Coucou tout le monde !
On approche dangereusement de la fin de cette aventure… et autant vous dire que ça ne sera pas de tout repos ! Ce chapitre et le suivant seront plus longs que d’habitude, alors ne vous effrayez pas en voyant leur longueur. C’est tout à fait normal, et c’est entièrement volontaire !
J’espère que vous êtes prêts pour la suite, parce que nos héros vont devoir tout donner…
Chapitre 26 – L’épreuve Partie 1
L'Observatoire suivait une trajectoire bien précise à travers l'espace silencieux. À vitesse constante, il laissait derrière lui une longue traînée d'énergie azurée qui se dissipait peu à peu dans l'immensité du cosmos. Il slalomait entre les planètes verdoyantes qui dérivaient paisiblement, dépassant celles faites de roches ou de glace, de lave ou de cristal, vers une destination qui leur était inconnue. Toujours guidés par la voix d'Harmonie, ils ne perdaient jamais le cap. Autour d'eux, l'univers ne cessait jamais de dévoiler ses merveilles.
D'immenses nébuleuses aux teintes violettes et turquoise dessinaient d'élégants rubans lumineux qui serpentaient entre les étoiles. Au loin, des pluies de météorites illuminaient brièvement l'obscurité avant de disparaître derrière d'immenses amas rocheux flottant dans le vide. Par moments, des étoiles filantes traversait le ciel, laissant derrière elle de fines lignes scintillantes qui s'effaçaient progressivement avec le temps. Malgré la beauté du spectacle, personne ne prenait réellement le temps de l'admirer. Tous n’avaient plus qu’une chose en tête, venir à bout de Cursa avant qu’il ne soit trop tard.
Aux commandes se trouvaient Mario et Luigi, qui s'efforçaient d'apprendre à piloter un engin d'une telle envergure. Jamais de leur vie ils n'avaient conduit autre chose que des voitures ou des motos, et Mario ne se sentait guère rassuré devant l’imposant tableau de bord qui s'offrait à lui. Une multitude de boutons, de leviers et de cadrans s'étendaient jusqu'aux limites de la salle, dont il ignorait jusqu'à la fonction. Après plusieurs tâtonnements et quelques fausses manipulations, ils étaient finalement parvenus à modifier leur trajectoire. Tant que l'Observatoire continuait de filer droit vers sa destination, le reste leur importait peu.
Heureusement que la petite Luma avait déjà vu sa maman manœuvrer la station, sans quoi ils seraient probablement encore en train de chercher comment la faire avancer ! Il fallait dire que l’improvisation avait toujours été leur fort… depuis qu’ils étaient petits, Mario ne se laissait jamais dépasser par les évènements et trouvait toujours une solution à tout. Là, en l'occurrence, il se contentait d'appuyer sur les boutons qui lui semblaient les moins dangereux, avec l'espoir que cela suffirait à les mener jusqu'à Harmonie. La station spatiale s'enfonçait toujours plus loin aux confins de la galaxie. Peu à peu, les planètes florissantes qui abritaient autrefois la vie laissèrent place à des mondes noircis et désolés.
Toute leur vitalité avait été comme aspirée, témoignant de l'influence grandissante de Cursa et du fait qu'ils se rapprochaient inexorablement de son repaire. On aurait dit que toute joie et toute lumière avaient déserté cette région de l'univers. Même le silence y paraissait différent, plus pesant, plus oppressant, au point d'étouffer le moindre souffle de vie. Il y avait définitivement quelque chose qui n'allait pas... Évitant les petites planètes qui dérivaient sur son passage, la station poursuivit sa route en direction d'une immense source de lumière violette qui baignait les environs d'une lueur inquiétante. Son rayonnement s'étendait dans toutes les directions, dessinant autour d'elle un halo maladif qui dévorait les ténèbres.
Elle évoquait un soleil, mais sa clarté froide et sinistre contaminait tout ce qu'elle éclairait. Les reliefs des astres voisins se découpaient sous cette lumière étrange, déformés par des ombres longues et menaçantes. Plus ils s'en approchaient, plus un étrange son commençait à résonner dans l'immensité du vide... Non. Ce n'était pas un simple son. C'était une voix. Une voix familière qu'ils avaient tous déjà entendue, mais dont la mélodie s'était ralentie, assombrie... comme si elle avait été déformée par les ténèbres elles-mêmes. Elle se propageait tel un écho à travers le vide intergalactique, annonçant un funeste présage à tous ceux qui osaient pénétrer sur ce territoire.
C’était la voix modifiée de Solfège.
You don't wanna hurt me
But see how deep the bullet lies
Unaware, I'm tearing you asunder
There is thunder in our hearts…
Les notes étaient toutes faussées, arrachant des frissons à tous ceux qui se trouvaient dans la station. Pourtant, derrière ces intonations sombres, chacun reconnaissait encore la voix de la reine du Pays-Noir. Celle-ci paraissait prisonnière de cette mélodie lugubre, déformée par l'emprise de Cursa. Comment pouvait-elle encore utiliser sa voix ? Voilà un mystère dont seule Solfège détenait désormais la réponse. Au cours de sa quête à travers les fragments éparpillés de sa voix, elle avait fini par comprendre pourquoi Cursa la lui avait dérobée. Toutes deux partageaient, depuis leur naissance, une seule et même voix. Mais tandis que celle de Solfège avait le pouvoir d'apaiser, de guérir et de raviver la lumière dans le cœur des êtres, celle de Cursa ne propageait que la corruption, la souffrance et la destruction.
Nées d'un même événement cosmique, elles étaient, en quelque sorte, deux sœurs issues d'une même origine. Pourtant, tout les opposait. L'une incarnait la lumière ; l'autre, les ténèbres. Depuis le commencement, leurs destins étaient inextricablement liés. Quelque part dans les profondeurs de l’univers, un fil invisible les avait toujours rapprochées, malgré les distances et les années. Mais tôt ou tard, leurs chemins étaient condamnés à se croiser. Et ce jour était enfin arrivé. Il était temps de mettre un terme à cette interminable souffrance et de rétablir l'équilibre de l'univers.
Harmonie comptait sur eux.
You
It's you and me
It's you and me, you won't be unhappy…
Une mélodie que Bowser ne connaissait que trop bien. C'était l'une de ses chansons préférées, tant elle lui rappelait une période qui avait profondément marqué sa vie…
Celle où sa bien-aimée n'était encore qu'un petit oiseau en cage, seule et effrayée, à sa merci après qu'il l'eut capturée sur sa petite planète. C'était le jour où il avait entendu sa voix pour la toute première fois : une voix envoûtante, pleine de douceur, qui s'était gravée dans sa mémoire dès les premières notes. À l'époque, il n'aurait jamais imaginé qu'un chant aussi fragile puisse laisser une empreinte aussi profonde dans son cœur. C'était cette même chanson qu'elle avait entonnée pour apaiser la colère du dragon mécanique, lors de ce combat mémorable pour sa liberté, brisant les chaînes invisibles qui la retenaient prisonnière du roi Tic-Tac.
Bowser se souvenait encore de la façon dont cette mélodie avait peu à peu remplacé le fracas des machines, imposant sa douceur au milieu du chaos. C'était aussi celle qu'elle fredonnait chaque fois qu'elle souhaitait apaiser les tourments de ceux qui l'entouraient, ou encore lorsqu'elle berçait Junior après l'un de ses cauchemars. Cette mélodie n'était pas une simple chanson. Elle incarnait l'espoir, le réconfort et la bienveillance de Solfège. L'entendre ainsi corrompue pour servir les desseins de Cursa lui était presque insupportable. La voix de Solfège était née pour apaiser les cœurs, pas pour répandre les ténèbres ! Une colère noire monta en lui, brûlant chaque parcelle de son être.
Comment cette misérable osait-elle profaner ce qu'il avait de plus précieux ? Personne n'avait le droit de toucher à Solfège.
Ni à elle... ni à sa voix.
La mélodie dénaturée continuait de se répandre autour d'eux alors qu'ils s'enfonçaient toujours plus loin vers l'inconnu, guidés par les indications de la Luma, persuadée de reconnaître la voix de sa mère. Elle ne cessait de l'appeler... Sans comprendre les paroles qui lui parvenaient, elle savait pourtant qu'elle ne pouvait appartenir qu'à Harmonie. C'était instinctif. Après de longues minutes de voyage, la pointe de l'Observatoire, où se tenaient Mario et Luigi, leur dévoila un spectacle des plus inattendus. Brièvement éblouis par cette intense lueur, ils découvrirent une gigantesque boîte à musique close, flottant au cœur de vastes anneaux qui gravitaient autour d'elle.
D'imposantes structures métalliques semblaient canaliser, voire amplifier, l'énergie colossale concentrée en son sein. Une sphère de lumière bleue et violette y pulsait doucement, irradiant l'espace d'une lueur presque aveuglante. L'édifice, aux dimensions astronomiques, défiait toute logique. Les mâchoires de Mario et de Luigi se décrochèrent devant une telle vision. Jamais ils n'auraient imaginé découvrir une structure aussi folle, perdue au beau milieu de l'immensité du cosmos. Il n'y avait aucun doute possible, la voix venait bien de là...
Mais ce n'était pas tant cette vision extraordinaire qui les effrayait… C'était ce qui se dressait derrière elle. Un trou noir d'une taille colossale engloutissait tout ce qui se trouvait à sa portée. Son œil d'un noir absolu dévorait jusqu'à la lumière elle-même, ne laissant derrière lui qu'un gouffre sans fond où l'espace paraissait se tordre et se déchirer. Autour de lui, les étoiles, les météorites et les poussières cosmiques étaient irrésistiblement happées dans une lente spirale avant de disparaître à jamais dans cet abîme insatiable. Les rayons lumineux se courbaient autour de cette monstruosité cosmique, comme si les lois mêmes de l'univers s'effondraient en sa présence.
Chaque pulsation de cette bouche de ténèbres ébranlait le vide, donnant l'impression que le cosmos tout entier était lentement entraîné vers sa fin. Même à travers les parois de l'Observatoire, ils pouvaient presque ressentir la force invisible qui les attirait vers cet abîme. Il découpait la silhouette de la boîte à musique et de ses anneaux gravitationnels dans le vide, les faisant paraître dérisoires face à cette gueule béante capable d'engloutir des mondes entiers. Absolument personne n'avait envie de se retrouver aspiré par cette chose… Qui savait ce que ça leur ferait subir ? La moindre erreur de trajectoire pourrait suffire à les condamner, et cette pensée glaçait les esprits les plus courageux.
Spectatrice de cet effroyable spectacle, la Luma triturait nerveusement ses petits bras, se sentant ridiculement minuscule face à une telle démesure. Au bord de la plateforme, à quelques pas seulement du vide, elle contemplait avec appréhension cette étrange planète à la silhouette singulière. Sa maman était-elle vraiment ici ? Elle jeta un bref regard vers l'infirmerie, où reposaient encore ses sœurs, puis puisa le courage de continuer. Elle faisait cela pour Harmonie. Pour elles. Elle ne pouvait pas abandonner maintenant ! Ses petits bras cessèrent peu à peu de trembler, tandis qu'une résolution nouvelle brillait dans ses yeux.
Alors qu'elle raffermissait sa détermination, une ombre gigantesque engloutit lentement le sol derrière elle. Un grondement métallique déchira le silence. De lourds pas mécaniques faisaient vibrer toute la plateforme, chacun d'eux résonnant comme le battement d'un cœur d'acier. Une immense jambe s'abattit à côté d'elle dans un fracas assourdissant, arrachant quelques étincelles sous son poids colossal. Derrière la petite étoile se dressait une silhouette titanesque. Une armure d'acier hérissée de pointes, parcourue d'engrenages en perpétuel mouvement, dont deux phares jaunes s'illuminèrent dans l'obscurité. Leurs faisceaux balayèrent la plateforme avant de se fixer vers le trou noir, révélant soudain l'immensité de la menace qui la dominait.
Megaleg.
Le gigantesque automate dominait entièrement la plateforme. Chacun de ses mouvements faisait vibrer le sol, tandis que ses immenses pattes d'acier grinçaient sous le poids de son corps. De fines volutes de vapeur s'échappaient de ses articulations, se dissipant dans l'air avant même d'avoir atteint les hauteurs de la station. Face à lui, la petite Luma paraissait plus fragile que jamais. Pourtant, elle souriait avec insouciance, sachant que ce robot n'était pas là pour lui nuire, mais pour lui venir en aide. Ricanant joyeusement, elle se mit à tournoyer sur elle-même alors que la station ralentissait progressivement avant de s'immobiliser complètement dans l'espace, à environ deux kilomètres de la planète en forme de boîte à musique.
Le brusque changement de vitesse fit vibrer les parois de l'Observatoire, avant que le calme ne retombe sur la plateforme. Les deux frères ne voulaient prendre aucun risque en s'approchant davantage. La sécurité des Lumas passait avant tout. Ils poursuivraient le voyage à bord de Megaleg, comme Bowser Junior l'avait prévu. Les deux plombiers quittèrent la pointe de la station pour rejoindre le robot et la jeune étoile, sans parvenir à dissiper le léger malaise qui persistait au fond d'eux. Après tout, ils s'apprêtaient à monter à bord d'un véritable engin de guerre… conçu par le fils de Bowser.
«Bon, quand il faut y aller, faut y aller…» Se motiva Mario d'un haussement d'épaules pendant que le cockpit s'ouvrait après que Megaleg se fut abaissé à leur niveau. Comme d’habitude avant un combat, il échangea un check complice avec Luigi. Ce simple geste suffit à leur redonner un peu de courage, comme un rituel auquel ils ne dérogeaient jamais avant de se lancer dans l'action.
«On va tous les éclater !» S'enthousiasma la petite étoile dans un rire cristallin.
Nerveux, Luigi suivit son frère avant de grimper à ses côtés pour rejoindre le reste du groupe, déjà installé à l'intérieur du cockpit. Celui-ci était composé de Solfège, Yoshi, Junior, Bowser et Kamek, venu en renfort à la demande personnelle de son roi. Lorsque Bowser avait besoin de lui, le Magikoopa laissait tout tomber pour lui obéir au doigt et à l'œil. Même dans sa version miniature, il demeurait son souverain, celui à qui il avait juré une loyauté sans faille. Et puis, au moins, il se sentait utile. Indispensable, même. De quoi regonfler son ego. Cependant, le sourire béat qu'affichait Kamek s'effaça aussitôt lorsque les deux frères firent leur entrée dans le cockpit.
L'idée de devoir partager la gloire avec ces deux-là ne l'enchantait guère… Un léger rictus de contrariété étira son bec tandis qu'il les suivait du regard, les bras résolument croisés. Ses doigts se crispèrent sur ses manches, trahissant l'agacement qu'il s'efforçait de dissimuler derrière une expression faussement digne. Décidément, il ne les supportait pas. Il ne comprenait toujours pas comment Bowser et Junior avaient réussi à tolérer leur présence aussi longtemps sans finir par perdre patience. Qu'il n'y ait pas eu plus de frictions relevait du miracle ! À ses yeux, leur arrivée ne présageait rien de bon, sinon une nouvelle occasion de les voir s'attirer les mérites qui auraient dû lui revenir.
«Aïe ! C'était mon pied !» Se plaignit Kamek lorsqu'on lui écrasa les orteils par mégarde. Il lança aussitôt un regard assassin à Mario. Il était persuadé qu'il l'avait fait exprès ! Installé aux commandes de Megaleg dans son confortable fauteuil, Bowser Junior fusilla à son tour l'humain en salopette du regard avant de grogner.
«Ne pose pas tes vieilles fesses qui puent sur mon siège !» S’agaça-t-il en voyant Mario s'apprêter à prendre place sur le second fauteuil, celui du copilote. Non mais quel culot ! Cette place était normalement réservée à son père.
«Mais on est serrés comme des sardines !» Se lamenta Luigi dans un profond gémissement de désespoir, littéralement collé à Solfège derrière les deux sièges. Perché sur le dossier du fauteuil de Junior, Bowser posa les poings sur les hanches avant de se tourner vers le plombier qui venait de se plaindre.
«T'as qu'à rentrer ton gros bide !» Lança le roi des Koopas avec ferveur, incapable de masquer la jalousie qui lui tordait les tripes à la vue de Luigi ainsi collé à sa femme. Yoshi secoua la tête de lassitude.
«Hé ! C'était vraiment méchant, ça !» Protesta Luigi en pointant un doigt accusateur vers Bowser, visiblement vexé par cette remarque. À côté de lui, Solfège leva les mains pour les calmer avant qu'une dispute n'éclate dans ce cockpit exigu.
«Il y a assez de place pour tout le monde. Nous devons faire équipe ! Pas de méchanceté gratuite.» Dit-elle avec un sourire encourageant. Pour apaiser Bowser, elle lui caressa tendrement la tête, ébouriffant au passage sa petite touffe de cheveux. Kamek jugea que le moment était idéal pour se laisser gagner par la nostalgie.
«Oh, Sire... Quel plaisir de repartir à l'aventure, cette fois-ci en famille ! J'attendais ce moment depuis si longtemps...» Déclara le Magikoopa en se pressant contre Bowser, les mains jointes et un sourire rêveur aux lèvres. Révulsé par ce soudain élan d'affection, le Koopa miniature se décala de l'autre côté du siège tout en frottant énergiquement son bras, comme si le simple contact de Kamek lui avait laissé une substance douteuse sur la peau.
«Restez tranquilles, on va décoller.» Annonça Bowser Jr. en pianotant sur son immense tableau de commandes couvert de boutons en tout genre. Les sourcils froncés par la concentration, le jeune Koopa savait parfaitement ce qu'il faisait, laissant Solfège bouche bée devant tant de maîtrise.
«Il y a une sécurité, hein ?» S'inquiéta Luigi derrière lui, jouant nerveusement avec ses mains alors qu'une multitude de bips retentissaient dans le cockpit.
«Pas besoin de sécurité dans un robot géant ! La sécurité, c'est pour les poules mouillées !» Ricana Junior. Au même instant, le toit du cockpit s’abaissa lentement au-dessus de leurs têtes dans un inquiétant sifflement hydraulique. L’habitacle plongea dans une semi-obscurité. Seuls le tableau de bord et les immenses écrans diffusaient encore leur lueur.
Même Bowser se sentait nerveux… Impressionné, oui, mais nerveux. L’adrénaline montait en lui, et il adorait cette sensation ! Son cœur battait plus vite à mesure que l’excitation gagnait ses muscles. Un large sourire au museau, il s’agrippa au siège de son fils pour regarder par-dessus son épaule avec fascination. Junior actionna plusieurs leviers avant de saisir deux manettes, chacune surmontée d’un gros bouton rouge. Bowser avait une irrépressible envie d’appuyer dessus… Juste pour découvrir à quoi ils pouvaient bien servir. Sa queue frétillante d’excitation derrière lui, le roi Koopa laissa échapper un petit souffle de surprise lorsque Megaleg se remit en mouvement, ses deux grands phares illuminant les alentours.
Toute la structure du robot se mit à vibrer dans un grondement sourd, tandis que les engrenages dissimulés sous son armure entraient en action. Le sol se déroba légèrement sous leurs pieds, et plusieurs membres du groupe durent se retenir aux parois pour ne pas perdre l’équilibre. Le colosse redressa la tête, faisant grincer les lourdes plaques de métal qui recouvraient son corps. À travers les écrans du cockpit, l’Observatoire semblait soudain bien plus petit qu’auparavant. Megaleg se rapprocha du bord de la plateforme avant de marquer un très bref arrêt, comme s’il évaluait la distance qui le séparait de sa destination. Puis, d’une puissante impulsion, il s’élança dans le vide.
«Bonne chance, les gars… Je sais que vous allez y arriver. Je crois en vous !» Murmura Toad, resté en arrière pour assurer la sécurité de la station et des petites Lumas. Son rôle était d'une extrême importance, et il en avait parfaitement conscience.
Pendant que les autres risquaient leur vie sur le champ de bataille, c'était à lui qu'incombait la protection de l'Observatoire. Si un nouvel ennemi venait à surgir, il devrait tenir bon jusqu'à leur retour. Inspirant profondément pour se donner du courage, le petit champignon croisa les bras avec détermination avant de reporter son regard vers l'immensité de l'espace, où Megaleg filait déjà en direction de la planète. Il était bien décidé à veiller sur les lieux en leur absence, observant de loin le combat épique qui s'annonçait.
«Sauvez ma maman…» Pria la Luma à côté de Toad, ses petits yeux noirs suivant anxieusement le robot au loin. Elle avait voulu venir avec, mais Mario et Solfège avaient refusé son aide, estimant que c’était une mission trop dangereuse. Alors elle se colla à Toad, tous deux observant Megaleg avec espoir.
Ils avaient foi en eux.
«Hop ! Sans les mains !» S’exclama Bowser en lâchant le siège pour lever les bras, éclatant de rire sous l’effet de cette sensation d’apesanteur.
S’accrochant du mieux qu’ils le pouvaient à tout ce qui leur tombait sous la main, les autres observaient l’écran où une cible restait verrouillée sur la planète de Cursa, qui grossissait à vue d’œil sous la poussée des gigantesques réacteurs. Luigi s’était agrippé au bras de son frère, les dents serrées et le cœur battant à tout rompre. Ils allaient vite. Beaucoup trop vite à son goût… Chaque vibration du cockpit lui remontait le long des bras, tandis que le grondement des moteurs couvrait presque ses propres pensées. À chaque secousse, il avait l’impression que Megaleg allait perdre le contrôle et les propulser tout droit contre la planète.
De l’autre côté de Mario, Yoshi, lui, affichait un immense sourire. Les deux bras levés, il poussait de petits cris enthousiastes en imitant Bowser, qui semblait tout aussi exalté par cette démonstration de puissance. Le roi des Koopas riait à gorge déployée, les yeux brillants d’excitation devant le gigantesque robot de son fils fendant l’espace à une vitesse vertigineuse. À travers les écrans, les étoiles défilaient si rapidement qu’elles se transformaient en traînées lumineuses, donnant l’impression qu’ils traversaient le cosmos en un éclair. Chaque accélération le grisait un peu plus. Leur bonne humeur finit par être contagieuse. Même Luigi, malgré son inquiétude, ne put retenir un sourire en voyant Yoshi se balancer joyeusement à côté de lui.
S’il y en avait un qui débordait de fierté, c’était bien Bowser. Il n’en revenait toujours pas que son fils ait construit un tel robot de guerre en secret dans les sous-sols du château. Megaleg était gigantesque, d’une puissance impressionnante et, il fallait bien l’admettre, terriblement classe. Souriant, il tapota affectueusement l’épaule de Bowser Jr. de sa petite main. Sans prononcer le moindre mot, ce simple geste suffisait à exprimer toute l’admiration qu’il éprouvait pour lui. Junior sentit son torse se gonfler de fierté, et ses doigts se resserrèrent un peu plus autour des commandes. Touchée par cette scène, Solfège esquissa elle aussi un sourire attendri. La complicité qui unissait le père et son fils lui réchauffait toujours le cœur.
Même Kamek ne tarissait pas d’éloges sur la création de Junior. Il vantait son génie, son intelligence et son talent avec l’enthousiasme qui le caractérisait. Comme à son habitude, il extrapolait beaucoup, mais il n’avait pas vraiment tort. Le fils de Bowser possédait une créativité débordante et des connaissances en mécanique que bien peu de jeunes Koopas pouvaient revendiquer. Filant à travers les petites planètes mortes en lévitation dans l'espace, Megaleg poursuivait sa route vers les premiers anneaux gravitationnels. Les propulseurs fixés au bout de ses trois pattes rugissaient en permanence, corrigeant sa trajectoire avec une précision remarquable à chacune de ses manœuvres.
Le gigantesque automate passa sous le premier anneau avant d'en contourner un second, glissant entre ces structures colossales comme si leur taille ne représentait aucun obstacle. D'innombrables débris rocheux dérivaient lentement dans l'obscurité, baignés par la faible lueur des étoiles. Certains fragments tournaient sur eux-mêmes, projetant des ombres mouvantes sur la carapace métallique de Megaleg. Seul le grondement sourd de ses réacteurs venait rompre cette quiétude oppressante. Au loin, la mélodie déformée qui émanait de la planète de Cursa résonnait toujours, chaque note se révélant plus discordante que la précédente. Mêlée au calme angoissant de l'espace, elle donnait à leur ascension une atmosphère lugubre. À l'intérieur du cockpit, tout le monde retenait son souffle. Ils y étaient presque…
Puis, tout à coup, le silence s'installa. La chanson s'interrompit net, au même instant que la grande clé, sur le flanc droit de la boîte à musique, cessa lentement de tourner. Plus un bruit. Plus une note. Seul le vide de l'espace les enveloppait désormais. Megaleg acheva sa course en se posant sur l'anneau gravitationnel le plus proche, qui poursuivait sa lente rotation horizontale dans le sens des aiguilles d'une montre. Ses immenses phares jaunes éclairèrent la gigantesque boîte à musique, révélant peu à peu l'étendue de cette structure suspendue dans l'espace. À l'intérieur du cockpit, tous levèrent instinctivement les yeux.
La mâchoire de Bowser se décrocha. Il détestait se sentir minuscule… mais, pour la première fois, il comprenait ce que Mario devait ressentir lorsqu'il lui faisait face. Cette sensation était tout bonnement insupportable. Face à cette titanesque structure, le roi des Koopas était insignifiant. Luigi échangea un regard inquiet avec Solfège, puis avec Yoshi, avant de se tourner vers son frère. Mario, lui, n'affichait toujours aucun signe de peur. Son regard demeurait rivé sur la boîte à musique, aussi déterminé que le jour où il avait affronté Bowser dans les rues de Brooklyn. Ses mains étaient pourtant légèrement crispées, et cette tension discrète n'échappa pas à Luigi.
Il connaissait cette expression. Elle ne trompait jamais. Mario avait peur, lui aussi… La seule différence, c'était qu'il refusait de le montrer. Son courage n'avait d'égal que son sens du devoir. Ne se laissant pas intimider, Bowser Jr. actionna plusieurs boutons pour amarrer les deux énormes canons Bill Balles fixés à son robot de guerre, prêt à ouvrir les hostilités à tout moment. Les mécanismes s'enclenchèrent dans une succession de claquements métalliques, alors que les canons pivotaient lentement vers leur cible. Les doigts posés sur les boutons rouges de ses manettes, il se figea cependant lorsqu'un grondement sourd se propagea dans le vide de l'espace.
Le couvercle de la boîte à musique était en train de s'ouvrir. Doucement… D'une lenteur exagérée. À mesure que l'ouverture s'élargissait, une immense silhouette bleu nuit en émergea. Cursa se redressa progressivement, dominant bientôt la gigantesque boîte à musique elle-même. Son corps, constitué d'une matière sombre semblable à un tissu imprégné d'une nuit étoilée, ondulait sans cesse, comme animé par une force invisible. Puis vinrent ses tentacules. Longs de plusieurs centaines de mètres, ils se déployèrent un à un dans un bruissement sinistre. Ils flottaient dans l'espace tels d'immenses voiles déchirées, se tordant et s'entremêlant avec une souplesse surnaturelle.
Leur revers dévoilait un firmament d'une profondeur infinie. Des milliers de points lumineux y scintillaient faiblement, pareils à des étoiles englouties dans les ténèbres, donnant l'étrange impression qu'un fragment de l'univers coulait directement sous cette matière obscure. Tantôt ils s'enroulaient sur eux-mêmes, tantôt ils s'étiraient dans toutes les directions, engloutissant peu à peu l'espace séparant la boîte à musique du premier anneau gravitationnel. Leur lente danse était hypnotique… jusqu'à ce que chacun comprenne qu'ils étaient capables de fondre sur leur proie en un instant. Il suffisait d'un mouvement brusque pour que cette grâce inquiétante se transforme en une attaque fulgurante.
Enfin, son visage blanc émergea de cette masse bleue, accompagné de ses deux grandes mains translucides. Au-dessus de sa tête flottait une immense sphère d’énergie bleue, dont la lumière pulsait avec une intensité croissante. Dépourvu de la moindre expression, le masque reprenait les traits délicats d'Harmonie, déformés par une froideur glaçante. Deux gouffres noirs lui tenaient lieu d’yeux. Sans ciller, ils se braquèrent sur Megaleg, le défiant silencieusement. L'un de ses tentacules se posa à côté de la machine, tandis qu'un autre se dressait, tenant fermement le pinceau magique. L'objet était minuscule entre ses doigts bleutés, mais sa présence suffit à faire naître un malaise profond dans le cockpit.
«Que la fête commence…» Chuchota Junior en passant sa langue au coin de son museau avant d'appuyer sur le bouton des communications. Après s'être raclé la gorge, il prit une grosse voix.
«Rends-moi la princesse Harmonie !» Gronda-t-il dans son micro, sa voix ressortant déformée et particulièrement grave.
«Voilà ! C'est comme ça qu'on parle à ses ennemis ! Faut pas y aller par quatre chemins !» Le félicita Bowser dans son dos, arborant un large sourire.
«Euh… il vaudrait peut-être mieux éviter de la provoquer…» Grimaça Luigi, bien moins confiant que les deux Koopas. Sur le point d'ajouter quelque chose, il fut devancé par Kamek, qui le repoussa brusquement pour venir se coller au siège de Junior.
«Ne l'écoutez pas, Votre Altesse ! Il essaie de vous déstabiliser. Vous êtes au top !» S'enthousiasma-t-il en levant ses deux pouces, aussi excité qu'un enfant. Face à lui, le visage de Junior s’illumina d’un petit sourire sournois, ravi d’être le centre de l’attention avec sa création. Pour une fois, c'était lui qui volait la vedette à tout le monde !
«Junior, attention !» Cria Solfège dans la panique, les yeux écarquillés lorsqu’un tentacule fut projeté dans leur direction pour frapper Megaleg.
Trop lent pour esquiver, Megaleg encaissa le coup de plein fouet. Toute la structure métallique trembla sous l'impact, faisant vaciller le robot sur ses deux pattes avant. Le choc résonna jusque dans le cockpit, secouant les sièges et faisant clignoter plusieurs voyants d'alerte sur le tableau de bord. Pendant un bref instant, il sembla sur le point de basculer dans le vide. Heureusement, sa troisième patte, située à l'arrière, s'abattit lourdement sur l'anneau gravitationnel pour lui permettre de retrouver son équilibre. Sans perdre une seconde, Megaleg pivota sa tête massive vers Cursa. La créature avait déjà enroulé l'un de ses gigantesques tentacules avant de l'abattre une nouvelle fois sur lui.
Junior réagit sans attendre, avec une précision chirurgicale. D'un mouvement sec sur ses commandes, il leva la patte droite du robot, qui intercepta le tentacule dans un fracas métallique. Le choc fit vibrer toute l'armature, mais le robot tint bon. Tous, à l'intérieur, s'accrochaient, grinçant des dents à chaque nouvel impact violent. Cursa ne lui laissa aucun répit. Un second tentacule fusa aussitôt, cherchant cette fois à le balayer hors de l'anneau gravitationnel. Junior actionna immédiatement les propulseurs de Megaleg. Dans un puissant rugissement, ils repoussèrent le colosse juste assez pour éviter l'attaque, avant qu'il ne redresse son robot pour repousser le tentacule d'un violent coup de patte.
L'objectif de Cursa était évident : détruire les réacteurs de Megaleg afin de l'empêcher de se déplacer, puis le précipiter dans le trou noir supermassif qui attendait derrière la boîte à musique.
Deux problèmes réglés d'un seul coup. Une fois immobilisé, le robot ne serait plus qu'une proie facile, condamnée à dériver vers l'abîme. Derrière son masque immaculé, son regard ne quittait jamais le robot tripode. Chacune de ses manœuvres était comme anticipée… Au-dessus d’elle, la sphère bleue continuait de grossir, gagnant peu à peu en éclat à mesure qu’elle absorbait le pouvoir d’Harmonie. Toutefois, Bowser Jr. refusait de céder le moindre centimètre de terrain. Les mains crispées sur ses commandes, il faisait rugir les propulseurs à la moindre ouverture, alternant esquives, manœuvres brusques et puissants coups de patte pour reprendre l'avantage face à cette créature titanesque.
À cela s'ajoutait une autre difficulté : veiller constamment à ne pas se laisser entraîner par l'immense trou noir qui menaçait de les engloutir. Sans jamais se laisser distraire par le vacarme qui régnait autour de lui, le prince Koopa pianotait frénétiquement sur les commandes de son tableau de bord avant de saisir fermement ses deux manettes. La sueur perlait à son front, mais il n'accordait aucune attention à cette fatigue grandissante. D'une pression simultanée sur les boutons rouges, il propulsa les deux canons Bill Balles à pleine vitesse dans l'espoir de repousser Cursa, dont la patience atteignait ses limites.
«Je vais pas te laisser m'avoir ! Si tu crois que je vais me laisser faire, tu te mets le doigt dans l’œil ! Tu sais pas qui je suis !» Fulmina Bowser Junior en tirant brusquement sur les manettes. Les réacteurs de Megaleg rugirent, arrachant le colosse à l'anneau gravitationnel. Dans un puissant bond propulsé, le robot s'éleva au-dessus des deux tentacules qui tentaient de le saisir. Il vint ensuite se positionner dans le dos de la créature, prise de court.
Sans attendre, deux nouveaux canons Bill Balles fusèrent droit vers Cursa. Ils s'écrasèrent contre elle dans une double explosion assourdissante, dont le souffle incandescent balaya les nuages de poussière qui l'enveloppaient. Les flammes embrasèrent un instant le vide de l'espace, leurs reflets orangés glissant sur la carrosserie noire de Megaleg, immobile au-dessus de son adversaire. Sous la violence de l'impact, Cursa s'effondra lourdement sur les larges anneaux gravitationnels. Ses deux mains, presque dissimulées sous l'immensité de sa silhouette, se crispèrent de colère.
Dans un mouvement brutal, deux de ses gigantesques tentacules jaillirent en direction de Megaleg pour tenter de l'agripper. Mais Junior avait déjà anticipé l'attaque. Une brusque poussée des propulseurs arracha Megaleg à sa position. Le colosse de métal traversa l'espace d'un bond, contournant la gigantesque boîte à musique avant de réapparaître de l'autre côté, hors de portée des tentacules qui se refermèrent dans le vide. Rendue folle de rage, Cursa poussa un hurlement strident qui résonna jusque dans le cockpit. Tous ses tentacules se déployèrent simultanément, recouvrant l'espace comme une immense toile vivante. Ils fouettaient le vide de toutes parts, ne laissant presque plus aucune ouverture.
Junior parvint à esquiver les premières vagues en multipliant les manœuvres d'urgence. Megaleg se penchait, bondissait et faisait rugir ses propulseurs pour se faufiler entre les assauts. Mais la seconde salve le frappa de plein fouet. L'impact fut si violent que tout le robot fut secoué dans un grondement métallique. Les parois du cockpit tremblèrent autour d'eux, et plusieurs membres du groupe furent projetés contre les sièges. À l'intérieur, une pluie d'alarmes retentit. Des voyants virèrent au rouge tandis qu'une épaisse fumée blanche s'échappait des conduits endommagés, envahissant progressivement l'habitacle avant de se répandre à l'extérieur de Megaleg et de brouiller une partie des écrans.
L'odeur âcre du métal surchauffé se mêla à celle de la fumée, rendant l'air difficile à respirer. Furieux, Bowser Jr. refusait de battre en retraite. Il en était hors de question ! Ses mâchoires se crispèrent, et son regard se durcit. Ses mains parcouraient frénétiquement le tableau de bord, activant les uns après les autres les différents systèmes d'armement de Megaleg. Les canons Bill Balles ouvrirent le feu, bientôt relayés par une pluie de tirs de plasma qui zébrèrent l'espace en direction de Cursa. Sans lui laisser le moindre répit, le jeune Koopa enchaînait les offensives, espérant trouver une faille dans la défense de la créature avant qu'elle ne lance une nouvelle attaque.
«On est tous cuits !» Paniqua Luigi à côté de son frère.
«Pas encore !» Répondit Bowser sans quitter son fils des yeux, impressionné par la facilité avec laquelle il manœuvrait cet engin. On aurait cru qu'il avait piloté Megaleg toute sa vie... Creusant ses griffes dans le fauteuil moelleux, Bowser se pencha vers son fils concentré pour l’encourager ; «C'est ça, Junior ! Continue de lui mettre la pression !»
«Elle est juste derrière nous !» S'écria Luigi, complètement affolé, les deux mains gantées plaquées contre ses joues rougies par la chaleur qui régnait dans le cockpit. Les secousses le ballottaient sans cesse d'un côté à l'autre, si bien qu'il ne cessait de se cogner contre la tôle ou contre Mario.
«Elle essaie de t'attirer vers le trou noir ! Garde tes distances !» Rappela son frère en se penchant vers Junior pour lui faire signe de rester prudent, sa casquette désormais de travers après toutes ces secousses.
«On l'avait remarqué, gros malin !» Se moqua Bowser tout en levant les yeux au plafond. Il fallait toujours qu'il ouvre sa grande bouche, celui-là.
«Je dis juste qu'il faut faire attention !» Répliqua Mario qui s'agrippait au siège occupé par Kamek pour éviter de basculer la tête la première sur le grand clavier clignotant.
«Et moi, je te dis de fermer ton clapet ! Mon fils sait très bien ce qu'il fait ! On n'a pas besoin des conseils de Mario le monsieur-je-sais-tout !» Rugit Bowser en montrant les crocs, les yeux rougis par la colère. Être enfermé avec son ennemi dans ce cockpit relevait du véritable supplice... Il bougonna néanmoins la fin de sa phrase ; «Tête de mule...»
«Tu rigoles ?! C'est moi que tu traites de tête de mule ?! T'es gonflé, Monsieur "je pique une crise dès que je n'obtiens pas ce que je veux" !» S’indigna Mario, sidéré, en fusillant du regard la petite tortue juchée sur le dossier du siège. Il n'en revenait pas de son culot.
«Les garçons… Ce n’est vraiment pas le moment…» Soupira Solfège, toutefois Kamek l’interrompit.
«Quelle maîtrise ! C'est prodigieux ! Encore une magnifique esquive, Votre Altesse ! Vous nous en mettez plein les mirettes !» Loua le Magikoopa à la droite de Junior. Sauf qu’une violente secousse le fit soudain glisser de son siège. La bouche encore grande ouverte, il croqua involontairement dans le rebord du tableau de bord.
«Ouille...» Grimaça Luigi en portant une main devant sa bouche. À côté de lui, Yoshi eut exactement la même réaction. Ils n'en étaient pas certains, mais ils auraient juré avoir vu une dent voler... Revenant à son siège tout en se massant le bec, Kamek redressa ses lunettes-loupes sur son nez avant de faire une remarque des plus inattendues.
«Mmm... C'est plus dur que je ne le pensais... Même le tableau de bord est de qualité ! C'est remarquable !» Acquiesça-t-il avec un sourire où, effectivement, il manquait une dent... Après tout, il avait l’habitude de la douleur et d’être le souffre-douleur.
«La ferme, vous tous ! La ferme !» Hurla Bowser Jr. en postillonnant sur le Magikoopa, qui ne s’arrêtait plus de le complimenter. Même s'il adorait entendre de tels éloges, ils se trouvaient dans une situation bien trop critique pour ça. Avec tout ce vacarme, il n'arrivait même plus à réfléchir ! Dans son dos, Solfège se pencha vers lui et posa une main sur son épaule, qu'elle sentait tendue sous ses doigts. Elle avait remarqué l'inquiétude qui commençait à gagner ses yeux noirs.
«Ne te laisse pas déconcentrer. Tu as toutes les capacités pour y arriver. Je sais que tu peux le faire.» Lui murmura-t-elle avec douceur, plaçant tous ses espoirs en lui.
Elle avait une confiance aveugle en son fils.
Remotivé, Junior tira de toutes ses forces sur les deux manettes pour propulser Megaleg dans les airs, avant d'exécuter une impressionnante pirouette. Les mains de Cursa se refermèrent dans le vide, manquant le robot de justesse. Désormais, il avait un nouvel objectif. Peut-être qu'en détruisant l'antre même de la créature, il parviendrait à suffisamment l'affaiblir pour renverser le cours du combat… Mais il ne fallait surtout pas que la boîte à musique soit aspirée par le trou noir, pas tant qu'elle n'avait pas rendu la maman des étoiles. C'était là toute la difficulté. À la moindre erreur, Harmonie disparaîtrait à jamais avec Cursa au fond de cet abîme cosmique.
Junior devait donc frapper assez fort pour déstabiliser leur adversaire, sans pour autant détruire ce qui retenait encore la princesse prisonnière. Ils allaient devoir faire preuve d'une extrême prudence et élaborer une stratégie en béton, car leur adversaire se montrait aussi rusée qu'implacable. Les mains crispées sur les commandes, Bowser Jr. redoubla d'efforts pour éviter les tentacules qui s'abattaient de toutes parts autour de Megaleg. Chaque esquive ne lui laissait qu'une fraction de seconde avant la suivante. Profitant d'une brève ouverture, il verrouilla enfin sa cible et déclencha une nouvelle salve de tirs de plasma, cette fois dirigée droit vers l'immense boîte à musique d'où émergeait la créature cauchemardesque.
«Je t'ai donné un ordre ! Rends-nous la princesse Harmonie ! Obéis, et peut-être que je te laisserai la vie sauve !» Tonna de nouveau Junior de sa voix artificiellement amplifiée.
«Bien envoyé, fiston ! J'aurais pas dit mieux !» Ricana Bowser en brandissant son petit poing, un sourire carnassier aux lèvres. Sa petite voix aiguë contrastait d'ailleurs de façon comique avec les grondements tonitruants de Megaleg quelques instants plus tôt.
«J'ai pas l'impression que les menaces soient vraiment efficaces...» Marmonna Mario en se grattant la tête avec incertitude. Bowser tourna aussitôt la tête vers lui, prêt à lui décocher une nouvelle remarque cinglante, mais Luigi le coupa avant qu'il n'en ait le temps.
«Elle a l'air encore plus énervée...» Fit-il remarquer tout en pointant l'écran du doigt.
Chassant la fumée qui lui piquait les yeux d'un revers de bras, le Koopa aux commandes de Megaleg serra les dents lorsqu'une nouvelle secousse ébranla la gigantesque carcasse métallique dans un grincement sinistre. Son robot devait absolument tenir le coup. Il n'avait pas le droit à l'erreur. Non seulement il s'agissait de la toute première démonstration de son invention, mais, en plus, tous comptaient sur lui. Derrière lui, il pouvait sentir la présence de son père et de sa mama, autant de raisons supplémentaires de ne pas abandonner. Chaque décision, chaque manœuvre, chaque seconde pouvait faire basculer l'issue du combat.
Il voulait impressionner son père, rendre fière sa mama et prouver à tous ces rigolos de quoi la famille royale était réellement capable. D'un mouvement sec, il fit abattre l'un des bras de Megaleg pour repousser un tentacule qui tentait de s'enrouler autour de lui, tandis que l'autre main du robot venait saisir un second appendice dans un véritable bras de fer. Les immenses vérins gémirent sous l'effort. Les engrenages vibrèrent avec violence, arrachant une pluie d'étincelles, alors que de nouveaux voyants rouges s'allumaient les uns après les autres sur le tableau de bord. Malgré les alarmes qui retentissaient dans le cockpit, Junior refusa de céder à la panique.
Profitant de ce bref répit, il arma une nouvelle fois les canons Bill Balles et verrouilla la boîte à musique. Ses pouces restèrent suspendus au-dessus des commandes, prêts à déclencher le tir… Soudain, un troisième tentacule surgit en rasant le sol. Il balaya les jambes de Megaleg avec une force titanesque. L’automate vacilla dangereusement avant de basculer sur le côté. À l'intérieur du cockpit, tous furent projetés dans un même mouvement et s'agrippèrent désespérément à ce qu'ils purent, pendant qu'une violente secousse faisait trembler toute la carlingue. À moitié éjecté de son siège, Bowser Jr. s'acharna sur les commandes pour redresser son robot, qui peinait à lui répondre après avoir encaissé les assauts répétés de Cursa.
Les manettes vibraient si violemment entre ses mains qu'il avait du mal à les maintenir en place. Les moteurs grondèrent une dernière fois dans un gémissement métallique, puis les phares de Megaleg vacillèrent avant de s'éteindre définitivement. Le silence qui suivit lui serra le cœur. Dans l'obscurité soudaine du cockpit, Junior resta figé, les yeux rivés sur les écrans désormais noirs. Son Megaleg ne pouvait plus se battre. Il était hors de combat… Refusant d'abord d'y croire, Junior actionna une dernière fois les commandes, en vain. Un grognement de frustration lui échappa. Dans un accès de colère, il donna un violent coup de pied dans le tableau de bord inerte, sous les yeux impuissants du reste du groupe.
«Tu as été très courageux, et tu as fait de ton mieux.» Lui souffla Solfège qui posa doucement ses mains sur ses épaules, espérant apaiser un tant soi peu sa déception. Elle savait à quel point il tenait à son robot... et combien ce projet comptait pour lui. Lorsqu'il releva vers elle son regard empli de détresse, elle lui adressa un sourire empreint de tendresse.
«C'est à notre tour de jouer maintenant.» Déclara Mario en promenant son regard sur Yoshi, Luigi, Bowser, Bowser Jr., Kamek, puis Solfège, avant de leur adresser un hochement de tête déterminé.
Le cockpit s'ouvrit dans un long sifflement alors que d'épaisses volutes de fumée s'échappaient du Megaleg, à présent étendu au sol devant Cursa. Dominant l'épave de toute sa hauteur, la créature inclina lentement son masque blanc sur le côté, observant la scène avec curiosité. À travers le voile blanchâtre, plusieurs silhouettes immobiles commencèrent à se dessiner. L'une après l'autre, elles émergèrent de la fumée, le regard plus combatif que jamais. Leur plan venait d'échouer, mais leur volonté, elle, demeurait intacte. Ils étaient venus récupérer Harmonie, et rien ni personne ne les empêcherait de repartir avec elle. Un nuage rose éclata soudainement dans un petit pop familier.
Enveloppé d'un tourbillon d'étincelles, Kamek apparut le premier, sa baguette déjà pointée vers Cursa. Mario lui emboîta le pas en ajustant machinalement sa casquette rouge, puis serra les poings. À sa droite, Luigi inspira profondément pour calmer les battements affolés de son cœur et rejoignit son frère, bien décidé à ne plus laisser la peur le paralyser. D'un bond souple, Yoshi vint se placer à leurs côtés, poussant un cri de défi. Bowser se trouvait sur l’épaule droite de sa femme, les crocs découverts dans un sourire féroce, faisant craquer ses phalanges avec un plaisir évident à l'idée d'en découdre.
Derrière eux, Bowser Jr. quitta lentement son Megaleg, le cœur serré. Son regard s'attarda quelques secondes sur son invention à présent inerte, puis il serra les poings avant de relever fièrement la tête. Si son robot ne pouvait plus combattre... lui le pouvait encore. Enfin, Solfège s'avança à son tour. Ses cheveux ondoyaient doucement autour d'elle tandis que ses yeux verts restaient rivés sur Cursa, les lèvres pincées. Elle leva un instant le regard vers cette boule d’énergie qui grossissait… Malgré l'inquiétude qui lui serrait la poitrine, elle affichait une résolution à toute épreuve. Cette fois, ils mettraient un terme à tout cela. Tous ensemble, comme lorsque cette aventure avait commencé.
«C'est parti !» Lança Mario en prenant une profonde inspiration avant de lever les poings face à la terrifiante créature. Kamek se mit rapidement à l'œuvre avant que Cursa ne puisse réagir à leur provocation.
D'un vif mouvement de baguette, il traça plusieurs arabesques lumineuses dans les airs. Une pluie d'étincelles roses jaillit de son bâton avant de donner naissance à une multitude de boîtes mystère qui apparurent dans de petits sons familiers. Les cubes jaunes ornés de leur emblématique point d'interrogation s'élevèrent alors dans les airs avant de se répartir régulièrement sur tout le champ de bataille. Face à une créature d'une telle taille, il fallait rééquilibrer les forces en présence. Même si cela signifiait combattre aux côtés de leurs ennemis de toujours, l'heure n'était plus aux querelles.
Seule leur union pouvait venir à bout de Cursa. Mario et Luigi comprirent immédiatement son intention. Un simple regard échangé leur suffit. Sans perdre une seconde, les deux frères s'élancèrent vers les premières boîtes Mystère afin de récupérer les pouvoirs qu'elles renfermaient. Mais Cursa n'avait nullement l'intention de les laisser agir. Sortant enfin de son immobilité, elle enroula lentement l'un de ses immenses tentacules avant de le projeter à une vitesse fulgurante droit sur eux. Mario et Luigi bondirent au même instant, esquivant l'attaque de justesse alors que l'appendice s'écrasait contre l'anneau gravitationnel dans un fracas assourdissant.
«Votre espoir est aussi vain que votre résistance. Ces artifices ne changeront rien à votre destin.» Enonça Cursa d'une voix glaciale, dénuée de la moindre émotion. Sans leur accorder davantage d'attention, elle leva son pinceau magique. D'un geste d'une étonnante délicatesse, elle traça plusieurs dessins dans le vide, comme si ce combat n'était pour elle qu'une simple toile à peindre. Malgré leur ténacité, ses adversaires restaient infiniment inférieurs à son pouvoir. Pourtant... un infime sentiment nouveau semblait poindre au fond de son esprit. Leur obstination rendait cet affrontement bien plus divertissant qu'elle ne l'avait imaginé.
«Vous ne faites que retarder l'inévitable.» Ses paroles résonnèrent avec une froideur absolue tandis que des flaques de peinture violacée se répandaient lentement sur l'anneau. L'une après l'autre, des créatures corrompues en émergèrent dans un gargouillis visqueux, façonnées par les coups de pinceau de l'entité cosmique.
«Ça, c’est ce qu’on va voir !» Provoqua Mario après avoir jeté son poing dans le bloc mystère au-dessus de sa tête pour en sortir l’objet.
Il tendit rapidement la main pour le récupérer avant qu’il ne touche le sol et, sans même regarder de quoi il s’agissait, l’engloutit tout rond. Le goût ignoble du champignon envahit sa bouche, mais il ne grimaça pas. À force, il avait fini par s’y habituer… Son corps s’illumina des couleurs de l’arc-en-ciel avant de prendre une tout autre forme. Accompagné de la petite mélodie familière, le plombier sentit quelque chose de froid lui enserrer la taille et les bras. Baissant les yeux, il remarqua qu’il était emprisonné dans un immense ressort. Cela tombait à pic ! Il avait déjà eu l’occasion d’utiliser cette transformation au Royaume Champignon ; ce serait donc un jeu d’enfant pour lui.
Mario fléchit légèrement les genoux, testant la souplesse du ressort qui l’entourait. Le seul véritable défi serait de ne pas se précipiter dans le vide à chaque rebond, car les trajectoires pouvaient parfois se révéler un peu aléatoires. Plus loin sur la plateforme, Luigi fit de même en enfonçant son poing dans le bloc mystère. L’objet tomba dans sa main et il l’avala aussitôt, sans prendre le temps de l’examiner. Décidé à suivre l’exemple courageux de son frère, sa salopette disparut pour laisser place à un costume d’abeille qu’il jugeait des plus ridicules… Luigi baissa les yeux vers sa nouvelle tenue, visiblement peu convaincu par son allure. Mais il n’eut pas le temps de s’attarder sur ce détail car Cursa n’allait certainement pas leur laisser le loisir de choisir leurs transformations.
«Oh non... Le Champignon Abeille ? Sérieusement ?» Se plaignit Luigi en passant les mains sur le bonnet jaune qui coiffait sa tête avant de jeter un regard sceptique à son déguisement rayé. Lorsqu'il jeta un coup d'œil derrière lui, il aperçut l'imposant dard et deux petites ailes.
«Pourquoi ça tombe toujours sur moi ?» Se lamenta-t-il en rejetant la tête en arrière de désespoir. Rapidement rejoints par Mario, les deux frères se préparèrent à encaisser la première vague d'ennemis qui couraient dans leur direction, plus enragés que jamais.
Sous l'influence de la matière noire de Cursa, une armée entière se rua sur eux. Les Koopas soldats menaient l'assaut avec leurs lances, suivis par d'immenses Pokeys dont les corps segmentés oscillaient au rythme de leur progression. Les Crapognons bondissaient dans tous les sens pour contourner les premiers rangs, pendant que des Swoopers fondaient depuis les airs. Les Boos dérivaient silencieusement entre les assaillants, leurs visages figés dans un sourire inquiétant, alors que des Maskass se mêlaient à la cohue en poussant des cris de guerre.
Fermant la marche, plusieurs Whomps avançaient pesamment, prêts à s'écraser de tout leur poids sur quiconque oserait leur barrer la route. Face à une telle marée d'ennemis, il était impossible de distinguer où commençait l'armée... et où elle se terminait. Mario et Luigi reculèrent légèrement devant la marée d'ennemis qui s'approchait, sentant les vibrations parcourir le métal de l'anneau gravitationnel. Ils étaient encerclés. Puis, soudain, Yoshi apparut à leurs côtés, mais il avait complètement changé de couleur. Ses habituelles écailles vertes avaient laissé place à un jaune éclatant, et une intense lumière irradiait de tout son corps.
«Yoshi !» S'exclama-t-il joyeusement en frottant son museau contre les deux humains, décontenancés par cette apparence singulière. Il brillait de mille feux !
Ce fut alors que Mario remarqua quelque chose d'étrange... Dans le halo lumineux qui émanait de Yoshi, des plateformes invisibles jusque-là se matérialisaient sous ses yeux. Échangeant un regard complice avec Luigi, il comprima le ressort qui entourait son corps avant de se propulser jusqu'à la plateforme voisine, hors de portée des monstres. Luigi déploya rapidement ses petites ailes d'abeille et s'éleva dans les airs, échappant de justesse aux mâchoires d'une Plante Piranha qui se refermèrent dans un claquement sec. Les lances lancées par les Koopas vinrent se ficher devant Yoshi.
Pris de panique, ce dernier bondit à son tour auprès de Mario, révélant dans son sillage un nouveau chemin suspendu dans le vide. Le pouvoir du Fruit Lumière lui permettait de faire apparaître des plateformes invisibles. Un atout indispensable. Courant derrière Mario afin de lui offrir une surface sur laquelle rebondir, Yoshi projeta sa langue en direction d'un Koopa violet pour lui dérober sa lance, avant de la renvoyer d'un vif mouvement vers un Pokey, qui explosa dans une pluie de matière noire. Luigi, quant à lui, piqua vers le sol, son dard pointé droit devant lui, avant d'écraser un Crapognon qui se répandit aussitôt en une flaque violette.
«Et vlan ! Tu t'es fait Luigifier par une abeille !» Lança-t-il avec enthousiasme avant de reprendre son envol pour répéter la même manœuvre sur plusieurs autres ennemis à la chaîne. Épaulé par Mario et Yoshi, il se sentait invincible. Intouchable, même. Il avait sous-estimé cette transformation. Son dard transperçait les monstres comme une lance acérée, tandis que ses petites ailes lui permettaient d'esquiver chaque attaque avec une agilité surprenante.
«Continue comme ça, Lu ! Tu gères très bien la situation !» L'encouragea Mario, qui rebondissait sur les créatures de peinture pour les pulvériser, échappant de justesse à l'écrasement d'un Whomp édenté. Il admirait les prouesses de son frère, un sourire jusqu'aux oreilles.
Ensemble, ils étaient imbattables.
Plus loin, Solfège et Junior couraient aussi vite qu'ils le pouvaient vers la boîte mystère la plus proche pendant que Kamek retenait les sbires de Cursa à coups de magie. Juché sur son balai, il virevoltait avec une grande agilité entre les assaillants, sa longue robe bleue flottant dans son sillage. Sa baguette décrivait d'amples cercles dans les airs, faisant jaillir une pluie d'éclairs azur qui explosaient au milieu des rangs ennemis dans une succession de flashs aveuglants. Chaque détonation projetait plusieurs créatures dans le vide ou les réduisait à une masse informe de matière noire, tandis que les survivants étaient repoussés par les puissantes ondes de choc.
Malgré leur nombre, aucun monstre ne parvenait à franchir le barrage magique qu'il dressait devant eux. Son rôle était clair : offrir à Solfège et à Bowser Junior le temps nécessaire pour atteindre la boîte mystère. Protéger la famille royale avait toujours été sa priorité, et aujourd'hui plus que jamais, il était prêt à sacrifier jusqu'à la dernière parcelle de sa magie pour accomplir ce devoir. Atteignant enfin la boîte jaune ornée d'un point d'interrogation, Solfège la frappa de toutes ses forces pour en faire jaillir une Fleur de Feu, qu'elle s'empressa de saisir. Mais au même instant, un Spike violet surgit devant elle et tenta de lui barrer la route.
«Je te protégerai, mon amour !» Fanfaronna Bowser depuis son épaule droite. Il inspira profondément avant de relâcher une puissante boule de feu qui percuta la créature de plein fouet. Celle-ci éclata dans une gerbe de peinture violette qui se dispersa dans toutes les directions. Solfège leva un bras devant son visage pour se protéger des éclaboussures, tout en serrant la Fleur de Feu dans son autre main.
Sans perdre une seconde, elle en effleura les pétales afin d’en libérer le pouvoir, sous le regard curieux de Bowser Jr. Une fine lumière dorée s’échappa de la fleur et remonta le long de son bras, enveloppant peu à peu sa silhouette. Une douce chaleur envahit son corps. Sa robe rouge s’assombrit jusqu’à devenir d’un noir profond, alors que ses bordures se paraient de teintes jaunes et rouges. La mélodie familière de la transformation résonna autour d’elle, et une bourrasque souleva sa chevelure avant que de longs gants rouges ne se matérialisent à ses mains. Une chaleur intense parcourait désormais ses doigts, comme si des flammes n’attendaient qu’un simple geste pour jaillir.
Fascinée par sa nouvelle apparence, Solfège n’eut cependant pas le temps de s’y attarder. Son regard se releva brusquement lorsqu’elle aperçut un Pico Condor fondre sur Bowser Jr., son immense bec prêt à s’abattre sur le jeune Koopa, qui n’avait rien remarqué. Sans la moindre hésitation, elle ramena vivement son bras en arrière avant de le projeter vers l’avant. Une succession de boules de feu s’échappa de sa paume dans un sifflement brûlant et percuta le sbire de Cursa de plein fouet. L’oiseau explosa dans une gerbe de matière noire avant même d’avoir pu effleurer sa cible. Les résidus obscurs se dispersèrent autour de Junior, qui se retourna enfin, juste à temps pour apercevoir Solfège lui adresser un sourire rassurant.
«Bien joué, m'ma !» Jubila Bowser Junior avec admiration tout en sautillant sur place. Il n'en revenait pas de la vitesse avec laquelle sa maman avait réagi. Elle n'avait pas réfléchi une seule seconde ! Son instinct avait parlé avant même qu'elle ne prenne conscience du danger.
N'ayant pas le temps de souffler, le jeune Koopa s'apprêtait à cracher des boules de feu sur les ennemis qui approchaient lorsqu'un poids se matérialisa soudain entre ses mains. Il baissa les yeux et découvrit, médusé, un fléau d'armes : un court manche auquel était reliée, par une solide chaîne, une lourde boule hérissée de pointes. L'une de ses armes favorites ! Intrigué, il promena son regard aux alentours avant d'apercevoir Kamek flottant non loin de là sur son balai bambou, sa baguette brillant encore des résidus du sort qu'il venait de lancer.
Le vieux Magikoopa lui adressa un sourire complice avant de lever le pouce en signe d'encouragement, puis repartit au combat avec la même fougue que quelques instants plus tôt. Apparemment, il s'amusait comme un petit fou. Le sorcier n'avait pas souvent l'occasion de prendre part aux combats, surtout depuis que Solfège avait épousé son roi, lequel ne partait plus aussi souvent à la conquête qu'au bon vieux temps... Mais, même si cela était devenu rare, il avait fini par s'y faire. Solfège avait raison, le plus important était le bonheur de son souverain, même si cela impliquait de gros changements. Ce n’était pas une fatalité.
Kamek l’avait enfin compris.
«Trop cool !» S'extasia Bowser Jr. devant son arme fétiche, qu'il resserra entre ses mains en effectuant un petit bond d'excitation. Il remonta ensuite son bandana denté sur son museau rond afin de paraître encore plus menaçant, puis fit tournoyer la boule remplie de pointes avant de la projeter sur un autre sbire qui s'était approché d'un peu trop près.
Le combat pouvait enfin commencer.
À suivre…
Intense, n’est-ce pas ? C’est loin d’être gagné, c’est moi qui vous le dis. Ça s’annonce plus corsé que prévu… Parviendront-ils à en venir à bout, ou faudra-t-il changer de stratégie ? La suite au prochain épisode, qui sera décisif.
VP