Le cinquieme incident de parcours eut lieu le vendredi.
Jack n'avait rien prévu.
C'était du moins ce qu'il se répétait lorsqu'il entra dans l'ascenseur et découvrit Sam déjà à l'intérieur.
Elle portait son uniforme, l'expression parfaitement professionnelle.
Jack entra.
— Colonel.
— Mon général.
Les portes se refermèrent.
Ils restèrent silencieux.
Jack regardait les chiffres défiler.
Sam regardait droit devant elle.
Il savait qu'il devait se tenir tranquille. Qu'ils étaient dans une base militaire. Que n'importe qui pouvait entrer.
Il savait tout cela.
Il savait aussi qu'il avait passé la journée à attendre un moment où il pourrait la voir seule.
Et voilà qu'elle était là.
À côté de lui.
Sans rien faire.
Ce qui était presque pire.
Sam tourna légèrement la tête.
— Mon général, je voulais vous demander si—
Un bruit de pas retentit dans le couloir, à l'étage inférieur.
Les portes commencèrent à s'ouvrir.
Un soldat attendait devant l'ascenseur.
Il aperçut Jack, se redressa et salua.
— Mon général.
— Soldat.
Le jeune homme entra.
Il appuya sur un bouton, puis se plaça face aux portes.
L'ascenseur repartit.
Jack fixa les chiffres lumineux.
Sam aussi.
Le soldat regarda discrètement le général, puis le colonel. Il n'y avait rien d'anormal dans leur attitude. Absolument rien. Et pourtant, quelque chose dans le silence lui donna soudain l'impression très nette d'être de trop.
Il se racla la gorge.
— Je vais descendre ici.
Les portes s'ouvrirent.
Le soldat sortit.
— Bonne journée, mon général. Mon colonel.
— Soldat, répondit Jack.
Les portes se refermèrent.
Cette fois, Sam se tourna vers lui.
Jack la regarda.
Il n'y eut ni sourire ni plaisanterie.
Il fit un pas vers elle. Elle posa les deux mains à plat contre son torse, puis se rapprocha de lui.
Le baiser fut immédiat, presque brutal dans sa spontanéité, débarrassé de toutes les précautions qu'ils avaient essayé de conserver jusque-là.
Jack la saisit par la taille.
Sam passa les bras autour de son cou.
Pendant quelques secondes, il n'y eut plus rien d'autre que cette urgence silencieuse, cette façon qu'ils avaient de se retrouver l'un contre l'autre dès qu'ils étaient seuls.
Jack sentit Sam sourire contre ses lèvres.
Il se recula juste assez pour la regarder.
— Quoi ?
— Rien.
Elle l'embrassa encore.
Il eut un rire étouffé.
— Vous allez finir par me tuer, Carter.
Elle posa son front contre le sien.
— Ce serait dommage, mon général.
Les portes s'ouvrirent.
Ils se séparèrent aussitôt.
Jack rajusta sa veste. Sam remit ses cheveux en ordre.
Un officier attendait dans le couloir.
— Mon général. Colonel.
— Bonjour, répondit Jack.
Il sortit le premier. Sam le suivit quelques secondes plus tard. Ils partirent chacun dans une direction, comme si de rien n’était. Ils ne se retournèrent pas.
Jack prit la direction de son bureau, les mains enfoncées dans les poches.
Il avait embrassé Sam. Encore.
Et cette fois, il ne pouvait même pas prétendre que c’était la faute du danger, de l’adrénaline ou d’une quelconque impulsion incontrôlable.
Bon sang, O’Neill. Tu es dans de beaux draps.
— Vous semblez préoccupé, O’Neill.
Jack s’arrêta. Teal’c se tenait à quelques mètres de lui, les mains croisées dans le dos. À en juger par son immobilité, il ne venait pas de passer par hasard.
— Je crois que je vais avoir droit à une séance de psychologie
—J’ai remarqué que votre comportement et celui du colonel avaient changé.
Jack soupira.
— Vous savez, Teal’c, il existe des gens qui s’occupent de leurs propres affaires. C’est un concept intéressant. Vous devriez essayer.
Jack continua d‘avancer vers son bureau pour tenter de mettre fin à la conversation.
— Où cela va-t-il vous mener, Jack O’Neill ?
Jack stoppa net dans le couloir et se retourna vers Teal’c
Voilà. C’était exactement la conversation qu’il ne voulait pas avoir.
Pas avec Teal’c. Pas avec quelqu’un qui le connaissait suffisamment pour entendre ce qu’il ne disait pas.
— Je n’ai pas envie d’avoir cette conversation avec vous.
Teal’c inclina légèrement la tête.
— Alors ayez cette conversation avec le colonel Carter, mon frère.
Jack resta immobile en regardant s’éloigner Teal’c. Le Jaffa venait de frapper là où ça faisait mal. Très mal.
Le pire, c’était qu’il n’avait même pas eu besoin d’insister. Une question, quelques mots, et voilà qu’il se retrouvait face à ce qu’il s’évertuait à éviter depuis des jours.
Sam.
Il passa une main sur sa nuque et reprit sa marche.
Combien de temps pouvait-il encore jouer à ce petit jeu ? L’embrasser dès qu’ils se retrouvaient seuls, puis retourner à son bureau en faisant comme si de rien n’était ? Se montrer parfaitement capable de commander une base de plusieurs centaines de militaires, mais perdre tous ses moyens dès qu’il s’agissait d’une femme ?
D’accord, de cette femme.
Il n’était pas idiot. Il connaissait les risques. La différence de grade, les règlements, les conséquences possibles pour elle comme pour lui. Il avait passé suffisamment d’années dans l’armée pour savoir qu’on ne pouvait pas simplement décider que les règles ne s’appliquaient plus quand elles devenaient gênantes.
Jack s'arrêta devant la porte de son bureau.
Bon. Il me faut un plan. Quelque chose de concret. Une manière de régler cette histoire sans que Sam en paie le prix.
Un sourire lent se dessina sur son visage.
Pour une fois, il allait utiliser la chaîne de commandement à son avantage.
Dans son bureau, Jack décrocha son téléphone :
— Allô, Walter..