Libertango

Chapitre 4 : Douche écossaise

8316 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/11/2016 07:02

CHAPITRE QUATRE : DOUCHE ÉCOSSAISE

 

« Venez comme vous êtes. »

Ronald McDonald

 

Elizabeth cilla et tourna la tête, ses yeux cherchant un point d’ancrage dans le bureau moderne et design de l’avocat. Au-delà de l’épais vitrage, elle voyait les buildings de Boston, gris et mornes sous le ciel nuageux de ce début d’après-midi, s’aligner comme de gigantesques dominos et elle les fixa éperdument jusqu’à ce qu’elle se sente capable d’affronter à nouveau le regard d’Alan Shore. Elle prit une courte inspiration et se redressa dans son fauteuil.

« Aucun détail », répéta l’avocat en l’observant avec attention.

Sa voix était amicale, mais le ton ferme et sans appel. Liz savait avec une absolue certitude qu’il détecterait le moindre mensonge et la plus petite omission. C’était son métier.

« Mr Shore, dit-elle à mi-voix, vous devez comprendre que l’affaire qui m’amène dans votre cabinet est délicate et pourrait nuire non seulement à ma carrière et à ma vie privée, mais également compromettre l’existence de la section dont je dépends. Peut-être même la sécurité du territoire. Avant de vous parler, je dois être sûre que mes confidences resteront strictement entre nous.

- Elizabeth, je suis avocat, soupira Shore. Vous n’êtes pas sans savoir qu’un avocat est tenu par le secret professionnel. Je vous promets que rien de ce que vous me direz ne sortira d’ici. »

Son ton courtois et son sourire indulgent agacèrent la jeune femme. Elle était sur le point de confier sa vie à cet homme et voulait être certaine de faire le bon choix. Ne comprenait-il pas la légitimité de ses craintes et son besoin d’être rassurée à ce sujet ?

« Maintenant que la question de ma déontologie est résolue, je vous écoute.

- Une dernière chose, Mr Shore. »

Il inclina la tête sur le côté et haussa les sourcils, l’invitant à poursuivre.

« Connaissez-vous Raymond Reddington ? »

Shore recula dans son fauteuil et le laissa se balancer sous son poids, les sourcils froncés. Liz vit sa bouche se tordre tandis qu’il réfléchissait et elle sentit un poids indicible lui comprimer la poitrine. Cet homme lui rappelait tant Red que c’en était presque douloureux. Red, qui l’avait trompée et se servait d’elle depuis plus d’un an. Red, qui s’était immiscé dans sa vie comme un bulldozer et avait tout détruit autour de lui sans s’inquiéter de la façon dont elle allait survivre à tout ça. Red, qui partirait et la laisserait dès qu’il aurait obtenu ce qu’il était venu chercher. Le Fulcrum.

Elle déglutit et battit plusieurs fois des paupières en entendant Alan prendre la parole, tâchant de se concentrer sur ce que lui disait l’avocat.

« Mr Reddington est l’un des plus gros clients du cabinet, dit Shore d’une voix posée. Et l’un des plus occultes. Peu de personnes sont au courant de nos liens avec le Concierge du Crime, même ici au sein du cabinet. Je ne saurais que trop vous conseiller, Mme Keen, de ne pas répéter trop fort ce genre de questions à l’avenir.

- Nous avons tous nos secrets, commenta Elizabeth à mi-voix.

- Tout le monde mérite d’être traité équitablement face à la justice. Même le Concierge du Crime.

- Mettre dans la même phrase Raymond Reddington et justice équitable équivaut à une blague de mauvais goût, Mr Shore.

- Certes… admit Alan.

- Etes-vous l’avocat de Red ?

- Et vous sa maîtresse, pour vous permettre de le nommer d’une façon si familière ? »

L’expression outrée de Liz dut parler pour elle car Shore éclata de rire.

« Vous avez plutôt l’âge d’être sa fille, en réalité. Quoique cela n’ait jamais arrêté Raymond. Vous êtes tout à fait son genre… Je me rappelle d’une petite espagnole qu’il nous avait présentée à l’occasion d’une soirée privée…

- Vos souvenirs ne m’intéressent pas, Mr Shore, dit Elizabeth d’une voix glaciale. Et j’apprécierais que vous répondiez à ma question.

- Si je suis l’avocat de Red ? Non, répondit Alan avec un sourire entendu. C’est Denny Crane son avocat. Mais il se trouve que, depuis quelques temps, Denny nous fait quelques frayeurs en audience. Rien de très grave mais nous avons décidé qu’il serait plus prudent de le suppléer sur certains dossiers. Histoire qu’il puisse prendre un peu de repos. J’ai été désigné pour l’aider avec Mr Reddington.

- Donc vous êtes son avocat.

- Techniquement, non.

- Mais de façon officieuse, si. Et vous semblez le connaître suffisamment bien pour partager certains de ses plans féminins douteux.

- « Plans féminins douteux »… répéta lentement Shore. Vous n’êtes définitivement pas sa fille. Une ex, peut-être ?

- Vous ignorez donc qui je suis ? demanda-t-elle en dissimulant de son mieux son irritation de l’entendre une nouvelle fois évoquer l’éventualité d’une relation intime avec Reddington.

- A mon grand regret, Elizabeth. Je devrais ?

- Mr Crane me connait. C’est pour cette raison qu’il ne voulait pas s’occuper de moi. Cela interférait selon lui avec les promesses qu’il a faites à Reddington. Si je vous raconte tout, Mr Shore, je veux être sûre que vous n’irez rien répéter au Concierge du Crime.

- Je vous l’ai dit, Elizabeth. Je suis soumis au secret professionnel.

- Vous ne l’informerez pas de ma venue ? »

Shore fit la moue et prit un air offusqué.

« Je ne suis pas l’avocat de Red, lui rappela-t-il. Et même si, comme Denny, je l’étais, je n’aurais aucune raison de lui révéler que vous êtes venue me trouver.

- Même si cela le concernait ?

- Même si cela le concernait, confirma-t-il avec un sourire rassurant.

- Pourtant, votre patron semble avoir peur de lui.

- Denny ? Peur ? Je ne crois pas qu’il s’agisse de peur, Elizabeth. Seulement de loyauté. Denny, comme tous les vieux dinosaures républicains et patriotes de ce pays, est friand de ce genre de concept.

- Et vous, vous n’êtes pas loyal ?

- Moi ? (il prit le temps de réfléchir avant de répondre) Je suis indépendant et je n’ai de compte à rendre à personne. J’aide qui je veux avec les moyens qui me conviennent le mieux. Je ne suis loyal qu’envers mes convictions, Elizabeth. Et ma conviction sur vous et votre affaire est que ça ne relève pas de la juridiction de Raymond Reddington. »

Il prit une longue inspiration et tourna la tête vers la fenêtre. Il sourit, comme s’il venait de penser à quelque chose d’agréable.

« Faites-moi confiance, Elizabeth, murmura-t-il sans la regarder.

- D’accord », dit-elle brusquement.

Il se remit lentement face à elle et s’avança pour appuyer ses coudes sur son bureau. Son menton vint se poser sur ses mains jointes et il la fixa avec une sollicitude qui eut raison des dernières appréhensions d’Elizabeth.

« Je suis un des principaux suspects dans la disparition d’un agent de la police portuaire, le lieutenant Eugene Ames. La police, par l’intermédiaire de l’inspecteur Wilcox, veut m’auditionner pour comprendre ce qui s’est passé.

- Pourquoi vous ?

- J’avais laissé une carte de visite au lieutenant Ames pour le dissuader de mettre son nez dans mes affaires.

- Vous allez devoir m’en dire davantage, Elizabeth. »

Elle soupira et l’implora du regard. Alan haussa les épaules et, d’un signe de la tête, lui intima de continuer.

« J’avais enfermé un criminel à bord du cargo Phœnix, un criminel que j’interrogeais à propos d’un dangereux fugitif que ma section recherchait. Je l’ai gardé quatre mois à fond de cale jusqu’à ce que le lieutenant Ames le découvre.

- Que s’est-il passé ?

- Cet homme que je gardais prisonnier a tué Ames. J’ai tout vu mais n’ai rien pu faire. Le gardien du cargo, Samuel Aleko, m’a empêchée d’intervenir, arguant qu’il valait mieux tuer Ames que le laisser sortir et clamer partout qu’un agent du FBI retenait quelqu’un contre son gré et le torturait.

- Le torturait ? s’étonna Alan.

- Non. Il mangeait à sa faim et avait des habits chauds. Je ne l’ai ni frappé, ni malmené.

- Mais il était attaché ?

- Enchaîné, oui. »

Alan siffla et la regarda avec un respect nouveau.

« Elizabeth Keen, je prendrai bien garde à ne pas vous contrarier… Qui était cet homme que vous reteniez ?

- Tom Keen.

- Keen ? Comme… Elizabeth Keen ? Votre… ?

- Mon ex-mari. », confirma Liz avec rigidité.

Alan hocha la tête et garda le silence quelques secondes.

« Bien, dit-il en fronçant les sourcils. Laissez-moi récapituler : vous avez capturé votre ex-mari et l’avez flanqué à fond de cale pour qu’il vous lâche des informations importantes. Cela, j’imagine, à l’insu de votre hiérarchie.

- Oui, reconnut-elle.

- Un agent du port l’a trouvé et votre ex-mari l’a tué sous vos yeux, en présence d’un témoin.

- C’est ça.

- Et cet agent, le lieutenant…

- Ames.

- Le lieutenant Ames vous avait déjà vue sur le bateau ?

- Il était venu patrouiller sur le Phœnix. Je l’ai intercepté et lui ai demandé de quitter le navire en invoquant une opération du FBI pour retrouver des fugitifs. Je lui ai laissé ma carte en lui faisant croire que son témoignage me serait précieux s’il voyait quoi que ce soit d’inhabituel. Je voulais rendre mon histoire la plus crédible possible et l’obliger à partir.

- Et la police s’est retrouvée en possession de votre carte ?

- C’est de cette façon que l’inspecteur Wilcox a fait le rapprochement avec moi.

- Ils n’ont donc que cet indice pour vous suspecter ? Qu’avez-vous fait du corps d’Ames ?

- C’est là qu’intervient Raymond Reddington. Il a chargé l’un de ses associés de s’occuper du cadavre avec Aleko.

- Donc le gardien du Phœnix a contribué à cacher le corps ? Il sait où il se trouve ?

- Sans doute.

- Cela ne ressemble pas à Reddington, murmura-t-il en secouant la tête J’ai été habitué à moins de négligence de sa part. Cela ressemble à du travail bâclé.

- Il a tenté de réparer mon bordel, dit-elle sur un ton d’excuse.

- Mais en impliquant un témoin potentiellement dangereux pour vous. Et Tom ?

- Nous l’avons laissé partir. En échange, il nous a donné les renseignements que j’ai tenté de lui arracher pendant quatre mois.

- Quel est votre lien avec Raymond Reddington ? Pourquoi vous a-t-il aidé avec le cadavre d’Ames ?

- C’est long et compliqué.

- J’ai tout mon temps.

- Je croyais que vous aviez une autre affaire en cours ?

- Un vieux rentier de quatre-vingt-six ans qui porte plainte contre sa jeune épouse de soixante ans sa cadette. Elle est partie avec l’employé qui nettoie la piscine et quelques tableaux, dont des originaux du Caravage. Ils vont divorcer et elle obtiendra la moitié de sa fortune parce qu’au moment de signer le contrat de mariage, il avait oublié ses lunettes et n’a donc pas remarqué la ligne qui précisait qu’il se mariait sous le régime de la communauté. Votre affaire, Elizabeth, est bien plus passionnante. »

Liz le fixa pendant plusieurs longues secondes, réfléchissant rapidement aux implications de cette audition. Allait-elle mettre Alan Shore en danger en divulguant ses liens avec Red ?

Il la regardait d’un air patient, semblant comprendre la bataille qui faisait rage dans son esprit et attendait poliment qu’elle se décide. Il sourit en la voyant hésiter, un sourire confiant qui l’encouragea à poursuivre.

- Notre section, commença-t-elle, la Task Force, a été créée il y a un an pour traiter des affaires confidentielles concernant des criminels internationaux dont ni le FBI, ni la CIA n’ont connaissance. La Task Force s’appuie pour les débusquer sur les indices que nous donne Raymond Reddington.

- Ça, Elizabeth, je le savais déjà. C’est notre cabinet qui s’est occupé des détails du contrat liant Red au FBI. »

Il rit devant l’expression éberluée de la jeune femme.

« Denny se laisse parfois aller à d’extraordinaires confidences lorsqu’il déguste un excellent Bourbon en tirant sur un cigare cubain. C’est un homme aux plaisirs simples.

- Vous avez dit ne pas savoir qui j’étais, lui reprocha Liz.

- Je n’ai pas menti. Je ne connais pas les détails du contrat, seulement son existence. Qu’est-ce qui vous lie personnellement à Reddington ?

- Je ne sais pas, Mr Shore. »

Elle soupira bruyamment.

« Lorsque Raymond Reddington s’est rendu au FBI, il a proposé un marché au Directeur Harold Cooper : aider à coincer et mettre hors d’état de nuire les criminels les plus dangereux qu’il avait pu rencontrer au cours de ses vingt années d’exercice en tant que Concierge du Crime. En échange de cette liste de noms, il a exigé des conditions dont la plus importante était qu’il ne parlerait qu’à une seule personne : moi.

- Pourquoi ?

- Il disait que j’étais importante.

- Importante pour lui ?

- C’est ce que j’ai cru au début. Que nous avions tous les deux une connexion particulière liée à mon enfance. J’ai même cru un moment qu’il pouvait être mon père. »

Elle ferma les yeux et se concentra sur son cœur qui tambourinait dans sa poitrine à grands battements affolés. Elle parlait trop vite, comme pour se débarrasser de tous ces souvenirs qui l’encombraient. Elle ne se posait plus la question de savoir ce qu’elle pouvait ou non révéler à Shore. Un impérieux besoin cathartique la submergeait et c’est presque sans s’en rendre compte qu’elle poursuivit, sentant le poids qui pesait sur ses épaules s’alléger au fur et à mesure de son exposé.

« Nos dernières opérations ont apportées avec elles un grand nombre de questions et de données nouvelles qui m’ont amenées à reconsidérer mon rôle exact dans cet immense engrenage. Reddington semble croire que je suis la clé de voûte d’un document dont la divulgation ferait s’effondrer la balance du pouvoir au niveau mondial.

- C’est ce qu’il vous a dit ?

- Plus ou moins. J’ai dû en découvrir beaucoup par moi-même. Reddington n’est pas du genre loquace lorsqu’il s’agit de moi et de ce que je représente à ses yeux. Ce dont je suis sûre, c’est que son intérêt est autre que personnel. Il n’est venu me chercher que pour trouver ce document. Ce Fulcrum.

- Fulcrum ? Qu’est-ce ?

- Je vous l’ai dit : une série de documents. Un dossier attestant de l’existence d’une organisation secrète dont les membres sont d’éminentes personnalités internationales. Si ce dossier venait à être révélé au grand jour, cela bouleverserait l’équilibre mondial et provoquerait la mort ou l’arrestation de beaucoup de personnes influentes.

- Et vous savez où se trouve ce Fulcrum ? »

Elizabeth hésita.

« J’ai quelque chose en ma possession, avoua-t-elle à mi-voix. Un vieil appareil d’enregistrement. J’ignore ce qu’il contient.

- Et vous ne l’avez pas dit à Reddington, devina Alan.

- Non. Il ne sait pas que je l’ai et je voudrais que ça continue comme ça.

- Je ne dirai rien, Elizabeth, promit-il. Vous avez ma parole. »

Il se leva et fit quelques pas en direction de la fenêtre. Elizabeth le suivit du regard, heureuse de pouvoir enfin l’observer plus à loisir. De dos, rien ne laissait supposer une telle ressemblance avec Reddington. Il était plus large d’épaules et sa taille était marquée par un solide embonpoint qui tendait le tissu de sa veste. Ses cheveux châtains semblaient ne pas avoir connu de peigne ou de coiffeur depuis longtemps. Il n’avait physiquement rien de très attirant et elle ne put s’empêcher de le comparer à Tom et à son corps parfait, mince et musclé. Même Reddington, avec ses quelques années de plus, lui paraissait plus svelte et plus respectueux de sa personne. Surtout depuis quelques semaines, reconnut-elle. Comme s’il avait repris une activité sportive. Peut-être un art martial ? C’était très probable. Après tout, elle était constamment étonnée de sa condition physique et de ses capacités sur le terrain. Elle se souvenait encore de sa prestance à bord de l’Usine lorsque, un fusil à pompe à la main, il était venu la sortir des griffes de Luther Braxton sur la passerelle. Elle l’avait cru mort cette fois-là et le voir débarquer ainsi, arme au poing, pour la sauver, elle, l’avait laissée sous le choc de son soulagement et de la sincère affection qu’elle s’était aperçue éprouver pour lui. Elle s’était accrochée à ce sentiment tout au long de sa captivité et des tortures que lui avait fait subir Braxton pour tenter de lui arracher le secret de la localisation du Fulcrum. Elle savait que Red viendrait la sauver à nouveau. C’était inévitable. Red était son héros et elle était sa princesse. Elle n’avait pas un seul instant imaginé le tournant que prendrait cette mission ni sa profonde déception en comprenant que l’intérêt que lui portait le Concierge du Crime n’était pas aussi beau et noble que ce qu’il lui avait laissé espérer. Il ne l’aimait pas. Il avait seulement besoin de ce qui se trouvait dans sa tête.

Comme elle avait été stupide de le croire...

« Vous avez mangé ? »

Interrompue dans ses pensées, elle regarda stupidement Alan Shore qui se tenait devant elle, les mains posées sur son ventre rebondi.

« Non…, bafouilla-t-elle, surprise de son changement de conversation. Je suis venue directement de Washington, je n’ai pas pris le temps de faire quoi que ce soit.

- Alors je vous invite. Le temps d’échanger deux mots avec Denny et je vous rejoins à l’accueil. »

Il l’invita d’un geste à se lever et lui ouvrit la porte. Elizabeth rassembla ses affaires et le précéda dans le couloir. Il la conduisit vers la salle d’attente et lui désigna un fauteuil dans lequel elle s’assit docilement, puis il s’éloigna en direction du bureau de Crane. Elle le regarda frapper à la porte et entrer, puis bascula la tête en arrière et ferma les yeux, réalisant soudain qu’elle venait de confier ses secrets les plus intimes à un parfait inconnu. Non seulement ses secrets, mais également ceux de Reddington. Comment allait-il réagir à cette trahison ?

Elle haussa les épaules. Et elle, comment aurait-elle dû réagir face à ses tromperies répétées ? Il avait promis il y a longtemps déjà qu’il ne lui mentirait jamais. Sans doute avait-il tenu sa promesse. Mais il ne se privait pas de jongler avec le principe même de sincérité et elle en avait soupé de ses omissions et de ses demi-vérités. Elle voulait qu’on lui parle franchement, comme à l’adulte qu’elle était. Et Alan Shore semblait être quelqu’un qui aimait l’honnêteté. Peut-être avait-elle enfin trouvé son îlot de confiance dans son océan d’incertitudes. Mais peut-être était-elle également trop naïve et allait-elle se faire avoir. Encore. Elle était lasse de ce monde de faux-semblants, tout en nuances de gris, dans lequel elle évoluait et qui la forçait à se défier de tout et de tous. Elle avait désespérément besoin d’un ami.

Son portable vibra dans sa poche et elle décrocha en tâchant de se faire la plus discrète possible.

« Keen.

- Keen, c’est Ressler.

- Vous avez pu avoir Guluzar ?

- Il n’était pas à l’appartement et celui-ci était piégé. Nous avons dû faire venir les démineurs avant d’investir les lieux. Il avait du courrier en attente sur la table du salon avec une autre adresse sur Washington.

- Trop facile. Et ?

- Et il y était.

- Tu plaisantes ? »

Elle avait parlé fort et vit plusieurs têtes mécontentes se tourner vers elle. Le visage en feu, elle se détourna et reprit à voix basse.

« Continue… demanda-t-elle.

- Nous l’avons surpris dans ce second appartement et il n’a pas pu s’enfuir. Il est au Bureau en ce moment, Samar l’interroge.

- C’est… c’est tout ? murmura Liz, stupéfaite. Vous l’avez attrapé et il est en train de parler avec Samar ?

- Moi aussi j’ai trouvé ça trop facile, Keen. Peut-être les affaires trop compliquées des derniers mois nous ont-elles trop habitués à ce que les choses soient plus difficiles qu’elles ne le paraissent.

- Ou peut-être ce dossier-ci est-il vraiment trop simple pour être honnête…

- Des nouvelles de Reddington ? demanda Don.

- Aucune.

- Et à Boston, ça va ? Tu as rencontré la personne qui devait t’aider ?

- Oui. Il m’emmène déjeuner.

- Déjà ? Il ne perd pas de temps !

- Don !

- Je plaisante. Ça te fera du bien de te changer les idées, Keen. Tu devrais prendre quelques jours de repos et rester à Boston le temps que tu ailles mieux.

- Je ne suis pas malade.

- Juste épuisée, rectifia Ressler. Dans cet état, tu ne nous sers pas à grand-chose. Et t’éloigner de Washington et de Wilcox n’est peut-être pas une mauvaise idée en ce moment.

- Je ne me défilerai pas, Ress. J’assumerai les conséquences de mes actes.

- De tes actes, oui, mais là nous parlons de ceux de Tom. Tu n’as pas à payer pour lui.

- Don… merci de t’inquiéter mais je vais bien.

- Bien sûr. Tu te souviens à qui tu parles, Liz ? », ironisa-t-il.

Elizabeth tourna la tête et vit Alan Shore revenir vers elle, son manteau sous le bras.

« Don, mon avocat revient. Je te laisse. Tu me tiens au courant.

- Ouais. Et si Reddington t’appelle…

- Je te contacte tout de suite. Si tu le vois, je ne suis pas à Boston.

- Si je le vois, je l’éviterai pour ne pas avoir à lui mentir.

- Trouillard.

- Toi-même. Fais gaffe.

- Toi aussi. Salut Ress.

- Salut Keen. »

Liz raccrocha et rangea son téléphone portable avant d’être distraite par une scène singulière. Une femme venait de rejoindre Alan et lui parlait avec animation sans qu’elle puisse comprendre la teneur de leur conversation. Shore se voulait apaisant et tentait visiblement de l’attendrir en lui caressant doucement le bras. Il désigna Liz et la femme se retourna pour la dévisager. Elle était grande et, d’après les critères d’Elizabeth, magnifique. Un corps élancé et voluptueux mis en valeur par un tailleur à la coupe impeccable, sans doute hors de prix. Un visage fier, doux et halé qui lui donnait un air légèrement exotique. Elle transperça Liz du regard et la celle-ci se raidit en voyant son expression jalouse et possessive. Alan était donc chasse gardée. Bizarrement, cela aviva l’intérêt d’Elizabeth pour l’avocat. Jusqu’à présent, sa ressemblance avec Red mise à part, elle ne lui trouvait rien de bien exceptionnel. Mais le savoir en couple avec une créature aussi belle lui donnait soudain une toute autre aura et Liz sentit une bouffée de désir inattendue pour cet homme certes charismatique mais pataud et boursoufflé. Elle le vit déposer un baiser sur la joue de sa compagne qui s’éloigna, la démarche raide et le visage fermé. Puis, en souriant, Alan la rejoignit, pleinement conscient que rien de ce qui venait de se passer n’avait échappé à Elizabeth.

« Vous êtes prête ? », demanda-t-il en arrivant auprès d’elle.

Liz hocha la tête et se leva. Alan la dévisagea avec curiosité, comme s’il attendait une réaction au spectacle qu’il venait de donner. Elizabeth se contenta d’incliner la tête, comme pour l’imiter et lui rendit son regard, un sourire amusé sur les lèvres.

« Venez, finit-il par dire en se dirigeant vers les ascenseurs. Je meurs de faim. »

oooOoOooo

« Si j’avais su que vous m’amèneriez ici, j’aurais fait des efforts de toilette, murmura Liz en regardant autour d’elle.

- Sarcastique… », grommela Shore, la bouche pleine.

Elizabeth observa quelques instants le malheureux employé déguisé en Ronald McDonald qui tentait vainement de juguler la dizaine d’enfants piailleurs et turbulents confinés dans la minuscule aire de jeux du restaurant.

« Vous n’aimez pas les hamburgers ? demanda Shore en essuyant maladroitement la coulée de mayonnaise qui lui maculait le menton.

- Vous emmenez toujours vos clientes au McDo ? répliqua Liz en lui souriant, émue par son air de petit garçon boudeur.

- Seulement les plus jolies, dit-il, une longue frite molle et dégoulinante de ketchup à la main.

- Je suis flattée », badina Liz en mordant à pleine dent dans son propre hamburger.

Elle avait faim et, tout bien réfléchi, le fast-food lui convenait parfaitement. Pas de fioriture, pas de salamalecs, seulement deux personnes passant un bon moment en s’empiffrant de mal-bouffe. Elle avait aimé faire ça avec Tom du temps de leurs premiers émois à une époque lointaine et insouciante et elle se rendit compte qu’elle appréciait au moins tout autant la compagnie simple et bienveillante d’Alan. L’avocat n’essayait pas de l’impressionner ou de lui faire un numéro de charme ringard et, pourtant, aussi incongru que cela puisse paraître, elle sentait une certaine forme de magie opérer entre eux, dans cet endroit au romantisme douteux.

« Maintenant, Elizabeth, dites-moi : que comptez-vous faire exactement ? », demanda Shore en reposant la moitié de son énorme Big Mac.

Liz le fixa avec étonnement et avala lentement sa viande caoutchouteuse.

« Je pensais que c’était à vous de me le dire, avança-t-elle.

- Je suis là pour vous conseiller, en effet. Mais j’aimerais connaître vos intentions. Tôt ou tard, si ce n’est pas déjà fait, l’inspecteur Wilcox trouvera Samuel Aleko et le fera parler. Il n’aura pas besoin de beaucoup le pousser, il lui suffira de lui promettre l’immunité dans une affaire de meurtre en échange de son témoignage contre vous et votre ex-mari. Vous seriez surprise de voir combien cet argument d’immunité peut rendre bavard le plus fidèle des amis.

- Ce n’est pas encore une affaire de meurtre. Ils n’ont pas trouvé le corps du lieutenant Ames.

- Aleko leur montrera. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne vous balance, Elizabeth. »

La jeune femme soupira et reposa son hamburger.

« Mr Shore…

- Alan », la pria-t-il.

Elle hocha la tête.

« Alan, je ne sais pas ce que vous pensez de moi maintenant que je vous ai parlé de cette affaire et de mon lien avec Reddington. Mais vous devez savoir une chose : je ne suis pas une lâche. Quoi qu’il puisse se passer, j’assumerai les conséquences du meurtre de cet homme. Je suis coupable, au même titre que Tom.

- Elizabeth… »

Shore se mordit la lèvre et avança sa main pour la poser avec douceur sur celle de Liz.

« Je crois que vous ne vous rendez pas compte de la situation dans laquelle vous êtes. Que croyez-vous qu’il va se passer si vous vous rendez et qu’un procès a lieu ? Vous êtes un agent du FBI, bon sang, dépendant d’une structure ultra-secrète travaillant main dans la main avec un criminel international. Vous croyez que vous allez être traitée équitablement ? Les juges vont faire de vous un exemple, Liz. Vous serez laminée, détruite. On montera l’opinion publique contre vous et votre précieuse Task Force sera démantelée. Vos collègues seront suspectés, au même titre que vous. En vous rendant, Liz, vous signez votre arrêt de mort et celle de votre section. Toutes les arrestations que vous avez pu mener à bien jusqu’à présent seront remises en question. C’est tout le fonctionnement du FBI et des agences gouvernementales qui seront scrutées à la loupe, mises sous le feu des projecteurs pour ne pas que se produise un nouvel incident comme le vôtre. Un abus d’autorité, c’est comme ça que sera perçue votre affaire. Un agent du FBI agissant avec impunité, couvert par sa hiérarchie. Les gens vont vous haïr.

- Si je comprends bien, Alan, vous me conseillez d’entraver la justice.

- Non, je vous conseille de ne pas leur faciliter les choses en faisant un excès de zèle. Vous ne récolterez aucun laurier en endossant une responsabilité qui incombe à votre ex-mari.

- Il faudra bien que quelqu’un paye pour ce meurtre.

- Pourquoi cela devrait-il être vous ?

- Parce que j’étais là et que je n’ai rien fait.

- Et vous pensez que vous apitoyer ramènera ce pauvre homme ? Ce n’est pas vous qui l’avez tué, Liz.

- Je ne l’ai pas empêché.

- Je doute que Reddington vous laisse vous sacrifier.

- Je ne crois pas que son implication envers moi aille jusque là, répliqua Elizabeth d’une voix lourde de reproche.

- Vraiment ? Alors expliquez-moi pourquoi ce criminel, qui d’après vous n’en veut qu’à son Fulcrum, a voulu sauver vos fesses dans cette affaire dérisoire d’agent assassiné ? Quel intérêt aurait-il à vous préserver d’une enquête judiciaire s’il ne tenait pas un tant soit peu à vous ? »

Liz tenta de retirer sa main, emprisonnée dans celle de l’avocat. Celui-ci resserra sa prise et la força à le regarder.

« Quel jeu jouez-vous, Mr Shore ? demanda-t-elle entre ses dents serrées. Je suis venue vous voir pour que vous me conseilliez et vous me renvoyez chez Reddington ? Je croyais que vous alliez le tenir éloigné de mon affaire.

- Je ne vous renvoie pas vers lui, Liz. Je n’en ai pas besoin. Vous pouvez être sûre qu’il sait déjà ce qui vous arrive et qu’il a pris des dispositions pour que vous n’ayez pas à souffrir davantage de cette situation.

- Comment pourrait-il le savoir ? Je ne lui ai rien dit.

- Liz… vous êtes tellement naïve. Je comprends qu’il éprouve le besoin de vous protéger. Des autres et de vous-même…

- Que vous a dit Denny Crane ? demanda-t-elle, soudain sur la défensive.

- Certaines choses.

- Je vous écoute. », dit-elle d’un air maussade en croisant les bras sur sa poitrine.

Il secoua la tête.

« Vous vous méprenez sur moi, Elizabeth. Je ne suis pas votre ennemi. Je veux vous aider. Je ne peux pas vous laisser faire ce suicide professionnel.

- Vous ne me connaissez pas.

- Depuis combien de temps faut-il connaître quelqu’un pour avoir envie de l’aider ? Je ne vous laisserai pas tomber, Liz.

- Pourquoi ? »

- Il laissa échapper un rire grave et Liz vit avec surprise ses pommettes se colorer légèrement.

« Je n’ai pas menti tout à l’heure. Je vous trouve très belle.

- Et je suppose que vous aidez toutes les clientes que vous trouvez à votre goût, grinça-t-elle, peu sensible à sa déclaration.

- Je n’aurais pas dû parler de Reddington, reconnut-il. Cela vous met en rogne.

- Ce qui me met en rogne, Alan, c’est que tout le monde autour de moi semble connaître les attentes de Reddington à mon égard et que nul ne me juge prête à entendre les raisons de son comportement envers moi. J’en ai assez d’être prise pour une gamine geignarde. Je veux la vérité.

- Lui seul pourra vous l’apporter.

- Je ne suis pas prête de l’entendre dans ce cas ! grogna-t-elle avec mauvaise humeur.

- Ça viendra, Elizabeth.

- Je ne sais plus où j’en suis, Alan. Je ne sais plus qui croire. Je voudrais que tout soit plus simple. J’aimerais faire une confiance aveugle à Reddington. J’en meure d’envie. Mais comment le croire alors qu’il me cache tant de secrets sur moi et sur ce qui nous concerne tous les deux ?

- Liz... (sa voix baissa d’un ton) Vous devriez aller le retrouver. »

Alan soupira et son pouce caressa le dos de la main d’Elizabeth avec douceur.

« Je suis fou de vous donner ce conseil alors que je n’ai qu’une envie, c’est de vous garder pour moi tout seul. Vous me plaisez énormément, Elizabeth Keen. »

Liz leva les yeux vers lui et regarda son visage rond et attendri, ne sachant que répondre. C’était la première fois, depuis que Tom était parti, qu’un homme lui disait ouvertement qu’il était attiré par elle. C’était tellement inattendu, et presque un peu déplacé… elle lui sourit timidement et dégagea sa main avec embarras.

« Ça ne va pas plaire à votre amie.

- Mon amie ?

- Celle que j’ai aperçue au cabinet. Elle semblait fâchée que vous déjeuniez avec moi.

- Tara ? C’est une collègue. »

Liz inclina la tête et fit une moue signifiant qu’elle n’était pas dupe.

« OK, c’est aussi une ex, précisa-t-il. Un peu envahissante.

- Amoureuse, compléta Liz.

- Possessive, plutôt. Elle a du mal à admettre que je puisse vouloir sortir avec d’autres femmes.

- J’aurais peur de sortir avec vous, Alan. Vous n’avez pas l’air de vous satisfaire d’une seule femme. Et j’ai besoin de stabilité et de gentillesse.

- C’est ce que vous attendez de Reddington ? Stabilité et gentillesse ? », se moqua-t-il.

De nouveau, cette allusion à Reddington comme à un amant potentiel. Pourquoi y penser ne la choquait plus autant qu’il y a une heure ?

« Nous n’avons pas ce genre de relation, Alan. Je doute fort que Red me considère comme une conquête amoureuse.

- Et vous le regrettez ?

- Je n’aime pas le tour que prend cette discussion, le prévint-elle.

- Je m’informe sur mes rivaux, rien de plus, se défendit-il en écartant largement les bras. Votre ex-mari est hors-course, je me renseigne sur les autres candidats.

- Je ne suis pas un prix de tombola ! », s’offusqua Liz, les yeux brillants de fierté.

Il l’agaçait prodigieusement, mais elle ne pouvait s’empêcher de se sentir malgré tout flattée par ses avances grossières. Cela faisait-il donc si longtemps qu’elle n’avait pas été l’objet d’une tentative de séduction de la part d’un homme ? Elle avait oublié la chaleur que générait un premier rendez-vous et la douce torture de l’incertitude quant aux sentiments de l’autre. Elle se sentait bien auprès de lui. C’était dangereux. Si elle n’y prenait pas garde, elle risquait de succomber au charme d’Alan Shore et ainsi devenir une nouvelle épingle sur un tableau de chasse qu’elle devinait bien garni. Cela la réconforterait peut-être un moment mais elle savait que la peine reviendrait, aussi forte et avilissante qu’avant. A quoi bon ?

« Liz, dit Alan avec une tendresse nouvelle dans la voix, je m’en veux de vous dire ça mais Red est l’homme qu’il vous faut aller trouver pour vous sortir d’affaire. Denny savait parfaitement ce qu’il faisait en vous envoyant auprès de moi. Il savait que je n’aurais pas d’autre choix que de vous conseiller de vous tourner vers Reddington malgré tout ce qu’il vous inspire à l’heure actuelle.     

- Pourquoi ai-je l’impression désagréable que vous et Denny en savez bien plus que vous ne voulez le laisser croire ?

- Si vous en éprouvez le besoin, je serai ravi de parler avec vous de tout ce que vous voulez. Mais plus tard. Lorsque cette affaire sera résolue. Et pour qu’elle le soit, vous devez faire confiance à Red. Je n’ai pas le droit de vous faire douter maintenant.

- Vous me reverrez, Alan.

- J’espère bien, Elizabeth… »

Il s’avança vers elle déposa un baiser sur les lèvres de la jeune femme. Puis, avec un sourire d’excuse, il recula et s’éloigna. Liz le regarda partir avec un curieux mélange de regret et de soulagement. Elle ne se sentait pas prête à affronter l’intimité d’une relation mais brûlait de sentir à nouveau le corps d’un homme contre le sien. Stupide contradiction féminine.

Elle croqua dans son hamburger froid et consulta son téléphone portable. Si elle se dépêchait, elle pouvait avoir un avion pour Washington dans trois quart d’heure. C’était jouable.

oooOoOooo

Il se glissa sous le jet brûlant de la douche et laissa l’eau ruisseler le long de son corps, s’abandonnant à la délicieuse sensation de ses muscles se détendant progressivement. Il se tourna et exposa son dos au mur d’eau, grimaçant en sentant les gouttes chaudes couler sur ses cicatrices. Plus de vingt ans et toujours autant de sensibilité sur ces vieilles brûlures. C’était son fardeau et un rappel constant de ce qu’il était et des événements qui l’avaient condamné à cet Enfer. Il se savonna avec énergie, sifflant lorsqu’il frotta les griffures de ses bras et de ses épaules. Maddie aimait marquer son territoire. Il savait qu’elle-même allait arborer pendant plusieurs jours de nombreux suçons et peut-être une ou deux morsures à des endroits eu avouables, comme autant de preuves de leurs jeux érotiques. Il se massa les poignets sur lesquels s’épanouissaient deux fines lignes rouges. Vagina avait vu juste : les menottes avaient cassé.

Il sourit et bascula la tête en arrière pour s’asperger le visage. Il passa une main pleine de savon sur la courte brosse qui lui servait de chevelure et s’ébroua comme un chien en recrachant de l’eau. Il souffla par le nez pour en expulser les dernières gouttes et stoppa le jet de la douche. Il resta immobile quelques secondes, laissant la vapeur monter de son corps, puis sortit de la cabine et se sécha rapidement avec une serviette moelleuse.

Il entendit frapper à la porte et appela distraitement Madeline.

« Maddie, c’est Dembe. Tu veux bien aller ouvrir ? »

Il enroula la serviette autour de ses hanches et sortit de la salle de bain.

« Dembe, as-tu appelé nos contacts ? Je n’ai pas de nouvelles du jeune Seth Nelson… »

Il se figea en arrivant devant la porte d’entrée de sa suite. Derrière une Madeline triomphante, Elizabeth Keen, plus pâle qu’un mort, se tenait très droite, drapée dans sa dignité comme une Madone blessée.

Elle le dévisagea avec incrédulité avant de reporter son regard sur Madeline. Ses yeux brillaient et il vit sa bouche trembler légèrement.

Avant qu’il ait eu le temps d’esquisser le moindre geste, elle tourna les talons sans un mot et repartit vers les ascenseurs.

Laisser un commentaire ?