Incidents de parcours

Chapitre 1 : Juste pour savoir ce que ça fait

Par enyae

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Jack O'Neill avait connu des journées difficiles.

Des journées où il avait failli mourir, où la Terre avait été menacée, où Daniel avait prononcé les mots « Jack, je crois que j'ai compris » avec suffisamment d'enthousiasme pour annoncer une catastrophe imminente.

Cette journée-là n'avait pourtant rien d'exceptionnel.

Jusqu'à dix-sept heures douze.

 

On frappa à la porte de son bureau.

— Entrez !

Samantha Carter apparut sur le seuil.

En civil.

Jean sombre, pull bleu.. Elle avait abandonné son uniforme et, avec lui, cette apparence strictement militaire qui aidait Jack à se rappeler qu'elle était son officier scientifique, son second, et absolument pas la femme à laquelle il pensait bien trop souvent à son gout.

Il posa son stylo.

Mauvaise idée. Il aurait mieux fait de continuer à écrire. Il aurait peut-être pu terminer la phrase avant d'oublier ce qu'il faisait.

— Colonel. Vous avez besoin de quelque chose ?

— Je venais vous déposer les résultats des analyses de P4X-612.

Elle posa le dossier sur son bureau.

Jack le regarda comme s'il s'agissait d'un document classifié d'une importance capitale.

— Merci.

Elle ne bougea pas.

— Votre journée est officiellement terminée, mon général ?

Il leva les yeux.

— Pardon ?

— Ma journée est terminée. Je voulais savoir si la vôtre l'était aussi.

Une question banale. Une question parfaitement anodine.

Sauf que Sam avait cette façon de le regarder qui ne laissait rien d'anodin à la situation.

Jack sentit une alerte se déclencher dans son esprit.

Attention, O'Neill. Terrain miné.

— Oui, je dois juste signer ce rapport.

Le général joignit le geste à la parole.

— Voilà, journée finie ! Que puis-je faire pour vous, Carter? 

Elle contourna son bureau.

Jack suivit son mouvement, sans comprendre pourquoi son cœur venait soudain d'accélérer.

— Colonel ?

Elle s'arrêta devant lui.

— Oui, mon général ?

Il aurait dû lui demander ce qu'elle faisait. Il aurait dû se lever, prendre un peu de distance, se rappeler les règlements militaires et les raisons pour lesquelles ils avaient passé tant d'années à ne jamais franchir cette ligne.

Au lieu de cela, il resta immobile.

Sam se pencha lentement. Elle sentait bon. Et là, au milieu des effluves de patchouli, elle l'embrassa.

Jack eut juste le temps de comprendre qu'elle était réellement en train de le faire.

Puis son cerveau se vida.

Il sentit sa main se poser sur son épaule, ses lèvres contre les siennes, et cette certitude absurde, immédiate, qu'il aurait pu rester là beaucoup plus longtemps.

Quand elle se recula, il la regarda sans parvenir à retrouver son expression habituelle.

— Colonel, qu'est-ce qui vous prend ?

Sam ne baissa pas les yeux.

— Je voulais juste enfin savoir ce que ça fait. 

Jack cligna des yeux.

Ah. Très bien. Explication limpide. Rien à redire.

— Je vois ça.

Elle eut un léger sourire.

— Bonne soirée, mon général.

Elle se dirigea vers la porte. Jack la regarda partir.

Il aurait voulu dire quelque chose d'intelligent. Quelque chose de spirituel, de mordant, une de ces répliques qui lui permettaient d'habitude de reprendre le contrôle d'une situation.

Rien ne vint.

La porte se referma.

Il resta seul.

Puis il se leva, fit trois pas, revint à son bureau et s'assit.

 Bon sang, Carter.

Le pire, ce n'était pas qu'elle l'ait embrassé.

Le pire, c'était qu'il avait reconnu ce baiser.

Pas sa forme, ni sa durée. Autre chose. Un souvenir ancien, enfoui depuis des années, qui venait de remonter à la surface avec une précision déconcertante.

La boucle temporelle.

Les journées qui recommençaient. Ce baiser qu'il avait toujours rangé dans la catégorie des événements qu'il valait mieux ne pas examiner de trop près.

Il s'en était souvenu, bien sûr. Il n'avait jamais pu l'oublier complètement.

Mais il s'était convaincu que les circonstances en faisaient une exception. Une parenthèse absurde, sans conséquence.

Et maintenant ?

Maintenant, Samantha Carter venait de l'embrasser de son plein gré, dans son bureau, un mardi soir parfaitement ordinaire.

Et ce baiser-là était infiniment meilleur. Plus réel. Plus troublant.

Il y avait eu cette seconde avant le contact, quand elle avait levé le visage vers lui. Cette minuscule hésitation qu'il avait interprétée comme une possibilité de reculer.

Il n'avait pas reculé. Il n'avait même pas bougé.

Très bien. Première erreur : être resté assis comme un idiot.

Il passa une main sur son visage.

Deuxième erreur : ne pas lui avoir demandé de recommencer.

Il se figea.

Non.

Il regarda la porte.

Absolument pas.

Il se rassit à son bureau Pendant cinq minutes, il regarda sa signature sur le rapport. Dernière trace avant le point de bascule…

 

À dix-huit heures, il rentra chez lui.

À vingt-deux heures, il était toujours éveillé.

À minuit, il avait compris qu'il allait passer une nuit épouvantable.

À deux heures du matin, il rêva de Samantha Carter.

Et à son réveil, il n'avait plus aucune illusion sur la gravité de la situation.

Il était fichu.

Complètement fichu.

Et elle le savait probablement.




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