Sur P3X-774
Les jours qui suivirent le retour de l'équipe de la zone nord ramenèrent une certaine normalité au camp.
Sam avait passé près d'une semaine à explorer la région avec une équipe réduite. Les résultats des relevés étaient prometteurs, mais les données avaient nécessité plusieurs jours de travail avant de pouvoir être interprétées correctement. L’extraction d‘échantillons avait commencé. Les valeurs énergétiques étaient instables. Elle avait augmenté le niveau de sécurité par un échantillonnage minimal et les échantillons devraient être maintenant placés dans des conteneurs individuels blindés, hermétiques et équipés de capteurs.
La poche de naquadriah n'était effectivement pas isolée. Elle faisait partie d'un réseau souterrain beaucoup plus vaste. Ethan avait été le premier à repérer la corrélation entre les différentes variations énergétiques. Sam avait repris ses calculs, confirmé son hypothèse et corrigé une première cartographie 3 D du réseau. Le retour au camp principal avait donc été accueilli avec soulagement. La Porte des étoiles était de nouveau à quelques centaines de mètres de son laboratoire. Et avec elle revenait une vieille habitude.
Le rapport du matin.
Au SGC
Le premier matin après son retour, Walter établit la communication.
— SGC à P3X-774. Vous me recevez ?
La réponse de Sam arriva immédiatement.
— P3X-774 à SGC. Cinq sur cinq.
Au SGC, seul Walter entendit la réponse de Sam. Le général O’Neill n'était pas là.
Pour la première fois depuis plusieurs semaines, son fauteuil resta vide derrière Walter.
Il était au Pentagone. Deux jours de réunions. Deux jours de rapports. Deux jours loin du SGC. Il avait pourtant demandé à Walter de lui transmettre les rapports.
— Vous me les ferez parvenir dès qu'ils seront terminés.
Walter avait acquiescé.
— Bien, mon général.
Jack avait hésité.
Puis :
— Tous les rapports.
Walter avait compris.
— Bien sûr.
Au Pentagone, Jack regardait l'heure. La réunion durait depuis près d'une heure. Un général de l'Air Force expliquait les nouvelles contraintes budgétaires concernant plusieurs programmes militaires. Jack écoutait. Répondait lorsque cela était nécessaire. Mais son esprit s'égarait régulièrement.
P3X-774. Il imaginait la salle de contrôle. Walter devant la console. La Porte activée.
Et Carter, quelque part à des milliers d'années-lumière.
Il se força à se concentrer.
— Général O'Neill ?
Jack releva les yeux.
— Oui ?
— Vous êtes d'accord avec cette proposition ?
Jack regarda le document devant lui.
— Absolument.
Un silence.
— Vous avez lu la proposition ?
Jack baissa les yeux.
Il n'avait lu que la première page.
— Je vais la relire.
Quelques regards amusés se croisèrent autour de la table.
Jack soupira intérieurement.
Le Pentagone était décidément encore plus pénible lorsqu'il avait quelque chose d'autre en tête.
En entrant dans sa chambre d’hôtel, Jack trouva le rapport de P3X-774 que Walter lui avait envoyé. Il retira sa veste. Puis regarda le dossier. Il resta immobile quelques secondes. Finalement, il l'ouvrit. Il lut les premières pages. Le rapport était signé :
Lieutenant-colonel Samantha Carter.
Jack continua. Il connaissait déjà une partie des informations. Mais il lut tout.
Deux fois. Puis il referma le dossier. Il resta assis sur le bord du lit. Et là, brutalement, il se rendait compte à quel point elle lui manquait.
Il regarda sa montre. Il ne restait plus qu'une heure avant son départ. Il rangea rapidement ses affaires dans son sac à dos. Il avait hâte de rentrer à Cheyenne Mountain. Peut-être s’accorderait-il un Week-end de pêche au chalet. Il en avait besoin pour réfléchir. Réfléchir au départ de son second et au fait qu’elle lui manque ? Il réfléchissait mieux une canne à pêche dans les mains. Non, à vrai dire, ce n’est pas qu’il réfléchissait mieux, la solution lui apparaissait mieux quand il était détendu. Et il était toujours détendu avec une canne à pêche entre les mains…Il fallait qu’il comprenne pourquoi Sam avait eu besoin de partir et comment il pouvait l’aider. Il fallait terminer leur discussion et il trouverait les mots au bord de son étang.
Jack retrouva le SGC avec une montagne de dossiers qui l'attendait. Plusieurs jours d'absence avaient suffi pour accumuler les rapports à valider, les réunions à préparer et les décisions qu'il était le seul à pouvoir prendre. À peine avait-il posé sa veste que Walter vint lui annoncer un nouveau problème. La délégation des Avarans, avec laquelle le SGC devait signer un important traité de coopération, venait d'arriver par la Porte.
Les négociations, prévues depuis plusieurs semaines, risquaient de tourner court : les représentants avaient découvert une clause du traité concernant le partage des technologies et exigeaient sa modification immédiate. Jack se passa une main sur le visage.
— Évidemment …..Appelez moi, Daniel !
Il avait à peine le temps de lire les rapports de la mission de Carter qu'il devait maintenant gérer une crise diplomatique !
Sur P3X-774
Six semaines s'étaient écoulées depuis le départ de Sam.
Sur P3X-774, le commandement avait prévu un roulement des équipes de sécurité.
SG-3 allait rentrer.
SG-7 prendrait leur place.
La relève était organisée depuis plusieurs jours.
Pour les scientifiques, une pause avait également été prévue.
Après six semaines de travail, chacun avait droit à un week-end de repos sur Terre.
La plupart des membres de l'équipe attendaient ce moment avec impatience.
Ethan aussi.
— trois jours sans poussière.
Il leva les bras vers le ciel.
— Je vais pleurer de bonheur.
Sam sourit.
— Vous exagérez.
—Oh non, absolument pas ! dit il en levant les bras au ciel !
— Alors profitez en bien !
Ethan fronça les sourcils.
— Vous n'avez pas envie de rentrer ?
Elle hésita.
— Pas particulièrement.
Il ne posa pas d'autre question.
Au SGC,
Jack évitait soigneusement de croiser Daniel. De toute manière, tout le monde savait que la diplomatie du général n'était pas son point fort !
Il descendit en salle de contrôle pour le rapport du matin.
La voix de Sam arriva.
Il s'immobilisa.
Cela faisait 11 jours qu'il ne l'avait pas entendue directement.
Il resta silencieux pendant tout le rapport.
Lorsqu'elle parla de l'arrivée prochaine de SG-7, il nota mentalement la date.
Puis elle mentionna le week-end de repos accordé aux scientifiques.
Jack releva légèrement la tête.
Le week-end.
Il compta rapidement. Elle pourrait rentrer.
Elle devait probablement rentrer. Il sentit quelque chose se détendre dans sa poitrine.
Le changement d'équipe eut lieu deux jours plus tard.
SG-3 traversa la Porte.
SG-7 prit immédiatement possession du camp.
Les retrouvailles furent chaleureuses. Les plaisanteries fusèrent.
Les scientifiques avaient préparé leurs affaires.
Certains avaient déjà prévu ce qu'ils allaient faire pendant leur week-end.
Sam, elle, rangeait tranquillement ses dossiers.
Ethan entra dans le laboratoire.
— Vous êtes prête ?
— Oui.
Il prit son sac.
— Vous venez ?
Sam regarda la Porte.
Elle resta silencieuse.
Puis :
— Non.
Ethan fronça les sourcils.
— Vous êtes sûre ?
— Oui.
— Vous pourriez profiter du week-end.
— Je sais.
— Alors pourquoi rester ?
Sam baissa les yeux. Elle ne répondit pas immédiatement. Elle pensa au SGC. À Jack.
À la conversation avortée. À Kerry. À Pete. À tout ce qu'elle avait essayé de mettre à distance. Elle n'était pas prête. Pas encore.
— J'ai encore du travail.
Ethan la regarda quelques secondes.
Il comprit qu'il n'obtiendrait pas d'autre réponse.
— D'accord.
— À lundi.
Sam sourit.
— À lundi.
Au SGC, Jack attendait.
Il avait même annulé son week-end au chalet . Daniel avait remarqué.
— Tu as quelque chose de prévu ?
— Non.
— Tu avais pourtant parlé de...
— Ça a changé.
Daniel le regarda. Il comprit. Il ne dit rien.
Sam devait rentrer. Et Jack avait décidé qu'il lui parlerait. Pas en tant que général.
Pas en tant que supérieur. Mais comme Jack. Comme l'homme qui avait laissé passer une occasion. Comme l'homme qui savait ce qu'elle ressentait.
Et qui savait qu'elle savait ce qu'il ressentait.
Le vendredi après-midi, Walter apporta les dernières informations concernant le roulement.
— SG-7 est bien installé.
Jack hocha la tête.
— Et les scientifiques ?
Walter consulta son écran.
— La plupart sont rentrés.
Jack attendit.
Il ne voulait pas poser la question.
Walter poursuivit naturellement :
— Le lieutenant colonel Carter est resté sur place.
Jack ne bougea plus.
— Elle est restée ?
— Oui, mon général.
Un silence.
— Pour quelle raison ?
— Travail scientifique, apparemment.
Jack acquiesça lentement.
— Très bien.
Walter repartit. Jack resta seul dans son bureau.
Il s'assit. Regarda l'horloge.Puis le dossier posé devant lui.
Il avait imaginé cette conversation.
Il avait imaginé Sam entrant dans son bureau. Peut-être avec ce petit sourire qu'elle avait parfois lorsqu'elle ne savait pas comment commencer.
Il l’aurait invité à la cafeteria pour manger cette gélatine bleue dont elle raffolait. Ou mieux, il lui aurait proposé d‘aller chez lui avec l’équipe SG1 au complet
Il avait attendu six semaines.
Et maintenant... elle ne revenait pas.
Jack se passa une main sur le visage.
Il eut un petit rire sans joie.
— Évidemment.
Le soir, La Porte s'activa pour le rapport.
Jack était dans son bureau lorsqu'il entendit l'annonce de Walter dans les haut-parleurs.
— Activation extérieure de la Porte ! Code d'identification reçu.
Il leva les yeux de son dossier.
SG-7.
Il se leva et quitta son bureau.
Quelques minutes plus tard, il rejoignit la salle de contrôle.
Walter était déjà en communication avec le camp.
— SGC à SG-7. Rapport d'installation.
La voix du lieutenant colonel Evans lui répondit.
— SGC, ici SG-7. Installation terminée. Le transfert de matériel s'est déroulé sans problème. Le camp est sécurisé et nous avons pris le relais de SG-3.
Jack resta derrière Walter, les bras croisés.
— Des problèmes avec la relève ? demanda Walter.
— Aucun. Le colonel Reynolds nous a transmis l'intégralité des informations concernant les patrouilles et les zones à surveiller.
Un silence.
Puis Evans reprit :
— Le lieutenant colonel souhaite cependant maintenir une surveillance renforcée du secteur nord.
Jack fronça légèrement les sourcils.
— Pour quelle raison ? demanda-t-il directement.
Walter se retourna vers lui, puis transmit la question.
— Le colonel estime que les fluctuations énergétiques enregistrées dans cette zone ne sont toujours pas stabilisées.
Jack hocha lentement la tête.
Walter poursuivit :
— Le colonel Carter demande également que les relevés soient effectués à intervalles réguliers pendant la nuit.
Jack soupira.
— Elle ne dort donc jamais.
Walter esquissa un sourire.
— Apparemment pas beaucoup, mon général.
La voix de Evans se fit entendre :
— Le colonel Carter est actuellement au laboratoire.
Jack regarda la Porte.
Le rapport continua quelques minutes.
Tout était normal.
SG-7 avait pris ses quartiers.
Le camp fonctionnait.
La mission avançait.
Et pourtant, lorsque la communication fut coupée, Jack resta encore quelques secondes devant la console.
Puis il se retourna.
— Walter.
— Mon général ?
— Si Carter demande quelque chose concernant la sécurité du secteur nord, vous me prévenez immédiatement.
— Bien, mon général.
Jack fit quelques pas.
Puis, sans se retourner :
— Même si c'est au milieu de la nuit.
Walter sourit.
— Bien sûr, mon général.
Jack regagna son bureau.
Il savait parfaitement qu'il venait de donner un ordre parfaitement raisonnable.
Il savait aussi qu'il trouverait probablement n'importe quelle excuse pour descendre en salle de contrôle au prochain rapport.