Je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 5 – La rencontre
«Vous pensez qu’elle va bien ?»
«Je ne sais pas. Un instant tout allait bien, et le suivant, pouf ! Elle s’est effondrée…»
«Il y a eut un grand flash lumineux-»
«Chut, je crois qu’elle se réveille !»
«Solfège ? Est-ce que tu m’entends ?»
«Solfège ?»
Des voix résonnaient autour d'elle, mais tout semblait étouffé, lointain… Elle avait l'impression de flotter quelque part entre le sommeil et la réalité. Solfège tenta de reconnaître la personne qui parlait à sa droite, mais en vain. Quelques gémissements d'inconfort lui échappèrent tandis qu'elle reprenait lentement conscience. Portant une main à son front, où reposait un linge humide, elle entrouvrit difficilement les yeux avant de grimacer sous la vive lumière qui agressa sa vision. Tout n'était d'abord qu'une masse de formes floues et de couleurs diffuses. Son regard peinait à faire la mise au point, comme si son esprit refusait encore de quitter le sommeil. Un plafond blanc et bleu apparut peu à peu au-dessus d'elle.
Son corps reposait sur une surface moelleuse et confortable qui ressemblait à un canapé. Près d'elle, plusieurs silhouettes encore indistinctes semblaient l'observer attentivement alors qu'elle émergeait lentement de son état de torpeur. Ses longs cheveux rouges s'étalaient autour de sa tête pendant que son regard retrouvait progressivement toute sa netteté. Le décor qui l'entourait lui paraissait de plus en plus familier. Une grande penderie blanche décorée de fleurs roses, une élégante coiffeuse surmontée d'un immense miroir ovale, un vaste lit à baldaquin aux rideaux délicatement noués. Des tapisseries richement ornées de peintures colorées…
«Où… où est-ce que je suis… ?» Parvint difficilement à murmurer Solfège après s’être redressée avec effort sur le canapé rose, une main tremblante appuyée contre son front moite. Sa tête tournait encore, donnant l’impression que la pièce faisait sans arrêt des vagues.
«Nous sommes au château, et tu te trouves dans la chambre de Peach. Tu ne risques plus rien, le danger a été écarté !» Répondit immédiatement une voix familière qu’elle reconnut comme étant celle de Mario.
«Comment tu te sens ?» Demanda ensuite Luigi avec une inquiétude sincère dans la voix. Agenouillé juste à côté d’elle, le jeune homme lui tenait la main entre ses doigts gantés, sans l’avoir lâchée depuis son arrivée. Manifestement, Luigi avait veillé à son chevet pendant tout ce temps, attendant avec anxiété qu’elle ouvre enfin les yeux.
«Je me sens bien… enfin, je crois ?» Répondit-elle avec un froncement de sourcils incertain avant qu’un sourire qu’elle espérait rassurant ne vienne doucement adoucir ses traits. Cependant face au regard franchement sceptique de Luigi, elle reprit aussitôt.
«Mis à part quelques étourdissements, ça va. Vraiment, ne vous inquiétez pas ! Tout va pour le mieux. Plus de peur que de mal !» Ajouta-t-elle d’un clin d’œil en tapotant gentiment la main de son ami, soucieux de son état. Pile à ce moment-là, Toad, qui se trouvait lui aussi à ses côtés, laissa échapper un immense soupir théâtral.
«Pfiou… Tu nous as fichu une de ces trouilles ! Oh, Solfège… J’ai bien cru que tu ne te réveillerais jamais !» Se lamenta Toad, sa petite lèvre tremblante encore sous le poids de l’émotion. Le bonhomme champignon se pencha ensuite vers elle avant de laisser reposer sa grosse tête contre le bord du canapé, les yeux humides et brillants d’inquiétude. Au fond de lui, il n’arrivait pas à se défaire d’un terrible sentiment de culpabilité... Il avait assisté à toute la scène sans pouvoir protéger son amie. Et cette impuissance continuait de lui peser lourdement sur le cœur.
«Je suis vraiment désolée de vous avoir fait si peur…» S’excusa Solfège, touchée de voir à quel point ils s’étaient inquiétés pour elle. Attristée de les avoir autant bouleversés, la jeune femme vint poser sa main sur le chapeau de Toad afin de le réconforter un peu. À côté d’elle, Mario gardait les bras croisés, son expression sérieuse trahissant sa nervosité malgré le soulagement de la voir réveillée.
«Est-ce que tu peux nous expliquer ce qui s’est passé ? Comment tu t’es retrouvée dans cet état ?» Demanda-t-il calmement sans détourner les yeux de la reine du Pays-Noir, qui paraissait encore désorientée par les événements récents.
«C’est difficile à dire… Je ne me souviens pas de grand-chose pour être honnête.» Admit Solfège dans un faible haussement d’épaules accompagné d’un sourire embarrassé. Son regard croisa brièvement celui de Luigi, toujours agenouillé près d’elle, avant qu’elle ne tente de remettre un peu d’ordre dans ses souvenirs confus. Peu à peu, certaines images commencèrent à refaire surface dans son esprit. Elle reprit.
«Je me souviens de cette sphère de couleur. Elle… m’attirait. Oui, cette chose m’attirait. Je n’arrivais pas à détourner les yeux d’elle. C’était comme si quelque chose me poussait à m’en approcher encore plus… comme une force invisible impossible à combattre.» Rien qu’en y repensant, une sensation étrange lui serra la poitrine suivit d’un long frisson dans le dos.
«Une force ?» Répéta Mario avec prudence. La jeune femme acquiesça.
«Quelque chose comme ça. J’avais l’impression qu’elle agissait directement sur mon esprit.» Ajouta Solfège en se redressant un peu plus sur le canapé pour poser la serviette, une jambe repliée sous elle. Ses doigts vinrent ensuite tapoter sa tempe comme pour illustrer cette sensation étrange qu’elle peinait encore à comprendre. Même maintenant, ce souvenir lui donnait l’impression d’avoir eu l’esprit complètement embrouillé.
«Génial… donc maintenant il existe des sphères magiques qui contrôlent les gens. Super rassurant. Je savais qu’on n’aurait jamais dû s’approcher de ce cratère…» Geignit Luigi en levant la tête vers le plafond dans un profond soupir dramatique, les yeux fermés et le visage crispé par l’angoisse.
«Je déteste les trucs mystérieux qui tombent du ciel… Ça finit toujours mal !» Râla Toad qui secoua énergiquement la tête, les bras croisés sur sa poitrine et le visage fermé. Mais quelques secondes plus tard, une pensée sembla brusquement traverser son esprit. Ses yeux s’agrandirent sous l’horreur tandis qu’il se tournait vers Mario dans un mouvement paniqué ; «Attends une minute… Si cette chose pouvait contrôler l’esprit de Solfège… alors ça veut dire que la princesse pourrait aussi être en danger ?!»
«Pour l’instant, on évite de tirer des conclusions trop vite. L’important, c’est que tout le monde soit sain et sauf.» Rassura rapidement ce dernier tout en levant une main dans un geste apaisant pour empêcher la panique générale de gagner la pièce. Toutefois, face aux regards franchement peu convaincus des autres, il laissa échapper un léger soupir avant de poursuivre.
«Les gars, du calme, paniquer ne servira à rien pour le moment. Cette sphère a disparu maintenant, d’accord ? Et Solfège va bien. Alors essayons déjà de voir le bon côté des choses.» Insista Mario avec un sourire, les bras légèrement écartés pour les encourager à lui faire confiance. Malgré son optimisme, l’inquiétude restait visible dans les regards échangés autour du canapé. Après tout… rien n’était réellement certain. Personne ne savait ce qu’était cette étrange sphère. Ni quel était son but en atterrissant ici, au Royaume Champignon.
Il mènerait ses propres investigations plus tard avec Peach.
«Un peu de thé ?» Proposa ensuite Mario en attrapant une théière fumante ainsi qu’une tasse posée sur la petite table en bois près du canapé.
«Volontiers.» Répondit Solfège avec reconnaissance.
Après un léger geste poli adressé aux autres, qui acceptèrent eux aussi une tasse, la jeune femme récupéra délicatement le breuvage fumant entre ses mains. La chaleur de la porcelaine réchauffa ses doigts refroidis tandis qu'une fine vapeur parfumée s'élevait doucement devant son visage. Elle approcha lentement la tasse de ses lèvres avant d'en boire une petite gorgée. Immédiatement, une agréable chaleur se diffusa dans sa gorge, puis jusque dans sa poitrine, dissipant peu à peu le malaise laissé par la fatigue et les événements de cette nuit infernale. Elle sentit ses épaules se détendre presque malgré elle.
Chaque gorgée semblait chasser un peu plus la lourdeur qui pesait encore sur son corps, comme si cette simple tasse de thé lui rendait progressivement des forces. Le goût fruité du breuvage éveilla chacun de ses sens encore embrumés, mêlant une douceur sucrée à des arômes délicats particulièrement réconfortants après tout ce qu'elle venait de traverser. Ses sourcils se relevèrent légèrement lorsqu'elle reconnut enfin cette saveur familière. De la pêche. Évidemment. Un sourire discret commença à naître au coin de ses lèvres. Cette boisson lui rappelait immédiatement quelqu'un... Puis, une pensée lui traversa tout à coup l'esprit, et Solfège manqua aussitôt de recracher tout son thé dans sa tasse.
«Combien de temps ai-je été inconsciente ?» Solfège toussa en se tapant le torse après s’être presque étranglée avec son thé brûlant. La panique commençait à la gagner. Et si plusieurs heures s’étaient écoulées ? Elle n’avait absolument aucune envie de voir Bowser débarquer au royaume dans une fureur incontrôlable simplement parce qu’il s’inquiétait de sa disparition. Après tout, elle connaissait parfaitement sa manière de réagir lorsqu’il était submergé par ses émotions. Et la dernière fois que cela s’était produit… les dégâts avaient été monstrueux !
«Environ une heure, je dirais. Mario, Peach et les gardes nous ont retrouvés très rapidement !» Expliqua Luigi en déposant sa tasse à moitié vide à côté de lui. Assis en tailleur sur le sol, il accompagna ses paroles d'un léger haussement d'épaules.
«En même temps, tu courais partout en hurlant comme un fou furieux ! TOUT le royaume t’a entendu, Luigi ! C’était obligé que tout le monde débarque pour voir ce qu’il se passait !» Soupira Toad en levant exagérément les yeux vers le plafond, les petits poings plaqués contre ses hanches alors qu’il lançait un regard accusateur au frère moustachu.
«Oui bah, j’étais légèrement sous tension !» Se défendit Luigi avec une petite moue, les joues rosissant légèrement sous l'embarras. Il évita soigneusement le regard des autres, conscient qu'il n'avait probablement pas gardé beaucoup de dignité pendant toute cette histoire.
«Donc c’est grâce à toi si je suis là, Luigi. Tu m’as sauvée !» Avec une profonde gratitude dans le regard, Solfège inclina doucement la tête vers Luigi tout en lui offrant un sourire chaleureux. Face à cette reconnaissance, le plombier ne put s’empêcher de redresser les épaules, le torse gonflé d’une fierté presque enfantine.
«Oui, c’est exactement ça ! Je t’ai sauvée !» Déclara-t-il avec enthousiasme avant que son cerveau ne rattrape enfin ses paroles ; «Attends… quoi ?»
Très vite, toute la pièce fut envahie par les rires. Leurs éclats joyeux dissipèrent peu à peu la tension et l'inquiétude qui pesaient encore quelques minutes plus tôt dans la chambre. Installés autour du thé fumant, ils se laissèrent bientôt entraîner dans une série de discussions animées sur les événements de la soirée, avant de dériver vers les sujets les plus improbables, simplement heureux de pouvoir partager ce moment ensemble. Blottie dans le canapé, Solfège profitait silencieusement de cette parenthèse réconfortante auprès de ses amis tandis que la chaleur de sa tasse réchauffait doucement ses doigts. Son regard se posa sur Luigi, qui racontait avec enthousiasme tout ce qui s'était passé depuis leur arrivée au lac jusqu'au moment où ils avaient découvert l'étrange sphère au fond du cratère.
Pris dans son récit, il ponctuait parfois ses paroles de grands gestes maladroits, transformant leur aventure en une véritable épopée. Ses bras s'agitaient dans tous les sens lorsqu'il imitait la chute de la météorite ou les cris de panique qui avaient suivi. À l'entendre, on aurait presque cru qu'il avait affronté un dragon à lui seul. Il racontait les événements avec une telle passion que Solfège ne parvenait plus à détacher son attention de lui. De temps à autre, Toad l'interrompait pour rectifier certains détails de son récit, ce qui déclenchait de nouvelles protestations indignées de la part du frère moustachu.
Puis la princesse Peach fit irruption dans la pièce.
«Alors ? Comment va-t-elle ?» S’empressa de demander la princesse en ouvrant grand les portes de sa chambre, son regard se posant immédiatement sur le canapé. Lorsqu'elle l'aperçut enfin, éveillée au milieu des autres, toute la tension accumulée quitta son visage d'un seul coup. Ses épaules s'affaissèrent alors qu'elle relâchait enfin le souffle qu'elle retenait depuis de longues minutes. Ses traits, jusque-là crispés par l'inquiétude, retrouvèrent peu à peu leur douceur habituelle. Elle poussa un profond soupir de soulagement.
«J’étais tellement inquiète… Tu vas bien !» S’exclama-t-elle en portant une main à sa poitrine, un sourire sincère illuminant son doux visage.
«Je vais bien. Ne t’en fait pas. Et puis, il faut dire que je suis très bien entourée.» Rassura Solfège avec un petit sourire attendri, sincèrement heureuse de retrouver la princesse Peach. Elle réalisa soudain qu’elle n’avait même pas encore eu l’occasion de lui souhaiter un joyeux anniversaire ! À cette pensée fugace, une légère ombre traversa son regard tandis qu’un profond sentiment de culpabilité lui serrait la poitrine.
«Je suis vraiment désolée d’avoir gâché ta fête…» Souffla Solfège avec regret en baissant les yeux vers la tasse entre ses mains, incapable de masquer l’embarras qui se lisait désormais sur son visage.
«Voyons, ne dis pas de bêtises ! Tu n’as absolument rien gâché ! Je déteste les anniversaires, de toute façon. C’est ennuyeux à mourir !» Peach agita sa main devant son visage avant de tirer légèrement la langue avec une grimace. À l’évidence, la princesse n’avait jamais vraiment apprécié les grandes célébrations organisées pour elle. Elle poursuivit avec un petit rire espiègle.
«Je dirais plutôt que tu l'as rendue beaucoup plus intéressante !» Ajouta-t-elle en joignant les mains devant ses lèvres, laissant Toad bouche bée. Lorsqu'il se tourna vers elle, ses yeux étaient écarquillés de stupeur et sa mâchoire pendait littéralement dans le vide.
«Quoi ?! Comment ça ? Mais les anniversaires, c’est génial ! On reçoit plein de cadeaux, il y a des gâteaux, des décorations et plein de nourriture ! C’est le plus beau jour de l’année !» S’emballa ce dernier, complètement abasourdi par une idée aussi inconcevable à ses yeux. Jamais il n’aurait imaginé une seule seconde que sa princesse adorée puisse ne pas aimer les célébrations. Tout le monde aimait les anniversaires ! Enfin… du moins, tous les Toads du royaume les adoraient.
«Eh bien, ce n’est pas le cas de Peach. Moi aussi, je n’aime pas les anniversaires.» Intervint rapidement Mario en croisant les bras avec assurance, le menton légèrement relevé. Un bref silence plana dans la pièce. Puis Luigi tourna la tête vers son frère avec une expression dubitative.
«Et depuis quand tu n’aimes pas les anniversaires, au juste ?» Demanda-t-il d’un ton suspicieux tout en levant une arcade. Le sourire de Mario vacilla alors qu’une raideur gênée gagnait ses épaules. À côté de lui, la princesse Peach ne put retenir un éclat de rire amusé devant la situation.
Luigi n’avait clairement pas saisi la subtilité derrière les paroles de son frère.
Toujours blottie contre le canapé, Solfège observait silencieusement les deux frères se chamailler sans intervenir, un petit sourire songeur flottant sur les lèvres. Ces deux-là étaient vraiment complices. Même lorsqu'ils se disputaient ou n'étaient pas d'accord, leur affection mutuelle transparaissait constamment dans leur manière d'interagir. Son attention se porta ensuite sur Peach lorsque la princesse traversa la pièce pour rejoindre son immense lit à baldaquin. Pendant ce temps, Mario et Luigi poursuivaient leur discussion sur les anniversaires avec un sérieux presque ridicule, comme si le sujet était devenu d'une importance capitale.
C'est alors que Solfège remarqua enfin un détail qui lui avait complètement échappé jusque-là. Yoshi était lui aussi présent dans la chambre. Le dinosaure vert s'était roulé en boule sur le grand lit de Peach et dormait profondément au milieu de coussins en forme de cœur et de gros oreillers ronds bordés de longues franges soyeuses. Sa poitrine se soulevait lentement au rythme de sa respiration régulière, et sa queue reposait mollement contre les couvertures roses. Rien ne semblait pouvoir troubler son sommeil. Il était imperturbable. Pas un bruit ne s'échappait de lui… Cette tranquillité contrastait fortement avec son tempérament habituellement si énergique, curieux et joyeux.
Laissant les deux frères à leur grande discussion, qui dérivait lentement vers leur enfance à Brooklyn, la reine du Pays-Noir se leva pour rejoindre la princesse, assise au bord du lit. C'est alors que son attention fut attirée par une légère agitation sous les couvertures. Puis une deuxième. Et une troisième. Trois petits Lumas dormaient blottis les uns contre les autres. Une bleue, une jaune et une orange. À cette découverte, Solfège s'immobilisa aussitôt, la surprise figeant ses traits. Sa bouche s'entrouvrit légèrement tandis qu'elle s'approchait du lit avec précaution, comme si le moindre bruit risquait de réveiller les minuscules créatures.
Une fois tout près d'elles, elle remarqua de fines égratignures marquant leurs visages ronds et lumineux. Leurs faibles lueurs semblaient vaciller au rythme de leur respiration, témoignant des immenses efforts qu'elles avaient dû fournir pour atteindre le château. Ils avaient l'air d'avoir traversé une véritable tempête pour arriver jusqu'ici… Étaient-ils présents dans cette pluie de météores ? Cette question s'imposa naturellement à son esprit alors qu'elle s'asseyait à son tour aux côtés de Peach pour observer ces trois adorables petites étoiles, le cœur serré devant leur apparente fragilité.
«Des Lumas ?» Chuchota Solfège à Peach, sans détacher ses yeux verts des trois petites bouilles endormies.
«Ils sont tombés avec la pluie d’étoiles filantes.» La princesse confirma ainsi ses soupçons. Elle s’apprêtait à reprendre la parole afin de lui donner davantage d’explications lorsque la petite Luma jaune poussa un faible gémissement endormi avant de venir se frotter le visage avec ses minuscules bras. Puis, quelques secondes plus tard, ses petits yeux noirs lourds de fatigue se posèrent sur les deux jeunes femmes assises au bord du lit.
«Princesse Peach ? Reine Solfège ? C’est vraiment vous ?» Marmonna la jeune Luma d’une voix encore engourdie par le sommeil. Malgré ses yeux noirs à peine ouverts, un sourire authentique illumina son petit visage étoilé. Solfège et Peach échangèrent immédiatement un regard surpris. Devant leur incompréhension évidente, la petite créature reprit timidement la parole, sa voix restant faible et légèrement tremblante après son réveil ; «Je suis tellement contente de vous rencontrer… Maman raconte toujours plein d’histoires géniales sur vous.»
«Sur moi ?» Répétèrent les deux femmes exactement au même moment. Déconcertées, elles tournèrent brusquement la tête l’une vers l’autre, leurs expressions reflétant la même incrédulité.
«Tu es sûre ?» Peach la regarda avec hésitation.
«Oui. On adore vos histoires…» Gazouilla la Luma jaune en agitant doucement ses petits bras sous les couvertures, prenant soin de ne pas réveiller ses sœurs endormies contre elle. Elle tourna ensuite son attention vers Peach et lui adressa un petit sourire émerveillé.
«Maman dit que tu protèges les gens comme les grandes étoiles protègent le ciel.» Lui confia-t-elle avec admiration. Ensuite, la petite étoile posa son regard fatigué sur Solfège. Ses yeux semblèrent pétiller davantage pendant qu’elle contemplait la reine du Pays-Noir avec fascination. Son regard ne quittait plus ses longs cheveux rouges, qui reflétaient les douces lueurs émanant des trois Lumas.
«Tu es encore plus lumineuse en vrai… Tu as une lumière toute douce… comme maman.» Révéla-t-elle innocemment, son tendre sourire s’élargissant tandis que ses petites branches frémissaient d’émotion.
«Que s’est-il passé ? Comment êtes-vous arrivés jusqu’ici ?» Questionna Peach, profondément préoccupée. Son regard inquiet s'attarda sur les fines égratignures marquant le visage des trois Lumas, le cœur serré par leur état.
«On jouait sur une toute petite planète… C’est notre endroit préféré ! C’est là qu’on s’amuse avec tous nos amis ! Maman dit que les étoiles y sont toujours bien protégées et qu’il ne peut rien nous arriver.» Raconta la Luma avec un adorable sourire malgré la fatigue qui alourdissait encore son regard. Toutefois, son expression s’assombrit rapidement alors qu’elle empoignait la couverture sous l’effet de la peur.
«Et puis, d’un seul coup… il y a eu une énorme ombre dans le ciel… Elle était vraiment très effrayante… Après ça, tout est devenu noir… Et quand je me suis réveillée, on était ici.» Expliqua-t-elle d’une voix tremblante. Elle était au bord des larmes. Une minuscule larme scintilla même au coin de l'un de ses yeux, mais elle cligna vite des paupières, déterminée à ne pas pleurer devant les deux femmes.
«C’est affreux…» Chuchota Solfège, les sourcils froncés.
«Tu ne te souviens de rien d’autre ?» S’enquit Peach d’une voix douce tout en se penchant un peu vers l’étoile, désireuse d’obtenir quelques précisions sur cette potentielle nouvelle menace.
«Non…» Gémit la petite Luma en secouant faiblement la tête. Ses yeux noirs, humides de larmes, restèrent posés sur la princesse en robe rose, cherchant auprès d’elle un peu de réconfort.
«Ne t’en fais pas, tu ne risques plus rien. On va bien s’occuper de vous. Ensuite, on vous ramènera à votre maman, je te le promets.» Promit-elle avec un hochement de tête ferme, un sourire déterminé adoucissant ses traits délicats. Même si, au fond, elle ignorait encore totalement qui pouvait être leur mystérieuse maman…
«Je savais qu’on pouvait compter sur vous… Je le savais…» Murmura doucement la jeune étoile alors que ses paupières se refermaient peu à peu, vaincues par l'épuisement, bien trop affaiblie pour continuer à lutter contre le sommeil.
Troublée par toutes ces révélations, Solfège était à court de mots. Son esprit tentait désespérément de remettre de l’ordre dans toutes les informations qui s’accumulaient depuis leur arrivée au château. D’abord cette mystérieuse pluie de météores. Ensuite cette étrange sphère tombée du ciel. Maintenant des Lumas… Cela ne pouvait pas être une simple coïncidence. Comment ces petites étoiles pouvaient-elles connaître son histoire ? Que voulait-elle réellement dire par «lumière» ? Et pourquoi semblaient-elles aussi faibles, blessées et terrifiées ? Les questions tournaient sans relâche dans son esprit, sans qu’aucune réponse ne parvienne à apaiser ses inquiétudes grandissantes.
Le mystère ne faisait que s’épaissir. Elle avait l’impression que chaque réponse apportait de nouvelles interrogations. Plus elle croyait comprendre ce qui se passait, plus tout semblait lui échapper. Finalement, son regard se posa sur la petite Luma jaune, désormais profondément endormie contre ses sœurs. Les trois jeunes étoiles s’étaient instinctivement rapprochées les unes des autres sous les couvertures, cherchant du réconfort dans cette fragile proximité après ce qu’elles avaient traversé. Pour le moment, elles ne pouvaient plus continuer à les interroger. La petite Luma était littéralement tombée de fatigue… S’étant assoupie en moins de deux.
Toad s'approcha à son tour avant de poser doucement sa main sur la cuisse de Solfège, le regard empli d'inquiétude. Depuis le canapé, il avait surpris plusieurs bribes de conversation, suffisamment pour comprendre que quelque chose d'inhabituel était en train de se produire. Après tout, il était extrêmement rare de voir des Lumas dans le Royaume Champignon. Ces petites étoiles vivaient habituellement dispersées à travers la galaxie, voyageant d'un monde à l'autre, bien loin de leur royaume. Leur présence ici ne pouvait signifier qu'une chose : quelque chose de grave s'était produit… ou s'apprêtait à se produire. Un lourd silence s'était installé dans la chambre.
Même Mario et Luigi avaient cessé de parler, comme si chacun mesurait peu à peu la gravité de la situation. Presque malgré lui, Toad tourna les yeux vers Peach. La princesse semblait plongée dans une profonde réflexion. Ses sourcils blonds étaient légèrement froncés tandis qu'elle observait les trois étoiles endormies. Cette expression, il la connaissait parfaitement. À chaque fois que Peach affichait ce regard déterminé, cela signifiait généralement qu'elle cherchait déjà un moyen de venir en aide à ceux qui en avaient besoin. Toad sentit un léger soulagement l'envahir. Chaque fois que leur princesse prenait cet air-là, l'espoir n'était jamais très loin.
Soudainement, les portes de la chambre s’ouvrirent brusquement dans un grand bruit.
Plusieurs Toads entassés les uns sur les autres basculèrent dans la pièce avant de dégringoler sur le sol dans une avalanche de petits couinements étouffés. Cette entrée fracassante interrompit net la discussion entre Mario et Luigi. Les deux frères tournèrent rapidement la tête vers les pauvres champignons colorés, désormais éparpillés à leurs pieds et complètement emmêlés les uns aux autres. Yoshi sursauta violemment sur le lit, les yeux grands ouverts face à ce vacarme soudain. Surprises, Peach et Solfège se levèrent d'un bond pour comprendre ce qui se passait. Malgré la confusion, les deux jeunes femmes jetèrent un regard inquiet vers les Lumas endormies, craignant que tout ce raffut ne les ait réveillées.
Fort heureusement, les trois petites étoiles n'avaient pas bougé sous les couvertures. Leur épuisement était malheureusement bien trop profond. Au milieu de l'amas de bonshommes champignons toujours éparpillés sur le sol, le général Toad finit péniblement par se redresser, écrasant involontairement quelques-uns de ses compagnons encore coincés sous lui. Après avoir épousseté son petit veston d'un geste rapide, il repositionna ses lunettes carrées sur son nez inexistant avant de toussoter discrètement dans son poing, comme si cette entrée désastreuse s'était déroulée exactement comme prévu.
«Ahem. Oui, c’est exactement ce que vous croyez, on écoutait bien aux portes.» Déclara-t-il sans gêne, les poings posés sur les hanches. Avant que la princesse ou l’un des frères ne puissent répondre, il enchaîna.
«Votre Altesse, je déteste être porteur de mauvaises nouvelles, mais l’heure tourne. Je me dois d’intervenir. Si la reine du Pays-Noir ne rentre pas rapidement, Bowser pourrait considérer cela comme une provocation… Et aucun de nous ne souhaite revivre une telle situation.» Il ajusta nerveusement ses lunettes avant d’ajouter ; «Avec tout le respect que je vous dois, la sécurité du royaume passe avant tout. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre un tel risque.»
«Il a raison.» Acquiesça Mario tout en tendant une main vers Solfège.
Le roi des Koopas avait déjà énormément de mal à tolérer leur amitié. Alors, s'ils continuaient en plus à s'approcher dangereusement des limites de sa patience… cela ne pouvait qu'empirer les choses. Bowser était bien trop jaloux et possessif pour réagir calmement dans ce genre de situation. Et malheureusement, si le souverain des Koopas décidait de laisser sa colère prendre le dessus, ces traits de caractère risquaient rapidement de se retourner contre eux. Mario et Luigi le connaissaient suffisamment pour savoir qu'il ne valait mieux pas jouer avec le feu, sans mauvais jeu de mot. Lorsqu'il était convaincu que quelqu'un menaçait sa famille, sa jalousie pouvait devenir aussi dévastatrice que son souffle enflammé.
Personne dans cette pièce ne souhaitait tester la patience du tant redouté Bowser. Alors, après avoir enlacé Peach une dernière fois et dit au revoir à Yoshi, Solfège accepta finalement de suivre Mario et Luigi à l'extérieur du château. Elle leur avait promis qu'ils se reverraient bientôt. Quelques minutes plus tard, une fois arrivés aux abords du Royaume Champignon, les deux frères enfourchèrent leurs motos alors que Solfège prenait place derrière Luigi. Très vite, le paysage nocturne se mit à défiler à toute vitesse autour d'eux, le grondement puissant des moteurs résonnant dans la nuit encore sombre.
Les phares découpèrent l'obscurité en deux longs faisceaux lumineux avant que les motos ne s'élancent sur la route principale. Ils étaient d'excellents pilotes, ce que Solfège avait remarqué dès l'instant où ils étaient venus la récupérer au point de rendez-vous fixé. Mario et Luigi maîtrisaient parfaitement leurs engins, contrôlant chaque virage avec une aisance impressionnante malgré la vitesse élevée à laquelle ils traversaient le Royaume Champignon. Elle aimait tant cette belle verdure… Les vastes plaines défilaient autour d'eux tandis que les moteurs grondaient sans relâche, les deux frères slalomant entre les chemins et les collines avec une précision remarquable. Ils adoraient ça, c’était évident.
Agrippée à Luigi pour éviter de perdre l'équilibre, Solfège finit par apercevoir au loin l'immense navire volant stationné au bout de la longue piste. Le bâtiment semblait attendre son retour depuis plusieurs heures déjà. Les énormes hélices tournaient frénétiquement dans un grondement mécanique continu, alors qu'une large rampe abaissée donnait directement accès au pont principal. Sur la coque en bois était fièrement dessiné le blason menaçant de Bowser. Une longue rangée de canons inactifs longeait également les flancs du navire, rappelant qu'il ne s'agissait pas simplement d'un moyen de transport…
Mais bien d'un véritable bâtiment de guerre.
Posté à son extrémité, le général Koopa borgne scrutait attentivement l'horizon à travers une longue-vue, surveillant leur arrivée avec impatience. Il devenait de plus en plus nerveux à mesure que les minutes s'écoulaient… Il détestait par-dessus tout être en retard. Et surtout, il détestait devoir annoncer un retard à son chef. Car si Bowser apprenait qu'ils n'étaient toujours pas repartis malgré l'heure avancée… Le roi des Koopas risquait fortement de laisser éclater sa colère sur le pauvre général chargé de l'escorte. À cette simple idée, une goutte de sueur glissa le long de sa tempe.
Il avait affronté d'innombrables batailles au cours de sa carrière… mais devoir annoncer une mauvaise nouvelle à Bowser lui inspirait une crainte bien différente. Lorsqu'il aperçut enfin les deux motards approcher, le Koopa à la carapace rouge pointa leur direction du doigt avant d'aboyer plusieurs ordres à son équipage. Aussitôt, les turbines commencèrent à accélérer dans un puissant vrombissement, préparant le navire à son décollage imminent. Une fois arrivés au pied de la rampe, Solfège descendit de la moto de Luigi avant de prendre ce dernier dans ses bras pour le remercier du trajet. Elle adressa ensuite une poignée de main chaleureuse à Mario afin de leur dire au revoir une dernière fois.
Puis, sans perdre davantage de temps, la jeune femme gravit rapidement la rampe pour monter à bord du navire. Quelques secondes plus tard, les immenses hélices rugirent de plus belle alors que l'imposant bâtiment quittait lentement le sol. Une puissante rafale balaya la piste, faisant voleter les vêtements et les casquettes des deux frères pendant qu'ils levaient les yeux vers le ciel. Sous leurs regards, le gigantesque vaisseau s'éleva toujours plus haut avant de disparaître progressivement dans l'obscurité de la nuit.
À suivre…
Merci pour votre soutien 😊