POV Ciri
Courant aisément à travers les bois, esquivant les branches, je poursuivais un lapin qui filait vite mais les obstacles naturels le forçaient à ralentir sans cesse, ce qui me permettait de gagner du terrain.
Grâce à mon entraînement, je me déplaçais désormais bien plus facilement dans les buissons et les terrains difficiles, même si je sentais parfois une branche me fouetter au passage, laissant une fine coupure derrière elle. Mais mes yeux restaient rivés sur le lapin.
Esquivant une dernière branche en pleine course, je repérai une ouverture. Je glissai sur la terre humide dans un virage serré et saisis le lapin, qui se débattait entre mes doigts je l'achevai proprement d'un coup de couteau.
Essuyant la sueur de mon front, je regardai le château, un peu plus loin. Aiden ne s'était toujours pas réveillé, même s'il n'avait plus besoin d'autant de soutien magique qu'avant une seule intervention par jour suffisait désormais, dont Yennefer s'occupait quotidiennement.
Les mois avaient filé étonnamment vite, et le printemps venait tout juste d'arriver. Et aujourd'hui, c'était mon anniversaire. Ironique, non ? J'allais avoir douze ans aujourd'hui et je fêterais ça sans lui.
En marchant vers le château, essuyant la terre sur mes mains, je repensais aux deux magiciennes. Je m'étais énormément rapprochée de Triss je lui parlais de tout et de rien, mais surtout de mes sentiments. Avec Geralt, je sais qu'il se serait contenté de hocher la tête, incertain, si j'avais tenté de lui expliquer ce que je ressentais. C'est un excellent protecteur, mais un piètre soutien côté émotions. Ce n'est pas grave — le fait qu'il soit simplement présent me rassure déjà beaucoup.
Pour ce qui est de Yennefer... disons que c'est plus compliqué. Je crois que nos caractères se complètent, mais même moi, je dois avouer qu'on a toutes les deux ce besoin d'avoir le dernier mot et que, parfois, c'est moi qui ai tort. Je marmonnai, frustrée, à voix basse : « Mais je lui dirai jamais qu'elle a raison. »
En arrivant devant les portes de Kaer Morhen Geralt m'avait envoyée chasser mon propre repas, apparemment une tradition chez les sorceleurs pour les anniversaires je vis Geralt, encore couvert de bandages, et ne pus m'empêcher de sourire en lui montrant ma prise :
« J'ai eu le lapin ! »
Il hocha la tête, taquin :
« Je vois ça. Mais tu sais qu'on est sept, ici ? Tu comptes le partager en sept parts ? »
Je secouai la tête en lui tapotant le bras, amusée, marchant déjà vers la porte du château :
« Non, c'est pas pour vous. C'est pour Aiden. »
Il hocha la tête ; je pouvais encore voir cette culpabilité tenace dans son regard. Mais je ne lui en voulais plus à vrai dire, je crois que je ne lui en ai jamais vraiment voulu. Soupirant, parce que parfois lui et Aiden se ressemblaient trop, je m'arrêtai, le forçant à s'arrêter aussi, et le pris dans mes bras :
« Geralt, écoute. Je ne t'en veux pas. Je t'en ai jamais voulu. C'était sous le coup de l'émotion, sur le moment et je connais Aiden. Il ne t'en voudra jamais pour ce choix. »
Il sourit légèrement, referma ses bras autour de moi :
« Je l'espère aussi, Ciri qu'Aiden se réveillera un jour. Mais même si aucun de vous deux ne m'en veut, je continuerai probablement à culpabiliser quand même. C'est normal, ne t'en fais pas ça fait partie des responsabilités. Mais merci, tes mots me font vraiment plaisir. »
Je hochai la tête en souriant et marchai vers la porte. En entrant, je vis Yen et Triss tenant une robe qui me figea sur place, et les trois autres sorceleurs souriaient comme des idiots. La salle avait été complètement transformée en salle de fête, et la voix sarcastique de Lambert résonna, amusée :
« Alors, ta chasse imaginaire façon sorceleur, ça a marché ? »
Eskel soupira :
« Lambert... »
Ce fut Yennefer qui le fit taire d'un simple regard glacial. J'étais figée devant la robe un mélange magnifique de blanc et de vert. J'entendis la voix amusée de Geralt, sa main posée sur mon épaule :
« Fallait bien qu'on te fasse sortir du château pour préparer la surprise. Désolé de t'avoir menti. »
Je secouai la tête, essuyant mes larmes, et m'avançai vers la robe non sans d'abord refourguer le lapin à Lambert en lui tirant la langue. Je courus vers Triss, m'apprêtant à toucher le tissu, mais Yennefer retint mes manches :
« Non. T'es sale. Viens, petite. »
Puis elle me tint fermement le bras en marchant vers sa chambre, Triss suivant avec la robe, et dit doucement :
« Yennefer a raison. Tu dois être magnifique, ce soir, Ciri. »
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POV Geralt
Je regardai les trois femmes s'éloigner, soulagé de constater que Ciri ne m'en voulait vraiment pas. Eskel s'approcha, Lambert dans son sillage, taquin :
« Alors, ça fait quoi de la voir devenir une vraie jeune femme ? »
Je regardai Eskel, amusé :
« Bizarre, je dois avouer. Le temps passe tellement vite. »
Lambert rit, commençant à s'occuper du lapin :
« On dirait Vesemir. »
Vesemir, qui avait justement sorti son vieux chapeau de fête et s'affairait déjà à préparer le dîner, répondit d'une voix impassible en entendant la remarque :
« Au moins, Geralt a la sagesse des anciens comme moi. Toi, Lambert, je vais visiblement devoir continuer à t'enseigner cette sagesse. »
Lambert renifla, amusé, et alla s'installer à la table déjà dressée avec Eskel. Ça me faisait chaud au cœur, tout ça, même si on ne l'aurait pas cru à première vue. Je savais que Lambert restait encore un peu en froid avec Vesemir quand il avait appris pour le plan, et le fait que Vesemir avait gardé la formule cachée pendant tout ce temps, il était entré dans une rage noire. Il avait fini par disparaître plusieurs jours dans les bois pour se calmer ; je le connais assez pour savoir qu'il était allé se recueillir du côté des tombes anonymes des anciens apprentis sorceleurs.
Eskel, lui, était moins démonstratif, mais je savais qu'il avait mal vécu ce mensonge de Vesemir, lui aussi. Même moi, j'avais ressenti une forme de trahison en l'apprenant. Mais sauver Aiden restait ma priorité absolue et même si ça me répugnait un peu, j'avais fini par l'accepter. Au moins, tout ça était entre les mains de Triss désormais.
Je m'assis avec Lambert, qui arborait un sourire clairement provocateur :
« J'ai entendu dire que le fameux Loup Blanc arrive même pas à battre des gamins au gwent. »
Je sortis mon propre paquet de cartes, sérieux :
« C'est une insulte, Lambert. Tu vas le regretter. »
Quelques minutes plus tard, j'avais déjà perdu vingt couronnes dans les mains de Lambert. Sérieusement, son deck de monstres n'a rien de bien compliqué, et pourtant je me fais avoir à chaque fois, sans exception...
Lambert éclata de rire en se moquant ouvertement de moi. Eskel riait aussi jusqu'à ce qu'il s'arrête net, Lambert avec lui, tous deux fixant un point derrière moi en sifflant, visiblement impressionnés. Je me retournai et découvris Ciri dans sa robe, Triss la tenant doucement par les épaules, tout sourire. Ciri était légèrement rouge de gêne, les cheveux relevés en queue de cheval. Elle avait tellement grandi, sans que je m'en rende vraiment compte.
Elle me regarda, presque comme si elle attendait mon avis. Je souris doucement :
« Tu es magnifique, Ciri. On dirait une vraie dame. »
Elle rit doucement. Triss vint s'asseoir à mes côtés, Ciri prenant place de l'autre côté, Yennefer s'installant en bout de table. Lambert ne put s'empêcher de lâcher, sincèrement cette fois :
« Honnêtement, tu ressembles beaucoup moins à un garçon manqué. »
Eskel et moi soupirâmes en chœur :
« Lambert... »
Yennefer eut un rire dédaigneux, pointant Lambert du doigt tout en buvant une gorgée de vin :
« Et après ça, tu te demandes pourquoi t'as jamais de sorcière à tes pieds. Ça sert à rien d'avoir une belle gueule si t'as aucun tact. »
J'entendis Triss soupirer à côté de moi : « Yen... » Ciri, elle, semblait clairement apprécier le spectacle. Lambert éclata de rire, regardant Yen :
« Ah ouais ? Je retiens surtout un truc : t'as dit que j'avais une belle gueule. Même la fameuse et impressionnante Yennefer de Vengerberg vient de me faire un compliment. »
Elle soupira, gardant ce même sourire dédaigneux :
« Si ça te fait plaisir, Lambert. »
Les deux continuèrent à se chamailler, même si on sentait bien que c'était surtout pour l'ambiance, dans une bonne humeur générale Ciri elle-même en rajoutait parfois une couche, s'invitant dans la dispute juste pour le plaisir de titiller Yen. Elle adore vraiment ça, on dirait.
Je sentis une main se glisser dans la mienne. Me tournant, je vis Triss sourire :
« Ça me rassure de te voir plus détendu. »
Je soupirai, serrant sa main :
« Ça se voyait tant que ça ? »
Elle hocha la tête, amusée :
« Disons que par moments, on aurait dit que t'étais constipé. »
Je soupirai avec un sourire amusé. Elle caressa ma main du pouce, puis dit doucement :
« T'en fais pas mes recherches sur la potion donnent de bons résultats. Je suis de plus en plus confiante sur le fait qu'elle sera sans danger. »
Elle continua, mordant dans un morceau de pain :
« Les fleurs d'Aiden ont des propriétés purificatrices qui permettent d'éliminer énormément de la toxicité présente dans la recette originale de l'Épreuve. En fait, si ma théorie tient la route, on n'aura même pas à s'inquiéter de voir apparaître d'autres sorceleurs comme lui la potion sera littéralement exclusive à son organisme, impossible à reproduire sur qui que ce soit d'autre. Mais bon, ça reste encore théorique pour l'instant, je peux pas encore garantir que ça fonctionnera. »
Je hochai la tête et l'embrassai :
« Merci, Triss. »
Vesemir arriva avec le plat principal, mettant fin à la dispute :
« Allez, les enfants, ça suffit, on mange. »
Servant tout le monde, il s'assit à son tour et dit :
« Bien. Ce soir est un moment un peu spécial. » Il se tourna vers Ciri, souriant doucement : « Ciri. Bon anniversaire. »
Tout le monde leva son verre, criant "bon anniversaire" en chœur. Ciri sourit, sincèrement heureuse, et remercia tout le monde. Pendant qu'on mangeait, j'avais l'impression, l'espace d'un instant, qu'on formait vraiment une famille. Mon regard se posa, presque malgré moi, sur la place entre Vesemir et Triss : Vesemir avait dressé un couvert vide, garni de nourriture, comme pour signifier qu'Aiden faisait lui aussi partie de cette soirée, quelque part.
Je fermai les yeux un instant pour calmer mes émotions. Je te le jure, Aiden : dès que tu te réveilleras, je m'excuserai auprès de toi, et je vous protégerai, toi et Ciri même si ce monde entier en veut à vos pouvoirs, je vous protégerai coûte que coûte.
Les minutes passèrent. On termina le gâteau que Triss et Yen avaient rapporté grâce à leur téléportation. Lambert, finissant son verre, lança :
« Ah, ça fait du bien, du sucré. Alors, Ciri, c'est quoi ton vœu ? C'est ton anniversaire, après tout. »
Ciri sourit, un peu tristement :
« J'ai qu'un seul vœu. Qu'Aiden se réveille. »
Je soupirai Lambert, sans le vouloir, avait changé toute l'ambiance avec sa question. Je vis Ciri se lever, prendre l'assiette d'Aiden entre ses mains, et sourire doucement :
« Merci pour cet anniversaire. Je l'oublierai jamais. Je vais aller le fêter avec lui, maintenant. »
Elle partit, un morceau de gâteau en plus dans l'autre main, vers le couloir des chambres. J'allais me lever pour la suivre, mais Triss me retint, secouant la tête :
« Non. Laisse-la. »
J'hésitai, mais finis par hocher la tête, le regard toujours fixé sur le couloir. J'entendis Yen lancer une dernière pique à Lambert :
« Bien joué, belle gueule. »
Lambert, comprenant enfin l'allusion, grommela simplement :
« Ta gueule, Yen. »
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POV Ciri
Je venais de refermer la porte de la chambre derrière moi, souriant doucement en le voyant toujours endormi. Il ne se réveillait toujours pas. Retirant les talons que Triss m'avait offerts, je m'approchai du tabouret posé à côté de lui. Chaque soir, je venais le voir, je le nourrissais il arrivait à manger, à boire, mais il ne se réveillait jamais.
M'asseyant, je commençai à le nourrir doucement, et dis, dans le silence de la pièce :
« J'ai réussi à tuer un lapin, tu sais. Je l'ai attrapé en pleine course ! »
Je ris toute seule dans ce silence :
« Tu aurais vu Lambert et Yennefer, ce soir. J'ai clairement gagné la dispute. »
Je continuai de parler, seule :
« Tu sais, elles m'ont offert une robe. C'est la première fois que je me suis sentie comme une vraie femme. »
Je poursuivis, mais sentis des larmes monter, ma voix se mettant à trembler :
« Le gâteau, c'était ton parfum préféré. Celui que moi j'aime pas trop, en fait. »
Finissant de le nourrir, je mordis mes lèvres tremblantes, retenant mes larmes de toutes mes forces :
« Tu sais... j'ai adoré notre famille, ce soir, alors... »
Je ne pus plus me retenir. Je posai ma tête sur son torse, en pleurs, submergée de tristesse :
« Tu me manques, Aidy. C'est pas pareil, mon anniversaire, sans toi. Réveille-toi, s'il te plaît. Tu me manques tellement. Je veux pas te perdre. »
Je continuai de pleurer, bégayant à travers mes sanglots :
« Aiden... je peux pas m'imaginer sans toi... reviens-moi, s'il te plaît. Tu me manques tellement. Tu m'avais promis d'être à mes côtés. »
Mais seul le silence, et mes larmes, résonnaient dans cette pièce.
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POV Geralt
J'avais la main plaquée sur le visage. Je n'avais pas pu m'empêcher de la suivre en silence, et en entendant ses pleurs, ses mots, je serrai les poings jusqu'au sang, fermant les yeux de toutes mes forces. Puis je sentis ma tête tirée doucement contre la poitrine de Triss, qui caressa mes cheveux et murmura :
« Retiens-toi pas. Pas avec moi, Geralt. »
Je la serrai fort contre moi, mordant mes lèvres, retenant mes larmes de toutes mes forces parce que oui, Aiden me manquait terriblement à moi aussi. Et même pour moi, ce n'était pas vraiment un anniversaire, sans lui.