Le sorceleur spécial

Chapitre 23 : Roggeven

Par Blax

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POV Aiden

Je soupirai de fatigue en contemplant les immenses champs de chaume doré qui s'étendaient à perte de vue. Ça faisait déjà près de trois mois que j'étais sur la route depuis mon départ de Kaer Morhen avec Nocturne. J'avais traversé les sentiers relativement tranquillement à part une ou deux bandes de bandits, rien de bien compliqué.

J'avais aussi évité de trop m'attarder à Kaedwen, vu sa réputation bien connue de mépris envers les non-humains honnêtement, je n'avais pas envie de passer mon temps à me justifier auprès des villageois, surtout si je devais aussi récupérer un contrat sur place.

Et en parlant de contrat...

Je pensais que ce serait simple d'en trouver un. Pas du tout. Comme Geralt me l'avait appris, je m'arrêtais dans chaque village, consultais les avis affichés mais à part des annonces sur une hausse d'impôts seigneuriale ou une demande d'aide aux champs, il n'y avait vraiment rien de concret. D'où mon soupir.

J'avais hésité entre me diriger vers Aedirn ou la Rédanie, et j'avais finalement choisi cette dernière. Pour être honnête, en parcourant les routes rédaniennes, j'avais été franchement impressionné par la stabilité générale du royaume.

Même si, au fond de moi, je gardais une certaine colère envers les dirigeants du Nord qui n'avaient pas aidé Cintra, ça ne changeait rien au constat : la Rédanie restait impressionnante.

Quand j'interrogeais les villageois, ils vantaient souvent leur roi, bienveillant et sage on le surnommait même le Juste. Mais honnêtement, je savais déjà, grâce à quelques bribes glanées auprès de Triss pendant nos entraînements, que ce roi n'agissait pas totalement seul. Par exemple, Philippa Eilhart occupait le poste de magicienne de cour auprès du roi Vizimir.

Le peu que Triss m'avait dit d'elle, c'est qu'elle était une magicienne redoutable, qu'elle admirait sincèrement mais je sentais bien, derrière son hésitation, qu'il y avait autre chose. Même sans qu'elle me le dise explicitement, je le devinais facilement.

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Flashback POV Aiden

On venait de terminer une séance d'entraînement magique. Derrière moi, une immense statue de glace, un peu comme un golem, s'effondrait sur le sol dans un bruit sourd qui fit trembler la terre. Triss rit :

« Franchement, j'ai rarement vu un talent aussi impressionnant en magie. »

Je haussai les épaules en souriant :

« C'est peut-être grâce à la magie ancienne. Tiens, puisqu'on parle de talent magique, je suis curieux de connaître les autres magiciennes à part toi, Sac-à-Souris et Yennefer, je connais pas grand monde. »

Elle parut surprise, puis hocha doucement la tête et s'assit sur une bûche :

« Commençons par moi, alors. Je suis magicienne à la cour du roi Foltest, en Témérie. J'apprécie pas vraiment la politique, mais on s'y fait, à force et la Témérie est un endroit assez unique. Faudra que je t'y emmène un jour. »

Je souris :

« Avec plaisir, Triss. »

Elle continua, souriante :

« Yennefer est magicienne à la cour du roi Demavend III, en Aedirn même si elle y passe rarement. Comme tu peux t'en douter, elle est fière, indépendante, et déteste les complots de cour, donc elle assiste rarement aux réunions, malgré l'insistance du Conseil des Mages. Disons qu'elle ne s'est jamais vraiment souciée de leur avis. »

Elle poursuivit :

« À Kaedwen, c'est Sabrina Glevissig, à la cour du roi Henselt même si je dois t'avouer que son comportement est assez... disons "extrême", pour rester polie. Tu risques pas trop d'apprécier sa façon d'être. Cela dit, je pense pas que t'apprécierais beaucoup de magiciennes en général, vu que la plupart d'entre elles se sentent un peu supérieures. »

Puis son sourire se teinta de mélancolie :

« Et pour la Rédanie, c'est Philippa Eilhart. Disons qu'elle est ambitieuse, et plutôt froide. Désolée, Aiden, je vais m'arrêter là, pour celle-ci. »

Je hochai la tête je sentais bien qu'il y avait davantage derrière ce silence, mais je n'insistai pas. Elle claqua des mains, comme pour relancer l'entraînement :

« Bon, on reprend. Cette fois, je veux deux golems. »

Fin du flashback

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POV Aiden

Bien sûr, en voyant Triss aussi mélancolique ce jour-là, j'étais allé poser la question à Geralt, qui avait secoué la tête, m'expliquant qu'il ne pouvait rien me dire sans l'accord de Triss. J'avais ensuite tenté ma chance auprès de Yennefer, qui n'avait pas caché son hostilité envers Philippa elle avait juste lâché que c'était "une salope manipulatrice" qui avait profondément blessé Triss, aussi bien sur le plan intime que relationnel.

Elle ne m'en avait pas dit davantage, mais je pouvais facilement recoller les morceaux : il avait dû se passer quelque chose entre Triss et Philippa, sans doute avant Geralt et peut-être que Philippa avait manipulé Triss d'une façon ou d'une autre ? En tout cas, ce n'était que des suppositions de ma part.

En arrivant aux portes de la ville de Roggeven, je sentis déjà l'air marin une odeur que j'avais presque oubliée et le chant des mouettes résonner au loin. La ville, fortifiée, se dressait devant moi. Je me mis dans la file d'attente des voyageurs contrôlés par les gardes à l'entrée, et en profitai pour observer les alentours : on était en plein milieu de l'automne, les feuilles orangées offraient un vrai spectacle, et les bannières rédaniennes accrochées aux remparts se mariaient bien avec le paysage.

Ce qui interrompit mes pensées, ce fut un garde qui s'approcha :

« Un sorceleur ? C'est rare, par ici. »

Je répondis :

« Oui. Je viens pour des contrats vous en avez, dans le coin ? »

Il nota quelque chose sur son carnet, haussant les épaules :

« Faudrait voir avec l'intendant, c'est lui qui gère ça. »

Curieux d'autre chose, je remarquai le nombre impressionnant de gardes postés à l'entrée, bien plus que la normale, et demandai :

« Il se passe quelque chose d'important ? »

Il me regarda, un peu confus, avant de suivre mon regard vers les renforts de sécurité, puis répondit, blasé :

« Ouais. Apparemment la magicienne de la cour est ici, et depuis son arrivée, le seigneur de la ville se plie en quatre pour elle, comme un chien. »

Un autre garde lui donna un coup de coude pour le faire taire, mais il haussa simplement les épaules :

« Tout le monde sait que le seigneur est raide dingue de la magicienne. » Puis, se tournant vers moi : « Sorceleur, tout est en règle, vous pouvez entrer. »

Je hochai la tête et pénétrai dans la cité. Ce qui frappait en premier, c'était la foule immense. Heureusement, j'étais encore juché sur Nocturne, donc pas trop bousculé, mais ça restait impressionnant. Ça me rappelait énormément Cintra.

Sur le chemin, j'entendais plusieurs marchands vanter leurs produits à grands cris, ou annoncer des réductions bref, la ville était bien vivante.

En arrivant devant une auberge nommée Les Dents du Requin Blanc, j'installai tranquillement Nocturne à l'écurie, descendis de selle en caressant son museau, récupérai mon équipement, mes épées à ma taille et mes sacoches. Je donnai cinq couronnes au responsable des écuries pour qu'il s'occupe bien d'elle, puis entrai dans l'auberge. Le contraste entre le froid extérieur et la chaleur intérieure se fit immédiatement sentir.

Mais surtout, c'était l'ambiance qui frappait celle des tavernes, qui donne toujours un léger sourire, entre la musique, l'odeur forte d'alcool et de nourriture qui se disputait avec celle, moins agréable, de la sueur et des corps mal lavés. Je m'installai sur un tabouret face à l'aubergiste :

« J'aimerais une chambre, et de la nourriture, si c'est encore possible. »

Il me regarda, surpris, puis s'approcha :

« Un sorceleur dans mon auberge ? Ça, c'est rare. Je peux vous servir les restes du bouillon, si ça vous va. Vous comptez rester combien de temps ? »

Je sortis ma bourse :

« Au moins deux semaines. Je vous dois combien ? »

Il réfléchit un instant :

« C'est cinq couronnes par jour, donc pour quatorze jours, ça nous fait soixante-dix couronnes, sorceleur. »

Je hochai la tête, lui tendis la somme, qu'il empocha aussitôt, puis ajoutai deux couronnes de plus pour une boisson et le reste de bouillon. Alors qu'il s'éloignait, je sentis une tape sur mon épaule un inconnu, souriant :

« Sorceleur ! Ça vous dit, une partie de gwynt ? Je mise dix couronnes. »

J'acceptai. Je l'écrasai proprement, sous les rires de ses propres amis assis derrière lui, et sous le grognement dépité de l'homme, qui me tendit ses dix couronnes. Quand mon repas arriva enfin, je demandai à l'aubergiste, occupé à essuyer des verres :

« En arrivant en ville, j'ai entendu dire que la magicienne de la cour était ici ? »

Il hocha la tête, soupirant :

« D'habitude, Roggeven est une ville paisible, sans histoires. Mais depuis peu, d'étranges phénomènes se produisent : des marins morts remontent de la mer. La première nuit, ça a été un vrai massacre beaucoup de marins y sont restés. Le seigneur a bien tenté d'y poster des gardes, mais un nombre impressionnant d'entre eux sont morts aussi : ces cadavres ne craignent pas l'acier. Même décapités, ils continuent de se battre. »

Il frissonna :

« Maintenant, il y a un couvre-feu à vingt et une heures et même si tout est normal le jourla nuit entend souvent ces morts rôder dehors. Même des cadavres du cimetière ont commencé à se joindre au phénomène. Le seigneur a fait appel au roi Vizimir, qui a envoyé la magicienne de cour avec quelques gardes. Mais d'après les rumeurs, ce serait en fait l'œuvre d'un autre mage on sait juste, d'après des témoins, qu'il s'agirait d'un homme. »

Je fronçai les sourcils :

« La magicienne arrive à régler le problème ? »

Il secoua la tête :

« Ça fait plusieurs semaines qu'elle est là. Sa magie parvient bien à stopper les morts, mais ils se multiplient d'une nuit à l'autre chaque fois qu'elle en élimine trois, six réapparaissent le lendemain soir. C'est sans fin. »

Je hochai la tête, réfléchissant aux différentes possibilités. D'après mes souvenirs du bestiaire, aucun monstre classique ne correspondait vraiment à ce genre de comportement même chez les spectres, à part peut-être le rare pénitent, mais celui-ci n'apparaît normalement qu'à proximité d'un phare, et ranime seulement les spectres de ses propres victimes. Je demandai :

« À quoi ressemblent ces morts, exactement ? »

Il réfléchit :

« Un peu comme des cadavres détrempés, avec la peau qui tombe par lambeaux. Et l'odeur insupportable. Comme un corps resté des années sous l'eau. »

Je hochai la tête, sur le point de replonger dans mes souvenirs, quand la musique s'arrêta net. Un homme s'avança vers la petite scène une tenue de barde en soie, un chapeau de feutre prune, des cheveux châtains, un léger sourire à la fois arrogant et bienveillant. Il prit la parole, d'une voix claire :

« Messieurs, mesdames, j'espère que ce soir votre esprit trouvera un peu d'apaisement, car moi, le grand Jaskier, suis venu tout spécialement réconforter les habitants de cette terrible épreuve ! »

Je m'étranglai légèrement, recrachant un peu de mousse, et fixai l'homme. Il venait bien de dire Jaskier ? Celui dont Geralt parlait dans ses histoires celui qu'il décrivait comme son meilleur ami insupportable ! Jaskier reprit :

« Je vais vous interpréter ma toute nouvelle chanson : Le Loup Blanc et le Feu de l'Amour. »

Il se mit à jouer du luth.

(Note de l'auteur : inspirée de la musique "Lilas et Groseille", qui me donne toujours des frissons. J'ai réinterprété l'histoire pour qu'elle raconte Geralt et Triss j'espère que le résultat sera à la hauteur, je ne suis pas musicien, snif.)

Des cols enneigés jusqu'aux plaines dorées,

Le Loup Blanc fatigué traînait ses blessures.

Mais au coin du feu, une flamme l'attend,

Chassant de ses mains les vieilles morsures.

Elle n'avait pas l'ombre des magies sombres,

Mais la douce chaleur d'une nuit de foyer.

Tu flamboies comme un feu sous la lune,

Parfumée de rose et de douce chaleur.

Quand le loup s'égare et que l'orage tonne,

C'est dans ton brasier qu'il oublie sa douleur.

Rousse passion et rose sauvage,

Un foyer de paix au milieu de l'orage.

Ses cheveux de feu éclairent ta nuit,

Là où les yeux du loup ne voient que l'ennui.

Il est fait de fer, de potions et de sang,

Elle est la tendresse d'un soleil couchant.

La cour et le roi réclament sa voix,

Mais son cœur ne bat que pour le loup.

Tu flamboies comme un feu sous la lune.

Parfumée de rose et de douce chaleur.

Quand le loup s'égare et que l'orage tonne,

C'est dans ton brasier qu'il oublie sa douleur.

Rousse passion et rose sauvage,

Un foyer de paix au milieu de l'orage.

(J'espère que vous avez aimé ma réinterprétation de cette fabuleuse musique qu'est Lilas et Groseille.)




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