L'Age du Landfall

Chapitre 3 : L'Elfe-Noire

4691 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 08/11/2016 18:23

Mehrese suivit du regard les deux voyageurs s'éloigner, avant de les rejoindre d'un rapide battement d'ailes.

— Attendez! dit-elle en se posant à leurs côtés. Je pourrais encore vous aider. Raalha, puis-je vous parler un instant? Seules à seules?

Pal acquiesça, et suivit la Dunmer à l'écart d'Andriel. Méfiant, ce dernier commença à marcher de long en large tout en observant les deux femmes discuter d'un œil soupçonneux.

— Bien, dit Merhese lorsqu'elles furent hors de portée des oreilles du jeune elfe. Vous le savez aussi bien que moi, la route jusqu'au pôle sera longue et difficile. Rien ne garantit que vous y arriveriez. Je pourrais vous y emmener. Vous prendre avec moi et nous y rendre en volant.

La Dunmer marqua une pause avant de reprendre:

Je demande par contre quelque chose en échange : je voudrais que vos souvenirs soient stockés dans le plan de mon maître, pour y être préservés des prochains cycles.

— Qu'est-ce que cela signifie? demanda Pal, soudainement angoissée par la tournure que prenait la discussion.

— Vous êtes... étiez, une de ces prêtresses que les Bosmers appellent les trameurs d'Yffre, n'est-ce pas? L'existence est pour vous comme un immense récit dont vous tissez l'intrigue. Mon maître a le plus grand respect pour vous et votre peuple, qui lui octroyez une place particulière au sein de votre panthéon. Les trameurs ont toujours partagés leurs connaissances avec Herma-Mora, qui ne manquait jamais de les instruire en retour. Vous devez être la dernière trameur vivante, votre savoir a plus de valeur que celui de tout vos prédécesseurs.

Voici alors ce que je propose: Vous partagez tout vos souvenirs et connaissances à Hermaeus Mora. Ils seront stockés en Apocrypha, pour l'éternité. Grâce à eux, le souvenir de votre kalpa survivra dans le temps, et serviront de base pour les prochains mondes qui émergeront. Vous ne survivrez pas au rite de transfert. En échange, je conduirais votre petit-fils au pôle, où réside son unique espoir de survie. Nous y seront en moins de deux semaines.

— Deux semaines... répéta pour elle Pal, pensive, avant d'ajouter: Vous voulez que j'offre ma vie en échange de celle de mon petit fils?

Merhese baissa les yeux, trahissant sa gêne.

— Ce n'est pas ça. Si je pouvais vous laisser vivre, je le ferais. Mais il me faut un paiement en échange de mon aide, et c'est la seule chose que vous ayez à m'offrir. Voyez cela d'une manière plus large : grâce à vos connaissances, votre sacrifice n'aura pas été inutile...

La vieille Bosmer lâcha un bref rire moqueur.

— Croyez bien que c'est la dernière chose dont je me soucie. La Dunmer ne répondit rien, pour laisser à Pal le temps de réfléchir à la proposition.

Si cela ne tenait qu'à elle, la vieillarde l'aurait immédiatement acceptée sans la moindre hésitation. Elle n'avait passée que trop de temps sur cette terre. Et si sa mort pouvait permettre d'assurer un avenir à Andriel, elle était prête à se trancher elle-même la gorge. Et paradoxalement, c'était aussi Andriel qui l'empêchait de commettre un tel geste. Pal était consciente des liens qui les unissaient tout deux, à quel point son petit-fils aimait sa grand-mère. Lui aussi était prêt à mourir pour elle. Il ne comprendrait pas cette décision. Et s'il devait vivre en sécurité, ce serait pour toujours avec le regret d'être la cause de la mort de sa grand-mère. Pal refusait d'être un fantôme éternellement à ses côtés.

Mais une telle occasion ne se reproduira peut-être jamais, lui souffla une petite voix. Accepter le marché, et l'un d'eux était sûr de rejoindre un refuge de survivant. Le rejeter, et tout deux mourraient peut-être en essayant de l'atteindre.

— Je dois d'abord parler à Andriel, finit par dire Pal après une éternité.

Merhese donna son approbation d'un signe de tête et la regarda rejoindre de sa démarche hésitante le jeune elfe, qui accouru aussitôt la rejoindre, le visage anxieux. La Dunmer n'entendit pas la discussion. Elle vit Pal serrer contre elle son petit-fils en lui expliquant la situation. Le visage d'Andriel exprima d'abord l'incompréhension. Il se mordit les lèvres, tâchant de ne pas pleurer, mais ses yeux le trahirent rapidement. Merhese resta patiente tout au long du tête à tête. Elle comprenait parfaitement que ce serait un choix difficile à assumer pour ces pauvres hères. Mais ils étaient fort pour avoir survécu seuls aussi longtemps. Le garçon surmonterait sa douleur. Pal embrassa Andriel encore une fois puis revint vers la Dunmer. Son petit-fils l'accompagnait, serrant sa main bien fort dans la sienne.

— Vous êtes prête? demanda Merhese sans obtenir de réponse. Elle n'en n'avait nul besoin : le visage résigné de la vieille Bosmer était bien assez éloquent.

La Dunmer entama le rituel en invoquant un gardien du savoir d'un ample mouvement de sa lance. L'espace autour de la pointe se déchira dans un bruissement de soie fendu, et un large globe de brume violette apparu, laissant la place au daedra conjuré dès qu'elle se dissipa, une immense créature flottant au-dessus du sol, un amas de tentacules visqueux et grouillants. La vue du gardien donna aussitôt la nausée à Andriel. Si cette chose avait un visage, il n'arrivait pas à le distinguer.

Merhese échangea quelques mots avec le nouveau venu en employant une langue étrange. Du daedrique, devina le jeune elfe. Cela ne le rassurait en rien. Il aurait préférer comprendre la discussion, mais ne pouvait compter que sur son imagination pour en conjecturer la teneur. Et les expressions de Merhese n'étaient d'aucune aide, le visage de la Dunmer restant parfaitement impassible. Andriel se resserra contre Pal, en sentant contre lui la chaleur que dégageait le corps osseux de la vieillarde.

Merhese termina de parler au daedra, et désigna Pal de la pointe de sa lance. Le gardien s'avança en flottant vers elle. La Dunmer le dépassa et prit Andriel par les épaules pour l'emmener à l'écart. Le jeune elfe serra une dernière fois les doigts de sa grand-mère avant d'être emmené au loin. Pal faisait face au gardien, mais ses yeux ne voyaient rien d'autre que son petit-fils. Sa raison de vivre. La raison de son sacrifice. Cette fois-ci, ce fut elle qui ne put retenir ses larmes. Elle n'avait jamais craint la mort, mais la recevoir d'une créature aussi hideuse que celle qu'elle avait devant elle l'effrayait, maintenant qu'elle en était proche. Merhese laissa Andriel là juste le temps de retourner voir Pal.

— Ça va piquer un peu, la prévint-elle au moment où elle lui lança un sort du bout des doigts. Pal tressaillit. Puis la Dunmer laissa la vieillarde seul avec le gardien pour se positionner aux côtés d'Andriel.

— Tu ne devrais pas regarder, dit Merhese à Andriel en essayant de lui faire tourner la tête.

Le jeune elfe se débattit, et la Dunmer finit par abandonner. Le gardien s'approcha un peu plus près, et fit jaillire des tentacules de son corps qui vinrent empaler la vieille Bosmer. Ses bras, son torse, sa tête ses épaules. Pal laissa échapper un hoquet de douleur tandis que le daedra la soulevait du sol. En voyant sa grand-mère souffrir, Andriel ne put résister et se précipita vers elle. Il fut immédiatement maîtrisé par Merhese qui supporta sans broncher les coups que le jeune elfe lui porta.

Pal ne respirait maintenant que par à-coups. Seules le soutient des tentacules se gonflant et se rétractant tandis qu'elles aspiraient les souvenirs de la vieille Bosmer lui permettait de tenir debout. Le Gardien finit par les retirer du corps de la vieillarde et la laissa choir sur le sol sans lui accorder plus d'intérêt. Au même moment, une brume jaillit du corps sans vie de la vieillarde dans un éclat de tonnerre pour aller remplir une gemme spirituelle qu'avait extirpé Merhese de sa sacoche.

Andriel resta un instant incapable de se débattre, paralysé par la stupeur. Il avait compris ce qu'il venait de se passer. Pal lui avait bien souvent décrit ce phénomène dans les histoires qu'elle lui racontait. Dès qu'il fut remis, le jeune elfe se tourna le visage emplit de haine vers la Dunmer occupée à ranger sa gemme.

— Vous lui avez capturé son âme? SALOPE!

Andriel tendis sa main vers la gorge de Merhese afin de l'étrangler. La Dunmer parvint à la repousser, mais pas le coups qui suivit et qui la frappa à la mâchoire. Puis le jeune elfe empoigna ses cheveux pour attirer son visage vers elle et la martela de toutes ses forces. Merhese finit par réagir en frappant le Bosmer en retour, d'un seul coup assez fort pour le calmer.

— J'étais obligée de le faire. On a besoin de son âme pour classer les connaissances obtenues en Apocrypha. Elle le savait, et elle l'a accepté.

Merhese délaissa le jeune elfe en se lissant pour aller renvoyer le Gardien en Oblivion d'un nouveau mouvement de sa lance, après un bref échange en langue daedrique. Le daedra disparut comme il était apparu, et à part le corps désarticulé gisant sur le sol, aucune trace de son passage ne laissait deviner qu'il était là quelques instants plus tôt.

— Non, ajouta Andriel pour lui-même. Elle ne savait pas. Aller rejoindre ceux qu'elle aimait en Aetherius était son réconfort. Jamais elle n'aurait accepté si elle avait eu connaissance du sort que cette elfe-noire réservait à son âme...

Merhese les avaient trompés. Le jeune elfe ne put s'empêcher de rire nerveusement en pensant à l'ironie : des années passées en solitaires, à survivre avec difficulté. Et la première personne rencontrée les dupaient et les avaient menés à la mort. La démarche tremblante, il s'approcha du cadavre de la veille Bosmer, et caressa ses cheveux.

Elle n'avait pas le visage d'une femme en paix. Il était tordu par la douleur, les yeux écarquillés de terreurs. Il les ferma du bout des doigts. Andriel resta accroupi pour une courte prière silencieuse, puis il rassembla les haillons autour du corps pour former un suaire. Il n'y avait qu'un seul endroit susceptible de servir de sépulture à Pal, l'immense caverne formant le cœur de Nirn. Le plus grand caveau que l'on puisse imaginer.

Andriel chargea le corps sur ses épaules, étonné de constater qu'il ne pesait presque rien. Merhese fit un geste pour l'aider. Elle recula devant le regard noir que lui lança le jeune elfe. La Dunmer comprenait bien qu'il lui en veuille. Elle avait malgré tout la ferme intention de tenir la promesse qu'elle avait faite à la veille Bosmer de le mener à l'abri. Elle n'avait qu'une parole.

Andriel resta encore un long moment à sangloter doucement à côté du cadavre posé au bord du gouffre. Quand il eu terminé, il le fit basculer et regarda la silhouette chuter dans les profondeurs, avant de disparaître au détour d'une volute de brume rouge. Les rouages de Nirn continuèrent à tourner en cliquetant, comme si rien ne s'était passé.

Merhese remarqua alors de légères vibrations sous ses pieds. Il se rapprochait. Les lumières changeantes, à l'est, étaient là pour le rappeler. Il était temps de partir. La Dunmer avait hâte de retourner aux côtés d'Hermaeus Mora en Apocrypha, mais cela attendrait. Elle avait tout d'abord une part de marché à accomplir. Elle déploya ses ailes interminables pour les assouplir après l'inactivité, et s'approcha d'Andriel les yeux encore plongés dans la machinerie du noyau de la planète.

— Tu ne m'as pas l'air très lourd. Le plus simple serait que je te porte contre mon ventre, et que tu enlace mon cou avec tes bras. Un peu à la manière dont une femme porterait son enfant. Le plus confortable pour toi serait que tu sois sur mon dos, mais tu me gênerait pour battre des ailes. Il faudra que tu te fasse à cette position.

— Je ne viens pas avec vous. C'est hors de question.

Le jeune elfe commençait à mettre à vif les nerfs de Merhese. Déjà qu'elle sentait poindre un hématome à sa mâchoire, là où il l'avait frappée.

— Écoute-moi, lui dit-elle en l'empoignant. T'as grand-mère est morte pour que tu puisse vivre. Si tu veux que son sacrifice ai une utilité, tu viens avec moi.

Andriel se débattit en hurlant.

— ELLE EST MORTE PARCE QUE VOUS L'AVEZ TUÉE ! ET PROFANÉ SON ÂME ! Ne me parlez pas d'elle comme si vous aviez de la compassion!

Merhese immobilisa le jeune elfe d'une clé de bras. Il ne se laissait pas faire, et frappait de ses pieds contre les genoux de la Dunmer qui serra les dents de douleur. Ils étaient trop proche de la caverne insondable du centre de la terre à son goût. Cela finirait mal s'ils continuaient ainsi. Elle parvint, en se contorsionnant, à viser de sa main le front d'Andriel pour lui jeter un sortilège d'illusion qui le rendit instantanément aussi paisible qu'un guar. Ses cris cessèrent.

Merhese transportait dans sa sacoche quelques ingrédients alchimiques qui lui permettrait de préparer un somnifère sommaire pour la suite du voyage. Elle n'avait pas le temps pour l'instant. Elle était pressé de s'éloigner au plus vite de l'ombre de l'Anu-Midium, bien trop proche d'eux à son goût.

Andriel se laissa faire quand elle le porta contre son plastron, ses bras passés autour de son cou, et ses jambes autour des siennes. La Dunmer le retenait d'un bras, l'autre tenant sa lance. La position était inconfortable, et Merhese espérait que son passager ne serait pas assez stupide pour tenter de se débattre en vol.

La Dunmer prit son envol après un court élan, et orienta sa trajectoire vers le sud. Non sans un dernier regard sur le noyau de Nirn en contrebas. Elle avait beau y être habitué et avoir vu bien des choses dans sa vie, le spectacle des rouages géants l'impressionnait toujours.

Étonnamment, Andriel cessa d'essayer de se rebeller pendant les jours qui suivirent. Il avait l'air mentalement détruit. La nuit, Merhese l'entendait pleurer et le voyait parfois frapper ses poings jusqu'à l'aube sur des rochers. Il en avait les jointures en sang, et la Dunmer le guérissait sans poser de question. Et lui se laissait faire. Merhese ne relâchait pas sa vigilance pour autant. Chaque fois qu'elle regardait le jeune elfe, la même étincelle de haine à son égard brillait dans ses yeux. Rien ne pourrait changer cela, la Dunmer était assez intelligente pour le savoir, mais essayait quand-même de gagner sa confiance.

Chaque soir, elle conjurait un galopin qui revenait de l'Oblivion leur apporter des victuailles. De la nourriture simple mais appétissante, et en abondance par-dessus le marché. De la viande fraîche. Et du pain ! Andriel n'en avait jamais goûté. Toute sa vie, il avait rêvé d'un vrais repas comme les festins que faisaient les héros des légendes de Pal. Mais toujours dans ses rêves sa grand-mère était là pour partager ce bonheur. Alors la vue de la nourriture que le galopin déposait devant eux laissait un goût de cendres dans la bouche du jeune elfe et il n'y touchait pas. Il se contentait de rechercher sa nourriture entre les rochers, comme il l'avait toujours fait. Au moins, cela ne brusquait pas son estomac.

Andriel se demandait souvent si sa grand-mère était heureuse, maintenant. Avant de se rappeler que non. Elle n'était pas heureuse. Elle était piégée dans une gemme spirituelle, à cause de cette elfe-noire. Quelle sensation cela faisait-il d'avoir son âme capturée?

A son grand désarroi, les sentiments du jeune elfe étaient partagés au sujet de la Dunmer. Elle était belle, et immonde. Son corps, ses longues jambes, sa bouche l'attiraient, tout comme son être le repoussait. Dans les histoires de Pal, les créatures maléfiques avaient toujours une apparence laide en adéquation avec leur âme, sauf celles qui jouaient de leur charme pour attirer les victimes. Les histoires ne devaient pas avoir prévues le cas de Telvanni Mehrese. Andriel n'en pouvait plus d'être torturé ainsi. Il devait prendre une décision.

Merhese ne dormait jamais complètement. Elle s'assoupissait toujours dans un demi-sommeil qui lui permettait de surveiller distraitement son environnement. Cette nuit-là, c'est un léger bruit et un mouvement d'ombre qui éveilla son attention. La Dunmer ouvrit les yeux, pour voir Andriel brandir un rocher au-dessus de sa tête. Merhese voulu réagir, mais trop tard. Le rocher tomba.

Elle reprit conscience bien plus tard, alors qu'il faisait jour. Une douleur lancinante lui lacérait l'arcade sourcilière. Elle tâta sa blessure et sentit une large boursouflure à cet endroit, gluante de sang séché. Son œil droit fermé par la paupière gonflée ne voyait qu'un fin trait de lumière. Merhese se releva, et se rassit immédiatement, prise de vertige. Une migraine monstrueuse lui martelait le crâne. Un bref regard autour d'elle lui confirma ce que la Dunmer avait déjà devinée. Andriel était partit.

Elle poussa un juron rageur. Il ne devait pas être parti bien loin, à pied. Elle le rattraperait vite, et serait plus attentive pour la suite du voyage. Quitte à lui lancer un sort de paralysie. La douleur de son arcade sourcilière devenant insupportable, Merhse fouilla dans sa sacoche en quête d'herbes pour l'apaiser. Elle constata alors avec fureur qu'il n'y avait que le vide sur le côté de sa hanche où se trouvait d'habitude ladite sacoche. Cette petite vermine l'avait emportée. Avec la gemme spirituelle destinée à Apocrypha. Ce vol donna la motivation nécessaire à Merhese pour partir à la recherche de ce sale Bosmer. Et quand elle le retrouverait, tant pis pour lui. S'il n'avait pas envie d'être conduit en sûreté, ce n'était pas son problème. La Dunmer le laisserait vivre, mais l'abandonnerait là sans rien faire de plus pour l'aider.

Merhese déploya ses ailes pour prendre son envol, mais elles refusèrent de bouger. La Dunmer regarda dans son dos ce qui clochait. Ses magnifiques ailes translucides pendaient lamentablement derrière elle, tordues et déchirées. Elle poussa un cri de rage, le visage secoué de spasmes. Cet enfoiré lui avait laissé un cadeau avant de partir. Il allait le lui payer.

Hors de question pour Merhese de se lancer à pied à sa poursuite. Les Telvanni ne sont pas des vagabonds. Elle resterait là jusqu'à ce qu'elle soit guérie, mais n'avait pas l'intention de laisser sa proie filer. De deux mouvements successifs de sa lance, la Dunmer convoqua sur Nirn deux daedras de l'Oblivion. Elle travaillait régulièrement avec les mêmes daedras, et ses relations avec eux dépassaient souvent le cadre d'une simple relation conjurateur/conjuré. Mais ils n'étaient pas pour autant ses amis, ni même ses serviteurs et gardaient une grande part d'indépendance. Merhese devait souvent montrer pâte blanche pour faire accomplir à ses invocations certains travaux quand ceux-ci ne leur convenaient pas.

Pour la tâche qu'elle voulait leur donner aujourd'hui, elle avait besoins de deux daedras que la Dunmer connaissait depuis des années. Irfuala et Malign étaient deux ombres ailées. Jamais Merhese ne les avaient invoquées séparément. Peut-être étaient-elles sœurs, tant est que les daedras aient des liens familiaux. Elle ne posait jamais ce type de question à ses invocations.

Les portails vers l'Oblivion par lesquels elles apparurent se refermèrent dans un bruit de soie déchirée, et les deux ombres ailées firent face à la Dunmer. Elles avaient l'apparence de femmes au corps recouvert d'écailles, équipées d'ailes de chauve-souris battant doucement pour les maintenir sur place à hauteur d'homme. Leur colonne vertébrale s'achevait par un dard de scorpion acérait qui pendait entre leurs jambes aux pieds griffus. L'une d'elle, Malign, poussa un petit hurlement suraigu en voyant Merhese.

— Mais c'est la petite Telvanni Mehrese qui nous appelle! Que nous vaut ce plaisir? Ton visage était bien plus beau dans mes souvenirs, que lui est-il arrivé?

L'autre, Irfuala, répondit par un agaçant rire de mégère. Merhese ravala sa colère qui montait pour expliquer calmement.

— J'aurais besoin de vous pour que vous me retrouviez quelqu'un. Il a quelque chose dont le seigneur Hermaeus Mora à besoin, une gemme spirituelle noire.

— Toi, tu t'es fait voler ! devina Malign. C'est lui qui a transformé ton visage en tourte à la viande?

Irfuala remarqua alors dans quel piteux état étaient les ailes de Merhese. Elle ricana joyeusement en découvrant cela et tourna autour de la tête de la Dunmer en lui caressant le visage de sa queue.

— Et c'est lui qui a déchiré tes ailes? Telvanni Mehrese a perdu ses ailes, Telvanni Mehrese a perdu ses ailes, Telvanni Mehrese a perdu ses ailes !

La Dunmer contint sa rage en serrant des poings. Irfuala et Malign étaient effrontées, mais c'était la première fois qu'elles étaient aussi insolentes. Elles profitaient de l'aveu de faiblesse de leur invocatrice.

— Je vous contrôle toujours, et...

— TELVANNI MEHRESE A PERDU SES AILES !

— ... je vous bannirait en Oblivion si...

— C'est ça, lui cria Malign en s'envolant au loin. Rattrape-moi si tu peux ! Oh, attends ! Tu ne peux PAS me rattraper !

Et elle éclata d'un rire hystérique. C'en était trop pour Merhese qui laissa éclater sa fureur. Elle planta sa lance dans l'ombre ailée la plus proche, qui poussa un bref hurlement surpris avant de disparaître en Oblivion. En voyant cela, Malign se retourna contre son invocatrice en lui lançant un sort de foudre que la Dunmer parvint à esquiver en se jetant de côté. La daedra en prépara un autre dans la foulée, que la barrière magique que créa Merhese suffit à arrêter et qui riposta par un sort qui alourdit le poids de Malign, la faisant tomber au sol, impuissante. La Dunmer l'acheva calmement d'un coup de lance qui la renvoya également en Oblivion.

Merhese soupira. Elle devrait se passer de l'aide des daedras dans sa quête. L'indépendance des daedras qu'elle invoquait était un atout qui lui permettait de leur donner des tâches plus complexes qu'ils accomplissaient de leur plein gré, mais elle n'était pas sans risque. Elle venait d'en avoir la preuve. Irfuala et Malign refuseraient un long moment de se remettre sous ses ordres, mais les bannir leur avait rappelé qui commandait. Bientôt, cet incident serait oublié et les deux ombres ailées n'en seraient que plus serviable.

Faute d'une autre alternative, Merhese décida de rester ici en attendant que ses ailes se soient reconstituée. Peu importe l'avance que prenait le garçon, il n'avait nul part où aller et elle le rattraperait toujours. La Dunmer était fâchée par la disparition de ses ingrédients alchimiques, qui se trouvaient dans la sacoche que lui avait pris Andriel. Sa guérison durerait plus longtemps. Elle pourrait utiliser des sorts de soins pour accélérer le processus, mais cette magie serait exténuante.

Merehse s'assit en tailleur face au paysage désolé de Nirn, entra en méditation en attendant que le temps passe.

Laisser un commentaire ?