Paper Mario : le Soleil Noir

Chapitre 24 : La naissance d’une légende

Par misterseven

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


C’était une fin de matinée, quelques mois plus tard. Sur la plage toujours aussi stérile et craquelée qui constituait la tombe de Byosis, se trouvait un groupe d’individus d’allures douteuses et très disparates, qui conversaient à voix basse. On n’entendait pas la teneur des propos, mais ils hochaient la tête d’un air courroucé.


Leur attention ne fut pas tout de suite attirée par la silhouette aux couleurs flamboyantes de Mercus, qui marchait tranquillement sur les derniers brins d’herbe marquant la limite de la plage. Il était en compagnie d’un Pingouin et d’un Pianta fortement taillé, qui suivait les deux autres de près en jetant des regards soupçonneux à droite et à gauche et en se massant ses poings volumineux.


- …écoute, Bankise, je comprends que Frissonville te manque, mais t’installer à Picaly Hills te rapportera bien plus que la pêche au poisson, je te le garantis.

- Mais pourquoi moi, déjà ?

- J’ai besoin de quelqu’un qui n’a pas froid aux yeux et qui saura garder la tête froide dans les moments les plus difficiles.


Le dénommé Bankise jeta un regard polaire à Mercus.


- C’est limite, comme type d’humour, tu sais, déclara-t-il d’une voix glaciale.

- J’avoue, c’était plus drôle dans ma tête… Mais je suis sérieux par ailleurs, ta famille et toi avez le sens des affaires. 

- C’est tout ce dont il s’agit ? D’un sens des affaires ?

- De ça et de sauver le monde.

- Rien que ça, répondit Bankise avec un haussement d’épaules. Et eux ? ajouta-t-il en désignant de sa nageoire le groupe de marginaux qui conversait à part. Ils font partie de ton réseau aussi ?

- Oui, et tu vas devoir traiter avec eux. Maintenant qu’il est enfin terminé, le chemin de fer ne va pas se maintenir tout seul.

- Tu plaisantes j’espère ? Me laisser traiter seul avec ces malfrats ?

- Oh, mais ne t’inquiète pas, je ne serai jamais loin, et Pianthor (il désigna le Pianta qui suivait toujours derrière) t’aidera et te protègera. D’ailleurs, j’ai un tout autre sujet à voir avec eux. Tu remercieras ton cousin pour avoir accepté d’enquêter et de les avoir réunis ici. Maintenant, au travail.


Bankise s’éloigna d’un air mécontent, en maugréant dans son bec. Mercus le regarda s’éloigner d’un air satisfait, puis il se rendit compte que le groupe de marginaux ne conversait plus et lui lançait un regard collectif assassin dans un silence lourd comme un Thwomp. Il fit un léger signe d’assentiment au Pianta, qui le lui rendit, puis leur lança :


- Mes amis ! Merci d’avoir fait tout ce chemin. Contents de me voir, hein, bande de canailles ?

- Espèce d’escroc ! s’écrièrent aussitôt et simultanément plusieurs d’entre eux, et la moitié lui sautèrent dessus pour l’empoigner en divers endroits. Mercus se retrouva très vite penché vers l’arrière, les pieds touchant à peine le sol, son éternel sourire quelque peu crispé par les différentes lames de couteaux et autres armes blanches peu sympathiques qui s’alignaient autour du contour de son visage. Un Ralf au poil particulièrement touffu et hirsute montra les crocs en grondant.


- Tu nous arnaques et tu nous laisses en plan, et tu as le culot de nous faire venir jusqu’ici la bouche en cœur en nous demandant si nous sommes « contents de te voir » ?

- Tu as ruiné nos vies, misérable chacal ! s’écria un Bandit habillé en violet. Et on va te le faire payer, après toutes ces années !

- Les dures règles du jeu des affaires, Kiship. Certains business sont risqués et on peut tout y perdre, surtout celui des Badges, si je crois me souvenir pour toi, répondit Mercus en levant tranquillement les mains pour leur dire que c’était bon. Je comprends votre réaction, sincèrement. Si vous voulez me le faire payer, je ne vous retiens pas. Mais vous devrez alors en répondre à mon garde du corps.


Il fit un signe de tête vers le Pianta, qui les jaugeait tous d’un air mauvais en faisant craquer ses jointures. Il apparut clairement aux autres qu’il ne les avait pas encore tabassés parce que Mercus lui avait demandé de se tenir tranquille pour l’instant.


- Ou alors, vous allez écouter ce que j’ai à vous dire. Car croyez-le ou non, je viens me racheter auprès de vous.

- Et comment diable ?

- En vous proposant de travailler pour moi. Vous serez grassement payés, bien plus que ce que vous payaient vos jobs d’autrefois, et pour un job bien plus tranquille aujourd’hui.


Un silence parcourut le groupe, et Mercus fut relâché sans grâce. Il se releva en s’époussetant.


- Et tu crois qu’on va avoir envie de nous coucher devant toi, et devoir croiser ton sourire perfide pendant que tu nous payes à être tes larbins ?

- Vous ne viendrez pas à Picaly Hills avec moi. En fait, vous n’aurez pas à me voir du tout.

- Mais où travaillerait-on, alors ?

- Ici ! déclara Mercus, ravi. La mer et la forêt à portée de main. Que demander de plus ?


Le groupe de malfrats regarda aux alentours, l’air hagard. Au bout d’un moment, le Bandit nommé Kiship s’exclama :


- Sûrement pas ! Je connais cet endroit. Mon cousin m’en a parlé. Il y a une ville qui a été engloutie par un monstrueux cataclysme là-dessous, il y a des mois. Un démon, je crois. On raconte que l’endroit est maudit ! Que ceux qui s’y installent subiront le même sort un jour ou l’autre…

- Pour ce que je suis prêt à vous payer, vous pourrez passer outre.

- Va falloir raquer, papy, répliqua Kiship d’un ton acide.

- J’assurerai un certain financement pour construire sur ce terrain. Vous aurez carte blanche, vous aurez toute liberté de vous organiser comme il vous plaira. C’est l’endroit idéal pour un port, notamment. Byosis, la ville précédente, était la plus riche grâce à ça. Un port de canailles, ça sonne bien non ? Et je rajoute en bonus, si cela vous chante de tenter votre chance, la perspective d’un trésor, qui se trouve directement sous vos pieds, et dépassant vos rêves les plus fous.

- Il dit vrai, déclara d’une voix nasillarde une silhouette encapuchonnée du groupe qui était restée en retrait.


Un silence suivit, et ils se mirent tous en cercle pour échanger à voix basse, en jetant de temps à autre un regard courroucé à Mercus ou un sourire mauvais sur les lieux, comme s’ils se voyaient déjà en chefs de la truanderie. Mercus, lui, avait froncé des sourcils.


- Je vous connais ? lança-t-il à la femme dont le visage était entièrement dissimulé par la capuche. Je ne me souviens pas avoir traité avec vous.

- Détrompe-toi, lui répondit-elle. Je suis, par ta faute, la plus fourvoyée de tous ces imbéciles.


Mais les autres avaient fini leur conciliabule, sans les écouter.


- Marché conclu, répondirent-ils. Et ce travail, en quoi consiste-t-il ?

- Je vous l’ai dit, vous avez carte blanche. Il s’agira juste d’habiter ici, et de fonder une ville prospère. Vous aurez juste une tâche plus précise, qui ne demande pas de grands efforts : vous allez surveiller et protéger quelqu’un qui vit là-dessous (il montra le tuyau vert non loin d’eux en disant cela).

- Qui ?


Mercus laissa un temps de silence, en adressant un sourire se voulant mystérieux à l’assistance.


***


Dix-sept ans plus tard, le soleil se levait à peine sur la côte, toujours stérile et dévastée après toutes ces années. Un ensemble de maisons de fortune, faites d’un mélange disparate de bois, de pierre et de débris métalliques, avait poussé comme un parterre de champignons hideux en son milieu. Un petit groupe d’habitants, dont une famille de Ralfs, se tenait autour d’une marmite qui chauffait sous un petit feu, dans un espace dépourvu de maisons.


Un bruit leur parvint du tuyau vert qui sortait de terre à quelques mètres du hameau, et une jeune fille blonde, vêtue d’une robe à la sobriété élégante, émergea du tuyau, un panier à la main. Ce devait être une scène habituelle, car les Ralfs l’interpellèrent aussitôt :


- Hé, Yaj ! Tu es bien matinale aujourd’hui, princesse !

- Bonjour, mes amis ! répondit-elle d’une voix claire et gaie. Oui, nous manquons de fleurs de feu, et la pauvre Vetuss T a besoin d’un remontant pour sa gorge… La pauvre, à son âge !

- Et comment va ta mère ?

- Elle va très bien, merci ! Elle vous passe le bonjour.

- Dis-lui que comme depuis qu’on est arrivés ici, on n’a rien vu qui vient de la m… Oh, j’ai parlé trop vite !


Nuyajah se retourna. C’étaient deux Toads, coiffés tous deux d’un chapeau à pois violets, et qui montaient des créatures que Nuyajah n’avait jamais vues avant, des sortes de petits dinosaures chaussés, aux grands yeux ingénus. Ils n’avaient pas l’air particulièrement mauvais, et paraissaient même amicaux. Ce qui contrastait singulièrement avec les Toads, qui eux étaient chacun vêtus d’une armure aux formes agressives, trop grandes pour leurs corps anormalement chétifs, et l’un d’eux tenait une bannière représentant un champignon violet, au regard courroucé, sur un fond beige. Ils venaient de débarquer d’un bateau qui était arrivé de l’est. Par la disposition du tuyau, Nuyajah se tenait entre eux et le minuscule village.


- Oh, jeune fille ! dit l’un des deux Toads, qui arborait une mèche de cheveux noirs qui lui tombait entre les deux yeux (ça ne lui allait pas du tout). Par ordre de la reine Borgina, nous sommes ici pour enquêter sur le sort d’une personne qu’elle tient à retrouver.

- Heu… Oui, bien sûr, si je peux vous être utiles. Qui cherchez-vous ?

- Nous ne donnerons pas de nom. Contente-toi de ce portrait.


L’un des chevaliers déplia un parchemin représentant une jeune fille d’une grande beauté, aux cheveux noirs, à la grâce princière et au regard enflammé. Nuyajah l’examina attentivement. La jeune fille ne devait pas avoir plus de seize ans.


- Alors ? s’impatienta l’autre chevalier.

- Oh ! Parle mieux à Yaj ! cria l’un des Bandits la bouche pleine (ils avaient commencé leur repas).

- C’est bon, Kiship, ne t’inquiète pas, lui lança Nuyajah par-dessus son épaule. Elle ne me dit rien, ajouta-t-elle en se tournant de nouveau vers les deux chevaliers. Pourquoi la recherchez-vous ?

- Ça, ce n’est pas ton affaire, jeune fille. Si tu ne sais pas qui elle est, peut-être que tu peux nous conduire où elle se trouve.

- Et où est-elle censée se trouver ?

- Ici, à Byosis. Nos… prédécesseurs ont essayé de la récupérer après confirmation qu’elle est venue y habiter, il y a près de quarante ans.

- Mais… Vous n’êtes pas au courant ? Byosis a été détruite lors d’un cataclysme, il y a presque dix-huit ans. Elle se trouvait précisément ici, et il n’en reste rien.

- Ne nous mens pas, répondit l’autre chevalier en agitant le manche de son drapeau dans sa direction. Byosis a survécu à la destruction. Des gens y habitent toujours et sont remontés à la surface, le bouche-à-oreille par ces vauriens derrière toi a fait le reste.

- Ces QUOI ? s’exclama l’un d’eux en les fusillant du regard.

- Je vous assure, chevalier, qu’il ne reste rien de Byosis. Ne croyez pas ces rumeurs absurdes. Demandez à ces charmants villageois. N’est-ce pas, les amis ?

- Ouais ! Warf warf ! Y’a qu’nous ici...

- Mais si vous cherchez que’qu’chose sous terre, on peut vous aider à creuser et on rebouche derrière vous !


Ils hurlèrent tous de rire, des rires gras et grossiers que Nuyajah coiffa d’un sourire angélique en se tournant de nouveau vers les deux chevaliers qui eurent l’air suprêmement outrés.


- Te moquerais-tu de nous ? Tiens ta langue, péronnelle !

- Chevalier ! répondit Nuyajah en fronçant les sourcils avec une soudaine sévérité, sans plus de sourire sur son visage maintenant. Ce n’est nullement chevaleresque de parler ainsi à une demoiselle. Que dirait votre reine ?

- Je te préviens, si tu mens...

- ...que’qu’tu vas faire, hein ? répondit l’un des Ralfs en se levant abruptement, son plus gros œil jetant soudainement des éclairs, en pliant nonchalamment ses bras larges comme des Wackas.

- Fais gaffe à comment qu’tu lui parles à la p’tite, surenchérit une autre Ralf, une petite vieille sale et hagarde au poil bouclé comme celui d’un caniche et qui ne dépassait pas le mètre quarante, tout en sortant deux petits couteaux de sous son jupon élimé.

- Tu crois me faire peur avec tes jouets, sac à puce ? répondit le premier chevalier avec un rictus méprisant tout en tirant une petite épée.

- Pas là, répondit la petite vieille avec un grand sourire édenté, mais p’têt’ quand ma fille Doga aura plaqué ta sale tête cont’le plancher des vaches et qu’y viendront t’chatouiller les lobes d’oreille… ou aut’chose...


En disant cela, sa fille, une colosse chauve de deux mètres aux traits rappelant beaucoup plus ceux d’un dogue, à la mâchoire carrée, s’était lentement dressée derrière elle. C’est ce moment que les deux chevaliers choisirent pour raisonnablement commencer à flancher.


- Allons, allons, Knish, du calme. Les amis, ne nous énervons pas, intervint Nuyajah d’une voix apaisante. Je suis sûre qu’ils ne pensaient pas ce qu’ils disaient. N’est-ce pas, chevaliers ? Nous allons donc simplement oublier tout ça et reprendre là où nous en étions tous avant de nous rencontrer. Moi, je vais simplement aller cueillir des prêles pour le dîner, des fleurs de feu pour les remèdes de Tousso T et de Calami T, et mes amis vont rester calmement assis par terre autour de leur feu en s’abstenant d’utiliser leurs « jouets » sur qui que ce soit. Quant à vous, vous allez passer votre chemin pour continuer vos recherches, ô combien importantes j’en suis sûre, pour votre bonne reine Borgina. Je suis certaine que vous trouverez celle que vous cherchez. Bon courage !


Et elle passa en chantonnant et en balançant allègrement son panier, devant les chevaliers qui la suivirent des yeux, l’air ahuri, tout en jetant des regards anxieux en coin aux bandits. Ces derniers mâchaient leur repas douteux ou léchaient leurs couteaux luisants de sauce en les fixant d’un regard carnassier.


***


- Maman, je suis rentrée !

- La cueillette a été bonne, ma chérie ?


Nuyajah était de retour à Byosis, après être revenue de sa balade et passée par le tuyau qui la ramenait sous terre (les chevaliers Toads n’étaient plus là quand elle était repassée, bizarrement). Elle posa son panier rempli sur une table, dans la pièce de la maison où elle et sa mère habitaient - qui n’était autre que l’ancienne maison de Mavila.


- Oui, mais… Avant ça, j’ai fait une rencontre… un peu étrange.


Et elle la mit au courant. Le visage d’Ehpicia se figea au fur et à mesure et à la fin, elle avait légèrement pâli. Ce qui n’échappa pas à Nuyajah.


- Mère, sais-tu qui sont ces gens ? Est-ce que ça a un rapport avec le fait que tu sors toujours à la surface pour regarder dans la même direction à chaque fois ? C’est de là qu’ils venaient.

- Nuyajah, ma chérie…

- Est-ce que ça a quelque chose à voir avec papa ? demanda brusquement Nuyajah sans attendre la suite, l’expression soudain alerte et avide.

- Non, ma chérie. Tu sais déjà tout de lui. Enfin, tout ce qu’il y a à savoir.

- Quelque chose à voir avec toi, alors.


La femme aux cheveux noirs striés de mèches grises respira profondément en fermant les yeux. Lorsqu’elle les rouvrit, une larme coula sur sa joue.


- Mère… Pourquoi pleures-tu ? C’est quelque chose que j’ai dit ?

- Non, ce n’est rien…

- Je n’aime pas les secrets, mère. Qu’est-ce qu’il y a par là-bas ? Tu veux y aller ?

- C’est le contraire. Je n’ai pas envie d’y retourner, mais j’aurais dû, depuis le moment où j’en suis partie. (Elle se tourna vers sa fille.) Il est temps que tu saches d’où tu viens, Nuyajah.


Et ce fut au tour d’Ehpicia de mettre sa fille au courant, ce qui mit bien plus de temps. À la fin, Nuyajah était incrédule.


- Tu es une princesse qui as abandonné le royaume dont tu étais l’héritière ? (Nuyajah leva les yeux au plafond. Cela faisait pas mal d’un coup à intégrer.) Quand je pense que tu as passé mon enfance à me raconter sarcastiquement les aventures d’un Koopa qui préférait abandonner ses amis pour courir après des légendes sans queue ni tête… Au moins, lui revenait régulièrement !

- J’avais seize ans !

- Mais tu en as cinquante-trois, maintenant.

- Et toi, tu n’en as pas dix-huit, ma chérie. Et je te demande, s’il te plaît, d’éviter ces gens à l’avenir. Je n’ai pas envie qu’ils sachent que je suis ici.

- Mais maman… ils reviendront et je ne pense pas qu’ils abandonneront leurs recherches. Ils finiront par descendre ici et te trouver. Et que se passera-t-il alors ?


Ehpicia resta silencieuse, manifestement incapable de répondre à cette question.


***


Le lendemain, Nuyajah marchait de nouveau dans les bois voisins de la plage. Par chance, elle n’avait pas recroisé les chevaliers Toads. Son panier était déjà à moitié rempli de racines, de fruits et d’herbes en tout genre, quand son regard tomba au pied d’un arbre, un peu à l’écart du sentier. C’était un champignon comme elle n’en avait jamais vu auparavant, avec un chapeau parfaitement rond et rouge à grands pois blancs. Mais surtout, c’était son pied, très court et large, orné de deux petits yeux. Cela lui rappela les fleurs de feu.


- Tiens ! Bonjour toi ! Tu as l’air un peu seul… 


Elle le ramassa délicatement et le posa sur ses autres denrées, au sommet de son panier. Le champignon, les yeux maintenant tournés vers elle, semblait la contempler avec innocence. Mais si, elle l’avait vu auparavant. Sur le drapeau des chevaliers, mais avec un regard beaucoup plus doux. Qu’est-ce que cela voulait dire ?


Elle revint près de l’entrée vers les ruines de Byosis, sur la terre craquelée balayée par les embruns, quand son regard tomba sur le campement des Ralfs. Et tout de suite, elle vit que quelque chose n’allait pas. Ils étaient tous rassemblés autour de l’un des leurs, qui était allongé par terre. Ses pieds qui dépassaient du cercle étaient agités de convulsions. Nuyajah se précipita, en manquant de lâcher son panier, et tandis qu’elle les rejoignait, elle entendit un bruit de galop dans son dos qu’elle avait déjà entendu avant et qui s’éloignait.


- Que s’est-il passé ?

- Ces crétins d’Toads de l’autre jour ! Y sont revenus !

- Qu’est-ce qu’ils lui ont fait ?

- Y z’ont commencé à poser leurs questions et, quand on leur a dit de déguerpir, l’un d’eux a fait sortir de son chapeau un nuage de saletés d’poussières violettes qui l’ont atteinte en pleine tête !

- Ma p’tite fille, sanglota Knish en cramponnant le corps de plus en plus violemment agité de Doga.


Désemparée, Nuyajah resta un moment sans savoir quoi faire devant la scène déchirante de Doga dont la vie quittait lentement son corps empoisonné, sa gueule et sa truffe se remplissant de mousse lavande. Elle sentit alors une petite secousse régulière au niveau du bras qui portait son panier. Elle baissa les yeux et son regard tomba sur le champignon doté d’yeux qui s’était tourné tout seul vers la scène, et qui sautillait faiblement comme pour rejoindre la malade.


- Tu… tu veux l’aider ? s’enquit Nuyajah, interloquée. Comment ?


Sans réfléchir, elle prit le champignon dans sa main et l’approcha du museau. Aussitôt, le champignon ferma les yeux et son chapeau s’agita, ses pois se mirent à scintiller, et un nuage de spores s’échappa par la truffe de Doga, capté par le champignon. Sous le regard ahuri des Ralfs, il acheva d’extraire le poison. Le rouge de son chapeau était devenu violet, et son regard si innocent au début était maintenant franchement mauvais. Il n’y avait plus de doute. C’était bien l’écusson des chevaliers d’hier.


***


- Nuyajah ? Ma chérie, enfin te voilà. Tu en as mis du temps…

- Oui, mère. J’ai… encore eu un petit contretemps.

- Encore ces Toads belliqueux ?

- Plus ou moins.


Nuyajah posa son panier sur la table.


- Alors raconte ! Qu’est-ce qui s’est… (Le regard d’Ehpicia tomba alors sur le champignon empoisonné qui la fixait d’un air mauvais, et elle changea complètement de question.) Où as-tu trouvé ça ?

- Par terre, dans la forêt… et sur la bannière de ces chevaliers. Mais il n’était pas comme ça avant.


Un long silence suivit. Ehpicia n’avait jamais paru aussi morfondue. Nuyajah lui raconta la scène qui venait de se produire en surface.


- C’est donc ça qui se passe là-bas ? demanda-t-elle aussitôt après avoir fini. Dans ton royaume ? Empoisonner les dissidents, et corrompre ces pauvres Toads ? Je connais ceux d’ici, mère. Ils sont incapables d’une telle cruauté. Ce sont des créatures gentilles, innocentes et loyales. Leur comportement n’est pas normal. 

- Je ne pensais pas que c’était grave à ce point… Je te jure, je ne savais pas !

- Je ne te juge pas, mère. Ce n’est pas toi qui as fait ça, tu n’es pas responsable. Pire, tu pourrais être la prochaine victime… Après tout, c’est toi qu’ils recherchent. Cette « Borgina » doit craindre de te voir revenir un jour pour challenger son trône. TON trône.

- Je ne veux pas de ce trône, je te l’ai déjà dit.

- Mais une personne aussi cruelle ne peut pas l’occuper non plus ! Mère, je ne peux décemment pas rester ici pendant que ton royaume se meurt et que ses sujets souffrent. Doga a eu de la chance aujourd’hui, mais ils finiront par blesser ou tuer quelqu’un dans leurs recherches. Et tous les pauvres sujets de ma tante… Nous devons faire quelque chose !

- Non… pas nous. Toi, ma fille.

- Pourquoi tu souris ?

- Parce que je te connais. Tu iras là-bas et rien ne te fera changer d’avis.

- Tu ne comptes pas me laisser y aller toute seule quand même ?

- Ma vie est ici, ma chérie. Je ne peux plus retourner là-bas. Mais toi, si. Et ce qui me fait rire, c’est cette ironie de voir ma fille entreprendre l’exact opposé de ce que j’ai fait il y a trente-sept ans. 

- Mais si tu ne viens pas avec moi, ça veut dire que…

- Tu es une femme maintenant. Et tu as choisi ta voie. Que je préfère largement à celle de rester enterrée ici toute ta vie… Va, ma fille. Promets-moi simplement une chose, lorsque tu y seras…

- Oui, quoi ?

- Fais le coup du seau d’eau sur la porte au majordome, j’en ai toujours rêvé.


Elles éclatèrent de rire. L’instant d’hilarité ne dura cependant pas, et bientôt elles furent en pleurs dans les bras l’une de l’autre au son d’adieux chagrinés.




Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés