Un panache de poussière remplit une petite route de pierre et de sable. Il est produit par une Ford A qui suit la route, entourée par les dunes de sable. Le véhicule avance rapidement, comme si celui-ci était pressé par le temps.
À l’intérieur du véhicule, un jeune homme tient le volant. Il a les cheveux châtains et courts, ainsi qu’une imposante et élégante moustache. Il est habillé d’un costume beige et porte une paire de fines lunettes.
Sur le siège passager se trouve une petite fille. Elle a les cheveux mi-longs, lisses et de la même couleur que ceux du conducteur. Elle porte sur la tête un chapeau rond, entouré d’un ruban de tissu bleu. Elle est vêtue d’une robe beige, dont la ceinture est faite du même ruban que celui de son chapeau, à une différence près : celui-ci est beaucoup plus large.
Assise sur son siège, la petite fille tient sur ses genoux un cahier ouvert. Plusieurs dessins y sont représentés. La plupart de ceux visibles sur les pages ouvertes représentent des éléments liés à l’Égypte. On peut y voir des représentations d’hiéroglyphes, des symboles de plusieurs dieux et, surtout, au milieu des deux pages, une représentation des trois pyramides du plateau de Gizeh.
Un coup de vent vient soudain faire basculer l’une des feuilles sur l’autre, cachant alors une partie du dessin. La jeune fille fait pivoter la feuille qui vient de basculer afin de pouvoir continuer à travailler dessus.
Le jeune homme regarde alors ce que fait la fillette avant de lui demander :
- Tout va bien, ma puce ?
- Oui, ça va ! S’il n’y avait pas de vent, ça serait beaucoup mieux.
- On est bientôt arrivés, répond le jeune homme. Tu pourras de nouveau dessiner tranquillement.
- Tu ne m’as pas dit où on allait ? demande alors la jeune fille.
- On se rend sur une zone de fouilles, à quelques kilomètres du plateau de Gizeh.
- Le plateau ! C’est là où se trouvent les trois pyramides à notre droite ?
- Oui, ma puce, c’est bien cela. Ces trois pyramides, répond l’homme en pointant du doigt les trois imposantes structures de pierre.
- Cette zone de fouilles, elle est très importante ?
- Pourquoi tu me demandes cela, ma puce ?
- Je ne t’ai jamais vu conduire aussi vite !
Le jeune homme esquisse alors un sourire en regardant sa fille.
- Oui et non. Ce n’est pas forcément la zone qui est intéressante, mais plutôt ce qui se trouve là-haut.
- Là-haut ? Il y a quoi, là-haut ?
- Pour une fois, ma chérie, je ne sais pas. Et c’est justement pour cela que nous y allons.
La voiture continue son chemin jusqu’à atteindre une zone remplie de tentes en tout genre. Il y en a au moins une vingtaine réparties sur l’ensemble du site de fouilles. La Ford A se gare à côté de plusieurs grands camions. Les deux occupants sortent alors du véhicule et se dirigent vers la zone de fouilles.
Le jeune homme avance rapidement, tandis que la jeune fille a du mal à le suivre. Elle se met alors à courir et attrape la main de son père. Celui-ci se retourne vers elle avant qu’elle ne lui pose une question.
- Papa, je peux faire un tour dans le camp ?
- Oui, si tu veux. Essaie de ne pas trop t’éloigner et fais attention où tu marches.
- Compris ! répond alors la fille.
Elle se retourne et commence à courir en direction des tentes afin de regarder ce qui se passe à l’intérieur.
Le jeune homme regarde sa fille se ruer vers les tentes. Puis, juste après, il part dans l’autre direction afin de poursuivre son chemin. Il marche pendant plusieurs minutes, faisant attention à ne pas gêner les autres personnes qui travaillent dans la zone.
À un moment, le jeune homme s’arrête. Il sort un petit morceau de tissu de sa poche et essuie ses lunettes avant de les remettre correctement en place. Il fait encore quelques pas lorsqu’il est soudain interpellé par une personne venant dans son dos.
- Professeur Langford ! Vous voilà enfin.
Le jeune homme se retourne et aperçoit un grand homme devant lui.
L’homme est vêtu d’une galabeya beige, avec un pantalon léger en dessous et une paire de sandales en cuir. Sur sa tête, il porte un keffieh à carreaux blancs et noirs, maintenu autour de celle-ci. Sa tenue est retenue à la taille par une simple ceinture en tissu. Lorsque le professeur l’observe, il remarque également que ses vêtements sont usés et couverts de poussière, ce qui lui paraît tout à fait normal sur un site de fouilles. Le professeur réplique aussitôt à l’homme.
- Ah, Osir ! Vous allez bien ? demande le professeur en lui tendant la main.
Osir prend alors la main du professeur et commence à la serrer vivement.
- Oui, je vais bien, je vais bien. Vous n’avez pas eu trop de mal à nous trouver ?
- Ce qui m’a donné du mal, c’est de m’orienter dans ce camp. Vous pouvez me dire où se trouve Henry ?
- Le professeur Littlefield ! Oui, il était dans le coin il n’y a pas longtemps.
- Je vous supplie de m’aider à le retrouver, s’il vous plaît !
- Suivez-moi, professeur Langford ! Suivez-moi !
Les deux hommes partent alors dans une direction opposée à celle où se trouve la jeune fille, qui continue d’admirer les tentes et leurs occupants. Elle poursuit son inspection de plusieurs tentes lorsqu’elle est interrompue par une voix, une voix qu’elle connaît bien.
- Êtes-vous perdue, madame ?
La jeune fille se retourne et aperçoit l’origine de la voix. Il s’agit d’un jeune garçon qui semble avoir plus ou moins le même âge qu’elle. Il a les cheveux courts, porte une paire de lunettes et il est habillé d’un costume marron clair.
- Que fais-tu ici, Ernest ?
- Mon père travaille sur ce site de fouilles. Et toi, madame Catherine Langford ! Pourquoi te retrouves-tu au milieu du désert ?
- J’accompagne aussi mon père !
- Ton père est ici ?
- Oui, pourquoi ?
- Mon père m’avait prévenu qu’on aurait de la visite, mais je ne pensais pas que ce serait vous.
- Tu sais pourquoi ton père nous a demandé de venir ? demande alors Catherine.
- Non, je ne sais pas. Je le trouve mystérieux depuis quelques jours et je ne sais pas pourquoi.
- Ce n’est pas trop compliqué de passer tes journées ici ?
- Non, je suis habitué. Cela fait plusieurs années que je suis mon père et je dois avouer que j’aime bien être avec lui lors des voyages qu’il peut faire.
- Tu aides ton père dans ses travaux ?
- Mon père, mais aussi toute son équipe ! L’autre fois, j’ai déterré plusieurs objets qui datent de plusieurs années. Tiens, regarde celui que j’ai trouvé ce matin.
Ernest se rapproche alors de Catherine et lui tend, de sa main droite, un objet doré qu’elle ne parvient pas à identifier au premier regard. Catherine se rapproche à son tour d’Ernest. Elle prend la main tendue du garçon et la rapproche de son visage afin de mieux observer l’objet. Elle le distingue alors plus clairement et comprend ce que c’est.
- Je peux le regarder ? demande alors Catherine.
- Oui, vas-y, lui répond Ernest.
Catherine prend alors l’objet. Elle le saisit par sa partie centrale, qui se trouve être un médaillon arrondi.
Le médaillon est en métal doré et particulièrement lourd pour sa taille. Il est relié à une chaîne faite du même métal que le médaillon. Sa surface est recouverte de symboles égyptiens, dont le principal occupe une grande partie de l’une des faces. Il représente un œil ouvert.
- Il est magnifique ! dit alors Catherine, qui passe son doigt sur le symbole en relief représentant l’œil.
- Il s’agit du symbole du…
- Du dieu Râ, termine Catherine. Oui, je connais la mythologie égyptienne.
Ernest esquisse alors un léger sourire. Il regarde Catherine, qui semble subjuguée par le médaillon. Après un court instant, elle tend la main à Ernest pour le lui rendre. Ernest referme alors les doigts de la main tendue et lui dit :
- Non, je te le donne.
- De quoi ? Il n’appartient pas aux fouilles ?
- C’est moi qui l’ai trouvé à côté du site principal. Mon père m’a dit que les choses que je trouve sont à moi. Donc, vu que le collier est à moi, je décide de t’en faire cadeau.
Catherine lance alors de nouveau un regard au collier qu’elle tient dans ses mains, puis détourne les yeux vers Ernest avant de lui dire :
- Je te remercie, dit-elle avec un très grand sourire.
- Je t’en prie. Tu souhaites le mettre ?
- Oui. Tu veux bien m’aider ?
Ernest ne lui répond pas. Il tend simplement la main pour reprendre le collier. Catherine le lui donne, puis se retourne.
Ernest déverrouille alors le mécanisme du collier. Il se rapproche de Catherine et lui fait passer la chaîne autour du cou avant de refermer la fermeture. Catherine se retourne afin de se retrouver face à Ernest et pose sa main sur le médaillon.
- Il est magnifique sur toi ! intervient Ernest avant que Catherine ne puisse dire un mot.
Puis il ajoute :
- On devrait aller rejoindre nos pères. Ils sont sans doute en train de nous chercher.
Catherine fait alors un signe de tête pour lui montrer qu’elle est d’accord. Juste après, Ernest prend la main droite de Catherine et commence à marcher rapidement. Ils traversent tous les deux la foule qui s’est formée sur le chantier de fouilles. Catherine a beaucoup de mal à suivre Ernest, malgré le fait que celui-ci ne lâche pas sa main.
Rapidement, ils arrivent à leur objectif commun : retrouver leurs pères.
Ernest a emmené Catherine jusqu’à la zone principale du site de fouilles.
Juste devant eux se trouve une série de dalles de pierre extrêmement imposantes. Grandes et épaisses, elles donnent une impression d’extrême lourdeur. Ces dalles forment un cercle de plusieurs mètres de diamètre.
Une puissante grue s’approche lentement de l’une d’entre elles.
Au centre de ce cercle se trouve une autre dalle de pierre, qui épouse tout le contour intérieur du premier cercle. Les professeurs Langford et Littlefield se tiennent dessus. Catherine reconnaît facilement le père d’Ernest, car il est habillé de la même manière que son propre père. Les seules différences notables proviennent du visage et de la tête du professeur Littlefield. Son visage est entièrement rasé, il a les cheveux courts et coiffés en arrière, et il porte sur la tête un béret beige de la même couleur que son costume.
- C’est tout bonnement incroyable ! dit alors le professeur Langford.
- Comment une civilisation antique a-t-elle réussi à transporter des morceaux de pierre aussi imposants ? demande le professeur Littlefield.
- Je n’en ai aucune idée ! Tu crois que ces dalles dissimulent quelque chose ?
- On le saura bien vite, répond le professeur Littlefield.
Au même moment, il se relève et commence à diriger la grue, qui s’approche doucement de la dalle. Ernest et Catherine continuent de marcher jusqu’à atteindre l’emplacement de la grue. Plusieurs hommes surgissent alors de toutes les directions et commencent à fixer des crochets de maintien à la dalle qui se trouve devant la grue.
Une fois tous les crochets solidement arrimés à la pierre, la grue commence à intensifier le bruit de son moteur. Les chaînes accrochées à la dalle se tendent sous la puissance du mécanisme. La grue continue d’augmenter sa puissance et fait alors de plus en plus de bruit.
De nombreux sons métalliques se font entendre tandis que la grue commence doucement à soulever la dalle de pierre. La dalle s’élève dans les airs très lentement, quelques centimètres après quelques centimètres. Sous son poids énorme, les chaînes grincent et vibrent de plus en plus.
Une trentaine de minutes passent avant que la dalle soit suffisamment élevée pour que la grue puisse la déplacer sur le côté. Lorsque cela est terminé, le personnel du site de fouilles se regroupe autour de l’ouverture créée par le déplacement de la dalle.
Catherine entend alors plusieurs exclamations provenant du groupe d’hommes et de femmes qui se trouve devant elle. Plusieurs voix aiguës percent le brouhaha de la foule, mais elle ne parvient pas à comprendre exactement ce qu’elles disent, car certaines personnes ne parlent pas la même langue qu’elle.
Catherine n’arrivant pas à se frayer un chemin entre les personnes, elle change de tactique. Elle commence à grimper sur les autres dalles. Peu de personnes se trouvent dessus et elle parvient rapidement à contourner la foule.
Après avoir effectué son dernier détour, Catherine se retrouve face à l’ouverture laissée par la dalle. Au fond du trou, dans l’espace qu’occupait autrefois la pierre, se trouve une partie d’un objet.
Un objet sombre.
Un objet étrange.
Un objet entouré de mystère.
Catherine essaie de comprendre ce qui se trouve devant elle, mais elle ne parvient pas à l’identifier. Au fond du trou, un arc de cercle apparaît entre deux autres dalles de pierre. L’arc ne ressemble à aucune structure égyptienne connue. Il est composé d’une sorte de métal très sombre et possède un anneau intérieur constitué de plusieurs rectangles sur lesquels sont apposés différents symboles. Une imposante structure en forme de triangle surplombe l’anneau intérieur. L’un de ses sommets pointe directement vers le centre de l’un des symboles situés sur l’anneau. Le sommet du triangle, quant à lui, n’est pas en métal. Il semble être fait de verre, un verre de couleur orange.
Catherine continue d’admirer la partie de l’objet qui se trouve sous ses yeux. Elle fixe intensément les symboles de l’anneau intérieur et, malgré tous les efforts qu’elle déploie pour essayer d’en comprendre la signification, elle n’y parvient pas.
Son regard se pose alors sur le dernier symbole encore visible sur l’anneau intérieur. Elle remarque que celui-ci est le seul qui lui semble plus ou moins compréhensible, du moins en apparence. Le symbole ressemble à la représentation d’une pyramide. Une pyramide reliée, à son sommet, par un trait à une sphère.
Suivez facilement mon actualité sur mon compte Facebook, Kaine Barnes.