Incidents de parcours

Chapitre 4 : Le piège du module extraterrestre

Par enyae

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Plusieurs jours avaient passé. Plusieurs jours pendant lesquels Jack avait essayé de se comporter comme si rien n'avait changé. En vain.

Sa conversation avec Teal'c lui revenait régulièrement en mémoire. Le Jaffa n'avait pas eu besoin de grands discours pour lui faire comprendre ce qu'il refusait obstinément de voir. Si Teal'c avait remarqué quelque chose, lui qui ne s'embarrassait jamais de ce genre de considérations, alors qui d'autre avait pu s'en apercevoir ? Daniel ? Le personnel?

Au SGC, pourtant, tout continuait comme avant. Les équipes partaient en mission, les rapports s'empilaient sur son bureau, les briefings s'enchaînaient et Walter lui transmettait les habituelles informations avec son sérieux imperturbable. Jack donnait des ordres, prenait des décisions, plaisantait quand l'occasion se présentait. Le général O'Neill remplissait parfaitement son rôle.

À l'intérieur, c'était une autre histoire.

Il avait beau s'absorber dans le travail, examiner des rapports ou écouter ses officiers lui exposer leurs problèmes, son esprit finissait toujours par lui échapper. Il suffisait d'un silence, d'une porte qui s'ouvrait ou d'une silhouette aperçue au détour d'un couloir pour que ses pensées dérivent vers elle.

Sam.

Le problème, ce n'était plus de comprendre pourquoi il l'avait embrassée. Ni même de se demander s'il recommencerait. Le problème, c'était qu'il savait déjà qu'il en avait envie. Et qu'à chaque fois qu'il la voyait, il devait lutter contre l'envie de vérifier si elle en avait autant envie que lui. Il ne pourrait plus jamais faire machine arrière.

Sam avait retrouvé son calme. Du moins, en apparence. Elle avait adopté la même stratégie que son supérieur : se réfugier dans le travail et éviter soigneusement de le croiser. Ne pas penser à lui pendant les heures de service. Et garder leurs baisers comme d’agréables souvenirs, sans chercher à leur donner davantage d’importance. Du moins elle  s’efforçait de s’en convaincre.

Ce jour-là, elle était au laboratoire. Cela faisait plusieurs jours qu’elle s’y réfugiait. Pas volontairement, bien sûr. Elle était simplement accaparée par un module de contrôle ramené par SG-12. Un dispositif extraterrestre dont l’architecture défiait sa logique, et qui lui donnait suffisamment de fil à retordre pour occuper toutes ses pensées. Ou presque.

Pen­chée sur le module, une pince de précision entre les doigts, elle examinait pour la troisième fois une série de connexions lorsque quelqu’un frappa à la porte.

— Entrez !

La porte s’ouvrit sur le général O’Neill. Avec un plateau-repas à la main.

Sam se redressa, surprise.

— Mon général ?

—Colonel..

Son regard passa du visage de Sam au dispositif démonté sur la table, puis revint vers elle.

— Je vois que vous avez une nouvelle fois choisi de déjeuner en compagnie d’un tas de ferraille extraterrestre.

Elle jeta un coup d’œil au plateau.

— Vous m’apportez mon déjeuner ?

— Non. Je fais une tournée des laboratoires. Le service de restauration m’a confié une mission humanitaire. Il paraît que certains scientifiques oublient de s’alimenter lorsqu’ils ont un jouet entre les mains.

— Un jouet ?

— J’ai peut-être choisi le mauvais mot.

— Certainement, mon général.

Il déposa le plateau sur un coin dégagé de son bureau. Depuis plusieurs jours, il cherchait à l’apercevoir. À la cafétéria, dans les couloirs, à la sortie des briefings. Il avait même fini par demander à Walter si SG-1 était toujours sur la base, avec une désinvolture qui, rétrospectivement, lui semblait assez peu convaincante.

— Alors, qu’est-ce qui vous passionne autant ? demanda-t-il en désignant le module.

Le visage de Sam s’éclaira aussitôt.

— Le système de régulation, mon général. Au départ, je pensais qu’il contrôlait uniquement l’alimentation énergétique, mais les variations que j’ai relevées indiquent qu’il intervient aussi dans la synchronisation des différents composants. Regardez ici…

Elle se pencha sur le dispositif et lui désigna une série de contacts.

— Si cette hypothèse est correcte, le module ne transmet pas simplement des commandes. Il adapte leur fréquence en fonction de la réponse du système. C’est probablement pour cela que nous n’arrivons pas à le faire fonctionner avec une source d’énergie conventionnelle.

Jack observa les connexions avec l'application d'un homme qui aurait volontiers préféré se trouver devant un rapport de vingt pages en langue goa'uld.

— Bien sûr.

Sam leva les yeux vers lui.

— Vous comprenez ?

— Absolument. Vous avez des fils, des machins qui clignotent et une théorie qui implique que tout ce qui précède était faux.

Elle retint un sourire.

— Ce n'est pas tout à fait ça.

— Je m'en doutais. J'avais laissé de côté les machins qui ne clignotent pas.

Elle rit doucement, puis se remit à lui expliquer le fonctionnement du dispositif. Jack ne comprenait toujours pas grand-chose, mais il l'écoutait. Ou plutôt, il la regardait parler. Il retrouvait cette animation particulière qui transformait son visage dès qu'elle se lançait dans une explication scientifique. Ses yeux brillaient, ses mains accompagnaient ses démonstrations et les mots se bousculaient parfois lorsqu'elle arrivait au cœur de son raisonnement.

C'était fascinant.

Pas le module.

Elle.

— Vous savez, Carter, dit-il finalement, vous êtes probablement la femme la plus brillante de cette planète.

Elle s'interrompit.

Son sourire s'effaça légèrement, remplacé par une expression plus douce, presque hésitante.

— Vous exagérez, mon général.

— Non. C'est même assez agaçant, à vrai dire. Vous rendez les gens ordinaires particulièrement conscients de leurs limites.

— Je ne pense pas que vous soyez ordinaire, mon général.

Il soutint son regard.

La remarque était innocente. Elle aurait dû l'être.

Mais quelque chose, dans la façon dont elle venait de la prononcer, dans ce sourire discret qu'elle ne cherchait pas à dissimuler, fit disparaître la plaisanterie qui lui venait aux lèvres.

Le silence s'installa entre eux.

Sam sentit son cœur accélérer. Elle aurait pu se détourner, reprendre sa pince, désigner une nouvelle connexion. N'importe quoi pour retrouver la sécurité rassurante de son travail.

Elle ne bougea pas.

Jack fit un pas vers elle.

Il savait qu'il aurait dû s'arrêter là. Il savait aussi qu'il avait passé plusieurs jours à essayer de ne pas se retrouver seul avec elle, et qu'il venait précisément de faire le contraire.

— Carter…

Il n'acheva pas sa phrase.

Sa main vint se poser contre sa joue, et il l'embrassa.

Sam répondit immédiatement. Elle abandonna la pince sur la paillasse et agrippa doucement le tissu de sa veste, comme si elle avait attendu ce geste bien plus longtemps qu'elle ne voulait se l'avouer.

Cette fois, aucun d'eux ne conserva la distance prudente des baisers précédents.

Jack passa un bras autour de sa taille et l'attira contre lui. Sam se rapprocha encore, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'espace entre leurs corps. Sa main remonta de sa veste jusqu’à son  épaule, et elle se pressa contre lui avec une spontanéité qui acheva de faire voler en éclats les dernières défenses du général.

Il sentit sa poitrine contre son torse. La chaleur de son corps à travers leurs vêtements. Et, lorsqu'elle se rapprocha encore, son souffle se mêla au sien.

Puis il sentit son cœur battre.

Ou était-ce le sien ?

Il était dans son laboratoire, au beau milieu de la base, avec Samantha Carter serrée contre lui, et il n'avait aucune envie de la lâcher.

Cette femme me rend fou.

Jack se détacha brusquement d'elle, à cette pensée. Sam resta immobile, les lèvres entrouvertes. Elle respirait plus vite, ses doigts encore accrochés à sa veste. Son regard cherchait le sien, et il y lut la même confusion que celle qui lui nouait l'estomac.

Son regard glissa vers le plateau-repas, posé à côté du module de contrôle.

— Mangez avant que je sois obligé de vous apporter le dîner, Carter.

Il atteignit la porte.

— Carter ?

Elle releva la tête.

Il sembla hésiter. Son regard s'attarda sur elle une seconde de trop.

— Ne travaillez pas trop tard.

Puis il sortit

Sam resta immobile quelques secondes.

Elle porta les doigts à ses lèvres, puis secoua la tête, amusée par elle-même.

Elle n'avait aucune idée de la façon dont ils allaient gérer la suite.

Mais elle avait compris une chose : Jack n'était plus en train de chercher comment oublier son baiser.

Il cherchait comment recommencer.




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