Ce que le temps n'efface pas.

Chapitre 6 : Derrière l'écran

Par enyae

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Le lundi matin, la salle d'embarquement était animée.

SG-3 terminait les dernières vérifications de son équipement. Les scientifiques qui avaient profité du week-end sur Terre, rejoignaient progressivement la plateforme.

Jack se tenait à quelques mètres, les bras croisés.

Il avait déjà parlé à Reynolds.

— Colonel.

Reynolds se retourna.

— Mon général ?

Jack baissa la voix.

— Une fois là-bas, je veux que vous gardiez un œil sur l'équipe scientifique.

— Bien sûr.

— Les temps de repos. Les repas. Le sommeil.

Reynolds esquissa un léger sourire.

— Particulièrement pour le colonel Carter ?

Jack lui lança un regard noir.

— Tout le monde est sous votre responsabilité, colonel !

— Euh....Bien compris, mon général.

Jack hocha la tête.

— Parfait.

Il s'éloigna.

Puis son regard se posa sur Ethan.

Le lieutenant venait de rejoindre le reste de l'équipe scientifique. Il vérifiait son équipement avec un autre scientifique. Jack l'avait longuement jaugé, comme s'il cherchait à déterminer exactement à qui il avait affaire.

Jack O’Neill s'approcha redressant les épaules.

— Lieutenant Miller.

Ethan se retourna immédiatement.

— Mon général.

Jack le fixa quelques secondes, les yeux plissés.

— Nous ne nous sommes jamais rencontrés.

— Non, mon général.

— Qui vous a affecté à cette mission ?

— Le département scientifique du SGC, mon général. J'ai été sélectionné pour assister le lieutenant colonel Carter sur le programme d'étude du naquadriah.

Jack hocha lentement la tête

— Vous vous plaisez dans l'armée ?

Ethan sembla légèrement surpris par la question.

— Oui, mon général.

— Depuis combien de temps ?

— Huit ans.

— Et vous comptez y rester ?

— Oui, mon général.

Jack le regarda encore, avec l'attention d'un supérieur évaluant son subordonné…

— Bien.

Un silence.

— J'espère que vous faites correctement votre travail.

Ethan soutint son regard.

— Je fais de mon mieux, mon général.

Jack plissa légèrement les yeux.

— Ce n'est pas ce que je vous ai demandé.

Ethan se redressa.

— Je fais correctement mon travail, mon général.

Jack acquiesça.

— Très bien.

Il jeta un dernier coup d'œil à l'équipement du lieutenant.

— Vous pouvez y aller.

— Oui, mon général.

Ethan rejoignit son équipe.

Jack resta immobile quelques secondes avant de détourner les yeux.

Daniel, qui avait assisté à la scène s'approcha.

— Charmante première rencontre.

Jack lui lança un regard.

— C'était une conversation professionnelle.

— Bien sûr.

Teal'c les rejoignit.

— O'Neill semblait particulièrement intéressé par le parcours professionnel du lieutenant Miller.

Jack soupira.

— Je suis son général.

Daniel observa son ami quelques secondes.

— Oui. Je crois que tu viens de t'assurer qu'il ne l'oublie pas.

Jack soutint son regard.

— C'était le but.

La Porte s'activa.

Jack ne répondit pas.

Il regarda Ethan franchir l'horizon des événements avec le reste de l'équipe.

Son expression resta parfaitement neutre.

Mais intérieurement, une seule pensée lui traversait l'esprit : Pourquoi je ne passerais pas simplement cette porte ?  Qu'est-ce qui m'en empêche, après tout ? Un règlement, une ligne dans un dossier…

Son regard resta fixé sur la porte des étoiles. Une partie de lui voulait déjà être de l'autre côté, près d'elle. Mais l'autre, celle qui connaissait les règles, les conséquences et tout ce qu'il s'efforçait de contenir, murmurait inlassablement : Je ne peux pas.

La salle d’embarquement retrouva son calme et  la porte se referma.

 

 

P3X-774

Le grondement de la Porte des étoiles se fit entendre au-dessus du camp.

Sam sortit du laboratoire et leva les yeux.

La porte venait de s'ouvrir.

Quelques secondes plus tard, le MALP franchit la Porte, suivi par SG-3.

Sam sourit.

— Un MALP ?

Après plusieurs semaines passées sur P3X-774, revoir Reynolds et son équipe était agréable.

Le MALP avançait lentement sur le terrain accidenté avant de s'immobiliser près du camp.

Sam s'approcha.

— pourquoi déployer le MALP ?

Reynolds retira son casque.

—Le général veut pouvoir avoir une image du camp pendant les communications.

Sam hocha la tête.

— Ça devrait faciliter les rapports.

— C'est l'idée.

Les membres de SG-3 commencèrent à décharger leur matériel.

Reynolds s'approcha d'elle.

— Tout va bien ici ?

— Oui. Les relevés continuent d'être très intéressants.

Il acquiesça, puis hésita.

— Le général m'a posé quelques questions avant notre départ.

Sam releva les yeux.

— Le général ?

— O'Neill.

Son cœur eut un petit raté qu'elle s'efforça d'ignorer.

— Qu'est-ce qu'il voulait savoir ?

— Les conditions de vie du camp. Les rations. Le matériel médical…

Reynolds marqua une pause.

— Et vos temps de repos.

Sam soupira.

— Évidemment.

— Il voulait surtout savoir si l'équipe scientifique mangeait correctement et dormait suffisamment.

Elle baissa les yeux.

— Il n'avait pas besoin de s'inquiéter.

Reynolds eut un léger sourire.

— Je lui ai expliqué que je veillerais à ce que vous respectiez les temps de repos.

Sam releva brusquement les yeux.

— Vous lui avez dit ça ?

— Oui.

— Et il a dit quoi ?

— Rien de particulier.

Sam attendit.

Reynolds poursuivit :

— Il m'a simplement demandé de faire mon travail.

Elle resta silencieuse quelques secondes.

Puis un petit sourire apparut malgré elle.

— C'est bien lui.

Reynolds la regarda avec amusement.

— Vous savez, colonel, il semblait réellement préoccupé.

Le sourire de Sam disparut presque aussitôt.

Elle se détourna vers le laboratoire.

— Il est mon supérieur. C'est normal.

Reynolds ne répondit pas.

Sam fit quelques pas.

Puis elle s'arrêta.

— Merci de m'avoir prévenue.

— Je vous en prie.

Elle reprit son chemin.

Mais cette fois, elle ne put empêcher la pensée de s'installer.

Jack avait demandé si elle mangeait.

S'il elle dormait.

Il s'était inquiété.

Elle secoua doucement la tête.

Non.

Elle ne devait pas recommencer.

Elle était venue ici précisément pour prendre de la distance.

Et pourtant, pendant quelques secondes, elle se surprit à sourire.

 

Puis Sam aperçut les scientifiques.

Et parmi eux, Ethan.

Elle sourit malgré elle.

— Miller !

Il leva la tête et s'approcha.

— Lieutenant Colonel.

— Alors ? Le week-end ?

— Trop court.

— Je m'en doutais.

Ethan regarda son visage.

— Et vous ?

— J'ai travaillé.

— Évidemment.

Sam leva les yeux au ciel.

— Vous venez à peine d'arriver.

— Et pourtant je vous connais déjà suffisamment.

Elle lui adressa un regard amusé.

— Allez aider à installer le matériel.

— À vos ordres, colonel.

Il s'éloigna.

Sam regarda autour d'elle.

Le camp retrouvait soudain une animation qu'il n'avait plus connue depuis quelques temps.

Des caisses étaient déplacées.

Les membres de SG-3 reprenaient leurs quartiers.

Les scientifiques récupéraient leur matériel.

Et, pour la première fois depuis longtemps, Sam eut l'impression que la mission reprenait un rythme plus normal.

Elle observa le MALP.

La caméra était déjà orientée vers le camp.

Elle savait parfaitement ce que cela signifiait.

Lors des prochains rapports, le SGC ne se contenterait plus d'entendre leurs voix.

Ils pourraient les voir.

Sam n'y pensa pas davantage.

Pour elle, ce n'était qu'un nouvel outil permettant de rendre les communications plus efficaces.

Elle ignorait encore qu'à plusieurs milliers d'années-lumière, un certain général allait découvrir que voir Samantha Carter était beaucoup plus difficile à gérer que simplement l'entendre.

 

 

SGC

Jack était dans son bureau lorsque Daniel entra avec un dossier sous le bras.

— Tu as cinq minutes ?

Jack leva les yeux.

— Ça dépend de ce que tu veux.

— Les Avarans ont envoyé les documents complémentaires concernant leur technologie énergétique.

Jack soupira.

— Je sens que je vais regretter d'avoir demandé.

Daniel posa le dossier sur son bureau.

— Ils proposent une démonstration de leur dispositif demain.

— Une démonstration ?

— Apparemment, ils pensent que c'est une excellente façon de renforcer notre coopération.

Jack ouvrit la bouche pour répondre.

Une sirène retentit brutalement dans tout le SGC.

Les lumières vacillèrent.

Puis s'éteignirent.

Daniel se retourna.

— Qu'est-ce que…

L'éclairage de secours s'alluma quelques secondes plus tard.

Jack était déjà debout.

— Salle de contrôle.

Ils sortirent du bureau et rejoignirent rapidement la salle de contrôle.

Walter était devant ses consoles.

— Walter !

— Mon général !

— Rapport.

— Nous avons eu une explosion dans le laboratoire scientifique.

Jack se figea.

— Des blessés ?

— Nous n'avons pas encore le bilan complet. Les équipes de sécurité sont en train d'intervenir.

Daniel regarda les écrans.

— Et le courant ?

Walter secoua la tête.

— Toute l'alimentation électrique principale est coupée.

— Toute la base ?

— Oui, mon général.

Jack fronça les sourcils.

— Qu'est-ce qui a provoqué l'explosion ?

— Nous ne savons pas encore. Les premières données indiquent une surcharge énergétique.

Daniel regarda Jack.

— Le dispositif avaran ?

Walter acquiesça.

— Il était en cours d'analyse dans le laboratoire.

Jack soupira.

— Bien sûr.

Une nouvelle série d'alarmes retentit.

Walter se pencha sur sa console.

— Les générateurs de secours ont pris le relais pour les systèmes prioritaires.

— La Porte ?

— Sécurisée.

— Les communications ?

Walter hésita.

— Partiellement coupées.

Jack consulta sa montre. L'heure du rapport approchait.

Walter poursuivit :

— Faites tout ce qui est possible pour rétablir les communications.

— Oui, mon général.

Jack se redressa.

— allons voir ce qui s’est passé au labo

Jack quitta la salle de contrôle avec Daniel.

Derrière eux, Walter retourna à ses consoles.

La panne de courant venait de priver le SGC d'un simple rapport.

Mais pour Jack, cette matinée allait soudain sembler beaucoup plus longue que les précédentes.

 

Jack arriva au laboratoire quelques minutes plus tard, Daniel sur les talons.

L'odeur de fumée était encore présente dans le couloir.

Des techniciens et des membres de la sécurité s'affairaient autour de la porte.

Jack s'arrêta net.

À travers l'ouverture, il aperçut le laboratoire.

Une partie du plafond avait été noircie par l'explosion. Plusieurs consoles étaient hors service. Des morceaux de matériel jonchaient le sol et une baie informatique avait été éventrée par la surpression.

Jack entra.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

Personne ne répondit immédiatement.

Il se retourna.

— J'ai demandé ce qui s'est passé.

Un scientifique, visiblement encore sous le choc, s'approcha.

— Mon général, nous sommes en train d'établir les circonstances exactes.

— Je ne vous demande pas les circonstances exactes. Je vous demande ce qui a explosé.

— Le dispositif avaran.

Jack regarda autour de lui.

— Celui qu'on m'a présenté comme parfaitement stable ?

Le scientifique déglutit.

— Il était stable lors des premiers tests.

— Apparemment, il a décidé de changer d'avis.

Daniel intervint.

— Jack…

Mais Jack ne l'écoutait déjà plus.

Il s'approcha d'une console éventrée.

— Pourquoi ce dispositif se trouvait-il ici ?

— Nous voulions effectuer une série de mesures supplémentaires.

— Et personne n'a pensé qu'un dispositif énergétique alien dont nous ne connaissons pas encore parfaitement le fonctionnement pouvait être dangereux ?

Silence.

Jack se retourna lentement.

— Personne ?

Le scientifique baissa les yeux.

— Nous avons suivi les protocoles, mon général.

Jack désigna les dégâts autour de lui.

— Vos protocoles viennent de mettre le SGC hors tension.

Il marqua une pause.

— Et ils viennent de détruire une partie du laboratoire de Carter.

Cette fois, sa voix était plus basse.

Daniel le remarqua immédiatement.

Un technicien s'approcha.

— Mon général, nous pensons que la surcharge a été contenue avant d'atteindre les autres secteurs.

Jack se tourna vers lui.

— Et les systèmes de communication ?

— Temporairement coupés.

Jack serra la mâchoire.

— Depuis combien de temps ?

— Une dizaine de minutes.

Il regarda sa montre.

Le rapport de Carter devait commencer.

Maintenant.

— Et personne ne peut rétablir cette liaison ?

— Pas avant que l'alimentation principale soit revenue.

Jack passa une main sur son visage.

Un silence.

Puis il se tourna brusquement vers le scientifique.

— Combien de temps pour remettre ce laboratoire en état ?

— Difficile à dire.

— Donnez-moi une estimation.

— Plusieurs jours pour les systèmes endommagés. Peut-être davantage pour certaines consoles.

Jack resta silencieux.

Plusieurs jours.

Il regarda encore une fois le laboratoire.

Celui où Carter avait travaillé avant de partir.

Celui qu'elle avait utilisé pendant des années.

Il inspira profondément.

— Très bien.

Il se tourna vers Daniel.

— Je veux un rapport complet sur cet appareil.

— Jack…

— Et je veux savoir exactement qui a autorisé cette manipulation.

Daniel soupira.

— Tu vas leur faire passer un sale quart d'heure.

Jack regarda autour de lui.

— Ils ont fait exploser le laboratoire de Carter.

Daniel ne répondit pas.

Jack ajouta, d'un ton parfaitement calme :

— Ils vont avoir un très mauvais quart d'heure.

Puis il sortit du laboratoire.

À peine avait-il franchi la porte qu'il se retourna.

— Et faites-moi savoir dès que la liaison avec P3X-774 est rétablie.

Le technicien acquiesça.

— Oui, mon général.

Jack repartit.

Daniel lui emboîta le pas.

— Tu sais que tu es beaucoup plus énervé que lorsqu'on fait exploser n'importe quel autre laboratoire.

Jack continua d'avancer.

— Parce que ce laboratoire contient des équipements importants.

Daniel sourit.

Jack lui lança un regard.

— Et parce que Carter travaille là-bas.

Daniel ne répondit rien.

Pour une fois, il préféra le laisser croire que c'était uniquement une question de matériel.

 



P3X-774

Sam regarda sa montre.

Puis le cadran une nouvelle fois.

Le rapport aurait dû commencer depuis plusieurs minutes.

Elle se trouvait dans le camp, devant le dispositif de communication installé près de la Porte.

Ethan terminait de vérifier les relevés du matin.

— Ils ont du retard, dit-il.

Sam acquiesça.

— Ça arrive.

Elle regarda le MALP.

La caméra était orientée vers eux.

Mais rien ne se passait.

— Tu crois qu'il y a un problème ? demanda Ethan.

Sam secoua la tête.

— Probablement une intervention au SGC.

Elle consulta encore sa montre.

— On va attendre quelques minutes.

Ethan hocha la tête.

Sam resta silencieuse.

Elle ne savait pas pourquoi, mais ce retard la rendait légèrement nerveuse.

Peut-être parce qu'elle s'était habituée à cette routine.

Chaque matin, elle ouvrait la communication.

Elle faisait son rapport.

Elle entendait Walter.

Et depuis quelques jours, elle savait qu'une caméra permettait désormais au SGC de la voir.

Elle ignorait cependant que quelqu'un, là-bas, attendait ces rapports avec une impatience très différente de celle d'un simple supérieur.



Au SGC,

Depuis la coupure des communications avec P3X-774, Jack n’était plus tout à fait lui-même.

L’inquiétude lui rongeait l’estomac, mais il refusait obstinément de lui donner ce nom. Alors elle se transformait en colère.

Il s’agaçait de tout.

Du téléphone qui sonnait trop longtemps. D’un rapport posé au mauvais endroit. D’un technicien qui mettait quelques secondes de trop à répondre à une question. Même le café, devenu tiède sur son bureau, semblait soudain personnellement responsable de la situation.

— Qu’est-ce qu’il faut faire ici pour obtenir une réponse simple ? demanda-t-il sèchement à un officier qui n’y était pour rien.

L’homme bredouilla quelques mots avant de repartir.

Jack passa une main sur son visage et soupira.

Il savait qu’il était injuste. Il le savait parfaitement.

Mais il ne pouvait rien faire.

P3X-774 était silencieuse.

Et quelque part, sur cette planète à des milliers d’années-lumière, Samantha était peut-être en train d’attendre qu’ils rétablissent le contact.

Cette pensée suffit à faire remonter la colère.

— Bon sang, Carter… murmura-t-il.

Puis il se remit à fixer l’écran de communication, comme si, à force de le regarder, il pouvait obliger le signal à revenir.

Ce n’est qu’en début de soirée que l’électricité, les systèmes de communication  furent de nouveau opérationnels.  Une lumière se ralluma soudain sur une console.

Walter se redressa.

— Mon général !

Jack se retourna immédiatement.

— Quoi ?

— Nous avons récupéré une partie du réseau.

— Les communications ?

Walter tapa rapidement quelques commandes.

— Je vais essayer.

Jack s'approcha.

— Et la vidéo ?

Walter hésita.

— Pas encore.

Jack se força à rester impassible.

— Très bien.

Quelques secondes passèrent.

Puis Walter sourit.

— Nous avons le signal.

Jack regarda l'écran.

— P3X-774 ?

— Oui.

L'image apparut.

D'abord brouillée.

Puis elle se stabilisa.

Le camp.

La Porte.

Le MALP.

Et enfin…

Sam.

Jack ne bougea plus.

Elle était debout devant la caméra, les bras croisés, manifestement en train d'attendre.

Ses cheveux étaient en bataille.

Son uniforme était impeccable.

Mais son visage…

Jack fronça légèrement les sourcils.

La fatigue se voyait davantage qu'il ne l'avait imaginé.

Des cernes.

Les traits tirés.

Elle semblait plus mince.

Daniel, derrière lui, observa l'écran.

Il ne dit rien.

Jack non plus.

Walter reprit :

— La liaison vidéo est stable, mon général.

Jack hocha la tête.

— Très bien.

Sur l'écran, Sam leva les yeux vers quelqu'un hors champ.

Ethan venait manifestement de lui parler.

Elle se retourna vers lui et répondit quelque chose que la caméra ne pouvait pas capter.

Puis elle revint face à l'objectif.

Jack suivit chacun de ses mouvements.

Daniel croisa les bras.

Il savait exactement ce qui était en train de se passer.

Pour la première fois depuis plusieurs jours, Jack pouvait enfin la voir.

Et il n'aimait pas du tout ce que cette image lui montrait.

Sam était fatiguée.

Beaucoup trop fatiguée.

Jack murmura :

— Elle ne dort pas.

 

Sur P3X-774, Sam commença enfin son rapport.

Et au SGC, le général O'Neill n'écoutait plus seulement les informations concernant la mission.

Il regardait Samantha Carter.

 

Les jours suivants, le rapport vidéo devint une nouvelle habitude.

Officiellement, rien n'avait changé.

Le matin, Carter présentait le rapport scientifique.

L'après-midi, SG-3 faisait son rapport sur la sécurité et la vie du camp.

La Porte s'ouvrait.

La liaison vidéo était établie.

Puis elle se refermait.

Et chaque matin, Jack regardait Sam.

Il remarquait sa fatigue.

Ses gestes devenaient plus lents.

Elle oubliait parfois de terminer son café.

Une fois, elle passa presque tout le rapport en se frottant discrètement les yeux.

Une autre fois, Ethan lui tendit quelque chose à manger hors caméra.

Sam secoua la tête.

Ethan insista.

Elle finit par accepter.

 

Au quatrième matin, Sam avait vraiment mauvaise mine.

Jack l'observa pendant quelques secondes.

Elle commença son rapport.

— le naquadriah est traversé par un réseau de fractures qui va rendre son extraction particulièrement dangereuse. Je dois encore  vérifier la stabilité du site avant d’autoriser un forage carroté et je pense qu’il….

— Carter.

Sam s'arrêta.

Elle regarda directement la caméra, ouvrant de grands yeux :

— Mon général ?

Jack se rendit compte qu'il venait de parler sans réfléchir.

— Vous avez une sale tête.

Walter baissa immédiatement les yeux vers sa console.

Sam haussa un sourcil.

— Merci, mon général.

— Ce n'était pas un compliment.

— J'avais compris.

Jack se pencha légèrement vers l'écran.

— Vous dormez combien d'heures par nuit ?

— Suffisamment.

— Carter.

— Mon général.

— Vous savez que je peux envoyer quelqu'un vérifier ?

Sam eut un petit sourire.

— Vous n'allez quand même pas envoyer SG-7 pour vérifier si je dors.

— Non.

Jack marqua une pause.

— Je viendrai moi-même.

Sam secoua la tête.

— Vous avez mieux à faire.

— Je trouverai le temps.

Sam leva les yeux au ciel.

— Mon général…

— Alors mangez.

Elle le regarda à travers l'écran.

— Oui, mon général.

— Et dormez.

— Oui, mon général.

— Sinon je débarque sur cette planète avec un plateau-repas.

Cette fois, Sam eut un véritable sourire.

— Vous n'oseriez pas.

— Essayez pour voir

Une voix s'éleva derrière elle.

— Je veille, mon général.

Ethan venait d'entrer dans le champ.

Jack tourna lentement les yeux vers lui.

— Pardon ?

— Je veille sur elle. Je m'assure qu'elle mange et qu'elle se repose.

Jack resta silencieux une seconde.

— Très bien.

Puis son regard revint vers Sam.

— Mais Carter est sous ma responsabilité.

Ethan acquiesça.

— Oui, mon général.

Il hésita.

Puis ajouta :

— Rapport terminé.

Sam le regarda quelques secondes.

— Vous n'avez même pas écouté la fin.

Jack se redressa.

— Je lirai le rapport écrit.

Un petit sourire apparut sur le visage de Sam.

— Bien sûr, mon général.

La transmission s'interrompit.

L'écran redevint noir.

Jack resta silencieux.

Walter continuait de travailler.

Daniel arriva en courant, il regarda l'écran puis Jack.

— Mince, j'ai raté Sam ?

— Oui.

— Comment va-t-elle ?

— Elle a une sale tête.

Daniel jeta un coup d'œil à l'écran noir.

— Elle doit simplement être fatiguée. Ça fait des semaines qu'elle est là-bas. Les missions scientifiques ne sont pas exactement des vacances.

Jack ne répondit pas.

Il regarda de nouveau l'écran noir, comme s'il espérait encore y retrouver son visage.




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