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Chapitre 13 – En route
Tous étaient finalement retournés au château de Bowser à bord du petit aéronef personnel de Bowser Junior. Après une longue discussion avec Peach et le général Toad, Kamek avait pris la décision de rentrer immédiatement auprès des Koopas restés sur les lieux de l'accident afin d'organiser les premières réparations de la forteresse volante. Privée de son souverain, l'armée Koopa était complètement désorientée. Depuis l'effondrement du château, nombre de soldats erraient parmi les décombres sans réellement savoir quoi faire, encore sous le choc de cette attaque brutale qui avait réduit leur puissant roi à l'état de nourrisson. Plus que jamais, ils avaient besoin d'un guide capable de maintenir un semblant d'ordre jusqu'au retour de Bowser... dans sa taille normale, de préférence. Tous étaient profondément inquiets. Pourtant, malgré la fatigue et la peur, une priorité s'imposait : remettre le château en état de voler au plus vite pour commencer les réparations de la forteresse. Sa chute avait provoqué des dégâts catastrophiques...
D'immenses morceaux de métal et de pierre avaient éventré plusieurs sections de la coque, tandis que les énormes poids d'ancrage destinés à stabiliser le vaisseau étaient désormais complètement inutilisables. Quant à l'immense figure de Bowser qui ornait fièrement la proue du château volant... elle avait été littéralement fendue en deux lors de l'impact avec le sol. Une nouvelle blessure de guerre qui venait s'ajouter à toutes les précédentes. Décidément, cette pauvre tête de Bowser semblait attirer tous les malheurs du château volant depuis Brooklyn. Tout autour des décombres encore fumants, la majorité des Koopas s'affairaient autour de l'immense turbine principale, détruite lors de l'attaque. Sans elle, impossible de remettre le château dans les airs... ni même de le redresser correctement. Les ouvriers couraient dans tous les sens, transportant pièces métalliques, matériaux de fortune et tout le nécessaire aux réparations, épaulés par les autres habitants du château. Goombas, Hériss, Bruyinsectes, Frères Marto, Skelerex, Plantes Piranhas... absolument tout le monde mettait la main à la pâte. Même les Koopalings transportaient de petites caisses d'outils ou ramassaient les débris éparpillés dans les coursives. En dépit de l'épuisement, personne ne ménageait ses efforts.
Chaque minute comptait.
L'agitation qui régnait sur les lieux ne parvenait pas à dissiper la lourde tension qui planait au-dessus des ruines du royaume. Heureusement, le château s'était écrasé dans une région particulièrement sauvage et désertique où très peu de créatures vivaient encore. Dans le cas contraire, les Koopas auraient également dû gérer les dégâts causés aux alentours... ce qui aurait sans doute achevé le peu de patience qu'il leur restait. Quelques instants plus tard, le petit vaisseau personnel de Bowser Jr vint lentement s'amarrer près de la forteresse accidentée dans un long grincement métallique. Les grandes pales ralentirent, puis une rampe se déploya jusqu'au sol. Mario, Luigi, Toad, Solfège, Bébé Bowser, Kamek et Junior en descendirent les uns après les autres avant de s'immobiliser face au spectacle de désolation qui s'étendait devant eux. À la vue de l'ampleur des dégâts, une seule pensée traversa leur esprit : le pauvre Kamek allait avoir énormément de travail. Mieux valait reprendre les réparations sans attendre. Chaque minute passée au sol rendait le château plus vulnérable à une éventuelle attaque, et les Koopas en étaient parfaitement conscients. Tant que la forteresse volante resterait immobilisée dans un tel état, le Royaume Koopa demeurerait dangereusement exposé.
Mario et Luigi ne pouvaient que constater la triste réalité. Malgré leur éternelle rivalité avec Bowser et ses troupes, les deux frères étaient sincèrement attristés de voir leurs ennemis perdre ainsi leur foyer sous leurs yeux. Plus encore… ils pensaient à Solfège. Après toutes ces années passées dans la solitude et l'isolement, la jeune reine avait enfin trouvé une véritable famille au sein de ce royaume. Voir tout ce qu'elle avait enfin réussi à construire réduit à l'état de ruines leur laissait un profond sentiment d'injustice. Un peu plus loin, Toad l'explorateur était loin de partager le calme de Mario. Le petit aventurier observait nerveusement les gigantesques décombres encore fumants tout en serrant les bretelles de son sac contre sa poitrine. Son attention fut soudain attirée par son frère, Terry, qui transportait une caisse d'outils. Il l'appela puis le salua chaleureusement, mais ce dernier l'ignora délibérément. Enfin... rien de nouveau. Il en avait l'habitude ! Estimant que cette excursion avait suffisamment duré, Toad remonta précipitamment à bord du petit vaisseau, où la Luma jaune et Yoshi patientaient sagement en attendant le retour du groupe. Toad adorait l'aventure plus que tout au monde… mais se retrouver coincé au beau milieu d'un immense territoire Koopa ravagé par une mystérieuse attaque magique dépassait largement les limites de son courage.
Et puis surtout... voir le regard profondément malheureux de Solfège lui avait presque brisé le cœur. Lorsqu'il avait appris que Mario et Luigi partiraient bientôt à la recherche des fragments de voix disparus, il s'était aussitôt autoproclamé membre officiel de l'expédition, sans laisser à quiconque le temps de protester. Après tout, il était, selon ses propres mots, un maillon absolument indispensable de cette aventure. Hors de question qu'ils partent sans lui ! La reine était devenue son amie... et elle méritait tout ce qu'il y avait de meilleur. Si partir à travers les galaxies pouvait lui rendre son sourire, alors il était prêt à affronter les plus grands dangers, aussi terrifiants soient-ils. Appuyé contre le garde-corps du petit aéronef, le bonhomme champignon observait attentivement le groupe resté au sol à travers sa longue-vue. Par simple précaution. Au milieu de cette agitation étonnamment bien organisée, Kamek semblait avoir naturellement repris les rênes des opérations. Le Magikoopa allait d'un groupe à l'autre, distribuant ses ordres d'une voix ferme tout en faisant tournoyer sa baguette magique. Sous l'effet de ses sortilèges, d'imposantes poutres métalliques, d'énormes blocs de pierre et de lourdes plaques d'acier s'élevaient dans les airs avant d'être délicatement acheminés vers les zones les plus endommagées de la forteresse.
Vu d'ici, le château de Bowser ressemblait davantage à une immense carcasse qu'à la terrifiante forteresse volante que Toad avait toujours connue... Le petit aventurier déglutit difficilement avant d'abaisser sa longue-vue contre sa poitrine, bien moins rassuré qu'à son arrivée. Décidément... cette aventure prenait une tournure bien plus sérieuse et dangereuse qu'il ne l'avait imaginé. Juste au-dessus de sa tête, la Luma jaune poussa son petit bruit caractéristique avant de tournoyer sur elle-même, comme si elle avait perçu son inquiétude. Sa faible lueur dorée semblait presque chercher à le rassurer. À côté d'eux, le dinosaure vert balaya nerveusement les environs du regard avant de pousser un petit gémissement inquiet. Lui aussi semblait mal à l'aise. Après une brève hésitation, il s'approcha pour frotter doucement son museau contre la tête du bonhomme champignon en quête de réconfort. Le territoire du Pays-Noir n'inspirait confiance ni à l'un ni à l'autre. Yoshi se rappelait encore toutes les histoires peu rassurantes que Luigi lui avait racontées après avoir été retenu prisonnier entre ces murs. À ses yeux, cet endroit restait avant tout le repaire du terrible roi des Koopas... et il était difficile d'oublier une telle réputation.
Pendant ce temps, au sol, Solfège essayait tant bien que mal d'expliquer à Bowser Jr, à l'aide de son carnet, qu'il allait devoir rester au château pendant leur future expédition afin de veiller sur Bébé Bowser durant leur absence. Évidemment... le jeune Koopa accueillit cette annonce avec un profond mécontentement. Hors de question pour lui de rester coincé au château à jouer les nounous alors qu'une immense aventure galactique, pleine de dangers, d'exploration et de mystères, attendait justement le reste du groupe ! Il tapa rageusement du pied avant de croiser les bras sur son plastron, gonflant les joues dans une immense moue boudeuse digne d'un enfant injustement puni. Pourtant, contrairement à ce qu'il semblait croire, Solfège n'était pas insensible à sa déception. Bien au contraire. Elle connaissait l'enthousiasme débordant de Junior pour ce genre d'aventures. Lui qui passait la majeure partie de son temps entre les murs du château avait finalement très peu d'occasions de découvrir le monde autrement qu'au cours de ses trajets jusqu'à l'école ou à travers les récits des soldats Koopas.
L'idée de le laisser derrière eux pendant que les autres partiraient explorer les galaxies lui était insupportable.
Se sentant profondément coupable de lui imposer une telle décision, Solfège finit par s'approcher de lui avant de tenter de le serrer tendrement dans ses bras pour le réconforter un peu. Malheureusement, le prince Koopa repoussa aussitôt son étreinte dans un grognement contrarié, puis continua de bouder obstinément dans son coin, les bras croisés et le menton relevé. Hélas... la reine n'avait pas réellement le choix. Si elle voulait garantir la sécurité de tout le monde, Bowser Jr et Bébé Bowser devaient impérativement rester au château. Parcourir les galaxies avec un nourrisson dans les bras serait bien trop dangereux... Elle préférait les savoir à l'abri derrière les murailles du royaume, le temps que l'arme de Junior recharge lentement l'énergie nécessaire pour inverser le vieillissement de Bowser. Une fois redevenu lui-même, le roi des Koopas pourrait reprendre sa place sur le trône et superviser personnellement la reconstruction du château aux côtés de Kamek, alors qu'elle poursuivrait sa mission avec Mario, Luigi et les autres. Car ils devaient impérativement retrouver cette mystérieuse créature avant qu'elle ne fasse plus de mal aux petites étoiles. Pendant ce temps, Peach poursuivrait sa mission au Royaume Champignon en accueillant les Lumas tombés du ciel tout en menant activement des recherches sur leur mère, une certaine Harmonie.
La voix de Solfège… ainsi que la sécurité de tous les Lumas, dépendaient entièrement du succès de cette expédition.
Le cœur lourd de remords, la jeune femme adressa un dernier baiser du bout des doigts à Bowser Junior qui persistait à l'ignorer, les bras toujours croisés, campé sur ses positions. À ses pieds, Bébé Bowser, lui, ne se souciait absolument pas de ce départ imminent. Il poursuivait tranquillement son repas... composé exclusivement de cailloux. Il était temps de partir. Maintenant qu'elle savait les deux Koopas en sécurité auprès de Kamek et du reste du royaume, Solfège pouvait quitter le château avec un peu plus de sérénité. Mario, Luigi et la reine du Pays-Noir embarquèrent alors à bord de la petite embarcation pour se préparer au départ. Une nouvelle aventure les attendait, quelque part parmi les étoiles. Les deux frères prirent place près du gouvernail tandis que Yoshi adressait de grands signes de la main aux Koopas encore occupés à réparer la forteresse. Quelques-uns lui répondirent d'un bref salut avant de reprendre aussitôt leur travail, mais la plupart étaient bien trop absorbés par leurs tâches pour lui prêter attention. Dans la soute, Toad avait quant à lui littéralement entassé des montagnes de bagages. Sacs, couvertures, provisions, casseroles, outils... et une quantité impressionnante d'objets dont personne ne comprenait vraiment l'utilité débordaient de tous les côtés. On aurait cru qu'il s'apprêtait à partir plusieurs mois plutôt que quelques jours.
Des six voyageurs, Toad était de loin celui qui avait préparé le plus d'affaires.
«Juste au cas où !» Avait-il affirmé.
Les hélices accélérèrent au-dessus de leurs têtes, puis le bateau volant s'éleva lentement dans les airs. Bientôt, le château, autrefois si imposant, ne fut plus qu'une minuscule silhouette sombre perdue au cœur de l'immensité du Pays-Noir. Après avoir traversé les épais nuages noirs, le petit vaisseau poursuivit sa montée jusqu'à quitter l'atmosphère. Quelques instants plus tard, il émergea dans l'immensité silencieuse de l'espace. Devant eux s'étendait désormais toute la galaxie. Incroyablement vaste et d'une beauté à couper le souffle, elle abritait un nombre incalculable de planètes, d'astéroïdes et d'étoiles scintillant dans toutes les directions. Au loin, d'immenses nébuleuses aux teintes violettes, bleues et rosées illuminaient les ténèbres, tandis que la Voie lactée serpentait sous la coque du navire telle une rivière de poussière stellaire. Solfège en resta bouche bée devant ce spectacle d'une rare beauté. Jamais elle n'avait eu sous les yeux un paysage aussi grandiose. Ses yeux verts reflétaient les lumières miroitantes de la galaxie alors qu'elle laissait son regard se perdre dans cet océan d'étoiles qui s'étendait à perte de vue.
Tout paraissait si immense... Si paisible. Si infiniment plus vaste que tout ce qu'elle avait connu jusqu'à présent. Fascinée, la jeune femme tendit lentement la main vers l'extérieur du bateau, comme pour effleurer cet univers merveilleux qui s'offrait à elle. Un sourire émerveillé illumina son visage lorsque les fines particules de poussière stellaire glissèrent entre ses doigts avant de se disperser derrière eux dans une pluie d'étincelles. Depuis toujours, elle rêvait d'explorer la galaxie et tous ses recoins. En dehors de sa petite planète isolée, elle n'avait jamais eu l'occasion de contempler les innombrables merveilles disséminées parmi les étoiles. Durant toutes les années passées auprès de Tic-Tac, elle n'avait connu le vaste monde qu'à travers les récits des gardes pantins : des histoires de batailles, de conquêtes et d'aventures lointaines, ne pouvant qu’imaginer à quoi l’univers pouvait ressembler. Puis, lorsqu'elle avait enfin retrouvé sa liberté et rejoint le Royaume Koopa, les responsabilités du quotidien avaient rapidement pris le dessus. Entre la gestion du château, les habitants du royaume et les imprévus incessants, les occasions de partir à l'aventure s'étaient faites rares. Pourtant, ce désir d'exploration ne l'avait jamais quittée.
Comme Bowser aimait parfois l'appeler, Solfège était un petit oiseau dont les ailes avaient été coupées par son ancien bourreau. Un oiseau qui, malgré les longues années passées en cage, n'avait jamais cessé de rêver du ciel.
Dans un léger soupir de contentement, la jeune femme se pencha pour poser sa joue contre ses bras croisés, le regard perdu dans les astres qui défilaient à vitesse de croisière. Elle aurait pu passer des heures entières à contempler le cosmos... Le silence de l'espace avait quelque chose d'apaisant. Les étoiles scintillaient comme une infinité de petites lanternes suspendues dans l'obscurité, accompagnées de longs rubans de poussière stellaire qui dérivaient paisiblement autour du vaisseau. Face à une telle immensité, tous ses soucis lui semblaient soudain bien dérisoires. Derrière elle, la Luma continuait de guider Mario vers le fragment de voix qu'elle percevait au loin. Une fréquence invisible que seule la petite étoile était capable d'entendre au milieu de cet océan infini. Pour Solfège, il n'y avait pourtant rien d'autre qu'un calme presque absolu, seulement troublé par le ronronnement régulier du moteur et le battement incessant des hélices. Un peu plus loin, Yoshi tentait désespérément d'attraper la poussière d'étoiles avec sa longue langue, bien décidé à découvrir quel goût elle pouvait avoir. Le dinosaure ne manquait décidément jamais une occasion de satisfaire sa curiosité ! À ses côtés, Luigi se prêta lui aussi à cette étrange expérience scientifique. De temps à autre, il tendait lui aussi la main pour attraper quelques étincelles lumineuses, qu'il examinait ensuite avec une curiosité enfantine.
Songeait-il, lui aussi, à les goûter ?
Un sourire amusé étira les lèvres de Solfège pendant qu'elle observait les deux compagnons poursuivre leurs recherches culinaires improvisées au beau milieu de l'espace. Ses longs cheveux rouges flottaient doucement autour d'elle, effleurant parfois ses joues au gré des mouvements du bateau. Elle se redressa légèrement avant de s'accouder au rebord du navire, laissant son regard vagabonder parmi les planètes qui défilaient les unes après les autres. Des grandes, des minuscules, des luxuriantes, des volcaniques ou entièrement recouvertes de glace... Chacune renfermait ses propres mystères et promettait des merveilles encore inconnues. Elle aurait voulu toutes les explorer. Peut-être un jour... Tout à coup, son cœur se serra en pensant à Bowser et à Bowser Jr. Elle aurait tant aimé qu'ils soient là pour admirer ce paysage à ses côtés... Une promesse silencieuse naquit alors dans son cœur. Lorsqu'elle retrouverait sa voix et que toute cette histoire serait enfin derrière eux, elle emmènerait sa famille voyager à travers la galaxie. Pas pour accomplir une mission. Pas pour sauver quelqu'un. Simplement pour découvrir ensemble les merveilles que l'univers avait à leur offrir. Ils créeraient ainsi de nouveaux souvenirs, tous ensemble. Et qui sait ? Peut-être que Kamek finirait, lui aussi, par se laisser entraîner dans cette aventure.
Elle perdit bientôt toute notion du temps. Au fil du voyage, le bateau poursuivait calmement sa traversée de la galaxie, longeant d'innombrables planètes qui se succédaient sans jamais se ressembler, offrant chacune un nouveau paysage à admirer. Peu à peu, son esprit s'abandonna à ses souvenirs. Un sourire rêveur effleura ses lèvres, vite teinté d'une pointe de mélancolie en songeant à tout ce qu'elle avait déjà traversé... et à tout ce qui lui échappait encore. D'où venait-elle ? Cette question revenait sans cesse la hanter depuis quelques temps. Elle ne conservait absolument aucun souvenir de la période précédant sa captivité chez le roi Tic-Tac. Rien. Pas un visage. Pas une voix. Pas le moindre fragment de mémoire auquel se raccrocher. Chaque instant de calme ramenait inévitablement ces interrogations à la surface, ravivant cette douleur sourde qui ne la quittait jamais vraiment. Tant qu'elle gardait l'esprit occupé, elles restaient silencieuses. Mais dès que le silence s'installait, elles revenaient la tourmenter avec la même insistance. Si absorbée par ses réflexions, elle ne remarqua même pas la silhouette qui s'approchait en silence derrière elle. Ce ne fut que lorsque la voix de Luigi s'éleva à ses côtés qu'elle sursauta légèrement, tirée de ses pensées.
«On ne s'en lasse jamais, hein ?» Le plombier vint s'accouder au rebord du navire à quelques centimètres d'elle, adoptant naturellement la même posture. Son regard resta quelques instants rivé sur les étoiles avant qu'un sourire rêveur n'éclaire son visage.
«C'est fou, quand même... On passe toute notre vie sur une seule planète, puis un jour, on lève les yeux et on réalise qu'il existe tout ça ! Et dire qu'il y a sûrement encore des milliers d'endroits qu'on n'a jamais explorés !» Il désigna la galaxie d'un vague mouvement de la main avant de laisser échapper un petit rire. Il tourna la tête vers Solfège et son sourire s'agrandit en découvrant le sien.
L'univers est bien plus vaste qu'on ne l'imagine. Solfège lui tendit son carnet.
«Je t'avoue que ça ne me rassure pas vraiment... Honnêtement, je ne suis pas très fan de l'inconnu. On ne sait jamais sur quoi on peut tomber !» Avoua le moustachu en se frottant nerveusement les bras. À l'idée de toutes les créatures inconnues qui pouvaient se cacher parmi les étoiles, un léger frisson lui parcourut l'échine. Il reprit aussitôt ; «Avec notre chance, ce sera sûrement un truc avec beaucoup trop de dents... ou beaucoup trop d'yeux ! Ou pire... un monstre gluant !»
À côté de lui, Solfège se mit à rire silencieusement devant sa tentative maladroite d'alléger l'atmosphère. Il était, pour ainsi dire, particulièrement mauvais lorsqu'il s'agissait de rassurer quelqu'un. Mais c'était aussi ce qui faisait tout son charme. Contrairement à son frère Mario, Luigi était beaucoup plus sensible et réfléchi. Là où Mario fonçait sans hésiter dans le danger, lui préférait prendre le temps d'évaluer la situation, quitte à laisser ses peurs prendre le dessus. Pourtant, malgré toutes ses inquiétudes, il trouvait toujours le courage d'avancer lorsque les personnes qu'il aimait avaient besoin de lui. C'était cette force-là qui faisait de lui quelqu'un de remarquable. Malheureusement, Luigi avait tendance à l'oublier, vivant bien souvent dans l'ombre de son frère alors qu'il méritait, lui aussi, d'être sous les projecteurs. Un court silence s'installa entre eux alors qu'ils profitaient simplement de la présence l'un de l'autre, accoudés au rebord du navire. Les couleurs chatoyantes de la galaxie se reflétaient sur leurs visages. Celui de Luigi était légèrement crispé, comme s'il s'attendait à voir surgir un danger à tout instant. Celui de Solfège, en revanche, était empreint d'une préoccupation bien plus profonde. Après quelques minutes, la jeune femme tourna une nouvelle page de son carnet avant d'y inscrire quelques mots.
Tu penses que nous réussirons à retrouver ma voix ? Que nous vaincrons ce nouvel ennemi ? Écrivit-elle d’une belle écriture courbée avant de montrer ses phrases à Luigi. Ce dernier agita négligemment une main dans les airs avant de laisser échapper un petit «Pff !», balayant ses propres inquiétudes d’un geste désinvolte.
«Bien sûr qu'on va la retrouver ! Tu as devant toi l'incarnation même de l'optimisme ! Le type qui a survécu à des squelettes, des hommes masqués, Bowser... et à une quantité franchement inquiétante de situations traumatisantes ! Comme Mario l'a dit, tu es entre de bonnes mains !» Luigi posa fièrement les poings sur les hanches en bombant le torse, manifestement très satisfait de son petit discours. Il lissa ensuite sa moustache entre deux doigts avant que son expression ne s'adoucisse.
«Mon frère est là. Peach est de notre côté. Tu peux compter sur nous. On est une équipe ! Et puis, tu n'auras pas à affronter tout ça toute seule. Tu sais... moi aussi, cette histoire me fait peur.» Avoua-t-il dans un petit rire nerveux en se frottant la nuque. Son regard suivit pensivement les amas d'étoiles qui défilaient devant eux avant de revenir se poser sur son amie à l’écoute.
«On ne sait même pas à quoi ressemble cet ennemi. On ne sait pas où cette aventure va nous mener... Mais chaque fois qu'il nous est arrivé quelque chose de vraiment effrayant, on s'en est toujours sortis. Pas parce qu'on était les plus forts... mais parce qu'on était ensemble.» Sa voix s'était faite plus douce. Il posa délicatement sa main gantée sur celle de Solfège et la serra doucement entre ses doigts, espérant lui rappeler qu'elle n'était pas seule. Quoi qu'il arrive.
«Alors oui... je suis même certain qu'on retrouvera ta voix. Et quand tout ça sera terminé, on rentrera tous à la maison ! Ensemble.» Luigi écarta les bras avec une conviction qui contrastait presque avec son tempérament habituellement inquiet avant de lui adresser son plus beau sourire. Il ferait tout pour qu’elle retrouve un peu d’espoir !
Sans elle, je ne suis rien... Confia ensuite la reine du Pays-Noir. La tristesse qui assombrissait son regard en disait bien plus que les quelques mots inscrits sur son carnet.
«Solfège, tu es bien plus qu'une voix !» S'empressa de répondre Luigi dans un souffle de surprise, les yeux écarquillés par ce qu'il venait de lire. Pour lui, c'était tout simplement inconcevable. Comment pouvait-elle croire qu'elle n'existait qu'à travers sa voix ? Pire encore... comment pouvait-elle imaginer que les autres ne l'appréciaient que pour cela ? À ses yeux, cette idée était absurde. Solfège était gentille. Courageuse. Attentionnée. Elle passait son temps à prendre soin des autres, même lorsqu'elle-même allait mal. Sa voix faisait certes partie d'elle... mais elle était loin de la définir. Déterminé à lui faire comprendre à quel point elle se trompait, le plombier en salopette se pencha légèrement vers elle, les sourcils froncés d'un sérieux inhabituel.
«Tu es une personne exceptionnelle ! Une amie en or ! Tu t’es fait des amis partout où tu es passée. Et puis regarde tout ce que tu as accompli ! Tu as combattu le roi fou des horloges, tu es devenue reine, tu as ramené la paix entre deux royaumes… Même Bowser a changé grâce à toi ! Sérieusement, personne n'aurait cru ça possible !» Luigi leva les bras au ciel, encore stupéfait en repensant à tout ce qu'elle avait accompli. Puis son enthousiasme retomba quelque peu, laissant place à un sourire beaucoup plus doux.
«Les gens ne t'aiment pas juste pour ta voix, Solfège. Oui d’accord, elle est spéciale, mais ils t'aiment pour la personne que tu es. Tu es gentille, douce, sensible, courageuse, intelligente… et tu prends soin des autres. Tu arrives toujours à voir le bon chez les gens, même quand eux ne le voient pas.» Enchaîna Luigi sans retenue, comptant toutes ses qualités sur ses doigts gantés, n’ayant bientôt plus assez de phalanges tant sa liste continuait de s’allonger. Mais il pourrait continuer comme ça pendant des heures !
«Ça fait de toi quelqu’un d’unique !» Insista-t-il.
Devant lui, les yeux de Solfège se remplirent lentement de larmes. Bouleversée, elle sentit son menton trembler sous le poids de l'émotion tandis que les paroles réconfortantes de son ami résonnaient en elle. Elle ne se voyait pas ainsi... Jamais elle n'avait réellement pris conscience de toutes ces qualités. Dans son esprit, elle n'était qu'une personne ordinaire dotée d'une voix extraordinaire. Une voix aux propriétés curatives que beaucoup convoitaient. Depuis son enfance passée prisonnière dans cette horloge, le roi Tic-Tac l'avait endoctrinée en lui répétant inlassablement qu'elle n'avait de valeur qu'à travers cette voix capable de l'apaiser. À ses yeux, elle n'avait jamais été davantage qu'un trésor rare destiné à être jalousement conservé dans sa collection. Jamais il ne s'était intéressé à la personne qui se cachait derrière ce don. Avec Bowser et Junior, tout avait été différent. Auprès d'eux, elle avait appris à aimer sans condition. Elle avait découvert ce qu'étaient vraiment l'amitié, la confiance et le réconfort que l'on pouvait trouver auprès des autres. Jour après jour, ils lui avaient montré qu'elle avait de la valeur bien au-delà de sa voix. Et aujourd'hui, Luigi venait de lui rappeler une chose essentielle. Sa voix faisait partie d'elle... mais elle ne la définissait pas.
C’était son âme.
«Votre cœur est pur, comme de l’eau de roche !» Proclama Luigi d’une voix théâtrale, reprenant une réplique d'un film qu'il connaissait par cœur depuis son enfance.
Cela arracha un petit rire silencieux à Solfège, qui repoussa quelques mèches de cheveux collées à son visage encore humide. Il avait vraiment le don de lui redonner le sourire, même dans les moments les plus difficiles. C'était sa façon à lui de prendre soin des autres. Derrière eux, plusieurs éclats de voix finirent par attirer leur attention, les tirant doucement de leur conversation. Un peu plus loin, Toad discutait avec enthousiasme aux côtés de Yoshi. Tous deux étaient accoudés au rebord du bateau, fascinés par l'immensité de l'espace qui s'étendait sous leurs yeux.
«Et tu crois qu’on va croiser des extraterrestres ?»
«Yoshi !»
«Des gentils extraterrestres, j’espère.»
«Yoshi !»
«Parce que les méchants extraterrestres, c’est bon j’ai déjà donné.»
«Yoshi !»
Manifestement, le dinosaure vert répondait exactement la même chose à chacune de ses questions, sans que cela ne semble décourager Toad le moins du monde. Les épaules de Solfège furent agitées d'un rire muet, tandis qu'un léger rire échappait à Luigi devant cette conversation totalement absurde. Pendant quelques instants, leurs inquiétudes s'effacèrent, balayées par cette parenthèse de légèreté au beau milieu du voyage. Ils continuaient d'observer leurs amis bavarder joyeusement lorsqu'un grondement sourd résonna au loin. Leurs sourires s'effacèrent aussitôt. Solfège et Luigi levèrent les yeux vers l'horizon. D'immenses cumulonimbus s'amoncelaient sur leur trajectoire, formant une gigantesque muraille de nuages en perpétuel mouvement. Au cœur de cette masse tourbillonnante, des éclairs bleutés jaillissaient sans interruption, illuminant brièvement les ténèbres de l'espace. Un mauvais pressentiment serra le cœur de la reine. Les tempêtes célestes n'avaient rien à voir avec celles que l'on rencontrait sur leur planète. Elles étaient plus vastes, plus violentes... et infiniment plus destructrices. Et malheureusement pour eux... Leur route semblait mener tout droit vers l'une d'entre elles.
«Solfège ! Luigi ! On a un sérieux problème !» Paniqua Mario depuis le pont supérieur en se penchant par-dessus la rambarde pour attirer leur attention. À l’évidence, ils étaient dans une situation critique.
Ils ne perdirent pas une seconde de plus pour se mettre en action. Luigi rejoignit précipitamment son frère à la barre, pendant que Solfège attrapait Yoshi et Toad pour les éloigner du rebord du bateau. Avec une tempête pareille, le moindre faux pas pouvait être fatal. Autour d'eux, les nuages aux couleurs inquiétantes continuaient de s'épaissir à une vitesse folle. En quelques instants à peine, le petit navire se retrouva entièrement englouti par l'orage stellaire. Ils n'avaient même pas eu le temps de changer de cap : la tempête s'était abattue sur eux avec une violence déconcertante. Toad se cramponna au mât avec Yoshi et la Luma lorsqu'un formidable grondement secoua l'espace, résonnant jusque dans leurs poitrines. Une pluie de poussière d'étoiles s'abattit alors sur le pont dans un sifflement strident, mettant à rude épreuve les turbines. Les particules lumineuses tourbillonnaient en tous sens autour d'eux, tandis que les hélices peinaient à fendre les rafales multicolores. Peu à peu, le navire se laissait entraîner vers le cœur de la tempête, là où tout semblait converger. Tout était arrivé si vite... Quelques minutes plus tôt, ils riaient encore ensemble. À présent, ils luttaient simplement pour ne pas être engloutis par l'orage.
«Toad ! Remplace-moi à la barre ! Luigi, avec moi !» Ordonna Mario en haussant la voix pour couvrir le vacarme de la tempête. À peine Toad eut-il saisi la barre que les deux frères se précipitèrent vers le mécanisme des hélices. Les rafales faisaient violemment trembler les rotors, dont les vibrations devenaient de plus en plus violentes. Plusieurs leviers de stabilisation vibraient sous la pression de la tempête, menaçant de céder à tout instant.
Et comme si cela ne suffisait pas, une pluie d’astéroïdes surgit droit devant eux.
Les yeux de Solfège s'écarquillèrent d'effroi. Sa gorge se noua instantanément alors que ses cheveux, fouettés par les vents stellaires, dansaient autour de son visage. D'immenses blocs rocheux, creusés de profondes fissures, traversaient la tempête à une vitesse vertigineuse. Certains étaient si gigantesques qu'ils auraient pulvérisé le bateau au moindre impact. Mario comprit immédiatement le danger. Sans perdre une seconde, il inversa la rotation des hélices pour lutter contre le courant qui les entraînait toujours plus profondément vers le cœur de l'orage. Arrachée à sa stupeur, Solfège se précipita vers l'un des mécanismes du navire. Elle saisit un lourd levier à deux mains et tira de toutes ses forces, les dents serrées par l’effort. Dans un grondement métallique, les trois canons Bill Balle déployés sur les flancs du bateau s'ouvrirent. Les projectiles fendirent aussitôt la tempête avant de pulvériser les premiers astéroïdes. Une série d'explosions illumina les nuages sombres. Des éclats de roche furent projetés dans toutes les directions, tandis que les ondes de choc secouaient violemment le navire. Le souffle brûlant des déflagrations balaya les cheveux de Solfège, qui dut lever un bras pour protéger son visage de la chaleur.
«Je suis trop nul en navigation !» Hurla Toad, complètement affolé, les doigts crispés sur la barre du gouvernail. Il luttait de toutes ses forces pour garder le contrôle du navire, mais la tempête était bien trop puissante. Une violente secousse traversa soudain l'embarcation. La barre lui échappa des mains avant de se mettre à tournoyer follement dans le sens inverse.
«Je veux ma maman !» Sanglota la pauvre petite étoile en s'agrippant de toutes ses forces au mât pour éviter d'être emportée par les rafales. À côté d'elle, Yoshi fit exactement la même chose dans un gémissement terrorisé.
Solfège se redressa rapidement pour leur venir en aide avant qu'un accident ne se produise. Elle attrapa la Luma d'une main, Yoshi de l'autre, puis les plaqua tous les deux contre le pont en bois, fermant instinctivement les yeux. Mario et Luigi tentèrent de redresser le gouvernail, mais c'était peine perdue. Le bateau tournoyait de plus en plus vite, emporté par les courants déchaînés de la tempête stellaire. Les planètes, les éclairs et les nuages multicolores ne formaient plus qu'une immense spirale vertigineuse autour d'eux.
«Cramponnez-vous !» Cria Mario avant de se jeter au sol, les bras protégeant sa tête. Luigi et Toad l'imitèrent aussitôt, attendant l'impact inévitable.
Il y eut un craquement.
Puis une terrible secousse.
À suivre…
Que l’aventure commence… 😉
VP