Bonne lecture !
Chapitre 25 – Révélations
Solfège se promenait dans l'Observatoire.
Après avoir dégusté un bon repas entourée de ses amis et de sa famille, elle avait décidé de prendre un peu l'air seule afin de profiter du calme. Et surtout... de se vider l'esprit. Elle avançait le long d'un sentier sinueux pavé de galets blancs lorsqu'elle passa sous l'un des grands cerisiers en fleurs. Elle s'arrêta un instant pour en humer le délicat parfum, porté par une douce brise. Même si la station filait à grande vitesse à travers le cosmos, on avait l'étrange impression qu'une bulle protectrice l'enveloppait tout entière. Une barrière invisible semblait la couper du monde extérieur, préservant ce havre de paix de l'immensité qui l'entourait.
À l'extérieur, une douce aura bleutée enveloppait la station, tandis qu'un long sillage lumineux s'étirait derrière elle comme la queue d'une comète, illuminant silencieusement le vide cosmique sur son passage. C'était un spectacle d'une rare beauté. Cet endroit respirait la paix et l'harmonie. Loin des conflits, du bruit et des inquiétudes du monde extérieur, l'Observatoire était comme suspendu hors du temps. C'était ici que vivaient les Lumas. À cette pensée, un petit sourire empreint de tristesse effleura les lèvres de Solfège alors qu'elle levait les yeux vers les branches fleuries du cerisier.
Le vent emportait avec lui quelques pétales de cerisier, dont certains venaient se déposer dans ses longs cheveux. Le rose des fleurs contrastait magnifiquement avec le rouge flamboyant de sa chevelure. Son esprit revint malgré elle vers les pauvres petites Lumas qu'elle avait rencontrés au château de Peach, puis vers ceux qu'elle avait vus quelques instants plus tôt à l'infirmerie. Leur état était profondément préoccupant... Pourquoi s'en prendre à des enfants innocents ? Même après les explications d'Harmonie, les motivations de Cursa demeuraient floues. Elle absorbait leur énergie vitale... mais pour quelle raison ? Le cœur soudain plus lourd, Solfège reprit lentement sa promenade avant de pénétrer dans l'un des dômes qui jalonnaient les jardins de l'Observatoire.
Une immense verrière coiffait l'édifice, laissant dépasser un gigantesque télescope pointé vers les profondeurs du cosmos. Intriguée, la jeune femme franchit le seuil. L'intérieur baignait dans une douce pénombre, uniquement éclairée par d'innombrables constellations qui ornaient la voûte. Chaque étoile scintillait d'une lumière éclatante, projetant une douce lueur sur son visage émerveillé. L'immensité du ciel artificiel qui se déployait au-dessus d'elle lui arracha un léger souffle d'admiration. Elle eut soudain l'impression de se trouver au cœur même de l'univers, entourée par des milliers de mondes dont elle ignorait tout. Pendant quelques instants, Solfège resta immobile, le regard perdu dans cette fresque céleste.
Elle ignorait combien de temps elle avait passé à admirer les étoiles... Mais lorsqu'elle reprit finalement sa promenade, ses pas la ramenèrent naturellement vers la demeure d'Harmonie. Avec ses élégants murs couleur ocre, son haut toit d'ardoise et ses grandes fenêtres aux vitraux chaleureux, la bâtisse dégageait une atmosphère aussi paisible que réconfortante. Un large escalier menait jusqu'à une imposante porte cintrée, surmontée d'un balcon circulaire aux balustrades finement sculptées. Au sommet, une vaste coupole abritait un observatoire astronomique dont ce second télescope était constamment tourné vers les étoiles.
Baignée par les douces lueurs dorées qui s'échappaient des fenêtres, la demeure veillait silencieusement sur toute la station. Chaque détail de son architecture inspirait une étrange sensation de familiarité, comme si cette maison avait toujours été là, immuable, à observer le passage des siècles. Malgré son statut de protectrice des étoiles, Harmonie n'avait jamais choisi de vivre dans un palais. Elle préférait la simplicité. Une princesse d'une grande humilité, remarqua Solfège alors que son regard fut attiré par une lumière qui filtrait à travers l'embrasure de la porte. Celle-ci n'était pas complètement fermée. Un mince rayon doré s'étirait sur les marches, dessinant une invitation silencieuse à ses pieds. Poussée par la curiosité qui la caractérisait tant, la reine osa s'aventurer à l'intérieur de la maison.
«Bonjour ?» Appela-t-elle timidement en jetant quelques coups d'œil de part et d'autre de l'entrée. Mais personne ne lui répondit.
À en juger par le silence qui enveloppait la grande maison, Harmonie devait être occupée ailleurs. Longtemps hésitante entre poursuivre son exploration ou rebrousser chemin, Solfège finit par franchir le seuil du hall d'entrée. À l'image de l'extérieur, l'intérieur de la demeure possédait un charme discret. Rien n'y était extravagant, et pourtant, tout inspirait le confort et la douceur. Une agréable impression de sérénité flottait dans l'air, accompagnée d'un parfum subtil dont Solfège ne parvenait pas à identifier l'origine. Son regard fut bientôt attiré par une porte ouverte sur sa gauche, derrière laquelle s'étendait une immense bibliothèque. Sans vraiment savoir pourquoi, son instinct lui soufflait d'aller y jeter un œil. C'était plus fort qu'elle...
Lorsqu'elle pénétra à l'intérieur, une lumière orangée l'accueillit et révéla un élégant salon au charme chaleureux. De hautes bibliothèques en bois sombre recouvraient presque entièrement les murs, leurs innombrables étagères croulant sous des centaines d'ouvrages anciens aux reliures de toutes les couleurs. Une élégante galerie ceinturait la salle, permettant d'accéder aux rayonnages les plus élevés. Solfège leva instinctivement les yeux vers cette impressionnante collection, se demandant combien de connaissances et de secrets ces livres pouvaient bien renfermer. Une magnifique cheminée de pierre blanche occupait tout le côté droit de la pièce. Un feu y crépitait paisiblement, diffusant une chaleur réconfortante qui contrastait avec l'immensité glaciale du cosmos visible à travers les fenêtres.
Le sol de marbre clair reflétait les flammes dansantes ainsi que les lueurs tamisées des nombreuses lampes disposées çà et là sur de petites tables en bois. Devant l'âtre, plusieurs banquettes et fauteuils garnis d'épais coussins bleus brodés formaient un confortable coin de lecture, invitant au repos et à la contemplation. Quelques plaids soigneusement pliés reposaient sur les accoudoirs. Au centre de la salle, une élégante table ronde était entourée de quelques chaises. Non loin de là, plusieurs instruments d'observation et objets astronomiques avaient été disposés près des bibliothèques, rappelant que la maîtresse des lieux consacrait sa vie aux étoiles. Un superbe globe céleste trônait également sur son piédestal derrière les fauteuils, comme prêt à dévoiler les mystères de la galaxie.
Solfège s'en approcha du regard, fascinée par les constellations qui parcouraient sa surface. Bien que particulièrement spacieuse, la pièce dégageait une atmosphère étonnamment intime. Rien n'y respirait le luxe ostentatoire d'un palais. Chaque meuble, chaque livre et chaque décoration avaient été choisis avec soin pour faire de cette demeure un véritable foyer. Solfège s'y sentit immédiatement à l'aise. Tout avait été pensé pour offrir un refuge paisible à ceux qui y entraient. Près de la cheminée, une chaise avait été installée à l'écart, accompagnée d'une petite table sur laquelle reposaient une lampe à l'abat-jour vert et quelques livres laissés ouverts.
À première vue, cet endroit semblait être le coin lecture préféré d'Harmonie.
Toujours hésitante, Solfège finit par s'aventurer entre les coussins, la traîne de sa longue robe rouge les effleurant dans un léger bruissement. Les mains sagement jointes devant elle, elle détailla la pièce du regard avant de s'intéresser aux livres ouverts à côté de la chaise. Penchant la tête avec curiosité, elle observa la couverture d'un ouvrage brun ornée d'une étoile jaune et en lut le titre dans un murmure. «Princesse Peach.» C'était un livre consacré aux aventures de son amie ! Étonnée, elle le feuilleta au hasard et découvrit de nombreuses illustrations représentant Peach au fil des épreuves qu'elle avait traversées, notamment les enlèvements orchestrés par Bowser lui-même. Certaines pages étaient richement illustrées, immortalisant les moments les plus marquants de la vie de la princesse.
Solfège eut l'impression de redécouvrir son amie sous un jour différent, comme si ces aventures, qu'elle connaissait pourtant déjà, prenaient soudain une dimension nouvelle entre les pages de cet ouvrage. À cette vue, son cœur se serra et sa gorge se noua. Les souvenirs revinrent à son esprit. Elle revit l'époque où elle était devenue la conseillère attitrée du roi Koopa afin de l'aider à séduire Peach… et combien les refus répétés de la princesse l'avaient profondément affecté. Elle se rappela également l'autel qu'il avait érigé dans sa pièce secrète, témoin silencieux de son obsession pour la souveraine du Royaume Champignon et du pouvoir qu'elle représentait à ses yeux.
Gagnée par la mélancolie, Solfège esquissa un triste sourire en faisant doucement glisser ses doigts sur la caricature de Bowser, qui ressemblait davantage à un dragon furieux qu'à une tortue. Après quelques secondes de contemplation, elle écarta le livre pour découvrir celui qui se trouvait en dessous. D'une jolie couleur bleue, il portait le titre «Les deux frères», qui annonçait déjà les héros de cette histoire. Il était consacré à Mario et Luigi. Un petit reniflement amusé échappa à Solfège tandis qu'elle le feuilletait à son tour, découvrant les illustrations retraçant les aventures des deux plombiers depuis leur arrivée dans ce monde par un mystérieux tuyau reliant leurs deux univers.
Elle y retrouva la rencontre avec Peach et les Toads, Luigi retenu prisonnier au Pays-Noir, l'alliance conclue avec Donkey Kong et son père, la folle course-poursuite sur la Route Arc-en-ciel, l'affrontement contre Bowser et, pour finir, la victoire des deux frères qui avaient sauvé le Royaume Champignon. Les dessins, parfois héroïques et parfois étonnamment amusants, parvenaient à retranscrire toute l'énergie de cette aventure. Certaines scènes lui arrachèrent même un sourire plus franc, tant elles correspondaient parfaitement aux récits que Luigi lui avait faits.
Il était évident que les Lumas adoraient les grandes histoires ! Elle comprenait facilement leur engouement. Mario, Luigi, Peach et tous les autres étaient de véritables héros. Difficile de ne pas les admirer… Ils n'hésitaient jamais à braver le danger pour protéger les autres et défendre ce qui leur semblait juste. De quoi faire rêver plus d'un. Pour les jeunes Lumas, ces récits devaient représenter bien plus que de simples histoires. Ils leur offraient sans doute la possibilité de s'évader et d'imaginer un monde où, en dépit des épreuves, les héros finissaient toujours par triompher. Un sourire aux lèvres, Solfège reprit sa lecture avec tant d'intérêt qu'elle finit par s'installer dans la chaise afin de redécouvrir, page après page, l'incroyable aventure des deux plombiers.
Elle s'attarda à plusieurs reprises sur les illustrations caricaturant Bowser, retenant parfois un rire quand il arborait une grimace boudeuse ou lançait une réplique aussi ridicule qu'amusante. Elle pouvait presque entendre sa voix… Il fallait bien reconnaître que, malgré le ton volontairement humoristique du récit, le roi des Koopas y était plutôt fidèle à lui-même. Même les passages les plus dramatiques étaient racontés avec suffisamment de légèreté pour ne jamais effrayer les jeunes Lumas. Lorsqu'elle arriva à la dernière page, Solfège referma délicatement l'ouvrage avant de le déposer sur le côté. C'est alors qu'elle remarqua qu'un dernier livre reposait encore sous la pile...
Celui-ci était d’une jolie couleur émeraude.
Perplexe, elle s'en saisit avant d'y lire un seul et unique prénom, inscrit sur la couverture et encadré d'un fin liseré argenté : «Solfège». Elle cligna plusieurs fois des yeux, ne croyant pas ce qu'elle voyait. Jamais elle ne se serait attendue à découvrir un livre portant son nom, encore moins un ouvrage consacré à sa propre histoire. Dire qu'elle était surprise relevait de l'euphémisme. Elle resta quelques instants immobile, les yeux rivés sur la couverture, comme si le titre allait soudain disparaître ou se transformer sous son regard. Une étrange pression lui serra la poitrine alors qu'elle déglutissait difficilement. Que pouvait bien raconter ce livre ? Avait-elle entre ses mains, les réponses à toutes ses questions existentielles ?
Pour le découvrir, il lui suffisait de tourner la page. Cependant, ses doigts restèrent figés sur la couverture durant de longues secondes. Une part d'elle brûlait d'impatience de connaître la vérité. Une autre redoutait ce qu'elle s'apprêtait à découvrir. Après un instant d'hésitation, elle prit une profonde inspiration avant d'ouvrir l'ouvrage. Elle se revit sur sa planète en train de chanter, puis prisonnière de Bowser. Vinrent ensuite sa première rencontre avec Bowser Jr., son rôle de servante, celui de conseillère, les sentiments qui avaient peu à peu fleuri entre elle et le roi Koopa, sa disparition… puis le pacte conclu par Bowser pour tenter de la sauver, jusqu'à leur ultime affrontement contre Tic-Tac.
Solfège resta figée.
Une chose était désormais certaine.
Harmonie savait pratiquement tout.
Mais alors… pourquoi n'y avait-il rien avant son aventure ? Ou presque.
Alors qu'elle s'apprêtait à refermer le livre, les pages glissèrent légèrement entre ses doigts, révélant une toute dernière illustration. C'était elle. Enfant. Elle était assise sur le rebord d'une fontaine, au cœur de ce qui ressemblait à une grande fête. Une jolie robe verte à pois, resserrée à la taille par un large nœud blanc, habillait sa silhouette, tandis que ses longs cheveux rouges retombaient en cascade dans son dos. Les jambes ballantes, elle affichait un sourire insouciant, comme si rien au monde n'avait encore réussi à ternir son bonheur. La voir ainsi lui provoqua une drôle d'émotion, aussi douce que douloureuse. Cette petite fille lui était familière, mais Solfège avait l'impression d'observer une inconnue. Un détail finit néanmoins par attirer son attention et troubler davantage encore son esprit.
Elle était la seule figure parfaitement nette. Tout le reste de l'illustration semblait noyé dans un flou étrange, comme si les années avaient effacé ce souvenir... ou comme si sa mémoire refusait encore de le lui rendre. Des nuances de jaune et d'orange baignaient l'arrière-plan, alors que de vagues silhouettes noires dansaient au loin, impossibles à distinguer. Tout autour de la scène, de nombreuses notes de musique avaient été dessinées, évoquant une mélodie entraînante, des rires et une foule réunie pour célébrer un événement important. Plus elle tentait de s'attarder sur ces silhouettes indistinctes, plus elles lui échappaient. La bouche entrouverte par la stupeur, Solfège fit glisser le bout de ses doigts sur le visage de la petite fille.
Elle demeura de longues secondes immobile, totalement absorbée par cette image venue d'un passé qui lui échappait encore... Jusqu'à ce qu'un léger raclement de gorge la fasse brusquement sursauter.
«Je... je suis désolée ! Je ne voulais pas être indiscrète...» Balbutia-t-elle en se levant précipitamment de la chaise pour lisser les plis de sa robe, embarrassée de s'être fait surprendre par Harmonie. La princesse s'approcha en flottant silencieusement jusqu'à elle. Après l'avoir observée quelques instants, elle posa une main sur son épaule et lui adressa un doux sourire.
«Tu n'as pas à t'excuser. Cette maison t'était ouverte dès l'instant où tu y as posé les pieds.» Répondit-elle d'une voix mélodieuse, dont les intonations évoquaient le chant des étoiles. Sa voix enveloppait son interlocutrice d'une sensation de paix, dissipant les inquiétudes sans aucun effort. Tout, chez cette femme, respirait la tendresse maternelle et la bienveillance.
«Je me demandais combien de temps tu mettrais avant de le découvrir.» Dit-elle avec un sourire attendri alors que son regard se posa sur le livre émeraude reposant sur le chevet. Son expression ne trahissait aucune surprise, seulement la satisfaction paisible de voir les événements suivre le cours qu'elle avait pressenti. Elle reprit en tournant de nouveau les yeux vers Solfège ; «Je savais que ta curiosité finirait par t'y conduire.»
«J'ai été attirée par ces livres... et par les histoires qu'ils racontent... Mais je me demandais... pourquoi n'y a-t-il rien sur ma vie d'avant ?» Demanda Solfège en accompagnant ses paroles d'un léger haussement d'épaules, ne sachant pas comment aborder ce sujet qui la préoccupait depuis quelque temps. D'après ce qu'elle avait lu, la maman des étoiles savait tout, ou presque. Ce qui ne faisait qu'attiser un peu plus sa curiosité.
«Car c'est à toi de le découvrir.» Répliqua mystérieusement Harmonie en inclinant légèrement la tête. Ce n'était pas qu'elle ne souhaitait pas lui apporter de réponses, mais elle estimait essentiel qu'elle découvre la vérité par elle-même, au fil de ses aventures. Face à elle, la reine soupira.
«J'ignore d'où je viens… Je ne sais pas quelles sont mes origines ni qui je suis vraiment. J'ai l'impression d'avoir toujours vécu aux côtés du roi Tic-Tac, de n'avoir jamais rien connu d'autre que les limites de son Royaume du Temps. C'est comme une page qui reste désespérément blanche…» Se confia Solfège en portant machinalement une main contre sa tempe, espérant y faire ressurgir quelques bribes de son passé.
«L'univers est rempli de mystères… Chacun d'entre nous y a sa place, même lorsque nous ne la distinguons pas encore. Le moment venu, le destin saura trouver le chemin jusqu'à toi.» Harmonie acquiesça, laissant une fois de plus transparaître son infinie sagesse. Devinant le trouble qui se lisait dans le regard de Solfège, elle leva délicatement une main. Une douce magie s'en échappa, faisant apparaître au-dessus de leurs têtes un nuage bleu où scintillaient d'innombrables étoiles. Émerveillée, Solfège entrouvrit légèrement la bouche, tandis que la princesse reprenait la parole avec cette sérénité qui ne la quittait jamais.
«Regarde les étoiles... De loin, chacune semble voyager seule dans l'immensité. Pourtant, toutes appartiennent à une histoire bien plus vaste, dont les fils invisibles finissent toujours par se rejoindre. Il en est de même pour toi... Ton histoire existe, même si certaines de ses pages te demeurent encore cachées. Et lorsque le moment sera venu, le temps finira par te les révéler.» Dévoila Harmonie tout en levant les mains vers le ciel étoilé.
«Mais si ce moment n'arrivait jamais ? Si mon destin refusait de m'ouvrir la porte de mon passé ? Je me sens si incomplète… J’ai l’impression de mentir à ceux que j’aime.» Chuchota Solfège qui baissa tristement la tête, la voix chargée d'émotion. Elle aurait voulu en dire plus, mais les questions s'entremêlaient dans son esprit, et seules celles-ci trouvèrent la force de franchir ses lèvres.
«Il est des réponses que l'on ne peut trouver dans les livres. Elles naissent au fil des rencontres, des épreuves... et des choix que nous faisons.» Poursuivit Harmonie après s'être élevée jusqu'à la jeune femme à la mine abattue, sensible à son désarroi. Derrière ses incertitudes, elle retrouvait la même lumière qui avait toujours guidé son cœur. Elle posa une main sur son épaule, l'invitant à plonger son regard dans le sien.
«Le destin ne t'a jamais abandonnée. Tu as connu la captivité et les longues heures d'une solitude imposée sous l'emprise d'un roi dévoré par la folie. Mais lorsque l'occasion s'est présentée, tu as trouvé la force de lui échapper. En ouvrant ton cœur aux autres, tu as découvert qu'il existait bien plus que les murs du Royaume du Temps. Tu as découvert l'amour, l'amitié... et un monde infiniment plus vaste que celui dans lequel tu avais grandi. À chaque croisée des chemins, tu as laissé ton cœur guider tes pas, allant jusqu'à faire passer le bonheur de ceux que tu aimes avant le tien. Crois-tu vraiment qu'une âme capable d'une telle lumière puisse un jour perdre son chemin ?» Interrogea-t-elle en penchant la tête sur le côté, sa longue mèche blonde se décalant légèrement sans faire apparaître son œil droit. Elle cherchait volontairement à l'amener à remettre en question les doutes qui l'habitaient, désireuse de lui rappeler combien elle était exceptionnelle.
Elle voulait qu'elle prenne conscience de la personne qu'elle était devenue.
«Tu cherches la personne que tu étais... alors que celle que tu es devenue n'a jamais cessé de briller.» Ajouta-t-elle alors qu’elle resserrait sa main sur l'épaule de Solfège. À court de mots, mais profondément touchée par ces paroles, la reine lui adressa un timide sourire, aussitôt rendu par la princesse. Ce simple échange suffit à convaincre Harmonie d'aller plus loin qu'elle ne l'aurait dû... Au risque de franchir certaines limites qu'elle s'était toujours jurée de respecter.
«Tu n'as pas appris à chanter... Tu es née de la chanson.» Révéla-t-elle soudainement d'un ton grave et portant un mauvais présage. Elle poursuivit dans un murmure, comme si elle craignait que quelqu’un d’autre ne l’entende ; «Tu es née d'un événement cosmique d'une extrême rareté, une explosion d'émotions qui donna naissance à deux âmes. La tienne... et celle de Cursa. La lumière... et les ténèbres.»
«C'est mon opposé...» Souffla Solfège, les sourcils froncés, comprenant peu à peu où Harmonie voulait en venir. Cursa était... son double maléfique, en quelque sorte ? Face à elle, Harmonie hocha lentement la tête.
«Vous êtes nées d'une même origine, mais ce sont vos choix qui ont fait de vous deux êtres différents. La lumière et les ténèbres ne définissent pas ce que l'on devient. Elles ne font que révéler ce que l'on choisit d'embrasser.» La jeune femme en robe bleu ciel prononça ces paroles d'une voix énigmatique. Une phrase qui fit écho dans l'esprit de Solfège. Elle repensa à Bowser et au chemin qu'il avait lui-même choisi d'emprunter. Lui que tant de personnes considéraient comme irrémédiablement mauvais avait pourtant changé, guidé par l'amour qu'il portait à sa famille. La princesse des étoiles reprit, brisant le fil de ses pensées.
«Là où ton cœur a choisi d'aimer, le sien s'est laissé consumer par la souffrance.» À la fin de sa phrase, elle recula de quelques centimètres, mettant ainsi un terme à sa confidence.
«Il n'y a rien de plus cruel que de se retrouver seule, abandonnée... Malgré tout ce qu'elle a fait, je... je ne peux pas m'empêcher d'avoir mal pour elle.» Horrifiée, Solfège secoua la tête, réellement peinée pour Cursa. Derrière le monstre qui avait plongé la galaxie dans le chaos se cachait une âme meurtrie, consumée par des émotions qu'elle n'avait jamais réussi à apaiser. Depuis sa naissance, elle n'avait connu que les ténèbres, laissant la haine, la solitude et le désespoir façonner chacun de ses choix.
«C'est précisément ce qui vous différencie.» Acquiesça Harmonie.
«Je suis sincèrement désolée que ma voix ait été utilisée à des fins aussi horribles...» S'excusa ensuite Solfège, ressentant le besoin de demander pardon pour quelque chose sur lequel elle n'avait pourtant eu aucun contrôle. Même si ce n'était pas de sa faute, elle se sentait terriblement coupable d'être à l'origine du malheur des Lumas...
«Il n'y a qu'un seul et unique coupable.» Rétorqua aussitôt Harmonie, refusant qu'elle endosse une culpabilité qui n'était pas la sienne. Elle effleura pensivement la couverture du livre de Peach, comme si cet ouvrage lui était particulièrement précieux... avant qu'un sourire chaleureux ne revienne illuminer ses lèvres.
«Tôt ou tard, l'univers retrouve toujours son équilibre. Et lorsque vient le moment de faire face aux conséquences de ses choix, même les ténèbres ne peuvent s'y soustraire éternellement.» Elle prit une profonde inspiration, puis ramena délicatement une mèche de cheveux de Solfège derrière son oreille.
«Une petite étoile égarée…» Dit-elle mystérieusement en caressant tendrement sa joue, l’air pensive tout à coup.
«Tout rentrera dans l'ordre, je vous le promets.» Répéta Solfège d'un ferme hochement de tête. Elle ignora son dernier commentaire pour lui faire part de sa détermination à ramener la paix dans la station et à sauver les Lumas.
«Aussi, il est de mon devoir de vous mettre en garde. Cursa est dangereuse et imprévisible. Elle ne se laissera pas approcher, à moins qu'elle ne le décide…» Annonça Harmonie avant de retirer sa main, faisant disparaître le ciel étoilé d'un simple revers de bras.
«On la trouvera.» Un sourire étira les lèvres de Solfège, bientôt imité par la princesse.
À ce moment-là, du bruit à l'extérieur les interrompit. Il se passait quelque chose d'anormal... Incrédules, les deux femmes échangèrent un regard avant de se diriger vers la porte de sortie. Harmonie fit apparaître sa baguette magique en prévision de ce qu'elle allait découvrir, plaçant instinctivement Solfège derrière elle tandis qu'elle entrouvrait la porte pour jeter un coup d'œil à l'extérieur. Son sang se glaça. Son œil s'écarquilla. Partout, des créatures faites de matière noire grouillaient, détruisant les jardins, dévorant les plantes et attaquant tout ce qu'elles trouvaient. Les paisibles allées de l'Observatoire avaient laissé place au chaos.
Des pétales et des fragments de végétation tourbillonnaient dans les airs, emportés par les mouvements désordonnés des créatures qui déferlaient sur la station. Près de la sphère d'énergie centrale, Mario et ses compagnons tentaient déjà de repousser les intrus, mais sans grand succès. Ils étaient bien trop nombreux... Se glissant rapidement à travers l'embrasure, Harmonie s'éleva à toute vitesse pour commencer à lancer des sorts sur les monstres violets qui surgissaient de flaques de peinture noire. Toute la station était assaillie. Comment avaient-ils réussi à franchir le charme de protection ?! Se demanda la princesse alors qu'elle repoussait les intrus à l'aide d'une multitude de sorts, grognant de colère chaque fois qu'elle en pulvérisait.
Personne ne touchera à ses enfants !
La douceur qui caractérisait habituellement ses traits avait disparu, remplacée par une expression de colère rarement visible sur son visage. Ouvrant grand la porte, Solfège fut stupéfaite par le nombre de monstres qui envahissaient la station. Ils avaient été pris par surprise ! Personne n'aurait pu prédire une telle attaque, surtout pas à l'Observatoire d'Harmonie, un lieu censé être sécurisé et imprenable. Cette attaque lui rappela celle orchestrée au château de Bowser, un très mauvais souvenir qui fit s'accélérer les battements de son cœur. Oh non... Il était hors de question que cela recommence ! Pas une deuxième fois !
Résolue à se battre, la jeune femme se précipita entre les Plantes Piranha affamées pour rejoindre Toad et Luigi sur la plateforme principale, où ils tentaient de repousser les ennemis à l'aide de bâtons. Sa longue robe rouge se souleva derrière elle alors qu'elle courait. Tout autour d'eux, les créatures de matière noire déferlaient sans relâche, surgissant des flaques d'encre comme une marée vivante. Même Bowser Jr. était venu leur prêter main-forte, tournoyant sur lui-même dans sa carapace à épines pour pulvériser un bon nombre de sbires. Bowser crachait des torrents de flammes qui illuminaient les allées, pendant que Yoshi bombardait les assaillants de ses œufs avec une précision redoutable. Plus loin, Harmonie fendait les airs, enchaînant les sortilèges à une vitesse prodigieuse pour empêcher les monstres d'atteindre la sphère d'énergie.
Sous ses ordres, la petite Luma jaune s'était réfugiée à l'infirmerie auprès de ses sœurs. Malgré tous leurs efforts, les créatures continuaient d'affluer de toutes parts, chaque monstre vaincu étant aussitôt remplacé par un autre. Un scénario que Solfège et Junior connaissaient déjà, malheureusement... Luigi trébucha en arrière et tomba dans une fontaine lorsqu'un Chomp constitué de peinture violette tenta de le croquer, ses immenses mâchoires claquant à quelques centimètres de lui. Yoshi voulut lui porter secours, mais il se retrouva rapidement encerclé par plusieurs Koopas et Frères Marto particulièrement hargneux.
Outré de voir ses propres sbires se retourner contre lui, Bowser sentit la colère monter en lui. Comment osaient-ils ! Ils n'avaient aucun droit de se rebeller contre leur souverain. Et encore moins de s'en prendre à sa famille et à ses amis. Les épaules rejetées en arrière et les poings serrés, la petite tortue à épines cracha un puissant jet de flammes sur les créatures qui lui barraient la route, les repoussant dans un violent mouvement de recul. Son fils, Bowser Junior, ne tarda pas à le rejoindre. Crachant lui aussi de puissantes gerbes de feu, il combattit aux côtés de son père avec une détermination sans faille, repoussant les assaillants et réduisant considérablement leur nombre.
Très fier de lui, le jeune Koopa sautilla joyeusement sur place en brandissant les poings. Il dut toutefois rapidement retrouver son sang-froid lorsque plusieurs Plantes Piranha se jetèrent sur lui et son père. Laissant échapper un petit cri de surprise, Junior rentra dans sa carapace pour exécuter sa célèbre toupie de l'enfer qui tue. Il adorait utiliser cette technique que son père lui avait apprise ! Sous cette forme, il se sentait tout simplement imbattable. Le monde se transforma aussitôt en un tourbillon confus autour de lui, mais Junior maîtrisait parfaitement cette sensation grisante. Ricochant contre les rebords des plateformes, il percuta les monstres de peinture les uns après les autres, projetant leur étrange substance dans tous les sens et éclaboussant les alentours.
La peur avait beau lui nouer le ventre, il ne pouvait s'empêcher de trouver ce combat terriblement amusant. Son euphorie grandissait à chaque ennemi vaincu, portée par les encouragements de son père. Un peu plus loin, Solfège repoussait les intrus à l'aide de son bâton. Mais les créatures étaient toujours plus nombreuses et commençaient à l'encercler... Les yeux parcourant frénétiquement les silhouettes menaçantes qui se refermaient sur elle, elle recula de quelques pas jusqu'à sentir le vide derrière ses talons. Elle était complètement acculée... Son regard oscilla nerveusement entre le précipice et les monstres qui avançaient sans relâche.
Serrant son bâton contre sa poitrine, Solfège fut soudain envahie par un profond soulagement lorsque la carapace de Junior balaya les sbires les uns après les autres dans un spectaculaire dérapage. Tournoyant sur lui-même, le jeune Koopa gagnait sans cesse en vitesse sans jamais dévier de sa trajectoire, gardant un contrôle parfait de son attaque fulgurante. Après avoir secouru sa maman, Bowser Jr. fonça ensuite vers les deux frères, qui peinaient de plus en plus à contenir les assaillants. Les minutes passaient et l'épuisement commençait à peser sur leurs épaules. Armés de simples bâtons, Mario et Luigi ne faisaient guère le poids face à une telle marée de monstres...
Les frères clignèrent des yeux avec stupeur en voyant la carapace familière balayer les créatures avant de terminer sa course entièrement maculée de peinture noire. Levant instinctivement un bras pour se protéger des éclaboussures, ils remercièrent Junior d'un signe de tête reconnaissant pour cette aide aussi inattendue que bienvenue. C'était la première... et la dernière fois ! Songea fièrement le petit Koopa, même si endosser le rôle du sauveur lui plaisait énormément. Après tout, il n'avait pas souvent l'occasion d'être celui qui venait au secours des autres !
«Ah, non ! Pas touche ! Je ne suis qu'un pauvre petit champignon sans défense !» Hurla Toad, qui avait réussi à grimper au sommet d'un palmier pour échapper à trois Goombas affamés.
Agrippé au tronc de toutes ses forces, il regardait avec horreur les créatures tourner au pied de l'arbre. Heureusement pour lui, son cri de détresse avait été entendu par la maman des étoiles. Exécutant une impressionnante pirouette aérienne, la princesse chargea sa baguette magique avant de libérer une puissante déflagration d'énergie qui pulvérisa les Goombas. Revenant à ses pieds dans un élégant demi-tour, elle s'assura que le petit Toad perché n'était pas blessé, puis lui cria de rejoindre les Lumas pour se mettre à l'abri. Elle voulait à tout prix éviter que d'autres innocents ne soient victimes de la folie de Cursa… S'apprêtant à lancer un nouveau sort composé d'étoiles explosives, Harmonie sentit soudainement quelque chose s'enrouler autour de sa taille.
Sa baguette lui échappa des mains. Son souffle se coupa. Ses yeux s'écarquillèrent de stupeur lorsqu'elle se retrouva nez à nez avec Cursa en personne, qui venait de la saisir par surprise quand elle avait baissé sa garde. Bien plus grande qu'elle, la créature la dominait de toute sa stature. L'un de ses longs tentacules violet drapés d'un tissu constellé d'étoiles s'était fermement enroulé autour de ses bras, l'empêchant de se débattre. Son unique œil rouge était braqué sur elle, débordant de haine et d'amertume. Harmonie ne comprenait pas comment elle avait réussi à atteindre la station, avant de se souvenir du petit miroir qu'elle avait oublié de briser sur le bureau dans sa chambre…
Une erreur qu'elle allait payer cher.
«Harmonie !» Cria Solfège dans la panique lorsqu'elle posa les yeux sur la jeune femme retenue prisonnière par Cursa. Surélevées au-dessus de la foule de sbires, toutes deux se trouvaient sur une plateforme adjacente, non loin de Luigi et Mario, impuissants face à la scène.
«Harmonie, non !» Saisie d’effroi, Solfège vit l’œil de Cursa se poser sur le pinceau qu'elle tenait dans sa main translucide, tandis que celui-ci traçait d'étranges arabesques sur le sol ivoire aux pieds de la princesse captive.
«Qu'est-ce que tu veux ?!» Gronda Harmonie en tentant désespérément de libérer ses bras pour invoquer sa baguette magique avant qu'il ne soit trop tard… Malheureusement, l'étreinte de Cursa se resserra davantage, allant jusqu'à lui couper la respiration.
«Je veux l'univers.» Répondit simplement la silhouette encapuchonnée d'une voix monotone qui glaça le sang d'Harmonie.
«L'univers te fera payer pour ça !» La prévint la princesse en suivant du regard le pinceau que Cursa leva lentement avant de répandre sa magie noire sur elle. La substance violette se déversa sur sa robe avant de remonter le long de son tentacule. Puis, elle se répandit sur le visage d'Harmonie, qui ne pouvait absolument rien faire pour empêcher cette chose de la consumer.
«Non !» Répéta Solfège après avoir envoyé un coup de pied dans la tête d'un Hériss qui tentait de l'atteindre, avant de se relever pour courir en direction de la princesse captive.
Il fallait qu'elle sauve Harmonie !
Les deux frères eurent exactement la même idée. Enjambant les parterres de fleurs, ils se ruèrent vers la plateforme, mais il était déjà trop tard... Cursa utilisait déjà sa magie noire pour fusionner avec Harmonie. En quelques secondes, la substance recouvrit entièrement leurs corps avant de s'enrouler autour d'elles dans une gigantesque vrille obscure. Une lueur violette pulsa à l'intérieur du tourbillon, éclairant par intermittence les jardins dévastés. Leurs silhouettes disparurent progressivement derrière cette masse de ténèbres mouvante, jusqu'à n'en former plus qu'une seule. Lorsque la matière noire se rétracta enfin, une nouvelle Cursa apparut devant eux.
Plus grande. Plus terrifiante. Plus puissante que jamais. La mystérieuse spirale qui lui servait autrefois de visage avait laissé place à un grand masque blanc reprenant les traits d'Harmonie, tandis que sa longue robe violette s'était muée en une somptueuse étoffe bleu nuit parcourue de reflets cosmiques, comme si le ciel lui-même avait été englouti par les ténèbres. Mario et ses compagnons en restèrent bouche bée, les bras retombant lentement le long du corps devant cette vision aussi fascinante qu'horrifique. Autour d'eux, toutes les créatures de matière noire replongèrent dans les flaques de peinture dont elles étaient issues, alors qu'un rire sinistre résonnait dans tout l'Observatoire.
«L'énergie du cosmos est enfin entre mes mains ! Vous ne pourrez plus m'arrêter ! Plus personne ne le pourra !» Proclama Cursa en levant ses mains translucides au-dessus de sa tête, brandissant fièrement le pinceau magique, symbole de sa victoire. Autour d'elle, ses immenses tentacules s'élevèrent dans les airs avant de se déployer derrière elle à la manière des ailes d'une créature cauchemardesque.
Et avant même que quiconque ait le temps de réagir, Cursa disparut dans un tourbillon de magie noire, laissant dans son sillage un lourd silence qui s'abattit sur toute la station. Le tumulte qui régnait quelques instants plus tôt n'était plus qu'un lointain souvenir, laissant l'Observatoire meurtri et privé de sa princesse. Les jardins autrefois si paisibles étaient ravagés, les parterres de fleurs piétinés, les passerelles marquées par les combats et plusieurs statues anciennes gisaient en morceaux au milieu des flaques de peinture violette. Personne n'osait prononcer un seul mot.
Tous demeuraient figés, le regard rivé vers l'endroit où Cursa s'était volatilisée, encore incapables de réaliser ce qui venait de se produire. N'entendant plus aucun bruit de l'autre côté de la porte verrouillée, la petite Luma jaune se risqua finalement à l'entrouvrir. Elle passa timidement son visage inquiet par l'embrasure afin de découvrir ce qui se passait à l'extérieur. Les vilains monstres avaient tous disparu. Il ne subsistait que quelques traînées de peinture maculant encore le sol blanc de la station, ainsi que les stigmates de cette soudaine invasion. Les battements affolés de son petit cœur s'apaisèrent peu à peu... jusqu'à ce que son regard cherche instinctivement Harmonie.
Elle ne la vit nulle part.
«Maman ?» Murmura-t-elle au bord des larmes. Flottant timidement dans les airs, elle promena son regard de tous côtés, cherchant désespérément où sa maman avait bien pu passer… Mais elle ne percevait plus sa présence. Ses grands yeux noirs, déjà embués de larmes, se tournèrent alors vers les humains un peu plus loin. Leurs visages abattus lui firent vite comprendre que quelque chose de terrible venait de se produire.
«Maman…» Pleura doucement la Luma en enfouissant son visage derrière ses minuscules bras. De grosses larmes roulèrent le long de ses joues rondes avant de tomber une à une sur le sol de l'Observatoire. Terrifiée à l'idée d'avoir perdu celle qui l'avait toujours protégée, elle éclata en sanglots.
«Harmonie…» Chuchota Solfège, les yeux grands sous le choc. À genoux, elle ne parvenait pas à détacher son regard de l'endroit où Harmonie et Cursa avaient disparu, refusant de croire à cette terrible réalité.
«Yoshi…» Yoshi apparut à ses côtés avant de poser une main réconfortante sur son épaule, partageant le même sentiment d'impuissance et de désespoir. Plus loin, Toad descendit précipitamment de son palmier avant de courir jusqu'à l'endroit où Harmonie s’était volatilisée. Il s'agenouilla et passa sa main sur le sol ivoire, comme s'il espérait y trouver une trace de la princesse... ou n'importe quel indice.
«Elle... elle l'a emmenée…» Souffla-t-il d'une voix hésitante.
Bowser Junior courut à quatre pattes jusqu'à sa maman, ses petites griffes résonnant sur le sol de la station. Lorsqu'il arriva près d'elle, il leva timidement son visage vers le sien, cherchant à y lire une réponse rassurante. Mais il n'y trouva qu'une profonde détresse. Son cœur se crispa en la voyant ainsi. Mal à l'aise, il baissa les yeux et se mit à triturer nerveusement ses griffes, ne sachant pas quoi faire pour lui redonner le sourire. Bowser ne tarda pas à les rejoindre après avoir traversé les jardins aussi vite que ses courtes pattes le lui permettaient. Autrement dit, un véritable marathon.
Depuis sa plateforme, il avait assisté, impuissant, à toute la scène sans pouvoir intervenir pour empêcher Cursa de s'emparer de la princesse. Une amère frustration lui serrait la poitrine. Il se sentait tellement inutile... Tellement impuissant sous cette forme ridicule... S'il avait retrouvé sa taille normale, jamais il n'aurait laissé une telle chose se produire ! Son regard se posa alors sur son fils. En voyant son visage assombri par l'inquiétude, il déposa doucement une main sur sa petite jambe avant de lui adresser un faible sourire, bien décidé à lui apporter le réconfort qu'il était lui-même incapable de trouver. Puis son attention se reporta sur Mario, qui s'était avancé de quelques pas, un doigt pensif posé sous son menton.
«Elle a parlé de l'énergie du cosmos... Je me demande ce que ça signifie...» S'interrogea-t-il, cherchant à comprendre pourquoi Cursa s'en était prise à Harmonie.
«Je crois que c'était son objectif depuis le début...» Analysa Luigi derrière lui après avoir rassemblé les différentes informations dans son esprit, se remémorant les paroles de la princesse. Devant les regards dubitatifs de ses compagnons, il reprit avec plus d'assurance.
«Mais oui ! Réfléchissez ! Cursa vole l'énergie des Lumas pour devenir plus forte... Mais Harmonie est la maman des étoiles ! C'est elle qui veille sur elles et qui les relie au cosmos. Alors si elle a fusionné avec elle...» Son regard s'écarquilla à mesure que les pièces du puzzle s'assemblaient dans son esprit ; «...Elle vient de mettre la main sur l'énergie même du cosmos !»
«Harmonie était sa véritable cible...» En déduisit Solfège en passant machinalement une main dans les cheveux de Junior, puis une autre sur la tête de Bowser. Mario reprit.
«C'était son pouvoir qui l'intéressait. Grâce à lui, elle pourrait devenir invincible…» Poursuivit-il en hochant lentement la tête, prenant enfin conscience de l'ampleur de la situation.
«Elle veut détruire l'univers !» S'écria Bowser qui porta ses petites mains à sa tête, les yeux écarquillés à l'idée de perdre son titre de plus grand méchant de tous les temps.
«Il n’y a plus qu’une seule solution. Il faut qu'on l'arrête avant qu'il ne soit trop tard !» Lança Mario en se tournant vers ses compagnons, le poing fermement levé. Déterminé à libérer Harmonie et à mettre un terme aux agissements de Cursa, il refusait de baisser les bras.
«Yoshi ! Yoshi !» Approuva aussitôt le dinosaure qui se positionna aux côtés de Mario. Il effectua un petit bond en levant le poing, bien décidé à entraîner le reste de la troupe dans cette nouvelle aventure à haut risque. Le bonhomme champignon secoua la tête.
«C'est bien beau tout ça, mais comment est-ce qu'on retrouve la princesse ? Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, elle s'est volatilisée !» Rappela Toad en fronçant les sourcils, les mains levées avec perplexité. D'ordinaire, il était toujours le premier à se porter volontaire pour une aventure périlleuse. Mais cette fois, ils ne disposaient d'absolument aucune piste, ni du moindre moyen de localiser Harmonie... et la galaxie était immense.
C'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin.
Tout le monde s'échangea un regard incertain, n'ayant pas anticipé ce problème épineux. Luigi grimaça avant de hausser les épaules lorsque son frère se tourna vers lui. Yoshi se gratta le sommet du crâne tandis que Toad, un index posé sous le menton, tapotait rythmiquement le sol du pied en pleine réflexion. Bowser leva le doigt comme s'il venait de trouver une solution, avant de le rabaisser presque aussitôt, réalisant qu'aucune idée ne lui venait pour faire avancer le groupe. Junior suivit ensuite sa mama du regard quand elle se leva afin d'aller réconforter la petite Luma qui venait de les rejoindre après avoir fouillé l'Observatoire de fond en comble à la recherche d'Harmonie.
Une quête qui, à son grand désarroi, s'était révélée vaine. Lui tapotant affectueusement la tête, Solfège lui adressa un triste sourire, s'efforçant de la consoler du mieux qu'elle le pouvait. Mais comment réconforter un enfant qui venait de perdre sa mère ? À cette pensée, son regard se posa sur Junior, se remémorant toutes les fois où le destin les avait séparés... et combien il pouvait parfois se montrer cruel. Mais tout à coup, la petite Luma cessa de pleurer alors qu’elle relevait brusquement la tête dans une direction.
«Je l'entends… J'entends maman ! C'est sa voix !» S’exclama-t-elle en s'élançant dans les airs, à la poursuite de l'appel de détresse qui lui parvenait. Cependant Mario la retint rapidement avant qu'elle ne disparaisse dans le ciel.
«Attends ! C'est peut-être un piège !» Lui dit-il en levant une main pour l'inciter à se calmer.
«Ou peut-être qu'Harmonie essaie de nous guider jusqu'à elle...» Nuança Solfège qui reprenait délicatement la Luma dans ses bras pour l'empêcher de reprendre son envol au risque de la perdre de vue. Si elle était réellement capable d'entendre Harmonie, c'était peut-être leur seule chance de la retrouver !
«Ouais, mais il va nous falloir des renforts si on veut espérer avoir une chance contre cette nouvelle version de Cursa… Déjà qu'elle me fichait la trouille avant, maintenant c'est carrément une autre histoire !» Soupira Luigi d’un long gémissement plaintif, les épaules affaissées. Un lourd silence s'installa. Chacun réfléchissait aux alliés susceptibles de leur venir en aide, sans qu'aucun nom ne s'impose réellement. Finalement, Bowser Junior fut le premier à rompre le silence.
«J’ai une idée !» Déclara-t-il avec un sourire espiègle.
À suivre…
Haha, à votre avis, quelle est l'idée de Junior ? 😉
Merci beaucoup pour votre lecture et votre fidélité, cela me va droit au cœur.
VP