Poveglia Island (No ?)

Chapitre 2 : Donald

4683 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 09/11/2016 19:40

Il est de bon ton de vous prévenir que cette fic spoile totalement la saison 2, et ce jusqu'à l'épisode 8 (avant l'inadmissible coupure du Super Bowl). Sachant que TF1 n'a pour l"instant diffusé que la saison 1, vous risquez d'être un peu surpris par certaines situations ou des personnages inconnus... ^^

Merci Leeloo pour tes reviews, elles me font vraiment plaisir. Publication d'un nouveau chapitre rien que pour toi, je te sens pressée de lire la suite.

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DONALD

 

Vous éclatez de rire une fois de trop et en êtes puni en recevant un rude coup dans l’épaule. L’agent Keen vous regarde d’un air mauvais, les lèvres retroussées sur ses petites dents blanches et un grondement sourd s’échappe de sa gorge. Elle a tout d’une chatte sauvage en colère et vous devez avouer que vous prenez grand plaisir à l’asticoter pour la faire sortir de ses gonds.

« Franchement, Keen, tu aurais dû voir ta tête ! », vous esclaffez-vous sans une once de considération pour son ego.

Elle vous frappe une nouvelle fois l’épaule et vous poussez un petit glapissement tout en vous étranglant de rire. Derrière Elizabeth, vous apercevez l’agent Nevabi qui tente de faire bonne figure mais a du mal à stopper les larmes qui lui coulent le long des joues. Aram a l’air ennuyé de celui que sa conscience retient et vous le voyez arborer un air stoïque en dépit de ses lèvres étroitement serrées l’une contre l’autre. Il est secoué de temps en temps par un début de fou rire qu’il réprime de son mieux. Elizabeth hausse les épaules en voyant vos mines hilares et part bouder sur un siège éloigné des vôtres. Elle se tourne vers le hublot, les lèvres pincées, elle fait mine de ne plus s’intéresser à vous et à vos collègues. Vous souriez et vous prélassez dans le fauteuil en cuir en jetant des coups d’œil admiratifs autour de vous. Reddington vous a envoyé son jet privé pour qu’il vous mène le plus rapidement possible en Italie et vous avez bien cru que ceci, encore plus que le reste, allait avoir raison de Cooper qui braillait déjà à la tentative de corruption de fonctionnaires. Vous vous enfoncez davantage dans votre fauteuil et acceptez le verre de Bourbon que vous tend la ravissante hôtesse en songeant que cet enfoiré de Reddington ne doit pas s’ennuyer en vol.

Vous en buvez une gorgée que vous savourez de votre mieux, peu habitué à une telle ancienneté et à un goût si fort en malt et reportez votre attention sur Liz, prostrée sur son fauteuil, le regard résolument tourné vers le ciel. Une vilaine petite moue revêche lui tord les lèvres et vous sentez les vôtres s’étirer bien malgré vous sur un large sourire moqueur.

Pauvre Keen ! Comme elle avait eu l’air embarrassée devant Cooper lorsque celui-ci attendait sa réponse ! Vous avez cru la voir rapetisser de seconde en seconde, les joues rouges et les yeux brillants. Vous l’avez vue bafouiller un vague « oui, monsieur » qui ne vous a pas dupé une seconde : vous savez avec certitude qu’elle n’a aucune idée de ce à quoi elle a répondu par l’affirmative. Depuis le décollage, elle tente à tous prix de vous faire révéler ce qu’a dit Cooper mais vous et les autres refusez avec véhémence, trop heureux de la voir hantée par ce mystère tout le long de votre mission. 

Quelque chose vous titille néanmoins : en la voyant à ce moment précis se tortiller comme une écolière prise en flagrant délit de bavardage, vous avez immédiatement compris que ses pensées avaient dérivé très loin du sujet de la discussion et, à présent, vous aimeriez bien savoir quel était l’objet de ces rêveries compromettantes. En même temps, vous craignez de connaître la réponse.

Reddington.

Encore et toujours Reddington.

Que lui trouvent-elles, toutes ?

Il n’est pas particulièrement beau. Ni grand et musclé, comme vous.

Et puis il est si vieux... Quelle trentenaire normalement constituée choisirait un homme de vingt ans son aîné au lieu d’un jeune corps bien ferme et athlétique comme le vôtre ? D’autant qu’à cet âge avancé, certaines choses ne doivent même plus s’envisager. Si ? Vous vous demandez brusquement si on peut encore avoir une vie sexuelle à cinquante ans. Un rictus de dégoût vient déformer votre bouche l’espace d’une seconde : venez-vous vraiment de placer Reddington et le sexe au sein d’une seule et même réflexion ?

C’est perturbant.

Vous secouez la tête et regardez l’agent Keen avec suspicion. A-t-elle fait l’amour avec Reddington… ?

C’est… très perturbant.

Samar se trouve face à vous et essuie les dernières larmes de rire qui perlent encore à ses yeux. A-t-elle fait l’amour avec Reddington ?

C’est définitivement perturbant. Peut-être même un peu répugnant.

Et d’abord, d’où vous vient cette soudaine curiosité à l’encontre de Reddington ? Il peut bien se taper qui il veut, vous n’êtes pas concerné. Elizabeth est une jolie femme mais vous ne ressentez plus aucune attirance sexuelle pour elle depuis ce jour où vous l’avez surprise en train de se curer le nez alors qu’elle se croyait seule dans votre bureau commun. Si vous aviez jamais eu envie d’elle, cette scène surréaliste a définitivement annihilé toute possibilité entre vous.

Quant à Samar… vous savez que c’est grâce à Reddington qu’elle se trouve parmi vous au Bureau de Poste. Vous reconnaissez que l’homme a eu le nez creux en forçant Cooper à l’engager mais vous ne pouvez nier éprouver une certaine méfiance vis-à-vis de cette femme qui vous a été imposée. Fière et redoutable, l’agent Nevabi est une recrue de choix pour la Task Force mais tant que vous ignorerez la raison exacte de sa venue au FBI, elle continuera à vous mettre mal à l’aise. Reddington ne faisant jamais rien au hasard, vous supposez qu’elle aura son rôle à jouer dans la partie d’échecs qu’il dispute depuis plus d’un an avec des personnes dont vous n’avez même pas idée et cela vous rassure autant que ça vous agace.

Mais pour en revenir à l’agent du Mossad, même si vous ne lui contestez pas un certain charme tout oriental, imaginer un rapprochement plus intime avec elle vous file une peur bleue. Elle semble être du genre à tout commander et vous savez pertinemment que votre machisme primaire ne le supporterait pas. Vous la laissez volontiers à Aram. Ou à Reddington, pour le bien que ça puisse lui faire !

Alors, si aucune des deux femmes ne vous attire, pourquoi cette jalousie abusive ?

Parce que l’intérêt qu’il suscite chez elle est le symbole de ce qui vous déplaît chez Reddington : il obtient toujours ce qu’il veut. Il est agaçant d’omnipotence. Quoi qu’il entreprenne, il jouit constamment d’une chance insolente. A moins qu’il ne s’agisse de talent et d’expérience qu’hélas vous ne posséderez jamais. En tout cas pas en restant au FBI.

Vous inspirez fortement et, portant le verre à vos lèvres, buvez une nouvelle lampée du whisky qui vous brûle agréablement la gorge.

« J’ai toujours détesté ça », dit l’agent Nevabi en vous regardant faire.

Vous notez qu’elle a opté pour un verre de jus de fruits. Vous savez que vous n’êtes pas raisonnable. En plein sevrage morphinique, l’alcool n’est sans doute pas la meilleure idée du siècle. Mais vous êtes las d’être raisonnable. Vous l’avez été toute votre vie. Cela vous a coûté Audrey. Deux fois. Des années durant, vous avez fait passer votre travail, comme un sacerdoce, avant toute autre chose. Vous savez qu’on vous décrit comme un con zélé et arrogant, trop obéissant pour prendre les initiatives qui font la différence lors des montées en grade. Vous savez que votre coupe de cheveux trop parfaite, vos gestes contrôlés et votre humeur égale vous valent les moqueries de vos collègues.

Mais que savent-ils de vos cauchemars ? De vos nuits, passées à scruter le plafond de peur de vous endormir ? De la crainte du jour qui se lève, vous obligeant à affronter les autres, à leur dissimuler la souffrance et la folie qui vous dévorent comme un chancre et poussent inexorablement en vous, comme un chiendent que rien ne peut venir déraciner ?

Vous en avez plus qu’assez d’être discipliné, d’être le bon petit soldat que rien ne peut venir détourner de son devoir sacré.

Vous aimeriez être libre.

La révélation vous coupe le souffle. Libre. Voilà ce qui vous agace profondément chez Reddington : il n’a aucune attache, aucun compte à rendre. Il vit comme il l’entend, sans frein, sans morale, sans conscience. Il ne s’impose aucune limite.

Il est libre et vous, vous vous enfermez dans un carcan fait de règles et de barrières à ne jamais franchir. Vous êtes empêtrés dans vos propres contradictions comme un insecte dans une toile d’araignée et Reddington, tel un miroir déformant, vous renvoie une image de vous-même que vous ne supportez plus.

Vous videz votre verre d’un trait et en redemandez un à la jolie hôtesse. Elle vous sert avec un sourire charmant et vous la dévorez du regard. Elle aussi a déjà fait l’amour avec Reddington, vous y mettriez votre main à couper.

Trois verres plus tard, vous somnolez en ronflant sous les yeux moqueurs de Samar. Vos paupières sont lourdes et vous avez toutes les peines du monde à vous concentrer sur les babillages d’Aram. Vous croyez comprendre, à travers le brouillard qui engourdit vos sens, qu’il montre à un agent Nevabi à la fois enthousiaste et dubitative les vidéos amateurs des chasseurs de fantômes tournées sur l’île de… de quoi déjà ?

« Là, dit-il en désignant un endroit particulier de son écran. Vous voyez ?

- Aram, pitié, c’est du chiqué, s’esclaffe Samar.

- Regardez mieux, murmure celui-ci en se grattant le menton. Vous voyez cette brume ici, à droite ?

- Oui », dit-elle en se rapprochant ostensiblement de l’informaticien.

Ils sont presque joue contre joue et vous en éprouvez un curieux sentiment de solitude et d’abandon.

« J’ai scanné l’image et elle semble authentique. Bizarrement, ils n’y font pas attention et se concentrent sur cette manifestation-ci (il bouge son doigt de place et Samar le suit du regard) qui, elle, a été rajoutée en post-production. Du bon travail, d’ailleurs.

- Ce qui veut dire ?

- Ce qui veut dire qu’ils se sont donné beaucoup de mal pour trafiquer leur vidéo et nous faire croire à une manifestation ectoplasmique sans se rendre compte qu’à deux pas d’eux se trouvait un vrai fantôme. »

Samar reste silencieuse quelques instants, concentrée sur l’écran de l’ordinateur portable d’Aram. Vous avez de plus en plus de mal à rester éveillé et sentez vos yeux se fermer. Par un effort de volonté gigantesque, vous vous redressez et prenez une grande inspiration.

« Pensez-vous que nous devrions le dire à Ressler ? murmure soudain Aram, l’air embêté.

- Je ne sais pas s’il est en mesure d’entendre ce genre de révélation », lui répond Samar d’une voix si basse que vous devez tendre l’oreille.

Vous vous offusquez qu’ils parlent de vous comme si vous n’étiez pas là et vous tentez de vous avancer un peu plus dans le fauteuil qui vous semble tout à coup bien trop mou et n’offre aucune prise sur laquelle vous appuyer.

« Quelle révélation ? grognez-vous, vous étonnant de la lourdeur de votre langue.

- Regardez-le, poursuit Samar en vous désignant sans tenir compte de votre intervention. Il ne le supporterait pas.

- Hé ! criez-vous, soudain parfaitement éveillé. Je suis là !

- Qui aurait cru ? chuchota Aram en lorgnant avec embarras vers vous. Audrey… »

Vous les regardez avec stupéfaction ? Audrey ? Votre Audrey ? Que se passe-t-il avec elle ? Vous les voyez contempler l’écran, l’œil atone et indifférent, une expression lointaine sur le visage.

« Don… »

Vous tournez la tête vers l’origine du murmure. Liz est à présent endormie sur son siège et le hublot vous cache son visage. Personne d’autre ne se trouve dans la cabine.

« Don… »

Encore cette voix, faible et ténue, qui vous appelle. Bon sang… vous plissez les yeux, les sentant brûlants et fatigués.

« Audrey ? », dites-vous sans y croire.

Une brume vaporeuse ondule vers vous, blanche et immatérielle et vous reculez instinctivement, heurtant la coque.

« Je flotte, Don… », dit la voix douce et calme de votre tendre Audrey.

Vous regardez, hébété, le nuage s’opacifier et prendre les traits de votre bien-aimée. Elle vous regarde et vous sourit avec bienveillance, les yeux débordant d’amour. Vous sentez des larmes de tristesse et de fatigue rouler le long de vos joues tandis qu’elle s’approche de vous. Une main éthérée se faufile jusqu’à votre visage et vous caresse avec tendresse. C’est froid et humide et vous frissonnez, soudain effrayé à l’idée que cette chose vous touche. La pression sur votre peau s’accentue et vous sentez la morsure du froid, rude et impitoyable. Vous cherchez à reculer encore mais vous êtes piégé par la coque de l’avion et vous assistez, impuissant, à la transformation du spectre qui vous fait face.

« Je flotte, Don », dit-elle d’une voix plus caverneuse et empreinte d’une malignité qui vous fait froid dans le dos.

Le visage d’Audrey se déforme et devient hideux, fondant ses traits délicats dans une masse de chair dégoulinante comme de la cire et vous poussez un cri en croisant vos bras devant vous pour vous préserver de l’odieuse apparition. Vous tournez la tête sur le côté et regardez machinalement sur la table devant vous. Un nouveau hurlement s’échappe de vos lèvres sèches devant la tête coupée de Mako Tanida, gonflée et sanguinolente. Il vous scrute de ses yeux aveugles et sa bouche craquelée s’ouvre, laissant échapper un flot de sang noir et épais.

« Nous flottons tous, en bas, croasse-t-il avec une parodie de sourire.

- Et quand tu seras en bas, avec nous, poursuit le spectre qui s’est encore approché et vous griffe de ses doigts glacés, tu flotteras aussi ! »

Vous vous débattez, couvert d’une sueur froide qui ruisselle dans votre dos. Vous vous entendez crier des paroles inintelligibles et sentez des présences autour de vous que vous repoussez violemment.

« Ouh ! Sammy !! Réveille-toi !! »

Vous ouvrez les yeux et apercevez un immense dogue allemand au regard halluciné qui se vautre sur vous, les pattes avant appuyées sur vos épaules. Il vous secoue violemment et vous bave dessus en vous appelant Sammy.

« Ressler ! Réveille-toi ! »

Vous sursautez et ouvrez brusquement les yeux. Les agents Mojtabai et Nevabi se tiennent devant vous, l’air inquiet, et, dans l’allée centrale, Keen s’est accroupie à vos côtés et a posé une main apaisante sur votre épaule. C’est elle qui vient de parler.

Vous battez plusieurs fois des paupières, désorienté.

« Que… ? commencez-vous, ahuri.

- Tu as fait un cauchemar, Don, vous tranquillise Elizabeth.

- Merde…, dites-vous en essuyant votre visage trempé de transpiration.

- Ça va ? demande Samar avec sollicitude.

- Je ne sais pas, répondez-vous avec sincérité. C’était… bizarre.

- Vous devriez arrêter le whisky, Ressler », commente-t-elle d’un ton désapprobateur.

Vous acquiescez faiblement, encore sous le choc de votre cauchemar. L’hôtesse vous tend un verre d’eau et vous le buvez d’un trait, manquant de vous étrangler. Vos collègues vous regardent d’un air embarrassé et vous vous demandez ce que vous avez pu crier dans votre sommeil. Puis, comme si un signal silencieux avait retenti, tous se détournent simultanément et chacun retourne s’asseoir sur son siège. L’incident clos, vous vous adossez au fauteuil et songez à ce qui vient de se passer. Sans la morphine pour l’éloigner, Audrey revient s’emparer de vos pensées, plus présente et réelle qu’elle ne l’a jamais été. Vous réalisez que vous êtes trop fatigué pour la garder à l’écart de votre esprit et l’acceptez de guerre lasse, finalement soulagé de pouvoir la laisser reprendre sa place dans vos souvenirs. Vous jonglez prudemment avec cette notion fragile et ambivalente et, presque naturellement, comme l’on rééquilibre une charge trop lourde d’un haussement d’épaule, vous sentez soudain le poids de votre culpabilité se répartir et s’alléger sur votre conscience meurtrie. Vous restez un instant suffoqué de ce vide brutal qui soulage votre poitrine et cesse de comprimer votre cerveau et une larme unique roule sur votre joue, apaisante et libératrice.

Peut-être était-ce cela qui vous manquait : l’acceptation.

Vous fermez les yeux, reconnaissant, et vous rendormez calmement d’un sommeil sans rêve.

*

*        *

Vous vous éveillez lentement, la bouche pâteuse et la tête en vrac. Le souvenir d’Audrey vient s’enrouler autour de vous avec la douceur d’un murmure et vous sentez votre visage crispé se relâcher sous l’effet de la paix que connaît enfin votre âme amputée. Vous regardez par le hublot et voyez la terre se rapprocher. Vous supposez que c’est le changement de pression qui vous a réveillé.

« On arrive », vous confirme Aram.

Il vous considère d’un air soucieux et vous le rassurez par un faible sourire. C’est la première fois en plusieurs mois que vous êtes aussi calme et serein et vous appréciez cette sensation comme un cadeau inespéré de la providence. Vous songez même à remercier Reddington pour son excellent Bourbon qui a si bien su déverrouiller vos blocages émotionnels, c’est dire la profondeur de votre gratitude.

Aram hoche gravement la tête et reporte son attention sur le sol qui s’approche de plus en plus. Vous l’imitez et vous plongez dans le spectacle grandiose de la ville de Venise et de ses fameux canaux qui serpentent entre les bâtiments. L’un d’eux, plus large que les autres, semble couper la ville en deux en formant un S inversé et vous vous abîmez dans la contemplation aérienne de cette cité légendaire en essayant de ne pas vous souvenir qu’Audrey et vous aviez projeté d’y passer votre lune de miel.

Tout en perdant de l’altitude, l’avion effectue un large virage autour de la lagune et s’éloigne, laissant la ville derrière vous. Vous atterrissez quelques minutes plus tard sur le tarmac de l’aéroport, à distance des terminaux publics. Vous baillez et faites craquer votre nuque avant de vous étirer longuement. Vous remarquez du coin de l’œil Keen et Nevabi rajuster rapidement vêtements et cheveux et passer un doigt sous leurs yeux fatigués pour éliminer les traces de mascara qui aurait pu couler pendant qu’elles sommeillaient. Vous haussez les épaules devant des préoccupations si typiquement féminines et vous empressez de sortir à peine la porte ouverte.

Reddington vous attend devant une limousine scandaleusement longue, portant son détestable fedora et ses immondes lunettes de soleil fumées des années 80. Vous descendez les quelques marches qui vous séparent du sol. Le Médiateur du Crime s’approche et pose une main ferme sur votre épaule.

« Bon voyage, Donald ? », vous demande-t-il avec un sourire chaleureux.

Vous avez beau détester cordialement cet homme, vous devez reconnaître qu’il dégage un charisme singulier et, quelque ressentiment que vous puissiez avoir à son égard, vous ne pouvez nier qu’il sait parfois inspirer confiance et sympathie. C’est le cas aujourd’hui. Votre expérience cathartique vous pousse à la reconnaissance et c’est avec sincérité que vous serrez la main qu’il vous tend.

Il cille devant votre enthousiasme et garde votre main dans la sienne un instant de plus que nécessaire. Puis il hoche la tête et vous voyez une lueur de compréhension passer dans ses yeux assombris par les verres ambrés. Il vous sourit, de ce petit sourire de connivence que vous ne l’avez jamais vu avoir avec personne d’autre que Keen et se tourne brusquement vers la passerelle de l’avion. Il écarte les bras et accueille les autres membres de la Task Force.

« Lizzie ! s’exclame-t-il en lui prenant la main pour la porter à ses lèvres. Vous avez fait un bon vol, trésor ? »

Elizabeth sourit et se tortille devant lui comme une adolescente énamourée. Vous soupirez discrètement. Keen dans la poche, il fait le même numéro à l’agent Nevabi et vous constatez avec ébahissement que même le Mossad se laisse prendre au jeu. Samar rejette sa chevelure en arrière et se redresse, plus fière qu’un paon.

Cet homme a un magnétisme diabolique ! Vous observez, stupéfait, les deux femmes lui couler un regard de Chimène et se laisser conduire à la limousine par un Reddington charmant et séducteur.

Vous n’y comprenez rien. Il porte un chapeau ridicule et vous défendez âprement votre conviction selon laquelle ses lunettes de soleil devraient être interdites à la vente pour cause de mauvais goût caractérisé, au même titre que les peluches Furby, les pantalons à pattes d’éléphant et les Renault Twingo. Alors quoi ? Comment peut-il plaire autant avec de tels accessoires ? Il vous fait signe de les rejoindre et vous vous exécutez, toujours dans vos pensées. D’ailleurs, ces lunettes vous rappellent quelqu’un. Il s’apprête à entrer dans la voiture et enlève son chapeau, exposant son crâne au cheveu rare et soudain, c’est l’illumination ! Sans chapeau, avec ses lunettes, il ressemble à l’inspecteur Kojak ! Vous rigolez dans votre barbe en montant à sa suite et vous promettez, quelle qu’en soit la façon, de le casser aux yeux de vos collègues féminines avec cette comparaison hilarante.

Vous sentez que vous allez passer un excellent séjour. 

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