Chante pour moi

Chapitre 12 : Explosion

Par VendettaPrimus

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Chapitre 12 - Explosion

Bowser Junior se réveilla en sursaut.

Ses petits yeux noirs, écarquillés, se posèrent immédiatement sur l’horloge comtoise faisant face à son lit à baldaquin. Cette dernière avait mystérieusement arrêté de faire son tic-tac répétitif. N’étant pas habitué à dormir dans le silence absolu, ce changement l’avait directement alerté. Au point de le remplir de terreur. Le calme oppressant qui envahissait la pièce semblait irréel, comme si le temps lui-même s’était figé. Alors qu’il regardait fixement l’horloge, ornée de flammes finement sculptées dans le bois acajou, il pouvait sentir que son cœur battait anormalement vite dans sa poitrine.

D’une grimace, il laissa échapper un gémissement d’inconfort. Une tension étrange crispait ses épaules. Il avait cette horrible sensation d’être observé... Il ne savait pas pourquoi cette horloge lui faisait aussi peur tout à coup. Mais plus il la regardait, plus il se sentait mal à l’aise, jusqu’à ce qu’il se décide à se lever. Son regard parcourut lentement la chambre, s’attardant sur les rideaux, sous le lit et jusque dans les recoins plongés dans l’ombre. Rien. Pas le moindre mouvement. Jetant sa couverture rouge sur le côté d’un coup de bras, Junior sauta de son lit pour atterrir directement à côté du petit panier de sa servante.

Pour le retrouver complètement vide...

La couverture blanche était soigneusement pliée sur le coussin bleu. Le pyjama de Solfège était lui aussi rangé avec soin juste à côté de la gamelle d’eau restée intacte, là où il avait déposé l’une de ses peluches fétiches pour lui tenir compagnie. Enfin, c’était surtout dans le but de l’aider à ne plus faire de cauchemars ! Junior resta quelques secondes à fixer le panier, espérant voir Solfège surgir de derrière un meuble pour lui annoncer qu’elle lui faisait simplement une farce. S’agenouillant près du panier, le petit Koopa, perplexe face à l’absence de sa servante, souleva la couverture et découvrit une montre à gousset dissimulée en dessous. Étrange... Elle ne s’en séparait pourtant jamais.

Avec délicatesse, il attrapa la chaîne dorée entre deux doigts, puis porta la montre devant son museau rond. La première chose qu’il remarqua, c’était que, contrairement à l’horloge comtoise, celle-ci fonctionnait parfaitement. Elle était juste un peu rouillée sur les bords, mais les aiguilles tournaient. Dubitatif, Bowser Jr. pencha la tête sur le côté tout en examinant cette jolie montre à gousset qui semblait venir d’une autre époque, tout en étant remarquablement bien conservée. Ses arcades rouges se froncèrent d’incrédulité. Pourquoi Solfège aurait-elle laissé derrière elle un objet dont elle ne se séparait jamais ? Cette question commença à lui trotter dans la tête, ajoutant encore un peu plus de mystère à cette étrange disparition.

«Solfège ?» Appela doucement la jeune tortue en regardant autour de lui dans la pièce vide.

Ce silence... Il n’aimait pas ça du tout ! Il était angoissant. Puis ses yeux noirs se posèrent sur la fenêtre de sa chambre, grande ouverte. En dessous, une grande pile de jouets atteignait le rebord de celle-ci. Une légère brise soufflait dans la chambre, faisant onduler les rideaux rouges et apportant une fraîcheur inhabituelle dans cette fournaise éternelle. Son froncement de sourcils se creusa. Comment avait-il pu ne pas ressentir cette brise ? D’accord, il avait le sommeil lourd, mais entendre le dernier tic de l’horloge, ça, ce n’était pas un problème ! Il resta quelques secondes à observer les rideaux qui dansaient doucement dans le courant d’air, son esprit essayant désespérément de comprendre ce qui avait bien pu se passer.

Légèrement grognon face à ce constat, Junior déposa la montre à gousset sur le lit de Solfège, puis se dirigea vers la fenêtre ouverte donnant sur le côté ouest du château maléfique. Grimpant sur la pile de jouets qui avait été faite pendant qu’il dormait à poings fermés, le Koopa réussit à se hisser jusqu’au rebord... Pour ne découvrir rien d’autre que la lave et les terres infertiles habituelles. Rien ne semblait avoir changé. En d’autres termes, il n’y avait rien de suspect à signaler. Il allait redescendre lorsqu’une pensée traversa soudainement son esprit. Et puis, tout à coup, la réalisation le frappa de plein fouet.

Ses yeux s’écarquillèrent de stupeur tandis qu’il se dépêchait de redescendre de la pile de jouets pour atteindre la porte de sa chambre à toute vitesse. Vite ! Il devait se dépêcher avant qu’il ne soit trop tard ! Pourquoi n’y avait-il pas pensé plus tôt ? La fenêtre ! Elle était ouverte ! Et Solfège n’était plus là ! L’humaine avait pris la poudre d’escampette, elle l’avait abandonné... Elle était partie par la fenêtre pendant qu’il dormait. C’était la seule explication qui lui venait à l’esprit à l’absence inexpliquée de sa servante au réveil. Une boule d’angoisse se forma dans son ventre à cette idée, et il sentit son petit cœur se serrer. Peut-être était-elle déjà très loin maintenant... Peut-être même avait-elle quitté le château depuis longtemps.

Pris de panique, il dévala les escaliers deux par deux, ses pas résonnant bruyamment dans les couloirs du château. Sa voix s’éleva, tremblante et pressée, appelant son père sans relâche. L’inquiétude lui serrait la poitrine, mêlée à un sentiment amer de trahison qu’il ne comprenait pas entièrement. Il ne voulait pas croire qu’elle avait pu partir volontairement. Pas après tout ce qu’ils avaient vécu ensemble. Elle était sa servante, elle était à lui et à lui seul ! Sans ralentir une seule fois durant sa course effrénée, Bowser Junior cherchait désespérément son paternel, convaincu que son père saurait forcément quoi faire. Il fallait retrouver Solfège avant qu’elle ne soit définitivement hors de portée.

«Papa ! Papa ! Papa !» Cria-t-il encore et encore, jusqu’à atteindre finalement les sous-sols sans l’avoir croisé. Mais où était-il, à la fin ?

Les pas précipités de Junior s’arrêtèrent brusquement, et son front se plissa lorsqu’il entendit des voix en bas des escaliers menant à la salle d’entraînement. Il reconnut sans difficulté la voix de Kamek, celle de son père... Mais aussi la douce voix de Solfège. Oh. Elle ne s’était donc pas enfuie ? Un immense soulagement envahit aussitôt le petit Koopa, faisant retomber une partie de la tension qui lui comprimait encore la poitrine. Instantanément rassuré, bien qu’encore contrarié de s’être réveillé seul, il s’avança d’un pas plus calme jusqu’à la porte massive. Les poings posés sur les hanches, il lança un regard noir à la porte avant de la pousser de toutes ses forces. Il voulait que son entrée soit remarquée ! Qu’ils sachent qu’il était en colère. Après la frayeur qu’il venait de subir, il comptait bien leur faire comprendre qu’il n’avait pas apprécié de se retrouver seul au réveil.

Ce geste interrompit net l’échange entre les trois occupants de la pièce. Bowser Jr. pénétra dans la salle et aperçut Solfège, assise sur une chaise sur le côté gauche, observant la scène. Son père et Kamek, quant à eux, étaient en plein jeu de rôle. Le Magikoopa, déguisé en princesse Peach, faisait face à Bowser, qui portait un haut-de-forme blanc en adoptant une posture théâtrale. Le silence qui suivit l’ouverture de la porte fut particulièrement révélateur. Même Kamek resta figé dans son costume ridicule, pris au dépourvu. La situation, aussi inattendue que déconcertante, contrastait fortement avec l’inquiétude qui l’avait envahi quelques instants plus tôt. Immobilisé face à cette scène, Bowser Junior perdit subitement la voix.

«Junior ? Qu’est-ce que tu fais là ?» S’inquiéta la jeune femme d’un froncement de sourcils en découvrant l’expression du prince qui semblait prêt à exploser. Elle n’avait que très peu dormi durant la nuit et somnolait presque sur sa chaise lorsque le jeune Koopa avait fait irruption. Cette exclamation soudaine tira rapidement le roi et son conseiller de leur rôle respectif.

«Ce n’est pas un endroit pour les enfants ! Retourne tout de suite te coucher !» Rouspéta Bowser, retrouvant très vite son ton autoritaire alors qu’il fixait son fils désobéissant, les joues rouges de colère. L’endroit était dangereux, des armes y étaient entreposées.

«Pourquoi tu me voles ma servante ?! Tu m’avais dit qu’elle était à moi ! À moi, et seulement à moi ! Je ne t’ai pas donné l’autorisation de me la prendre, alors rends-la-moi et va t’en chercher une autre pour jouer avec !» Fulmina le petit Koopa haut comme trois pommes en tapant du pied avec les poings serrés. Son visage était de plus en plus écarlate. Il n’était pas le moins du monde intimidé par le regard désapprobateur que lui lançait son père.

«C’est moi l’adulte, c’est moi qui décide ! Je fais ce que je veux de mes prisonniers. Apprends à partager, et si ça ne te plaît pas, va te plaindre à l’accueil ! J’ai du travail.» Répliqua Bowser d’un geste las de la main en direction de la porte derrière Junior.

«Hé ! Mais c’est ma phrase, ça !» S’indigna aussitôt ce dernier.

«Dehors !» Hurla Bowser en retour, perdant rapidement patience.

«C’est pas juste !» Frustré, Bowser Jr. se retourna puis se mit à marcher lourdement jusqu’à la sortie, faisant résonner chacun de ses pas pour bien exprimer son mécontentement. Cela n’impressionnait pas le moins du monde sa version adulte, bien au contraire.

«La vie est injuste, c’est comme ça. Et n’oublie pas de fermer la porte derrière toi !» Lança Bowser une fois que son fils turbulent fut enfin sorti. Après cet échange pour le moins cocasse, le Koopa géant resserra nerveusement son nœud violet avant de replacer son haut-de-forme sur sa tête, affichant un sourire qui ressemblait davantage à une grimace.

«Hum hum… Alors, où en étions-nous ?» Demanda-t-il en promenant son regard de Solfège à Kamek.

«Vous étiez sur le point de faire votre déclaration...» Répondit l’humaine avec une pointe d’ennui dans la voix. Ce n’était pas tant la déclaration en elle-même qui l’ennuyait, mais plutôt le fait de devoir la revivre pour la centième fois consécutive en une seule matinée.

Et elle n’était jamais suffisamment satisfaisante pour Bowser, qui se montrait particulièrement exigeant envers lui-même. Tout devait être parfait, pesé et calculé au mot près... À force, Solfège connaissait presque la tirade par cœur. Elle aurait probablement pu réciter certaines répliques à sa place. La joue appuyée contre son poing, elle luttait désespérément pour ne pas s’endormir au risque de vexer Bowser. L’aider n’était pas le problème, loin de là, mais avec si peu de sommeil et une situation aussi répétitive, il devenait de plus en plus difficile de tenir le coup. Ses yeux se posaient régulièrement sur l’horloge de la salle, dans l’espoir naïf d’y découvrir que plusieurs heures s’étaient écoulées. Le Magikoopa était venu la chercher dans la chambre de Junior très tôt ce matin-là, à la demande personnelle du roi Koopa, impatient de s’entraîner.

Selon ses propres mots, il y avait énormément de travail à fournir pour atteindre la perfection. Oui, il voulait vraiment que tout soit parfait. Et même si elle n’avait que très peu d’expérience dans ce domaine, il avait insisté pour qu’elle lui apporte ses précieux conseils. Se mettre dans la peau de quelqu’un qu’on ne connaissait pas vraiment n’était sans doute pas l’idée la plus brillante... Sentant ses paupières s’alourdir dangereusement, elle se redressa rapidement sur sa chaise lorsque Kamek imita la voix aiguë de la princesse Peach. C’en était presque de la torture ! Les conseils du magicien n’étaient pas mauvais, certes... Mais loin d’être excellents, si elle devait être honnête.

Elle se retint de pousser un soupir, préférant garder pour elle le commentaire qui lui brûlait les lèvres.

«Écoutez, j’ai une autre approche à vous proposer. Nous avons suffisamment travaillé les jeux de rôle pour l’instant. Vous verrez, c’est très simple.» Indiqua soudainement Solfège en se levant pour lisser sa robe rouge et noire, tandis que les deux Koopas qui se tenaient les mains se tournèrent vers elle avec étonnement.

«Il faut vous mettre en situation…» Elle leur exposa ensuite son idée, espérant que le sorcier ne viendrait pas, une fois de plus, se mettre en travers. Il avait la fâcheuse tendance à monopoliser toute l’attention pour rester le meilleur aux yeux de son maître. Cependant à sa grande surprise, il accepta sans broncher.

«Montrez-moi ce dont vous êtes capable ! Allez directement au contact de la princesse et confessez-lui votre amour. Montrez-lui que vos intentions sont sincères et que, derrière cette carapace, se cache en réalité un être sensible.» L’encouragea-t-elle alors que Kamek faisait tournoyer sa baguette magique pour transformer les armes en quelque chose d’utile pour ce nouvel entraînement.

Les lances, les piques, les arcs, les hallebardes et autres objets s’envolèrent dans un nuage bleu atypique, se métamorphosant peu à peu pour prendre une toute autre forme. Kamek fit apparaître une réplique en carton du château de la princesse, avec son célèbre vitrail en hauteur. Les morceaux de carton s’assemblèrent sous leurs yeux, prenant progressivement la forme des tours et des remparts du célèbre édifice. Dressé sur une pile de rochers, entouré de nombreux petits bonshommes champignons dispersés un peu partout. De grands champignons, de petites maisonnettes colorées et même des tuyaux verts complétaient le décor.

En quelques secondes, la salle d’entraînement avait laissé place à un véritable petit décor de théâtre, suffisamment détaillé pour donner l’illusion d’un fragment du Royaume Champignon. Le tour de magie était particulièrement impressionnant à observer. Désormais face à cette reproduction presque parfaite, Bowser se sentit soudainement intimidé. Et s’il se ridiculisait encore une fois ? S’il échouait lamentablement dans cet exercice ? Pourtant, il reprit rapidement confiance en lui d’un hochement de tête ferme. Le Koopa à cornes jeta son chapeau sur le côté pendant que Kamek, incarnant la princesse, prenait place dans la tour centrale du château en carton. Posté à la fenêtre imaginaire de celle-ci, le Magikoopa s’investit pleinement dans son rôle.

«Oh Bowser, mon doux Bowser… Quand viendras-tu enfin me sauver de ce terrible Mario !» Pleurnicha-t-il dramatiquement, un bras posé sur son front. Cette horrible voix fit rire Solfège qui cacha son amusement derrière sa main. Elle avait du mal à imaginer une princesse réagir de cette façon face à quelqu’un qui passait son temps à la harceler… Kamek n’était pas vraiment doué pour l’interprétation, mais il fallait reconnaître qu’il était particulièrement drôle.

«Allez-y. Faites le premier pas vers votre charmante princesse ! Elle vous attend.» Dit-elle avec douceur à Bowser en indiquant d’un léger mouvement du menton les marches menant au château de la princesse Peach. Son regard hésitant lui serra légèrement le cœur, mais il devait retrouver confiance en lui, car il avait tous les atouts nécessaires pour réussir.

D’abord incertain, il finit par faire ce que lui demandait Solfège, porté par un soudain regain d’assurance. Peut-être même déjà un peu trop... Son expression changea en un instant, laissant place à cette assurance démesurée qu’il affichait dès qu’il se sentait à nouveau maître de la situation. Gonflant le torse, les bras en arrière, il esquissa un sourire arrogant en faisant ses premiers pas dans le Royaume Champignon. Au beau milieu des petits bonshommes en carton. Son regard passait d’un élément du décor à l’autre, comme s’il craignait de tout faire s’effondrer au moindre faux mouvement. Ses épaules se raidirent à mesure qu’il avançait, conscient de tous les regards posés sur lui.

Ce n’était pas le moment de flancher... Une goutte de sueur glissa le long de sa tempe, trahissant la pression qu’il ressentait. Prudemment, il enjamba chaque personnage immobile pour atteindre la cour royale située quelques mètres plus loin. Depuis le sommet de sa tour, Kamek lui faisait de grands signes pour l’encourager. Le Koopa épineux approchait du but, prêt à déclarer sa flamme lorsqu’au dernier moment, son pied droit écrasa quelque chose. Un craquement sec figea aussitôt tout le monde. Grimaçant, surpris par ce bruit, la tortue releva lentement ses orteils et découvrit qu’un des personnages en carton avait été aplati sous son imposant pied.

«Vous avez marché sur un petit bonhomme champignon…» Constata l’humaine derrière lui d’une grimace tandis qu’il retirait la petite créature de sous son pied pour la jeter sur le côté.

Il tenta de reprendre l’exercice à plusieurs reprises pour enfin atteindre Peach et lui faire sa déclaration, mais à chaque fois, une nouvelle erreur venait tout gâcher. Tantôt il écrasait un Toad, tantôt un champignon, parfois une maison... Ou renversait carrément une tour d’un coup de queue mal placé. De quoi mettre à rude épreuve la patience de quelqu’un qui, justement, n’en avait jamais vraiment eu. Pas une seule fois il ne parvint à atteindre son objectif sans causer de dégâts. Pas une ! Et pourtant, il n’était qu’à quelques pas de sa bien-aimée... À quelques pas seulement de la victoire !

Alors, pourquoi était-il aussi maladroit ? De plus en plus frustré malgré les encouragements de Solfège, les nerfs de Bowser finirent par lâcher au moment où il écrasa un autre fichu Toad par mégarde. Ce pauvre petit bonhomme en carton n’avait rien fait de plus que les précédents, mais ce fut celui de trop. Il fixa la créature difforme d’un regard noir, persuadé qu’elle se moquait délibérément de lui avec cet affreux sourire figé. Ses narines frémirent tandis qu’un grognement sourd remontait dans sa gorge. Le roi Koopa serra les dents, submergé par la colère qui montait en lui.

«Oh zut alors…» Gémit Kamek qui, après s’être recroquevillé, disparut dans un nuage rose avant même que tout ne dégénère.

Bowser grognait, ses yeux rougeoyants fixés sur cette piètre imitation de Toad, le nerf battant à sa tempe. Cette chose se moquait de lui... Depuis ce matin, il se donnait en spectacle ! Il en avait assez de jouer les princes charmants. Il était juste pathétique ! Cet entraînement était grotesque. Chaque tentative ratée ne faisait qu’exacerber un peu plus son humiliation. Puis tout à coup, sans prévenir, il libéra sa colère dans un rugissement effroyable qui fit trembler les murs. Le grondement de sa voix résonna dans toute la salle, faisant vibrer les quelques objets encore disposés autour du terrain d’entraînement.

Écartant ses griffes acérées dans un cliquetis menaçant, il inspira profondément avant de déchaîner un puissant jet de flammes sur le château de la princesse Peach et sur tout le décor recréé par Kamek pour l’occasion. Une vague de chaleur traversa la pièce, prenant Solfège de court. Le feu dévora tout sur son passage, sans la moindre pitié. Les flammes se propagèrent à une vitesse fulgurante, enveloppant tout le décor dans une fournaise ardente. Les petits personnages joyeux disparurent dans le brasier, alors que les tours roses et blanches du château s’effondraient en un amas de cendres.

«Tout ça ne mène à rien ! C’est une perte de temps ! Je les écraserai tous autant qu’ils sont ! Je ferai d’eux mes esclaves et obligerai la princesse Peach à m’épouser, qu’elle le veuille ou non ! Son royaume m’appartiendra !» Rugit l’immense Koopa après avoir repris son souffle avant de déchaîner un second jet de flammes, tout aussi puissant que le précédent.

Face à ce carnage, Solfège resta sans voix.

Elle se sentait impuissante devant cette frénésie destructrice. La chaleur des flammes lui brûlait les joues et repoussait ses cheveux en arrière alors qu’elles dévoraient absolument tout sur leur passage. Elle leva instinctivement un bras pour protéger son visage, mais ne put détourner le regard du brasier qui se déchaînait devant elle. Cette puissance était aussi spectaculaire qu’effrayante... Envahie par la terreur, la jeune femme recula de quelques pas, fixant la tortue enragée qui laissait exploser toute sa colère dans un spectacle incandescent. Les flammes se reflétaient dans ses yeux agrandis par la peur. Elle n’avait encore jamais été témoin de la puissance de feu de Bowser... Et aurait préféré ne jamais l’être.

La voir ainsi libérée sans la moindre retenue lui fit prendre pleinement conscience de la force colossale qui sommeillait derrière cette imposante carapace. Finalement, le roi finit par se calmer après avoir réduit le décor en miettes, reprenant péniblement son souffle au milieu des débris encore fumants. Dos à l’humaine, ses épaules se soulevaient au rythme de sa respiration erratique, tandis qu’une fumée blanche s’échappait de ses narines. Le silence retomba peu à peu sur la salle, seulement troublé par le crépitement des derniers restes en train de brûler. Au milieu des débris, le Koopa se laissa soudainement tomber pour s’asseoir avant de croiser les bras sur ses genoux, découragé.

Kamek réapparut aux côtés de Solfège dans la foulée, une fois le danger écarté. Il n’était plus déguisé en Peach : il avait abandonné son costume burlesque pour retrouver sa robe bleue à capuchon traditionnelle. Il n’avait aucunement envie de remettre de l’huile sur le feu, sans mauvais jeu de mots. De fines volutes de fumée flottaient encore dans l’air, et l’odeur âcre du brûlé persistait... La chaleur résiduelle faisait encore vibrer l’air au-dessus des restes calcinés. Se tordant anxieusement les doigts, il jeta un regard inquiet à son maître désormais silencieux, dont la silhouette massive se découpait au milieu des ruines fumantes.

Puis il détourna les yeux vers l’humaine, qui l’observait d’une manière qu’il ne parvenait pas à définir. Ses yeux reflétaient une émotion inconnue. Peut-être un mélange de peur et de pitié... Il n’en était pas certain. Quoi qu’il en soit, elle semblait profondément bouleversée par ce qu’elle venait de voir. Kamek ne pouvait guère lui en vouloir. Même lui, pourtant habitué aux colères de son maître, avait été surpris par la violence de cet accès de rage. Ce genre de crise n’avait pourtant rien de nouveau. Bowser était connu pour passer d’une émotion à l’autre avec une rapidité troublante. Cette instabilité était impressionnante... Toutefois, elle ne dissuada pas Solfège de faire ce qu’elle s’apprêtait à tenter.

Calmement, elle s’avança parmi les débris encore fumants, ses pas mesurés crissant doucement sur les restes calcinés de carton. Quelques flammes vacillantes léchaient encore les ruines du décor, projetant des reflets orangés sur les murs assombris. Derrière elle, Kamek secoua la tête pour tenter de la dissuader, mais elle n’y prêta pas attention. Prenant garde de ne pas abîmer sa jolie robe de servante, elle slaloma entre les restes du château jusqu’à atteindre le Koopa à l’air abattu. Elle leva timidement les yeux vers cette grande carapace verte hérissée d’épines, puis se décala légèrement sur la gauche pour essayer de voir son visage.

Avec prudence, au cas où Bowser voudrait s’en prendre à elle. Elle redoutait presque de retrouver la colère qui l’avait animé quelques instants plus tôt, prête à reculer au premier signe d’agressivité. Mais elle ne s’attendait certainement pas à découvrir une telle expression sur son visage. Le menton baissé, il semblait éprouver une profonde tristesse... Son regard, autrefois incandescent, s’était éteint, perdu quelque part sur le sol grisâtre. Ses griffes reposaient mollement contre ses genoux, privées de cette tension qui les crispait habituellement lorsqu’il était en colère. Le voir dans un tel état après cet épisode de violence inouïe lui serra douloureusement le cœur.

La gorge nouée, Solfège releva légèrement le bas de sa robe avant de s’accroupir à côté de Bowser, désormais suffisamment calme pour envisager un dialogue. Il ne la regarda pas et ne prononça pas un seul mot, même lorsqu’elle se pencha vers lui pour tenter de capter son regard qui fuyait le sien. Une distance invisible semblait les séparer, malgré leur proximité. Ce qu’elle voyait à présent n’avait plus rien à voir avec la créature déchaînée d’il y a quelques instants. Face à elle se tenait une âme en peine, écrasée par quelque chose de bien plus profond que de la simple colère. Une rage qu’il ne maîtrisait pas... Ou qu’il ne comprenait peut-être même pas lui-même.

Sa carrure menaçante ne parvenait plus à dissimuler la fragilité qui transparaissait dans son attitude. Était-il simplement incompris ? Extériorisait-il sa frustration à travers des actes de violence ? Elle voulait l’aider, sincèrement, mais il était si difficile à cerner... Il se retranchait constamment derrière cette férocité, comme derrière un masque qu’il portait en permanence. Un masque si solidement ancré qu’il avait fini par ne plus savoir ce qui se cachait derrière. Sans doute par peur d’être jugé. Peut-être avait-il fini par croire que montrer de la faiblesse revenait à offrir aux autres une raison de le mépriser... Et, pire encore, de le rejeter.

«Il faut de la douceur… Tout ce qui nous entoure est fragile, et mérite qu’on le protège.» Récita Solfège en levant la main pour la poser délicatement sur l’avant-bras de Bowser, juste au-dessus de l’anneau de métal noir. À son contact, le muscle sous sa paume se tendit légèrement. Elle ne retira pas sa main pour autant. Elle poursuivit, d’une voix toujours aussi douce et bienveillante.

«Ne restez pas sur un échec. Vous avez de nombreuses qualités, et la princesse finira bien par les voir… J’en suis certaine.» Le rassura-t-elle en sentant la chaleur de son bras se diffuser sous ses doigts. Elle savait que l’approche était délicate, mais elle voulait lui redonner courage, lui offrir un peu d’espoir. Malgré tout, il avait du mérite. Déglutissant, elle reprit ; «Essayez de voir les choses autrement. Une nouvelle perspective pourrait tout changer, vous ne pensez pas ? Vous êtes déterminé, fort, téméraire… Et vous savez ce que vous voulez. Alors servez-vous de cette volonté pour changer votre regard sur le monde. Rien n’est perdu… il suffit juste d’y croire.»

Bowser tourna légèrement la tête puis baissa les yeux sur la petite main de l’humaine, toujours posée sur son bras. Il n’avait pas réellement écouté ce qu’elle disait, trop absorbé par la chaleur étrange que lui procurait ce simple contact. Étonnamment, malgré la fraîcheur de ses doigts, il avait l’impression que sa peau se réchauffait sous leur caresse. Ce n’était pas désagréable... Au contraire. Cette sensation inattendue éveillait quelque chose de nouveau en lui. Distrait, il cligna des yeux lorsque Solfège retira doucement sa main. Elle se redressa à ses côtés avec un léger sourire, faisant naître une curieuse tension dans son cœur de pierre. Une fois encore, ce n’était pas désagréable. Juste... Troublant. Inhabituel.

Son regard suivit machinalement la main qui venait de quitter son bras avant de remonter jusqu’au visage de la jeune femme. Sa peau picotait encore à l’endroit où ses doigts s’étaient posés, la sensation se diffusant lentement comme une chaleur persistante qui semblait s’insinuer jusque sous sa carapace. Une sensation difficile à ignorer... Déroutante. Il fronça légèrement les sourcils, contrarié de ne pas comprendre pourquoi un geste aussi insignifiant pouvait le perturber à ce point. Mais au moment où Kamek réapparut à côté d’elle, cette douceur fragile se brisa net, laissant place à une irritation soudaine. Bowser détourna aussitôt le regard, comme s’il venait d’être pris en flagrant délit d’une pensée qu’il ne voulait surtout pas laisser paraître.

«Elle a parfaitement raison ! Vos qualités sont innombrables, Sire ! Il faudrait être aveugle pour ne pas les voir !» Approuva le Magikoopa avec un sourire admiratif. Bowser leva les yeux au plafond, mais cette remarque eut au moins le mérite de regonfler son ego.

«J’en ai eu assez pour aujourd’hui. Disparaissez de ma vue.» Ordonna-t-il dans un soupir tout en se redressant et en indiquant la porte d’un bref mouvement de tête.

Il n’était plus d’humeur à faire le moindre effort pour les beaux yeux d’une princesse qui, de toute évidence, ne lui témoignait aucune reconnaissance. Les deux ne se firent pas prier. Kamek disparut dans son habituel petit pop, tandis que Solfège s’empressait de rejoindre la sortie, pressée de regagner la sécurité de sa chambre pour reprendre ses esprits. Elle était encore sous tension après ce qui venait de se produire... Son cœur battait toujours plus vite que la normale, et elle avait besoin de quelques instants loin de Bowser pour retrouver son calme. La jeune femme sentait le regard insistant du Koopa géant peser dans son dos, mais elle s’efforça de l’ignorer alors qu’elle atteignait les portes.

Lorsqu’elle les ouvrit, elle découvrit Junior juste derrière. La petite tortue était assise, adossée à la porte, en plein milieu du couloir. Il avait attendu tout ce temps que Solfège sorte enfin de ce qui lui avait semblé être un véritable supplice, restant sagement installé sur le tapis rouge et noir à tracer des dessins imaginaires du bout des doigts. À plusieurs reprises, il avait failli se lever pour vérifier ce qui se passait, mais il s’était retenu, préférant attendre sagement. Il voulait être sûr de pouvoir la récupérer en un seul morceau. Au grincement familier des gonds, Bowser Jr. tourna le museau vers l’humaine qui se hâta de sortir... Avant de sentir la présence imposante de Bowser se rapprocher derrière elle.

«Promène-toi un peu avec moi.» Demanda doucement le roi à son fils en posant les yeux sur lui, étonné d’y voir un nouveau bandana à son cou. Il attendit que l’humaine se soit suffisamment éloignée avant de se mettre en marche aux côtés de Junior. Le jeune Koopa sautillait joyeusement à ses pieds pendant qu’ils avançaient dans le long couloir, laissant parfois échapper de petits rires lorsqu’une pensée amusante lui traversait l’esprit. À côté de lui, Bowser lui jetait quelques regards intrigués, perplexe face à son insouciance. Il finit par se racler la gorge pour reprendre la parole.

«Que penses-tu de cette… Solfège ?» Il hésita sur le prénom. Il sonnait si étrange sur sa langue…

«Elle est gentille. On s’amuse beaucoup tous les deux. On a fait mon nouveau bandana ensemble, et elle m’a même aidé à terminer mon prototype de vaisseau ! Il faudrait que je te le montre, comme ça tu pourrais l’utiliser. Mais je dois encore revoir certaines dimensions…» Expliqua Bowser Junior en fronçant les sourcils, son esprit déjà occupé par les ajustements nécessaires. Le siège n’était clairement pas adapté à la carrure de son père. Oui, il devait absolument reprendre les mesures, sinon ça ne fonctionnerait jamais !

«Et comment se comporte-t-elle avec toi ? Est-elle obéissante ? Fait-elle correctement son travail ? Si elle ne te satisfait pas, je peux la renvoyer en prison et t’en trouver une autre.» Assura Bowser avec un hochement de tête accompagné d’un petit sourire maladroit. Cette proposition arracha à Junior un regard interloqué, suivi d’un petit «oh !» outré.

«Non ! Je m’amuse très bien avec Solfège. Pourquoi tu voudrais la remettre en prison ? Je croyais que tu t’amusais aussi avec elle…» Grommela Bowser Jr. qui commençait à ressentir une pointe de jalousie. Il n’était pas prêt à la partager avec son père. Il espérait que ce ne soit que passager, que Bowser finisse par se lasser de ses conseils afin qu’il puisse retrouver l’humaine pour lui tout seul. Tout en marchant côte à côte, le petit Koopa renifla légèrement puis reprit la parole en haussant les épaules avec nonchalance.

«Enfin bon… Même si elle me contredit parfois, ou qu’elle me dit non, je l’apprécie beaucoup. Je ne m’ennuie jamais avec elle ! On a toujours quelque chose à faire. Et j’aime sa voix… Elle me rassure quand je fais des cauchemars. Elle me dit toujours plein de choses gentilles et dit qu’un jour, je serai aussi fort que toi !» S’enthousiasma-t-il en faisant un petit bond, un large sourire à son museau avant de lever les yeux vers l’expression songeuse de son père. Une expression qui se transforma rapidement en stupéfaction, ses épais sourcils se haussant sur son front.

«Aussi fort que moi ?» Répéta-t-il, perplexe, cependant flatté. Une fois encore ce compliment venait nourrir son ego surdimensionné, même s’il peinait à croire ce qu’il venait d’entendre. Solfège disait vraiment cela de lui ? Une légère pression lui serra la poitrine lorsque son fils hocha vivement la tête.

«Oui ! Et j’ai réussi à faire ma toute première boule de feu ! Elle était énorme ! Genre vraiment énorme ! Encore plus grande que le château ! T’aurais vu ça ! Tu es fier de moi, hein, dis papa ? Tu es fier ?» Tout excité, Junior trépignait sur ses petits pieds, les yeux rivés sur son père avide de reconnaissance. Il était sur le point d’exploser de joie en voyant Bowser esquisser un sourire… Son cœur se serrant agréablement lorsque le roi des Koopas répondit, d’une voix teintée d’adoration.

«Bien-sûr que tu m’impressionnes ! Je savais que tu en étais capable ! Tu es un Bowser, un vrai ! Je suis très fier de toi, fiston.» Bowser se mit à rire. Évidemment qu’il était fier ! Même s’il savait que son fils avait tendance à exagérer. Junior était la prunelle de ses yeux, et tout ce qu’il faisait suffisait à le combler de fierté. Et ce regard pétillant lorsqu’il partageait ce moment avec lui… C’était sans doute la plus belle chose à ses yeux. Son sourire s’élargit alors qu’il observait son adorable fils. Submergé par une soudaine vague d’affection, Bowser passa sa grande main sur sa petite houppette rouge puis le félicita de sa voix grave et imposante ; «C’est ma petite terreur à moi !»

«GRAW !» Rugit fièrement Bowser Jr. en réponse après avoir relevé son bandana denté sur son museau.

Les deux éclatèrent de rire avant de s’éloigner ensemble dans les couloirs sombres du château flottant.

À suivre…

VP




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