Les échos du passé

Chapitre 12 : Chapitre 12 : Accepter son destin

Par fms27

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 Sur Aléna, la journée qui passa sembla durer une éternité pour Sheppard. Bien que lui et son équipe se doutent du résultat final, ils étaient tout de même assez impatients d'obtenir la réponse au vote. Ils observaient le petit peuple se presser dans les urnes de fortune construites pour l'occasion, avant de fièrement déposer les parchemins détenant leurs choix dans la grande boîte en bois destinée à les recueillir.

 

Du coin de l'œil, Sheppard observait Mara à la dérobée. Elle se tenait debout, bien droite, tête haute. Mais il la connaissait suffisamment bien pour déceler chez elle, les signes d'angoisse et de fatigue qui l'habitaient. Ses mains croisées derrière son dos étaient si étroitement serrées que les jointures en étaient livides. Elle tapotait nerveusement du bout du pied sur le sol et ses yeux bleus étaient chargés d'inquiétude. Plusieurs fois, leurs regards se croisèrent. Elle aussi, elle savait. Elle savait ce qui l'attendait.

 

Finalement, ce fut quand le jour commença de décliner, que le vote se termina. Pas un seul Alénien ne s’était abstenu de s'exprimer.

 

Le dépouillage débuta.

 

C’est à 21h53 que la réponse tomba.

 

Mara eut un regard pour Atlaïr, à côté d’elle, avant de fixer les Atlantes avec consternation. John comprit et secoua la tête. Mara s'avança face aux gens réunis devant elle qui, eux aussi, attendaient les mots qu'elle prononcerait et qui scelleraient leur destin.

 

Mara monta sur l’estrade. Elle s’éclaircit la voix et annonça avec le plus de solennité possible :

 

-       « Peuple d’Aléna, vous avez parlé ! Aux questions qui vous ont été posées… Le « Non » l’emporte à une majorité de 74%. Le « Oui » obtient 23%. Le vote blanc est à 3%. »

 

Elle plia lentement le papier des résultats et commenta :

 

-       « Vous avez fait votre choix. Les Atlantes s’en iront dès demain. Monsieur Woolsey nous a contactés pour nous faire part de l’accord de ses supérieurs. Ceux qui voudront partir sur Terre, tout comme je l'ai décidé, le pourront. Quant à moi, je vais signer ma démission ainsi, de nouvelles élections auront lieu, sous le contrôle d’Atlaïr. C’est également lui, qui assurera la transition, le temps que tout se mette en place. »

 

Les Aléniens semblèrent sonnés. Ils se regardaient tous, silencieux. Mara reprit :

 

-       « Encore une fois, je vous fais part de mon affection. Vous êtes et resterez mes compagnons. Et je serai toujours la vôtre. Je vous souhaite de tout cœur, de pouvoir faire à l’avenir, les meilleurs choix pour vous tous. Et que la paix vous accompagne. Concernant les réfugiés, le Colonel Sheppard et son équipe recueilleront les noms de ceux qui veulent partir, demain matin près de la Porte des Étoiles. Vous avez la nuit, pour y réfléchir. »

 

Un murmure monta du peuple Alénien. Mara descendit de son estrade et rejoignit Atlaïr et Artus. Le conservateur se lamenta :

 

-       « Quel échec !

-       Ce n’est pas un échec, Atlaïr, répliqua Mara. Je ne veux pas le voir ainsi. Le peuple fait son premier véritable choix. Ils vont prendre leur envol selon de nouvelles règles qu’ils établiront sans l’ingérence de qui que ce soit. Ils prennent leur avenir en main. Je ne peux aller contre. »

 

Atlaïr acquiesça lentement. Artus se laissa envahir par une vague de panique :

 

-       « Madame… Madame…

-       Je sais, Artus, déclara Mara avec douceur. Je connais ta crainte.

-       Je viendrai avec vous ! promit alors le jeune rouquin. Oriel et moi, nous viendrons.

-       Il ne s’agit pas de me suivre, Artus. Mais de choisir ton destin.

-       Il n’est plus ici, Madame, décréta Artus avec ferveur. Si les Aléniens ont fait leur choix, je fais le mien.

-       C’est le plus important. »

Artus s’inclina légèrement. Puis, il s’en alla rejoindre son frère de cœur qui l’attendait plus loin.

 

Mara prit le temps de faire un tour sur elle-même, observant la nuit tombée sur Aléna, son peuple qui se disséminait dans la cité par petits groupes. Elle parut boire des yeux l'ensemble de ces rues et de ces visages, comme pour graver chaque trait de ce tableau vivant dans sa mémoire. Puis, lentement, elle rejoignit John et son équipe, pour rentrer chez elle.

 

Sheppard déclara :

 

-       « Nous devons aller relever Lorne… Est-ce que ça va aller pour toi ?

-       Oui… murmura Mara. Merci John. »

 

Il eut un sourire et lui pressa doucement l'épaule en un geste réconfortant, avant de s’en aller avec Ronon et Teyla. Sur le chemin, Ronon lança avec colère :

 

-       « Je ne peux pas croire que les Aléniens nous rejettent ! Ils savent pourtant qu’on ne pourra plus leur venir en aide !

-       Je pense qu’ils ne perçoivent pas encore la portée de leurs choix, objecta John. Il faut dire qu’avec la raclée qu’on a collée aux Wraiths, et le fait qu’ils n’aient pas été sélectionnés depuis des décennies sous le règne du Seigneur Protecteur, ils sont dans une sorte de trop plein de confiance… Ils ne vivent pas autant dans la crainte des Wraiths que d’autres peuples. La dernière fois qu’ils ont été attaqués, c’est parce que Marcus les a livrés. Pas par sélection des Wraiths.

-       Quels imbéciles ! » pesta Ronon.

 

Ils arrivèrent vers Lorne et son équipe et prirent leur relais.

 

La nuit se passa sans encombre et la journée commença très tôt dès le lendemain matin. Ils trouvèrent Mara qui, lasse, semblait ne pas avoir dormi de la nuit. Elle leur expliqua :

 

-       « J’ai rédigé ma déclaration. Atlaïr la proclamera. Colonel… Je compte rediriger les réfugiés vers vous, auprès de la Porte des Étoiles. Est-ce que cela vous va ?

-       Tout à fait, approuva John. De toute façon, je pense qu’il n’y aura pas foule. On devrait être capable de le gérer. Et pour tes prisonniers ? As-tu statué sur leur sort ?

-       Ils sont un problème épineux, déclara lentement Mara. La décision de les libérer ou pas dépend de trop de facteurs. Le premier étant l'avis du peuple sur leurs actions. Certains les valident. Qui plus est, quel que soit mon choix, il pourra être révoqué par le prochain régent, qui sera Atlaïr. Leur sort pourra également être jugé par le peuple par un vote, comme nous l'avons fait avec Marcus. »

 

John ne sembla pas rassuré.

 

-       « C’est une très mauvaise idée.

-       Je sais. Mais désormais, ce n'est plus de mon ressort. »

 

Sheppard ne releva pas. Ils partirent de leur côté avec Teyla et Ronon et rejoignirent l’équipe de Lorne, pendant que Mara se rendait auprès d'Atlaïr.

 

Une heure passa, avant qu’un petit groupe d’une cinquantaine de personnes à l'air intimidé n'arrive. Parmi eux, Malica portée sur un brancard, Laila, ainsi qu’Artus et Oriel. John comprit qu’ils étaient tous porteurs du gène.

 

Les deux rouquins s’avancèrent vers Sheppard et Artus présenta ainsi ses compagnons :

 

-       « Voilà. Nous sommes tous là. Mara doit encore régler certaines choses avec Atlaïr, mais elle ne devrait pas tarder à nous rejoindre.

-       Ça a été rapide ! s’exclama John. »

 

Il avait du mal à croire que tout se passe de manière aussi précipitée. Il demanda à Artus :

 

-       « Et Salina et le reste des prisonniers ?

-       Atlaïr n’a pas pris de décisions à leur sujet, répondit Artus. Mais… Je ne sais pas s’il aura le courage de bannir sa femme.

-       Vous croyez qu’il va les relâcher ? s'inquiéta Teyla.

-       Et bien… Salina a mis le feu aux poudres, mais en un sens… Ses idées sont partagées par les Aléniens, se désola Oriel. Certains en sont même à dire que sans son intervention, les choses n’auraient pas évolué.

-       Bon sang, marmonna John. »

 

Les deux rouquins avaient l’air consternés.

 

John enregistra les noms des réfugiés et ensemble, ils attendirent la venue de Mara.

 

La jeune Alénienne finit par apparaître au loin, une valise à la main, remontant très lentement le chemin de pierres menant à la Porte.

 

John se précipita vers elle et lui prit sa valise des mains. Mara releva la tête vers lui. Elle était en larmes. Il eut beaucoup de peine pour elle et soupira :

 

-       « Je suis désolé, Mara.

-       Ce n’est pas ta faute, John… »

 

Elle s’essuya les yeux et se remit péniblement en marche. Elle considéra avec tristesse les Aléniens regroupés autour des Jumper et se lamenta d'une voix brisée :

 

-       « Par les Ancêtres… J’ai du mal à y croire.

-       Nous allons vous aider Mara. »

 

La jeune Alénienne était mortifiée. Ils arrivèrent finalement près des Jumper dans lesquels ils embarquèrent.

 

Lorne et Sheppard firent chacun décoller un vaisseau et passèrent l’horizon des évènements pour se retrouver sur Atlantis en un battement de cils.

 

Ils débarquèrent dans le hangar à Jumper. Woolsey en personne les accueillit et compta d’un seul regard, les Aléniens amenés par les Atlantes.

 

-       « Mon Dieu, fit-il dans un souffle. Il y en a si peu…

-       Je sais, dit John.

-       Bon, Colonel, emmenez-les à l’infirmerie pour que le Dr Keller leur fasse un check-up complet. Et qu'elle se concentre sur le cas de Malica, je souhaite vivement avoir son avis sur l'état de santé de cette jeune femme.

-       Très bien.

-       Je vous laisse les répartir dans des quartiers surveillés, termina Woolsey à voix basse. Le temps que le SGC puisse les accueillir.

-       Bien. »

 

Et John se tourna vers les Aléniens.

 

-       « Bon et bien… Bienvenu à vous tous sur Atlantis ! Comme cela fut le cas la dernière fois, nous allons vous mener à l'infirmerie pour que nos médecins vous examinent. Ensuite, vous serez conduits à des quartiers sécurisés, avant que notre commandement vous accueille sur Terre. »

 

Les Aléniens avaient beau avoir fait un choix réfléchi, ils avaient l'air assez effrayés. D'un même mouvement, ils se tournèrent vers Mara, qui, pour les rassurer se redressa et annonça avec détermination :

 

-       « Colonel Sheppard… Je vous suis. »

 

Sa confiance sembla convaincre ses semblables. Ils suivirent ainsi Mara et John vers l’infirmerie. Le Dr Keller, deux autres médecins et cinq infirmiers les accueillirent avec le sourire.

 

Déboula alors une petite fusée brune qui se jeta dans les bras de Mara :

 

-       « Maman ! Oh Maman ! 

-       Kalia ! »

 

Mara se laissa tomber à genoux devant sa fille pour la serrer dans ses bras.

 

-       « Maman, répéta l’enfant d’une voix étouffée. J’ai eu tellement peur.

-       Je vais bien ma chérie, tout le monde va bien… »

 

Kalia se décolla alors de sa mère et observa les Aléniens, arrêtant son regard sur Malica, allongée dans son brancard improvisé. Avec tristesse, elle annonça :

 

-       « Monsieur Woolsey m’a expliqué la situation.

-       Vraiment ?

-       Oui… Je le lui ai demandé. »

 

Elle avait les larmes aux yeux. Les Aléniens furent répartis auprès du personnel soignant et le Dr Keller se pencha plus particulièrement sur le cas de Malica.

 

Pâle et amaigrie, elle se contentait de se laisser manipuler sans plus prononcer le moindre mot, le regard éteint.

 

Le Dr Keller lui déclara avec douceur :

 

-       « Malica, je vais devoir vous faire des examens poussés. Ils seront indolores, ne vous en faites pas. »

 

La jeune femme acquiesça d'un faible hochement de tête.

 

John se pencha vers Mara et souffla :

 

-       « Je vais organiser la préparation des chambres pour les tiens. Ça va aller pour toi ?

-       Oui, ne t’inquiètes pas, John, répondit la jeune Alénienne. Tout ira bien, maintenant. Tout ira bien. »

 

XXX

 

           Le soir tombait sur la cité d’Atlantis, quand Sheppard, épuisé, se rendit à l'infirmerie accompagné de Woolsey, à la demande du Dr Keller.

 

           Quand ils arrivèrent, ils aperçurent Mara et Kalia, qui étaient déjà au chevet de Malica, la mine basse.

 

-       « Merci d’être venus, leur dit le Dr Keller d’une voix grave.

-       Docteur, comment se portent les autres Aléniens ? s'enquit aussitôt Woolsey.

-       En ce moment, ils sont confinés dans les quartiers que le Colonel Sheppard leur a alloués, le temps que j'obtienne les derniers résultats de leurs analyses. Mais pour l'instant, rien à signaler.

-       Bien… »

 

Il eut un coup d'œil embarrassé pour Malica, n'osant exprimer à voix haute son inquiétude. Sheppard observa la jeune Alénienne plus attentivement. Allongée dans son lit, elle avait les traits tirés et le regard éteint. Quant à Mara et Kalia, leur air consterné n'annonçait rien de bon.

 

Le Dr Keller déclara :

 

-       « J'ai examiné en détail la blessure au dos de Malica. Nous allons attendre Laila pour que je vous fasse un compte-rendu. »

 

Ainsi, ils patientèrent tous en silence le temps que la mère de la jeune femme arrive.

 

Elle entra d’un pas pressé dans l’infirmerie et se précipita vers sa fille. Malica se mit à pleurer silencieusement et détourna le regard. Laila parut s’arrêter de respirer.

 

La voix tremblante, elle s'adressa à Keller :

 

-       « Docteur ? Dites-moi… »

 

Jennyfer annonça avec douceur :

 

-       « Laila… Les nouvelles ne sont pas très bonnes. Venez, je vais tenter de vous expliquer… »

 

Elle la fit s’approcher de l’ordinateur et afficha l’IRM et la radio de la moitié inférieure du dos de Malica. Elle montra les vertèbres et commenta :

 

-       « Est-ce que vous voyez ces lignes sombres ici, et ici ? On les retrouve sur tous ces os que l’on nomme vertèbre, du milieu jusqu’en bas du dos.

-       Et… Qu'est-ce que c'est ?

-       Ces os protègent ce que l’on appelle la moelle épinière. Ainsi que plusieurs nerfs. Ces éléments sont primordiaux pour que le bas du corps fonctionne. Mais ils ont été gravement abîmés. Ces lignes sombres que vous voyez sont des fractures autrement dit, les os ont été cassés et ont sectionné certains nerfs et endommagés de la moelle épinière.

-       Qu’est-ce que… Vous cherchez à me dire ? »

 

Jennyfer eut un ton encore plus doux quand elle termina :

 

-       « Nous pouvons tenter de l'opérer. Mais les dégâts sont trop importants. Malica a été touchée sur une trop grande partie du dos et les éléments atteints ne sont pas tous réparables. À vrai dire, nous pourrions empirer la situation en essayant de l'arranger. »

 

Laila resta muette, livide. Le Dr Keller leur laissa le temps d'intégrer la nouvelle, et ils ne purent qu'observer avec désolation, le désespoir affaisser les traits de Laila, en même temps que les pleurs de Malica se faisaient plus poignants.

 

Mara alla s’asseoir sur une chaise, catastrophée.

 

La sœur de Marcus riva les yeux sur sa fille et énonça avec difficulté :

 

-       « Vous ne pouvez rien faire pour Malica.

-       Laila, je suis sincèrement désolée...

-       Pourquoi ? Pourquoi, par les Ancêtres… »

 

Anéantie, elle caressa doucement le visage de Malica, sa peine dépassant les larmes.

 

John, Richard et Jennyfer se regardèrent, ne sachant que dire, avant que Laila s’écrie soudain :

 

-       « Kalia ! »

 

L'enfant eut un sursaut. Laila alla se laisser tomber à genoux devant elle et prit ses mains dans les siennes pour dire avec un espoir ravivé :

 

-       « Kalia, toi, tu peux au moins essayer de la guérir ! »

 

Kalia recula d’un pas. Elle secoua la tête :

 

-       « Non…

-       Bien sûr que tu le peux ! répliqua Laila avec conviction. Tu es notre faiseuse de miracles, Kalia ! Tu es comme les Ancêtres ! »

 

Mais l’enfant se mit à trembler et s’arracha à la poigne de Laila, qui resta interdite :

 

-       « Kalia ?

-       Non Laila… Je ne peux pas… Je ne peux pas faire ça ! »

 

Kalia recula. Laila se redressa et toisa la petite fille, incrédule :

 

-       « Mais enfin… Pourquoi ?

-       Je ne veux pas ! s’écria alors Kalia d’une voix brisée. Je ne veux plus faire ça ! Ça a détruit notre peuple ! Détruit tout le monde ! C’est ma faute si Malica est dans cet état ! Ma faute ! »

 

Et sans plus rien ajouter, elle s’enfuit purement et simplement de l’infirmerie.

 

Laila resta sans voix, regardant la sortie de la pièce comme si le ciel venait de s’effondrer sur elle.

 

-       « Kalia… »

 

Mara se leva et partit à la suite de sa fille. Le Dr Keller alla aussitôt prendre Laila par les épaules :

 

-       « Laila…

-       Non ! rugit alors l’Alénienne. »

 

Elle se tourna vers Jennyfer avec colère :

 

-       « Je croyais que vous aideriez ma fille !

-       Laila, je suis désolée, je ne peux rien faire !

-       Alors ils avaient raison… souffla Laila avec regret. Ils avaient raison ! »

 

Ravagée par le chagrin, elle s'enfuit à son tour en pleurant.

 

Le Dr Keller secoua la tête avec un soupir et Woolsey insista :

 

-       « Vous ne pouvez réellement rien faire ?

-       L'opération présente plus de risques pour Malica que de bénéfices. Je pourrais vous dire que je vais tout tenter, mais même avec toute la bonne volonté du monde, je ne peux pas faire de miracles. Dans le meilleur des cas, Malica pourrait recouvrer quelques sensations au niveau des membres inférieurs, mais remarcher... Ses chances sont inférieures à 10%. C'est bien trop risqué. Pour autant, si Malica le souhaite réellement, nous pouvons essayer l'opération. Mais ce choix lui appartient et je tenais à exposer la situation le plus honnêtement possible à vous tous. »

 

La jeune Alénienne semblait pourtant incapable de prendre une telle décision. Allongée dans son lit d’hôpital, la fougue qui l’habitait jusque-là avait l’air de s’être éteinte.

 

John réfléchit un instant avant de demander à Jennyfer :

 

-       « Est-ce que les artefacts de guérison pourraient l’aider ?

-       Je n’en sais vraiment rien, avoua le Dr Keller en secouant la tête. Je ne sais pas comment ils fonctionnent et s'ils ont la capacité de réparer de si graves lésions. Qui plus est, il n'y a que Kalia qui puisse les utiliser et je ne suis pas pour. Même si les examens réalisés sur votre fille suite à ce qui s'est passé dans la grotte sont excellents, je ne peux pas prédire les effets possibles que la manipulation de cette énergie aura sur elle. Honnêtement, tout cela me dépasse. »

 

John acquiesça. Il se rendit près de Malica et l’appela doucement :

 

-       « Malica… Malica, regardez-moi. »

 

Lentement, la jeune Alénienne se tourna vers lui. John eut un frisson en croisant ses yeux dénués de vie…

 

-       « Je suis désolé Malica… Vous avez entendu le Dr Keller… Il n’y a que vous pour décider si vous voulez tenter l’opération ou pas… Vous comprenez ? »

 

Elle ne répondit pas, mais resta là à le toiser, d’un air absent. Sheppard eut un léger sourire ennuyé avant de se tourner vers Woolsey :

 

-       « Est-ce que le SGC a plus de moyens que nous ? Dr Keller ?

-       Peut-être…

-       Dr Keller, intervint alors Woolsey, donnez-moi tous les noms de spécialistes qui vous passent par la tête. Nous allons tout tenter. D’accord ?

-       Très bien Monsieur. Mais je ne vous garantis pas leur réponse enthousiaste… »

 

Richard acquiesça et avec John, ils sortirent de l’infirmerie.

 

           Sheppard retourna à ses occupations habituelles, mais il ne pouvait s'empêcher de repenser à Kalia. L'air terrifié qui s'afficha sur son petit visage quand celui de Laila retrouva un espoir éperdu. Mais pas seulement terrifié.

 

           Répulsé.

 

           Kalia était répulsée par sa propre nature. Ce don dont elle avait volontiers fait usage pendant quelque temps, elle le considérait maintenant comme la cause des malheurs de Malica, son peuple, comme une partie hideuse d'elle-même qu'il convenait de cacher et d’oublier. L'enfant avait pu observer les gens qu'elle aimait finir par lui tourner le dos, la craindre. Elle s'était retrouvée, en l'espace de six mois, mise à l'écart, pointée du doigt comme soixante-cinq de ses compatriotes. Laila l'avait appelée "faiseuse de miracles", mais du point de vue de l'enfant, elle était "faiseuse de désastres".

 

           Kalia était rejetée pour une chose dont elle n'était pas responsable. Elle n'avait pas demandé à posséder ces dons. Il repensa alors aux mots qu'avait eus Marcus, six mois plus tôt : "elle n'est que le fruit d'une manigance politique". Il sentit sa gorge devenir sèche en se rendant compte que c'était vrai. Mara l'avait séduit pour qu'il l'épouse et dans sa grande faiblesse, il n'avait pas résisté à ses charmes. C'était lui et Mara, qui avait fait venir cette enfant si particulière dans ce monde.

 

           Ce fut la première fois que John se sentit alors autant concerné et responsable de ce qui arrivait à Kalia, ce qui le mit très mal à l'aise.

 

-        « John ! John ! »

 

Il eut un sursaut et fut tiré de ses pensées par la voix de Mara. Il était en route pour le bureau de Woolsey, devant voir son supérieur pour lui rendre son rapport sur les évènements s'étant déroulés sur Aléna, quand l'Alénienne le rattrapa en courant, à bout de souffle.

 

-       « Mara ? fit-il, assez surpris.

-       John, je ne trouve plus Kalia ! »

 

Il déclara prudemment :

 

-       « Elle doit être sur le balcon où elle aime aller ?

-       Non, elle n’y est pas ! répliqua Mara. Elle n’est pas dans sa chambre, je l’ai cherché partout ! Partout où je sais qu’elle a l'habitude de se rendre ! »

 

John fronça les sourcils. Il voulut répondre que Kalia devait s’être terrée quelque part pour être seule, mais malgré lui, il se sentit inquiet. Mara termina alors :

 

-       « Laila n’est pas dans ses quartiers non plus !

-       Quoi ? dit John.

-       John… »

 

Il comprit l’inquiétude sous-jacente de la jeune femme. Il tenta de la rassurer :

 

-       « Mara, Laila ne ferait pas de mal à…

-       Elle a dit qu’ils avaient raison ! s’emporta Mara. John, je t’en prie… Il faut qu’on retrouve Kalia ! »

 

Sheppard hésita. Mara le regardait d’un air suppliant et il finit par céder :

 

-       « Bon très bien… Suis-moi. »

 

XXX

 

           John ne savait pas du tout comment ils allaient faire pour retrouver la petite fille dans l'immensité de la cité, mais il se doutait que Mc Kay aurait une solution qu'il serait ravi d'énoncer avec son petit air supérieur. Ils arrivaient tout juste à l’entrée de son laboratoire, qu’un cri glaçant résonna dans les haut-parleurs.

 

           John et Mara s’arrêtèrent net, tout comme le personnel d’Atlantis autour d’eux. Le hurlement avait retenti dans tout Atlantis.

 

           Mara souffla, livide :

 

-       « Kalia… »

 

John courut alors vers le laboratoire de Mc Kay, qui semblait lui aussi avoir pris peur en entendant le hurlement :

 

-       « Mais enfin Colonel, qu’est-ce qui se passe ?

-       Rodney, il faut que vous retrouviez Kalia !

-       Quoi ? Alors c’est bien elle qui…

-       Vous devez bien pouvoir le faire, non ? »

 

Le scientifique roula des yeux dans tous les sens, comme s'il visionnait plusieurs solutions les unes après les autres, l'esprit cartésien luttant avec la frayeur qu'il semblait éprouver. Finalement, il claqua des doigts en s'écriant :

 

-       « Les capteurs ! Ceux qui détectent les porteurs du gène ATA! Bien sûr ! Kalia en a la plus forte expression de tous les habitants d'Atlantis ! »

 

Il se précipita vers son ordinateur et Zelenka qui se trouvait dans la pièce avec lui le rejoignit :

 

-       « Vous pouvez différencier les signaux ?

-       Non… fit Mc Kay en faisant voler ses doigts sur le clavier. Mais je les calibre au plus bas… Comme ça, s’ils détectent quelqu’un c’est que le sujet en a la plus forte expre… LA ! cria-t-il. »

 

Sheppard crut qu'il allait le serrer dans ses bras de soulagement.

 

Il se pencha vers l’écran et repéra aussitôt la zone. Sortant en courant du laboratoire, Mara sur ses talons, il ordonna à Mc Kay :

 

-       « Prévenez Woolsey qu'il envoie deux marins nous rejoindre là-bas! »

 

Et avec Mara, ils accoururent vers le premier téléporteur venu pour s’y jeter. John frappa l’écran pour se rapprocher le plus possible de la zone où le porteur du gène isolé était apparu.

 

Il priait pour que ce soit effectivement Kalia…

 

Mara, à côté de lui, tremblait comme une feuille, en proie à une détresse totale.

 

Il bondit hors du téléporteur et courut comme un dératé vers l’endroit indiqué par Mc Kay. C’était un balcon, au sixième étage d’une des tours Ouest de la Cité.

 

           Il se jeta sur le panneau de commande pour l’ouvrir et, quand les portes s’écartèrent, il s’arrêta net, le souffle coupé.

 

           Mara hurla :

 

-       « NON ! »

 

Laila était avec l’enfant. Elle serrait la gorge de la petite fille dans ses mains, la faisant pencher dangereusement au-dessus des barrières du balcon.

 

Elle se tourna vers eux et sa bouche se tordit dans une grimace haineuse :

 

-       « Elle n’aura que ce qu’elle mérite ! »

 

Et sans ménagements, elle poussa Kalia par-dessus les balustrades.

 

Mara hurla et John ne réfléchit même pas.

 

Il courut vers les barrières et se jeta dans le vide.

 

Ce qui se passa ensuite fut très étrange. Il eut l’impression que le temps ralentissait au fur et à mesure qu’il tombait.

 

Il ne pouvait qu’observer, impuissant, la chute de sa fille vers l’océan noir glacé en dessous d’eux.

 

Kalia heurta la surface de l’eau et s’enfonça dans la noirceur des flots instantanément.

 

John vit l’eau s’approcher de lui à grande vitesse et il inspira une grande bouffée d’air avant d’à son tour, pénétrer dans l’océan.

 

L’impact avec la mer glaciale le sonna, mais il se reprit tant bien que mal pour scruter les flots d'un noir d'encre autour de lui. Il paniqua en ne voyant pas la petite fille.

 

Il fouilla l’eau du regard et crut percevoir une forme mouvante quelques mètres devant lui. Il nagea comme un forcené vers elle, priant à chaque brassée que ce soit bien Kalia.

 

Il lança les bras en avant et sentit avec un soulagement extrême la peau douce des mains de l’enfant.

 

Il l’agrippa et remonta à la surface le plus rapidement possible.

 

Il s’extirpa finalement de l’eau en inspirant à grandes goulées et crachota :

 

-       « Kalia ! Kalia !

 

Mais elle ne lui répondit pas. Son cœur lui tomba comme une pierre dans la poitrine.

 

-       « Par pitié, tiens bon ! »

 

La berge du pont Ouest semblait tellement loin ! Il nagea aussi vite qu’il le put et finit par atteindre le métal gelé du pont.

 

Il tira Kalia hors de l’eau. Le froid mordant de la nuit le fit claquer des dents. Ou bien était-ce la peur ?

 

Les mains tremblantes, il chercha fébrilement le pouls de l’enfant, mais il eut beau tâter son cou, ses poignets, il ne détectait rien. Il approcha sa tête de la bouche de la petite fille, mais il ne sentit pas son souffle…

 

-       « Non ! »

 

Il entendit confusément quelqu’un crier au loin. Peut-être était-ce Mara ?

 

Il croisa les mains et s’employa aussitôt à faire un massage cardiaque à l’enfant, essayant de se remémorer ces gestes de premier secours qu’on lui rappelait à lui et l'ensemble des équipes SG tous les six mois.

 

-       « Kalia ! Allez Kalia ! »

 

Chaque membre de son corps tremblait d’angoisse… Il n’arrivait pas à décrocher son regard du petit visage si pâle…

 

Il lui pinça le nez pour lui envoyer de l’air dans les poumons avant de reprendre les pressions sur sa poitrine.

 

Soudain, des mains se posèrent sur ses épaules et il perçut plusieurs présences autour de lui, mais il cria :

 

-       « Laissez-moi ! »

 

C’est alors que Kalia se mit à tousser.

 

Des jets d’eau sortirent de sa bouche et John l’assit aussitôt en la serrant contre lui.

 

-       « Respire Kalia, c’est bien… »

 

Et soudain, le monde parut s’imposer à nouveau à lui. C’était comme si on remettait le volume à fond dans ses oreilles.

 

Il se rendit compte qu'il était entouré de plusieurs personnes, dont le Dr Keller, Mara, Woolsey et Lorne.

 

Il les toisa un à un, hébété, mais ne consentit pas à lâcher l’enfant qui recrachait toujours l’eau qu’elle avait avalée.

 

Mara pleurait à chaudes larmes et elle se jeta sur eux deux pour les serrer contre elle.

 

Mais John n'écoutait que la respiration précipitée de Kalia, légèrement ahuri, ayant encore du mal à assimiler ce qu’il venait de se passer.

 

Il baissa lentement les yeux vers la petite fille qu'il sentait trembler contre lui, un flot d'émotions inconnues ballotant son cœur dans tous les sens, la reconnaissance envers le Ciel de voir la vie animer le regard vert étant la plus forte.

 

L’adrénaline courait toujours furieusement dans ses veines et ils restèrent un moment ainsi, le souffle court, les évènements des dernières minutes s’imposant difficilement à leurs esprits.

 

Il finit par porter son attention vers Woolsey et demanda d'une voix rauque :

 

-       « Laila ?

-       On l’a… On l’a arrêtée, bien sûr… »

 

Le bureaucrate semblait tout autant chamboulé qu’eux. Le Dr Keller se pencha vers lui et Mara s’écarta. Il se surprit à resserrer encore plus son étreinte sur l'enfant, la gardant instinctivement contre lui.

 

-       « John, dit Keller d’une voix douce, mais ferme, laissez-moi examiner Kalia. »

 

Il mit un moment avant d’acquiescer et de desserrer les bras. Mais Kalia se raccrocha à lui, terrifiée.

 

-       « Kalia… commença Mara. »

 

L'enfant leva alors le regard vers son père et déclara d’une petite voix :

 

-       « Tu as plongé…

-       Bien sûr que j’ai plongé. »

 

Elle ferma les yeux et renfonça la tête contre son torse. Le Dr Keller sembla ennuyée, mais John déclara :

 

-       « Je vais… On va aller à l’infirmerie, ne vous inquiétez pas… »

 

Et il se redressa, prenant l’enfant dans ses bras. D’un pas mal assuré, il avança, remontant lentement le pont Ouest, les jambes tremblantes.

 

Il revoyait sans cesse le corps de Kalia heurter la surface de l’eau, la petite fille disparaître si rapidement sous les flots…

 

Il ne sut pas exactement combien de temps ils mirent pour atteindre la chaleur réconfortante de l’infirmerie.

 

Il sentit qu’on lui enlevait son enfant des bras avant de le forcer à s'asseoir sur un lit.

 

Rodney, Ronon et Teyla débarquèrent alors en trombe dans la pièce, visiblement très inquiets, et Mc Kay lança avec soulagement :

 

-       « Oh merci Mon Dieu, c’était bien elle ! »

 

Ronon et Teyla se regardèrent, ne sachant pas de quoi il retournait et l’Athosienne demanda dans un souffle :

 

-       « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? »

 

John ouvrit la bouche pour répondre, mais il aperçut Malica qui les fixaient, sourcils froncés, leur arrivée soudaine l'ayant tirée de sa torpeur.

 

           Et il préféra déclarer d’une voix basse :

 

-       « Woolsey vous expliquera... tout ça dans son bureau. »

 

Ils suivirent son regard vers la jeune Alénienne et n'insistèrent pas. Le Dr Keller finit par venir vers lui et demanda aussitôt :

 

-       « Comment vous vous sentez ?

-       Ça va, marmonna John, je… Suis un peu sous le choc, mais ça va…

-       Bon sang John, vous auriez pu vous tuer ! »

 

Ce fut une des rares fois où il vit le Dr Keller perdre son flegme professionnel. Il sentait ses doigts trembler légèrement tandis qu’elle lui prenait la tension.

 

-       « Je… Je dois vous avouer que je n’ai pas réfléchi, Dr Keller.

-       C’est un miracle que vous soyez en vie tous les deux ! s'écria-t-elle. »

 

Et résonna alors dans la tête de John la réplique rageuse de Laila : « Elle n’a que ce qu’elle mérite ! »

 

Le sort lui aura donné tort… Il demanda aussitôt :

 

-       « Kalia ? Comment va Kalia ?

-       Bien en l’occurrence… Mais j’ai dû lui donner un calmant elle est très choquée. Mara est avec elle. »

 

Sheppard acquiesça. Le Dr Keller décréta :

 

-       « Je vous garde au moins la nuit en observation. Le seul impact avec l'eau glacée aurait pu vous tuer par un choc thermique. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé à Kalia. Elle a perdu connaissance et a failli se noyer. »

 

Teyla porta une main à son visage, horrifiée, quant à Ronon, il eut un air grave et répéta :

 

-       « Se noyer ? »

 

Jennyfer hocha la tête. John se rendit alors compte qu’il était frigorifié. Jennyfer lui ordonna :

 

-       « Enlevez ces vêtements trempés. Je reviens avec une blouse et une couverture chauffante. »

 

Et elle s’en alla, après avoir tiré un paravent autour de lui. John s’exécuta lentement et cinq minutes plus tard, le Dr Keller le força à s’allonger, lui plaçant plusieurs électrodes sur le torse pour surveiller ses constantes vitales.

 

Il put alors voir Kalia étendue inconsciente deux lits plus loin que lui et il croisa le regard de Mara.

 

La jeune Alénienne bondit de sa chaise et se précipita vers lui, fondant en larmes.

 

-       « John… Par les Ancêtres merci ! Merci ! »

 

Elle le serra contre lui en tremblant, mais Sheppard ne trouva pas quoi lui dire. Plusieurs réponses lui passèrent par la tête dont « C’est normal ne t’inquiètes pas », mais les mots étaient trop faibles pour exprimer ce qu’il avait ressenti.

 

Quand il avait vu le corps de Kalia basculer, il s’était senti partir avec elle.

 

Mara resta un instant ainsi, avant de finalement se redresser.

 

Elle lui prit la main et John déclara :

 

-       « Ça va aller Mara… Ça va aller… »

 

Elle acquiesça en tremblant toujours, mais elle non plus, ne sut pas quoi lui dire. Le silence persista pendant un moment avant que John finisse par tomber de fatigue et que le sommeil l’emporte dans un repos réparateur.

 

XXX

 

Deux jours plus tard :

 

           Il était habituel pour Sheppard de venir dans la salle de réunion d'Atlantis.

 

           Combien de fois s’étaient-ils tous rassemblés ici, en situation de crise, pour prendre des décisions importantes, qui dicteraient la survie ou la chute de la cité ?

 

           En règle générale, les entretiens pouvaient se dérouler de trois manières bien distinctes : dans le calme, le chaos ou un compromis entre les deux, une tension électrique. Aujourd'hui, ils étaient dans la troisième situation. Quand il entra, Mara son équipe et Woolsey étaient déjà présents. Il les salua d'un bref signe de tête que seuls Teyla et Mara lui rendirent, les autres attendant patiemment qu'il s'installe pour pouvoir commencer. John s'assit à côté de Mara. L'air las et le visage émacié par la fatigue et l'inquiétude, elle lui adressa un très maigre sourire de courtoisie. John lui pressa doucement la main en signe de réconfort et Woolsey s'éclaircit la voix pour entamer :

           

-       « Bien. Nous n'allons pas prendre la peine de rappeler les évènements qui se sont déroulés. Colonel, Mara, j'ai préféré ne pas vous déranger durant ces deux jours, mais j'aimerai tout de même faire le point de la situation avec vous tous aujourd'hui. Mara, comment va Kalia ?

-       Mieux, répondit la jeune femme. Physiquement, elle est remise, mais psychologiquement… C'est une épreuve très dure. Ce qui s'est passé est également parvenu aux oreilles de Malica, qui se sent affreusement honteuse des actes de sa mère. Elle ne comprend pas pourquoi Laila en est arrivée là.

-       Oh… Ce n’est pas si compliqué, intervint Rodney d’un air morne. Kalia a refusé d’utiliser les gantelets de guérison alors… Elle a pété les plombs. C'est de famille, son frère a fait pareil. »

 

Personne ne releva. Woolsey demanda au scientifique :

 

-       « Dr Mc Kay, pensez-vous sérieusement que Kalia pourrait guérir Malica avec ces artefacts ? Alors que toute notre science et notre technologie sont inefficaces ?

-       Est-ce que vous vous rappelez que cette petite fille a pu communiquer à travers toute la cité seulement parce qu’elle l’a souhaité ? » fit remarquer Rodney avec un sourire ironique.

 

Ils se regardèrent tous d’un air circonspect. En effet, Kalia leur avait décrit ce qui s’était passé en ces termes. Après s'être enfuie de l'infirmerie, elle avait couru au hasard des couloirs pour finalement se retrouver sur le balcon Ouest.

 

Laila l’avait cherché dans toute la cité et, sachant que l'enfant aimait particulièrement les points de vue donnant sur l'océan, elle avait commencé ses recherches par là.

 

-       « Elle a dû me traquer dès qu’elle est sortie de l’infirmerie, avait supposé Kalia d’une petite voix. Quand je l’ai vu arriver… J’ai compris qu’elle était en colère, très en colère, que je ne tente pas de guérir Malica. Je n’ai pas vraiment réfléchi je… J’ai senti la même énergie dans les murs, près du panneau de commande, que dans la grotte. J’ai vu qu’il y avait un haut-parleur et je… J’ai seulement pensé qu’il fallait que j’alerte quelqu’un… Je n’étais même pas sûre pas que ça marcherait. »

 

Rodney donna l’effet d’être monté sur ressort quand il apprit la chose. John avait dû le forcer à sortir de l’infirmerie cependant que le scientifique déblatérait un flot de paroles :

 

-       « Non, mais vous vous rendez compte ? Je ne savais même pas que c’était possible ! Ces cristaux, cette énergie, réagissent vraiment de manière particulière avec le gène Lambda 1 c’est tout à fait incroyable, on s’est toujours douté que les Anciens vivaient comme en symbiose avec toute leur technologie, mais jamais je… »

 

Mais Sheppard n’avait pas eu le cœur à l’écouter continuer son discours et avait purement et simplement laissé Mc Kay sur place pour retourner à l’infirmerie.

 

Woolsey reprit :

 

-       « Alors vous pensez que c’est possible ?

-       Oui Woolsey, c’est possible ! asséna Rodney. Peut-être même qu’avec les artefacts de confinement ramenés d' MX25-140, cela facilitera les choses pour Kalia…

-       Mais pourtant, Kalia n’a jamais réussi à guérir plus que des entorses ou des maladies bénignes, objecta Mara.

-       Je sais, mais il est tout à fait probable qu’avec un apport en énergie en plus, cela fonctionne ! répéta Mc Kay.

-       Est-ce que c’est sans danger pour Kalia ? » s'enquit alors Teyla.

 

Là, Mc Kay mit un peu plus de temps pour répondre. Il concéda :

 

-       « Je dois dire que je ne sais pas… »

 

Et face à leurs regards dubitatifs, il enchaîna rapidement avec conviction :

 

-       « Mais elle en est capable. Rendez-vous compte… On est ici depuis dix ans, on a mené des tas d’expérience aux quatre coins de la cité mais le cœur même de son fonctionnement, de son énergie, sont accessibles à cette petite fille ! Elle peut la modeler, la diriger, l’amplifier… C’est vraiment incroyable ! Ça nous permet aussi de comprendre pourquoi les Anciens étaient si puissants !

-       Mais une telle chose est-elle réellement possible ? avança Teyla, dubitative.

-       Oui, c’est comme sur Terre, fit Rodney. C’est vrai, je ne suis pas du genre à croire au magnétisme, aux forces telluriques, mais il est arrivé que des personnes sur Terre puissent… Manipuler les énergies environnantes ou même la leur !

-       Vraiment ? dit Ronon.

-       Oui… Écoutez, reprit Rodney en se tournant cette fois-ci vers Mara et John. Je pense que Kalia doit absolument essayer de guérir Malica.

-       Kalia ne veut pas en entendre parler, répliqua Mara.

-       Essayez de la convaincre ! insista Rodney.

-       Rodney, intervint John, vous demandez à une petite fille qui a failli mourir noyée de tenter une expérience scientifique dont vous n’avez aucune idée des effets secondaires qu’elle peut entraîner.

-       C’est sécuritaire à près de 100% ! s’exclama Mc Kay. John… Je sais que vous avez peur pour Kalia. Mais les Anciens savaient ce qu’ils faisaient. S’ils utilisaient vraiment cette énergie, c’est qu’ils pouvaient le faire sans risques ! Et nous n’avons jamais eu aucune preuve indiquant que cela leur était néfaste ! Je suis pour dire que c’est sans danger pour Kalia.

-       La dernière fois, elle s’est évanouie, rappela Ronon.

-       Oui parce qu’elle n’avait pas l’habitude de s'en servir et qu’elle a dû contrôler une énorme quantité d’énergie d’un seul coup ! répliqua le scientifique. Mais là, ce pourrait être différent… »

 

Le silence accueillit ses derniers mots. Mara réfléchi un moment avant de déclarer :

 

-       « Je lui en parlerai…

-       Vraiment ? fit Rodney, stupéfait.

-       Oui… Je pense que Kalia doit surmonter ses peurs, affirma Mara d’un ton très sérieux. Ces capacités sont en elles. Elle ne doit pas avoir peur de ce qu’elle est.

-       Tu es sûre de toi ? intervint John, dubitatif.

-       Oui John, assura Mara. Je suis sûre. Je connais ma petite fille. Kalia a peur… Très peur. Il faut qu’elle arrive à dépasser ça ou ça la hantera à vie… Un jour, elle pourrait regretter de ne pas avoir tenté de soigner Malica. »

 

Sheppard acquiesça lentement, paraissant convaincu par la justesse de l'argument. Mara se tourna vers Woolsey :

 

-       « Monsieur Woolsey...

-       Je n'ai rien à dire, Madame, coupa Richard. En réalité, il n'y a que vous et le Colonel Sheppard qui soyez responsables des décisions concernant votre enfant. Si vous êtes tous les deux favorables à ce que Kalia essaie de guérir Malica en se servant des artefacts et que cela ne nous nuit en aucune façon, alors, je respecte votre choix. En revanche... »

 

Et là, il fixa Rodney droit dans les yeux en martelant :

 

-       « Docteur Mc Kay, je tiens à ce que vous fassiez le nécessaire pour que la sécurité soit garantie au maximum pour Kalia. C'est notre responsabilité à nous, dans cette affaire.

-       Bien sûr ! rétorqua Rodney. Vous oubliez que j’ai donné mon sang pour sauver cette gamine. Je ne vais pas prendre le risque de lui faire du mal. »

 

Ils ne firent aucun commentaire. Woolsey mit un terme à leur discussion en se levant et John s’approcha de Mara :

 

-       « Tu crois qu’elle acceptera ?

-       Je n’en sais rien, répondit lentement la jeune Alénienne. Mais il faut qu’on en parle… Je pense qu’il est nécessaire que notre fille ne soit plus effrayée par elle-même. »

 

John ne releva pas. Il regarda Mara partir, le cœur lourd.

 

XXX

 

           Il n’eut plus aucune nouvelle de Mara ou Kalia de toute la journée. Mara ne le contacta pas et il fût trop afféré pour se rendre au chevet de sa fille qui restait souvent silencieuse, par ailleurs.

 

           Depuis 48 heures, Kalia s’était plongée dans un profond mutisme et n’en sortait que pour dire « Oui », « Non » ou encore « Ça va ».

 

           Quelle ne fut donc pas sa surprise, quand l’enfant toqua à la porte de ses quartiers le soir même.

 

-       « Kalia ? »

 

Il jeta un coup d’œil dehors, mais elle était seule. Elle haussa les épaules et expliqua d'une petite voix :

 

-       « Le Dr Keller a été d'accord pour que je sorte et… J’ai demandé à Maman de pouvoir te parler seule à seul. »

 

Il resta saisi. S’écartant pour laisser passer la petite fille, il attendit que les portes se referment derrière elle et l'observa faire quelques pas dans la pièce.

 

Il la sentait nerveuse et il respecta le silence qu'elle prit pour se donner du courage. Comme il y avait plus de six mois en arrière, quand ils avaient discuté tous les deux dans sa chambre, elle dévia dans un premier temps du sujet qui lui tenait à cœur, le temps de mettre de l'ordre dans ses pensées. Elle pointa la guitare du doigt et dit mélancoliquement :

 

-       « J’ai beaucoup aimé la chanson de Johnny Cash, la dernière fois… Mais après… J’ai commencé à l’oublier. »

 

Elle avait la voix nouée. Elle se tourna vers lui, le regard plein de tristesse, avant de s’installer sur le fauteuil à côté de son lit.

 

John s’approcha lentement et demanda avec précautions :

 

-       « Qu’est-ce que… Tu voulais… Quelque chose en particulier ? »

Kalia ne répondit pas immédiatement. Elle tira nerveusement sur un petit fil qui dépassait d’une des coutures du fauteuil avant de lâcher :

 

-       « Plusieurs choses en fait.

-       Ah… »

 

John s’assit sur son lit et déclara posément :

 

-       « Et bien… Je t’écoute.

-       Déjà… Je voulais te remercier… D’avoir plongé pour me sauver. »

 

Encore une fois, John se sentit mal à l’aise… Comme ce fut le cas avec Mara, il ne savait pas comment lui avouer qu’il avait bien failli mourir d’une crise cardiaque en la voyant tomber vers la mer…

 

Il se contenta donc d'un petit haussement d'épaules pour dire d'un ton le plus dégagé possible :

 

-       « C’était normal. Je me doutais que tu ne savais pas nager », ironisa-t-il avec maladresse.

 

Kalia eut un maigre sourire et continua :

 

-       « Il n’y a rien qui t’obligeait à faire ça. »

 

Il y eut un court silence. John la regarda baisser la tête avec timidité, mais il sentait au fond de lui que l'insistance de l'enfant cachait autre chose. Il était temps d'arrêter les faux-semblants, comprit John. Kalia avait besoin de franchise. D'entendre des mots bien particuliers et précis, ceux qu'elle attendait et qu'il avait toujours autant de mal à prononcer à voix haute.

Il y eut un bref instant où cela lui fit peur, mais finalement, la peur passa très rapidement. Il savait depuis un moment déjà qu'un jour ou l'autre, il en arriverait à ce genre de discussion.

 

Il le savait depuis l'instant où Mara lui demanda de révéler la vérité à la petite fille. Et John n'était pas homme à reculer face à ses peurs. Il expira alors un bon coup et répondit, tendu :

-       « Bien au contraire. Il y a tout qui m’obligeait à faire ça. »

 

Kalia le regarda avec intensité... Et espoir. Il termina à brûle-pourpoint :

 

-       « Je suis ton père. »

 

L’enfant ne bougea pas, mais il lut du soulagement, une certaine joie émue dans son regard. Elle rougit lentement. Elle finit par détourner les yeux, qu’elle posa sur le poster de Johnny Cash pendant un moment.

 

Puis, elle reporta ses prunelles vertes sur lui et enchaîna :

 

-       « Tu as plongé… Parce que tu t’es senti obligé parce que… Tu es mon père ? »

 

John ne répondit pas immédiatement et cogita sérieusement à la question de Kalia. Était-ce juste un sentiment de responsabilité qui l'avait fait sauter sans réfléchir de six étages ? Non. Bien sûr que non...

 

-       « J’ai plongé parce que… Je ne pouvais pas te laisser mourir, reprit-il avec une certaine gêne. La seule vision de te voir tomber a été insupportable. »

 

Il vit les yeux de l’enfant se remplir de larmes. John se sentait de plus en plus mal à l’aise.

 

Kalia finit par demander :

 

-       « Alors… Même que tu n’as jamais voulu de moi… Tu t’y es fait ?

-       On peut dire ça, oui, fit John du bout des lèvres. Les choses sont comme elles sont Kalia. Il y a onze ans, j’ai fait un choix. Tu es là maintenant.

-       Je vois… »

 

La petite fille frissonnait et John lui-même préféra croiser ses mains pour les empêcher de trembler. Le silence s'installa, assez lourd. Kalia sanglotait pour autant, John saisit que sa fille n'avait toujours pas abordé le vrai problème qui l'avait conduite à lui ce soir. Sous ces questions se cachaient d’autres interrogations, plus profondes encore. Il plissa les yeux et déclara :

 

-       « Kalia… Tu as autre chose qui te trotte dans la tête.

-       Je… Cherche à comprendre, répliqua l'enfant. Comprendre comment on peut accepter et assumer quelque chose que l'on n’a pas voulu. »

 

Et là, il comprit. Il décrypta :

 

-       « D’accord… Tu penses à tes capacités. Celles dont tu n’as pas voulues. »

 

Elle fit « Oui » de la tête et développa, paraissant soulagée d'enfin confier ce qu'elle avait sur le cœur :

 

-       « J'ai toujours été fière d'être différente, de posséder ces dons. Ça me rendait spéciale. Utile. Maman m'a même dit une fois que je devais tenir ça de toi et ça m'a fait plaisir... Alors, je n'ai jamais hésité. Mais maintenant, les Aléniens nous ont rejetés, nous, les porteurs du gène. J'ai failli tuer Salina. Et c'est à cause de moi, de ces pouvoirs, que la situation sur Aléna a dégénéré, que l'on s'est exilé. Je ne sais pas comment je vais pouvoir vivre avec ça ! Et je sais que je ne pourrai pas me débarrasser de ces dons qui coulent littéralement dans mes veines ! »

 

Et elle arrêta là sa confession, la voix brisée, le cœur déchiré. Comme cela fut le cas quand Kalia s'était enfuie de l'infirmerie en criant que tout était de sa faute, John se sentit affreusement responsable de la détresse habitant les prunelles vertes qui cherchaient en lui, une réponse. Il prit sur lui pour ne rien laisser paraître de sa propre confusion pour dire avec douceur :

 

-       « Kalia… Je ne suis pas le plus fin diplomate ou la personne qui a le plus de tact ici et pour être honnête, je ne suis pas très bon pour conseiller les gens, mais… Ecoutes. Tu es une petite fille qui a déjà vécu plus de tourments que la plupart des humains. Tu sais que ni moi ni ta mère euh... Nous attendions à ta naissance. Tu as été mêlée à des affaires politiques, des problèmes d'adultes, trop tôt. Et tu as dû maîtriser trop jeune, des pouvoirs qui nous dépassent même nous ici, sur Atlantis. Et tu n'as rien voulu de tout ça. Tu n'as fait que... Subir tout ça. »

 

Elle baissa la tête en la hochant, abattue. Il reprit alors :

 

-       « Tu sais, moi-même, je n’ai pas souhaité avoir ce gène qui a fait que ta mère m’a à l’époque choisi pour être le… Nouveau Seigneur Protecteur ! Et j’ai appris posséder ces dons dont tu as hérité par un hasard qui aurait pu être une catastrophe ! Pour être honnête, j'ai même tiré à pile ou face la décision de venir dans la Galaxie de Pégase, tellement j'étais indécis ! Je me suis retrouvé à la tête des militaires d’Atlantis alors que je n’étais pas prêt ! Mais Kalia, la vie n’est pas faite que de choses que l’on veut ou l’on ne veut pas. »

 

Elle ne réagit pas. John serra encore plus ses mains l'une contre l'autre pour terminer :

 

-       « Kalia, dans mon monde, j'ai refusé d'avoir des enfants. Je n'en voulais pas et vivre sur Atlantis ne m'a jamais fait changer d'avis. Et il y a six mois, ta mère m'apprend que malgré ça, tu es venue au monde. Tu vas rire, mais j'ai presque eu peur de toi, les premiers temps. Nous n'avons pas beaucoup discuté et rien partagé à part... La chanson de Johnny Cash ! Mais tu vois, ces quelques moments-là et le simple fait de me rendre compte qu’on se ressemble, ça a été… Étrange, effrayant. Mais aussi une révélation. Ton existence me fait regretter de ne pas avoir eu d'enfant plus tôt. »

 

Kalia redressa brusquement la tête, le souffle coupé. Quant à Sheppard, il se dit que ça remontait à loin, le temps où il avait ainsi laissé parler son cœur. C'était une expérience toujours autant gênante pour lui, ou le soulagement se mêlait au malaise. Il continua pourtant :

 

-       « Kalia... On ne choisit ni sa famille ni ce qui fait ce que l'on est. Même quand on a le luxe de pouvoir choisir de ce que l'on veut faire de sa vie, on arrive souvent à des destinations imprévisibles. On croit bien faire et au bout du compte, on commet des erreurs. Ou bien, nos instants de faiblesse peuvent avoir des répercussions sur le reste de notre vie. Au final, on ne contrôle pas grand-chose de ce qui nous arrive. C'est pour ça qu'il ne faut pas que tu aies peur. Peur de la vie ou de ce que tu es. Parce qu'avoir peur ne changera rien à ta situation et encore pire, ça pourrait te faire faire de mauvais choix. Tu es ce que tu es, Kalia et tu es quelqu'un de bien, je te le garantis. Ne le rejette pas. Ces dons que tu as, c'est une force, qu'importe ce que les autres peuvent en penser ! Ils te permettront de faire des choses qui te rendront spéciale, mais ce ne sont pas eux, qui détermineront si les actions que tu feras, seront bonnes ou mauvaises. Alors, fais-en une force. Comme tu apprendras en grandissant, à faire des forces de tes échecs. »

 

L’enfant ne savait visiblement pas quoi dire. Ses larmes s'étaient taries et John observa la détresse s'amenuiser lentement dans les prunelles vertes, laissant la place à une intense réflexion. Kalia n'avait manifestement pas vu les choses sous cet angle-là. Il eut un petit sourire et termina lui aussi avec moins d'embarras, mais un soudain élan d'affection :

 

-       « Tu es une petite fille merveilleuse. Je suis heureux que tu existes Kalia. La vie m’a donné quelque chose dont j’avais peur, pour me montrer que j’avais tort. C’est le fondement même de la vie, Kalia. »

 

Cette fois-ci, elle se remit à pleurer, touchée par ces dernières paroles auxquelles elle ne s'attendait pas. John hésita un instant avant de céder à cet instinct étrange qui l'habitait depuis qu'il avait pris tous les risques pour sauver l'enfant, au-delà du raisonnable et mettant la vie de ses propres compagnons en danger, sur le vaisseau de Caldwell. Il se leva et alla s’agenouiller devant Kalia, qui lui fondit dans les bras.

 

Sheppard la serra avec tendresse et souffla d’un ton rassurant :

 

-       « N’aie pas peur Kalia. Tu verras que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes. »

 

La petite fille ne répondit pas. Il lui fallut quelques minutes pour se calmer, avant qu’elle s’écarte pour s’essuyer les yeux. Elle renifla un moment avant de hoqueter :

 

-       « Si demain… Je tente de guérir Malica… Est-ce que tu seras à mes côtés ?

-       Bien sûr, assura sereinement John en lui caressant la joue. Je le ferai Kalia. Je serai à tes côtés. »

 

XXX

 

           Le lendemain matin, ce fut ainsi lui qui accompagna sa fille au laboratoire de Mc Kay pour expliquer leur démarche au scientifique.

 

           Rodney eut du mal à cacher son enthousiasme.

 

-       « Bien alors… Kalia, on va faire ça… Euh… De manière sécuritaire, hein ? À l’infirmerie, s'empressa-t-il d'assurer.

-       Je suis obligée d’aller à l’infirmerie, Docteur, répliqua Kalia avec amusement. Malica est à l’infirmerie.

-       Oui, bien sûr, suis-je bête alors… Euh… Voilà. »

 

Et il lui montra un globe multicolore posé à côté de son ordinateur. L’enfant s’en approcha lentement, fixant l'objet avec perplexité. Rodney expliqua :

 

-       « Ça, c’est… Comme une grosse pile. Oh, Zelenka jubilerait s’il m’entendait dire ça… Enfin bref. Cette boule contient l’énergie tirée des cristaux de la grotte d’Aléna. Je ne sais toujours pas comment les Anciens arrivaient à l’extraire et ensuite la transformer en ça, mais… Ils l’ont fait. On a trouvé des centaines de ces globes sur MX25-140.

-       Et que voulez-vous en faire ? questionna la petite fille.

-       Hé bien, à terme… Pouvoir en reproduire et les utiliser comme source d’énergie pour… Faire marcher tout ça, termina Rodney en ayant un geste circulaire de la main.

-       Je vois… »

 

Kalia eut un regard légèrement effrayé et Rodney tâcha de la rassurer :

 

-       « Écoutes, je comprends que tu aies peur, mais… Il ne faut pas que tu t’inquiètes, d’accord ? Tu es faite pour utiliser cette énergie sans danger.

-       Je sais, répondit l’enfant.

-       Je pense que, comme tu l’as fait dans la grotte, tu dois arriver à te concentrer pour… Diriger l’énergie du globe au gantelet de guérison, détailla Mc Kay. Tu… Tu comprends ? »

 

Elle hocha lentement la tête. Rodney se tourna vers Sheppard et demanda de manière innocente :

 

-       « Et euh… Où est Mara ? »

 

John et Kalia se regardèrent, complices, et Sheppard répondit :

 

-       « À l’infirmerie. On lui a dit qu’on l’y retrouverait. On lui expliquera tout sur place.

-       Oh euh… D’accord, marmonna Rodney, cachant difficilement son étonnement.

-       On vous attend là-bas Rodney. »

 

Et vingt minutes plus tard, le scientifique les rejoignit avec son globe ainsi que des connecteurs et sa tablette.

 

Malica se tourna vers Kalia et insista :

 

-       « Tu es sûre de vouloir faire ça, Kalia ? Tu n’es obligée de rien, tu sais… Ma mère… Je n’accepte pas qu’elle ait réagi ainsi. »

 

Kalia eut un regard pour son père, qui hocha la tête. Et l’enfant affirma posément :

 

-       « Je n'ai jamais désiré ces dons, mais je ne peux pas faire comme s'ils n'existaient pas. Alors, autant qu'ils soient utiles. Je veux essayer Malica. »

 

La jeune femme en eut les larmes aux yeux. Avec ferveur, elle déclara :

 

-       « Tu es une personne merveilleuse Kalia… Je l’ai toujours su. Et pas à cause de tes pouvoirs… Mais par ce que tu es. »

 

Mara posa ses mains sur les épaules de l’enfant. Elle eut un regard pour John et un sourire entendu empli de gratitude. Sheppard se contenta d'une petite grimace gênée. Le Dr Keller intervint :

 

-       « Bon Kalia, je tiens à surveiller tes constantes vitales, pendant que tu… Essaiera de guérir Malica. Alors, je vais placer ces capteurs… Comme ça… Et… On… Va voir ce que ça donne ! »

 

Kalia acquiesça et enfila un des gantelets sur sa main droite. Elle tendit l’autre à Rodney, qui y déposa délicatement le globe.

 

Alors, l’enfant s’assit à côté de Malica et annonça à Jennyfer :

 

-       « Il faut que je puisse toucher son dos. Et que je sache ce qu’elle a. Docteur ? »

 

Jennyfer, visiblement surprise, expliqua :

 

-       « Et bien… Elle a les os de la colonne presque broyés, Kalia. Et ce qui est à l’intérieur, que l’on appelle nerfs et moelle épinière, sont également endommagés. Est-ce que… Tu comprends ?

-       Il faut que je répare les os et ce qu’ils contiennent, résuma Kalia.

-       Euh… Oui… C’est ça. »

 

Le Dr Keller avait du mal à croire que ce soit possible. Elle montra pourtant la zone touchée de la colonne de Malica :

 

-       « Elle est blessée de là… À là.

-       Très bien. »

 

Kalia prit le temps de se concentrer, les trois adultes autour d'elle respectant un silence religieux.

 

-       « Malica, dit-elle alors, je pense que tu risques d’avoir mal.

-       Vas-y… souffla la jeune femme. »

 

Kalia acquiesça et ferma les yeux. Jennyfer observa avec anxiété le moniteur auquel elle était reliée.

 

Mara retira ses mains des épaules de sa fille et attrapa discrètement le bras de John. Elle paraissait soudain inquiète, même en ayant accepté sans sourciller la décision de sa fille.

 

           Il se passa une bonne vingtaine de secondes avant que le gantelet commence à s’illuminer… D’abord doucement… Puis de plus en plus fort.

 

-       « C’est pas croyable, marmonna Rodney. »

 

Ils virent le globe briller de mille feux. Ses teintes multicolores irradièrent le visage de Kalia tel un kaléidoscope arc-en-ciel et Mc Kay commenta :

 

-       « L’énergie du globe fluctue… Elle est en train d’y arriver… »

 

Et c’est alors que Malica cria. Ils entendirent soudain des craquements étranges et aperçurent sous la peau, les os bouger.

 

Mais Kalia ne s'arrêta pas, entrée dans une sorte de transe, elle fit lentement courir sa main vers le bas de son dos et Malica mordit avec force coussins et couvertures pour étouffer ses gémissements de douleur.

 

Dépassée, le Dr Keller observait bouche bée, le miracle en train de s’accomplir sous ses yeux.

 

Elle eut un coup d’œil pour le moniteur et commenta :

 

-       « Incroyable… Les constantes sont parfaites… »

 

Malica se mit à trembler et Kalia déclara d’une voix atone :

 

-       « C’est bientôt fini… »

 

Elle arriva au niveau des lombaires sacrées et y laissa sa main pendant un moment avant que soudain, tout s’arrête.

 

Kalia ouvrit brusquement les yeux et ils la virent se mettre à tanguer. Mara la rattrapa, mais la petite fille dit aussitôt :

 

-       « Ça va… Ça va c’est juste que… ça fait très bizarre…

-       Et elle n’a utilisé qu’un quart de l’énergie du globe, observa Rodney. »

 

Il eut un regard de pure admiration pour Kalia. John demanda aussitôt à Malica :

 

-       « Malica… Est-ce que ça va ? »

 

Avec Jennyfer, ils la replacèrent sur le dos. La jeune femme était au comble de la joie :

 

-       « Je… Je sens à nouveau mes jambes ! »

 

Elle se redressa dans ses coussins et fixa ses pieds, semblant se concentrer. Et ils virent alors ses orteils trembloter sous la couverture. Jennyfer observait le phénomène, purement ébahie. Quant à Rodney, il était aux anges :

 

-       « Incroyable ! Incroyable ! Magnifique ! »

 

Mais la plus heureuse de tous, c'était Malica. Elle attrapa Kalia par sa robe et la serra contre elle avant de lui baiser le front, les mains, les joues en pleurant de joie :

 

-       « Merci Kalia… Oh que les Ancêtres soient remerciés du jour où tu es née… Merci, merci… »

 

Kalia eut un regard pour ses parents au travers des mèches blondes de Malica. John put voir à quel point elle était soulagée et il eut un sourire satisfait. Quant à Mara, elle contemplait Kalia avec fierté.

 

Sheppard se tourna vers Rodney, qui en était déjà à étudier les relevés qu’il venait de faire et il lui lança ironiquement :

 

-       « Rodney, fermez la bouche, vous bavez… »

 

Mais le scientifique ne parut même pas l’avoir entendu.

 

Malica finit par relâcher Kalia et le Dr Keller annonça :

 

-       « Je voudrais quand même faire une batterie d’examens, Malica… Pour voir ce que Kalia a effectivement guéri.

-       Très bien… 

-       Kalia, est-ce que ça va ? »

 

Jennyfer sortit sa lampe pour balayer les pupilles des yeux de l’enfant, mais la petite fille affirma :

 

-       « Oui Docteur… Je vous assure que je vais très bien. »

 

Pour preuve, elle se mit sur ses jambes, tenant parfaitement debout. Et c’est à la surprise générale qu’elle lança :

 

-       « Je tiens maintenant à voir Laila. »

 

XXX

 

           Mara ne fut pas facile à convaincre, mais John sut trouver l'argument pour que la jeune mère consente à ce que la petite fille se rende dans la prison Atlante.

 

-       « Tu disais toi-même qu’il fallait qu’elle affronte ses peurs, non ? Alors, laisse-la parler à Laila. Si elle le demande, c’est qu’elle en a besoin. »

 

Mara le considéra avec hésitation et inquiétude, mais elle finit par donner son accord.

 

C'est ainsi qu'ensemble, ils accompagnèrent leur fille vers la salle de détention.

 

Laila n'avait pas beaucoup de visiteurs. Cela faisait trois jours qu'elle était enfermée dans la prison Atlante et à part les gardes lui amenant sa nourriture, aucun de ses compatriotes n'était allé la voir. À l'égal de son frère, l'Alénienne était considérée comme traître et paria.

 

Quand elle les vit venir vers elle, plusieurs émotions passèrent sur son visage. La surprise d’abord… Puis la colère.

 

Un air dégoûté s'afficha sur ses traits et elle finit par détourner fièrement le regard. John observa la réaction de sa fille. L'enfant était tendue d'angoisse, mais elle prit sur elle pour s'avancer courageusement et annoncer d'un ton très solennel :

 

-       « Laila d’Aléna. Je viens te parler en paix. »

 

L'Alénienne la considéra avec une émotion qui en était tout l'inverse. Mais Kalia poursuivit, imperturbable :

 

-       « Tu as tenté de me tuer. Pour être honnête, j'en suis encore chagrinée et la colère n'a pas quitté mon cœur. Mais il y a un autre sentiment qui domine mon esprit : la compréhension. »

 

Elle prit une pause, étudiant la réaction de la sœur de Marcus, mais celle-ci faisait comme si elle n'était pas là. L'enfant continua pourtant :

 

-       « Je ne suis pas venue te faire part de mon ressenti. Je me présente ainsi devant toi, pour plusieurs raisons. La première c'est pour te présenter mes excuses. Tu as exigé de moi que j'accomplisse quelque chose que j'ai toujours fait : essayer de sauver ta fille. Mais mes dons, qui ont été une des causes qui ont poussé notre peuple à se déchirer, me répugnent à présent. Je n'ai pas su passer au-dessus de mes sentiments, pour voir à quel point, ta demande était justifiée et désespérée. Je suis désolée, Laila. »

 

Laila ne put s'empêcher de lui lancer un coup d'œil légèrement intrigué, pour autant, elle s'obstina à tourner à nouveau la tête vers le mur.

 

-       « Malica nous a soutenues ma mère et moi, jusqu’à risquer sa vie et ma réaction n’a pas rendu hommage au sacrifice qu’elle a fait, enchaîna Kalia, avec plus d'assurance. J’ai longuement réfléchi. Et… L’Atlante qui est mon père a réussi à me faire comprendre à quel point j’avais tort. C’est pourquoi… Malgré ce que tu as tenté de me faire, j’ai guéri Malica. »

 

Cette fois-ci, Laila bondit du sol où elle était assise, ahurie. Kalia ne lui laissa pas le temps de parler :

 

-       « Malica ne méritait pas de payer pour tes erreurs. Nous payons trop, pour les erreurs des uns et des autres. Marcus, ton frère, a cherché à se venger de la mort de sa femme sur ma mère, sur moi et son peuple. Toi-même, a voulu te venger de mon refus, en me faisant du mal. Il est temps que tout ça s’arrête. Tu nous a fait confiance, à moi, les Atlantes, ma mère. Même si j’ai commis une erreur, sache que cette confiance n’était au final, pas mal placée. Dorénavant… Malgré la peur que peuvent m'inspirer mes dons, je tâcherai de faire de mon mieux pour les utiliser pour le bien commun. »

 

Laila resta un moment immobile, au comble de la surprise. Puis, elle dit lentement, ayant du mal à y croire :

 

-       « Tu as… Guéri Malica.

-       Oui Laila, affirma Kalia avec à la fois soulagement et souffrance. Je te demande pardon. Pardon d’avoir refusé. J’ai eu peur. J’avais honte. Je n’ai pas d’autres excuses. »

 

Et elle termina ainsi son discours, baissant la tête. Les lèvres de Laila se mirent à trembler. Elle toisa un moment l'enfant avec intensité et colère, mais autre chose, une joie apaisée, finit par envahir les yeux marrons. Et à son tour, elle baissa le regard, en déglutissant :

 

-       « Et bien maintenant… C’est moi qui ai honte. Et c’est moi qui ai peur. J’ai failli te tuer…

-       Je sais, frissonna Kalia. Et toi comme moi, nous allons devoir vivre avec ce fardeau pour le restant de nos jours. »

 

John s'aperçut que l'enfant avait de plus en plus de mal à rester stoïque et il lui posa une main rassurante sur l'épaule. Laila se mit à pleurer silencieusement et déclara douloureusement :

 

-       « En effet… Merci, Kalia. »

 

L’enfant s’inclina légèrement puis, elle tourna les talons pour sortir prestement. Mais, avant de s’en aller, elle fit une dernière fois face à Laila et souffla simplement :

 

-       « Je te pardonne. »

 

Et sur ce, elle sortit de la prison Atlante.





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