, me fixant : « Mais fais attention, Aiden. Joue pas trop avec tes privilèges. »
Puis elle s'éloigna vers le port avec ses hommes. Je ne dis rien, me contentant de la fixer, puis me tournai vers Jaskier :
« Allons-y. »
Il hocha la tête, et on se mit en marche dans les rues, aux côtés de Philippa et de ses soldats dont celui que j'avais frappé à la gorge, encore un peu gêné pour respirer, qui me lançait des regards hostiles. Honnêtement ? Aucun regret de ma part. Pendant qu'on marchait, je demandai :
« En quoi consiste ton sort, exactement ? »
Elle sourit, me regardant du coin de l'œil sans ralentir :
« À la recherche d'informations ? Si je t'intéresse, dis-le franchement. »
Je ne relevai pas :
« Réponds-moi, c'est tout. »
Elle soupira, calme :
« Je vais prendre le cadavre d'un mort que mes soldats maintiendront immobile, et lancer un sort inutile de t'en détailler le fonctionnement. Mais si tu préfères savoir : je serai vulnérable pendant que je le lance, avec mes soldats autour de moi, et toi tu devras tenir la ligne. Le sort prendra environ dix minutes. »
Je hochai la tête. On finit par arriver au port, où des cadavres boursouflés sortaient déjà de l'eau l'odeur était insoutenable, un mélange de putréfaction et de moisissure. Dégainant mon épée, je m'avançai tranquillement. J'entendis Philippa derrière moi :
« Il m'en faut un, oublie pas. »
Je ne répondis pas. Quand un mort m'attaqua, je l'esquivai simplement, tranchant en une fraction de seconde ses jambes et ses bras. Le traînant sans me soucier des autres qui approchaient, je l'amenai jusqu'à Philippa, qui m'observait avec un sourire, et je brisai la mâchoire du mort d'un coup de pied :
« Ça te suffira ? »
Elle rit :
« Efficace, et distant. Exactement comme je les aime. » Elle s'accroupit près du cadavre : « En effet, ça suffira. » Elle fit signe à ses gardes deux se postèrent devant elle, les deux autres maintenant le mort immobile et commença à faire apparaître des cercles magiques de ses mains, récitant une incantation.
Regardant les morts approcher, je dégainai cette fois mon épée d'argent s'il s'agissait de monstres liés à la magie, l'argent restait toujours le plus efficace et je m'avançai vers eux, l'arme fermement en main.
---
POV Philippa
Même en récitant mon sort, je pouvais garder un œil sur ce sorceleur non, plutôt sur Aiden. Il était intéressant. Bien loin de ces hommes habituels qui nous regardent, nous les magiciennes, comme de simples bouts de viande.
Le seul que j'avais trouvé un tant soit peu intéressant, avant lui, c'était Dijkstra. Mais bon, il reste un humain et même s'il ne le dit jamais, il se croit toujours secrètement supérieur à moi. Quel idiot. Ce jeune sorceleur, en revanche, était bien plus à mon goût : jeune, intelligent, et cette distance froide qu'il maintenait sans effort.
Même s'il ne l'avait pas dit explicitement, j'avais bien remarqué qu'il n'était pas surpris par mon nom donc quelqu'un le lui avait déjà mentionné. Triss, sans doute. Après tout, s'il est vraiment un sorceleur de l'École du Loup, il a forcément croisé le fameux Loup Blanc celui qui est devenu la petite idylle de Triss.
Quelle idiote, elle. J'avais tellement de projets pour elle, autrefois. Mais bon, j'ai trouvé un bien meilleur pion avec ce sorceleur. Même jeune, il m'a apporté plus de surprises que je n'en ai eu depuis longtemps il arrivait à saisir les petits indices que je lui laissais volontairement, histoire de tester son attention. Il ne m'a pas déçue.
Quant à sa force ? En le regardant tournoyer, éliminant les morts sans la moindre expression un coup d'épée net tranchant une tête, encore et encore même complètement encerclé, il dansait presque avec sa lame d'argent, alternant les Signes de sorceleur pour repousser la horde ou s'abriter derrière une sorte de bouclier, en plein cœur de l'essaim de cadavres, comme s'il flânait sur un marché tranquille. Le plus insultant, dans tout ça, c'est qu'il marchait sans jamais se presser, comme si tout ça l'ennuyait un peu, même si je pouvais aisément voir qu'il restait parfaitement concentré.
Je ne pus m'empêcher de sourire, me léchant les lèvres, poursuivant mon sort presque terminé. En jetant un œil vers la prétendue élite de la couronne, qui galérait avec à peine deux morts, simplement faute d'habitude face aux monstres, je ne pus retenir un regard dédaigneux. Le pire, c'est que ce satané musicien, avec son luth, en frappant les crânes des monstres, aidait davantage mes soldats à s'en débarrasser. Même un fichu barde se montrait plus utile qu'eux.
Mais peu importe. Cet événement servira exactement ce que je voulais accomplir en premier lieu : rehausser l'importance et la valeur des mages aux yeux du peuple. Le sorceleur ? Un simple bonus. Si l'autre partie est satisfaite, tout va bien.
Terminant mon sort, j'aperçus enfin l'antre recherché, et fus ravie de constater que l'une de mes suppositions se confirmait. Ça promettait d'être intéressant. Me relevant, époussetant ma robe, je lançai à voix haute :
« Aiden, c'est fait, tu peux revenir ! »
Je créai un mur de flammes pour empêcher les morts restants de venir nous déranger davantage.