Incidents de parcours

Chapitre 3 : Deuxième incident à l'infirmerie

Par enyae

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— Général O'Neill !

Walter n'eut pas le temps de terminer sa phrase.

— Quoi ?

— Le colonel Carter est à l'infirmerie. SG-1 vient de rentrer. Elle a été blessée pendant la mission.

Jack était déjà debout.

— Blessée comment ?

— Je n'ai pas encore les détails, mon général.

— Évidemment.

Il attrapa sa veste et sortit de son bureau.

Tout le trajet jusqu'à l'infirmerie, une seule question tournait dans sa tête.

Blessée comment ?

Il connaissait les risques. Il avait envoyé SG-1 sur suffisamment de planètes pour savoir qu'une mission qui se passait mal pouvait basculer en quelques secondes.

Mais depuis quelques jours, l'idée de voir Sam blessée avait pris une dimension qu'il préférait ne pas examiner.

Il entra dans l'infirmerie sans frapper.

— Où est Carter ?

Le médecin militaire du SGC leva les yeux de son dossier.

— Bonjour à vous aussi, mon général.

— Docteur.

— Derrière le rideau. Et avant que vous ne déclenchiez une opération de sauvetage dans mon service, elle va parfaitement bien.

Jack s'arrêta.

— Elle va bien ?

— Une éraflure au bras. Une crème cicatrisante et un pansement. Elle est surtout agacée que je l'aie obligée à s'asseoir.

— Ça, c'est rassurant. J'aurais été inquiet si elle avait accepté de rester assise sans protester.

Le médecin eut un sourire entendu

— Je vous laisse vérifier par vous-même, mon général. Mais essayez de ne pas lui donner une raison supplémentaire de se plaindre.

— Moi ? Je suis un modèle de délicatesse, docteur.

— Bien sûr.

L’infirmerie était vide. Jack écarta le rideau et le referma quand même derrière lui.

Sam était assise sur le bord du lit, la manche remontée. Une petite éraflure barrait son avant-bras. Le médecin n'avait pas menti : ce n'était rien.

Rien.

Alors pourquoi avait-il eu l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds en apprenant qu'elle était blessée ?

Sam leva les yeux vers lui.

— Mon général.

— On m’a signalé que vous étiez blessée. Je voulais m’assurer que vous étiez toujours en état de me donner tort en salle de briefing, Carter.

Elle sourit.

— Je vous rassure. Ce n’est qu’une égratignure

Il s'approcha. Son regard descendit vers le pansement, puis remonta vers son visage.

— Vous m'avez fait peur, Carter.

La phrase lui échappa. Sans plaisanterie pour l'amortir. Sans échappatoire.

Sam cessa de sourire.

Pendant une seconde, aucun des deux ne bougea.

Jack s’inclina et posa ses mains sur le bord du lit, de part et d’autre de la hanche de la jeune femme. Il aurait dû reculer. Se rappeler qu'ils étaient au SGC, qu'elle était son second, qu'il avait un rapport à lire et probablement douze bonnes raisons de quitter cette infirmerie.

À la place, il regarda sa bouche.

Sam le vit.

Et cette fois, elle ne lui laissa pas le temps de réfléchir.

Elle se redressa et l'embrassa.

Jack eut juste le temps de retenir son souffle avant de lui répondre. Sa main quitta le lit pour se poser contre sa joue. Le baiser n'avait rien de celui, rapide et presque insolent, qu'elle lui avait donné dans son bureau quelques jours plus tôt.

Celui-là dura. Il était doux.

Il y avait eu la peur, d'abord. Puis le soulagement. Et maintenant, cette évidence insupportable : il avait beau se répéter qu'il aurait dû l'arrêter, il n'en avait absolument pas envie.

Sam s'écarta la première, juste assez pour le regarder.

Jack resta immobile, le visage à quelques centimètres du sien.

— Vous avez une façon très particulière de me remercier de prendre de vos nouvelles, Carter.

— Je ne vous ai pas entendu vous plaindre, mon général.

Un coin de sa bouche se releva.

— Non. C'est bien le problème.

Il l'embrassa à son tour.

Cette fois, il n'y eut ni surprise ni hésitation. Sam glissa sa main derrière sa nuque et il l'attira doucement contre lui, en prenant garde à son bras blessé. Le rideau les isolait du reste de l'infirmerie. De l'autre côté, un chariot grinça au loin, puis plus rien.

Quand ils se séparèrent, Jack resta un instant à quelques centimètres de son visage. Son regard glissa vers ses lèvres. Il aurait suffi d'un mouvement pour l'embrasser à nouveau.

Bon sang, O'Neill. Reprends-toi.

Il recula finalement et s'éclaircit la gorge, comme si cela pouvait suffire à remettre un peu d'ordre dans ses idées.

— Bon. Puisque vous semblez avoir retrouvé toutes vos facultés, je suppose que vous serez en mesure de me faire votre rapport sans délai.

Il remit machinalement sa veste en place, puis écarta le rideau. Avant de sortir, il se retourna vers elle.

— Carter, vous arrêtez les blessures pour aujourd'hui. C'est un ordre.

Un sourire amusé étira les lèvres de Sam.

— Je ferai de mon mieux, mon général.

— Faites mieux que ça, Carter.

Il disparut derrière le rideau avant qu'elle puisse répondre.

Quand Jack disparut derrière le rideau, Sam baissa les yeux vers son pansement. Elle souriait encore, mais quelque chose de plus profond lui serrait la poitrine.

La première fois, elle l'avait embrassé pour savoir. Pour en finir avec les questions, les rêves qu'elle faisait depuis des années, cette étreinte qu'elle imaginait parfois et qui, peut-être, n'arriverait jamais. Elle en avait eu assez d'attendre que son général se décide. Assez de se demander si elle finirait sa vie à aimer un homme qu'elle n'aurait jamais embrassé.

Elle avait attendu la fin du service. Elle y avait pensé toute la journée, d'ailleurs. À ce qu'elle allait faire. À ce qui se passerait après. À la possibilité qu'il la repousse, qu'il lui rappelle le règlement, qu'il redevienne le général O'Neill, inaccessible et parfaitement maître de lui-même.

Mais elle devait essayer. Au moins une fois.

Son père était mort depuis un mois. Un mois qu'elle avançait comme elle pouvait, avec ce vide qu'aucune mission, aucune équation ne parvenait à combler. Avant de mourir, Jacob lui avait posé une question toute simple : « Est-ce que tu es heureuse, Sam ? »

Cette question l'avait poursuivie. Elle avait cherché la réponse dans son travail, dans ses habitudes, dans tout ce qui composait sa vie. Et la veille, elle avait fini par comprendre.

Non. Pas vraiment. Parce qu'au fond d'elle, il manquait toujours quelqu'un. Le même homme. Celui qui la faisait rire quand elle aurait voulu rester sérieuse, qui l'exaspérait autant qu'il la rassurait, et dont elle connaissait par cœur les silences sans jamais être certaine de ce qu'ils cachaient.

Elle ne serait jamais pleinement heureuse sans Jack O'Neill.

Alors, même si ce baiser devait rester le seul, même s'il ne devait jamais y avoir rien d'autre entre eux, elle voulait au moins savoir. Savoir ce que cela faisait d'embrasser l'homme qu'elle aimait.

Sauf qu'il y avait eu ce deuxième baiser.

Et cette fois, ce n'était pas elle qui l'avait provoqué.

Sam effleura du bout des doigts ses lèvres, encore troublée par la façon dont il l'avait attirée vers lui, par sa main contre sa joue, par cette précaution instinctive avec laquelle il avait évité son bras blessé.

Il aurait pu s'arrêter.

Il ne l'avait pas fait.

Et surtout, il l'avait embrassée une seconde fois, de lui-même.

Sam ferma les yeux un instant.

Elle ne savait pas ce que cela signifiait. Elle ne savait pas jusqu'où Jack accepterait d'aller, ni combien de temps il faudrait avant qu'il reprenne peur et décide de tout arrêter.

Mais, pour la première fois depuis longtemps, elle n'avait plus besoin de rêver à cette étreinte.

Elle savait.

Et ce qu'elle venait de découvrir était infiniment plus dangereux que tout ce qu'elle avait imaginé. Parce qu'elle n'avait plus seulement envie de l'embrasser. Elle avait envie qu'il recommence.




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