Les Aléniens leur mirent des sacs sur la tête, avant de les faire tous rentrer dans le Jumper et s'asseoir par terre. John sentit Kalia se plaquer contre lui.
Un piège, qu’avait dit Rodney. Et quel piège ! Ils étaient tombés dans le panneau si facilement… Apparemment, Salina avait forcé Kalia et Atlaïr à prendre contact avec Atlantis grâce au code d'identification propre à l'enfant, pour les inciter à venir sur Aléna, prétendant que Mara avait disparu. Cette histoire était-elle vraie ? Ou Mara était-elle aux mains de Salina, emprisonnée quelque part ? Qu'est-ce qui avait poussé Salina à leur tendre un tel guet-apens ? Et que voulait-elle de Mc Kay ?
Son cœur se serra d'angoisse.
Il sentit le Jumper décoller et aux cahots qui les secouaient, il comprit que le pilotage devait être difficile pour l’Alénien aux commandes.
Il compta les secondes dans sa tête et c’est à 8min et 36 secondes très exactement qu’ils se posèrent finalement.
Ils n’avaient pas dû aller très vite, les compétences du pilote ne le leur avaient pas permis. Ils n’étaient pas loin de la Porte des Étoiles.
Mais où pouvaient-ils se trouver exactement sur la planète ? Dans la cité d’Aléna ? Ou cachés parmi les hauts arbres resserrés qu'il avait tant admirés en arrivant ?
On les fit sortir et il sentit un air beaucoup plus frais autour de lui, autrement dit, ils avaient atterri dans une zone où le soleil qui était pourtant haut dans le ciel, ne parvenait pas. À coup sûr, ils étaient dans la forêt dense. Ça l’avançait bien, il n’y avait que ça ici !
- « Allez, avancez ! »
Même au travers du voile noir devant ses yeux, il avait jusque-là, pu entrapercevoir la lumière du jour. Mais soudain, l’obscurité devint encore plus sombre et une odeur de moisissure et d’humidité parvint à ses narines.
Ils se trouvaient dans une grotte.
Il entendait le souffle court de Kalia à côté de lui.
On le poussa alors en avant en lui retirant son sac sur la tête et il mit un instant avant de reprendre son équilibre. Il se retourna pourtant, poing levé, mais le canon d’un fusil le retint d’abattre son bras.
- « Doucement, soldat, gronda l’Alénien en face de lui. »
Il vit alors que Teyla, Rodney, Ronon et Kalia étaient à ses côtés, on ne les avait pas séparés. Ronon lui lança un regard interrogateur, mais John fit « non » de la tête et baissa lentement sa main.
Le Satédien eut un grognement de rage et alla cogner contre le mur derrière lui. Salina arriva alors et déclara :
- « Atlaïr ne restera pas avec vous. Je l’ai enfermé avec les porteurs du gène que nous avons capturés.
- Où sont-ils ? s'inquiéta Kalia.
- Ailleurs, petite Princesse.
- Et maman ? Où est ma mère ? »
Mais Salina eut un sourire mauvais et ne répondit pas. Elle tourna les talons et s’en alla, laissant quatre gardes armés en face de leur prison improvisée, faite de grilles en métal ouvragées.
John s’approcha des barreaux et les secoua allègrement : ils ne bougèrent pas.
Kalia pivota alors vers lui avec un regard de reproche :
- « Pourquoi est-ce que tu n’as rien tenté ?
- Je te demande pardon ? fit John, surpris.
- Tu n’as pas levé le petit doigt ! Bon sang vous auriez pu les…
- Hé doucement petite ! s'insurgea Sheppard. Je te rappelle qu’on était venu pour t’aider à retrouver ta mère !
- Oui c’est vrai ça, renchérit Rodney. C’est toi qui nous as tendu un piège ! s'exclama-t-il à l’adresse de l’enfant. »
Kalia eut un mouvement de recul et ses lèvres se remirent à trembler. Teyla intervint et demanda avec douceur :
- « Kalia, peux-tu nous expliquer ce qui s’est passé ? Depuis le début ? Je suis sûre que si tu as agi de la sorte, c’est que tu n’avais pas le choix… Mais il faut que tu comprennes que nous non plus. Nous n’étions pas assez nombreux pour faire face à ces gens. »
L'enfant acquiesça. Elle se laissa choir sur le sol et rabattit le devant de sa petite robe sur ses genoux. Puis, elle expliqua d’une voix morne :
- « C’est arrivé il y a deux jours alors que Maman recevait avec Atlaïr, Salina, en doléances.
- La femme d’Atlaïr est venue en doléances ? s’étonna Ronon.
- Oui… Atlaïr a eu l’air aussi surpris que Maman. Mais d’un coup… Des Aléniens armés, qui se sont ralliés à elle, ont débarqué et il y a eu… Des bruits de tirs, des cris et ils ont pénétrés dans la salle en hurlant ! Ils ont pris Maman. Salina et d’autres hommes nous ont maintenus en joug avec Atlaïr, pendant qu’ils l’emmenaient. Et puis… Salina m’a ordonné de vous contacter pour vous demander de venir, en prétextant que Maman avait disparu !
- Tu as refusé ? comprit Teyla
- Bien sûr ! s'écria Kalia. Mais… ils nous ont enfermés… Je ne sais pas trop ce qui s’est passé, dehors… Apparemment, Salina a tenté de… Je ne sais pas, convaincre le reste de la population de se rallier à elle… Et puis, ce matin, elle m'a dit qu'elle tuerait Maman, si je ne vous contactais pas. »
Rodney eut une exclamation irritée et lança :
- « Et tu ne t'es pas dit une seule seconde que si Salina avait réellement ta mère en otage, elle n'aurait pas eu besoin de ton code d'identification ? »
John avait pensé à la même chose que lui, mais à l'inverse de Rodney, l'air accablé de sa fille le radoucit et il n'eut pas le cœur à lui faire de reproches. Une enfant de dix ans menacée de causer la mort de sa mère n'avait certainement pas dû réfléchir autant... Ni vouloir prendre le moindre risque. Il préféra demander des détails sur un autre point de l'explication de Kalia :
- « Qu'est-ce que tu entends pas "rallier à elle" ? »
Kalia baissa la tête et prit quelques secondes pour se concentrer avant d'expliquer d'une voix morne :
- « Le premier mois après notre arrivée, Maman et moi avons vraiment cru que nous pourrions repartir sur de nouvelles bases pour créer une société unie. Mais… Les choses sont très vite revenues comme avant parce que le noyau dur des conservateurs avait survécu. À la différence près que leurs arguments ont commencé à toucher de plus en plus de monde. Les élections doivent avoir lieu d’ici six mois. Atlaïr a déjà fait savoir à Maman qu’il se présenterait, ce qui ne nous a pas vraiment étonnées. Mais sa femme… Salina s’est vite révélée une adversaire plus mauvaise que son mari. Elle soutient que si vous, Atlantes, n’étiez jamais venus sur Aléna il y a dix ans, rien de tout cela ne serait arrivé. Selon elle, une rébellion se préparait déjà avant que vous veniez et elle croit que contre l’ancien Seigneur Protecteur, ils auraient eu l’avantage.
- C’est complètement stupide, maugréa John. Enfin Otho avait empoisonné ton grand-père et avait pris sa place sur le trône !
- Salina prétend qu’on ne peut pas savoir comment les choses auraient évoluées s’ils avaient renversé le pouvoir, mais elle semble certaine que l’ancien système ne s’en serait pas remis. Que jamais, ils n’auraient laissé Otho les asservir, qu’ils se seraient battus jusqu’à la mort… Et selon Maman, il y a un autre problème… C’est que toute cette histoire s’est passée il y a dix ans. Les gens commencent à oublier. Peu d’entre eux ont vraiment vu ce qui est arrivé dans la Tour.
- Je vois, fit Mc Kay d’un ton aigre. Comme sur Terre… Plus le temps passe, plus les évènements relatés s’adoucissent, se transforment, pour ne devenir qu’un lointain souvenir.
- Oui… confirma Kalia, semblant lasse. Mais maintenant, beaucoup d’Aléniens vous voient comme la cause d’une partie de leur malheur, c'est vous qui avez fourni à Maman la génothérapie, vous qui depuis le début, avez provoqué tous les changements que nous avons connus. Il y a plus de six mois encore, la majorité des gens du peuple n'auraient pas prêté l'oreille à ce que racontaient les conservateurs, mais Marcus a fait changer les choses. Aujourd'hui, beaucoup se sont alliés à eux et maintenant, Salina et ses hommes ont la main sur l’armurerie, le générateur que vous nous avez fourni. Ainsi que sur les réserves de nourriture. »
L’équipe de Sheppard resta saisie. Teyla s'exclama :
- « Mais enfin… Salina doit préparer son attaque depuis des mois pour avoir réussi un tel tour de force !
- C’est toujours comme ça que ça se passe, un coup d’état, commenta John. Même une poignée de gens peut le mener à bien, s’ils attaquent les points stratégiques et qu’ils sont armés et organisés. Ce qui semble être le cas… »
Il eut un regard circulaire pour la prison et Ronon demanda :
- « Y’a un truc qui cloche… Atlaïr devait se présenter non ? Alors pourquoi Salina a pas attendu ? Pourquoi agir maintenant et en enfermant son mari en plus ?
- Elle pensait certainement qu'il ne gagnerait pas, supposa John. Ils ont l’air près du divorce, tous les deux.
- Du quoi ? releva Kalia.
- Laisse tomber… Est-ce que tu sais ce qu’ils veulent à Mc Kay ? »
Kalia ne répondit pas, mais il comprit à son air hésitant, qu'elle tentait de lui cacher la vérité. John insista :
- « Kalia ? Dis-moi.
- C’est lié… avoua-t-elle d'une toute petite voix. L'attaque d’il y a deux jours et… Le travail que Salina veut que le Dr Mc Kay exécute. C’est parce que… On a trouvé quelque chose. »
John fronça les sourcils :
- « Quoi, quelle chose ?
- Quelque chose… des Ancêtres. »
Elle baissa la tête et marmonna avec souffrance :
- « C’est de ma faute, tout est de ma faute… »
Elle paraissait à nouveau sur le point de pleurer. Teyla s'empressa de la rassurer :
- « Oh non, Kalia je suis sûre que…
- Vous ne comprenez pas ! coupa-t-elle avec colère. C’est à cause de ce stupide gène que je porte en moi ! »
Et elle se rendit vers le mur de la prison pour plaquer ses mains sur la pierre.
Ce qui se passa alors fut à la fois effrayant et magnifique. Des veines de cristaux multicolores imbriqués les uns dans les autres illuminèrent la roche, la sillonnant tels des serpentins de quinze centimètres de largeur, partant des mains de Kalia. Ils restèrent tous ébahis pendant quelques instants et Rodney s’approcha du mur :
- « Ça alors, mais… ça ressemble… Une seconde ! »
Et il attrapa sa tablette et un câble, mais Kalia retira ses mains, comme répulsée. Rodney s’exclama :
- « Hé mais… Pourquoi tu as fait ça ? »
La petite fille ne répondit pas. Mc Kay se tourna alors vers Sheppard :
- « Colonel !
- Quoi ? fit prudemment John.
- Essayez, vous !
- Mais enfin Rodney…
- Je veux juste vérifier quelque chose, ça peut être d’une importance capitale ! Allez, s’il vous plaît ! supplia le scientifique. »
John hésita, regardant ses compagnons tour à tour comme s'ils pouvaient prendre la décision à sa place, mais ni Teyla ni Ronon ne dirent le moindre mot, autant intrigués que lui. Alors, il marmonna en haussant les épaules :
- « Bon je… Pourquoi pas ? »
Et il s’avança lui aussi vers le mur, sur lequel il appliqua ses mains. Les veines de couleur apparurent à nouveau, mais clignotant par intermittence. Rodney observa le phénomène, avant de s'exclamer, avec des yeux ronds d'enfants ébahis :
- « C’est proprement incroyable… Extraordinaire. »
Sheppard retira ses mains et demanda :
- « Quoi donc ? »
Mais Rodney sembla plus parler pour lui-même que pour eux quand il débita :
- « On a toujours pensé que la technologie des Anciens était exploitable par les porteurs du gène ATA, parce qu’ils l’avaient programmé ainsi. Mais… Si c’était l’inverse ? Que ce soit leur gène, qui est le facteur leur permettant à eux et uniquement eux, d’utiliser cette énergie-là et non pas une sorte de verrou posé intentionnellement ? »
Ayant du mal à suivre le scientifique, ils le regardaient tous d'un air confus, mais Mc Kay était à nouveau pris par son excitation incontrôlée face à une nouvelle découverte. Il baissa soudain les yeux vers Kalia pour déclarer :
- « Elle est vraiment spéciale. Kalia, tu es vraiment spéciale. »
Mais loin de gratifier l’enfant, le commentaire sembla au contraire la révulser. Teyla chercha à décrypter :
- « Vous croyez que…
- Il faudrait que je fasse des analyses approfondies, la coupa Rodney avec emphase, mais apparemment, ces… Veines produisent le même type d’énergie que celle que l’on a repérée sur MX25-140.
- Quoi la planète qu’on devait aller visiter ? s'étonna Ronon.
- Oui, attendez un instant ! répondit le scientifique en se concentrant sur sa tablette.
- Mais enfin, Rodney… commença John.
- Colonel… »
Teyla l'interrompit d'un ton pressant. John porta son attention sur l'Athosienne, mais celle-ci eut un regard embarrassé pour la petite fille. Kalia s'était recroquevillée sur elle-même, les yeux vers le sol, en une attitude accablée. John ne sut pas quoi dire à l'enfant et Teyla dut le lire sur son visage, car ce fut elle qui se pencha vers la petite fille pour tenter de comprendre son mal-être :
- « Kalia… Pourquoi crois-tu que tout soit de ta faute ? Parce que tu peux… Faire apparaître ces choses ?
- Oui… On l’a découvert par hasard, en… S’amusant avec d’autres enfants, à l’entrée de la grotte, expliqua Kalia d'une petite voix. Quand Maman l’a su, elle nous a immédiatement ordonné de ne rien dire.
- Pourquoi ?
- Pourquoi ? répéta Kalia avec colère. »
Elle tourna son regard vers son père, qui venait de poser la question.
- « Parce qu’elle sait l’avis du peuple sur cette supériorité que l’on a ! En réalité, elle avait pour projet de vous contacter pour vous faire part de cette découverte, parce qu’elle sait que ce genre d’énergie peut être importante pour Atlantis. Mais pas pour nous ! Nous, nous voulions être égaux. C’est pour ça qu’on a fini par quitter Aléna et que l’on vous a laissé toute la technologie des Ancêtres ! Maman avait compris que le peuple voulait rester tel qu’il était avant la génothérapie ! Elle a fait une énorme erreur en vous demandant de la donner aux Aléniens !
- Mais vous n’êtes pas égaux, intervint Rodney. »
Ils se tournèrent tous vers lui avec un regard de reproche, mais le scientifique reprit :
- « Enfin quoi, vous savez que c’est vrai ! Kalia… Je me doute que ça doit être un fardeau d’être… Différente. De pouvoir faire des choses que les autres… Ne comprennent pas. »
L’enfant resta surprise. Rodney continua :
- « Mais il ne faut pas en avoir peur… Avec ces dons, si je peux les appeler comme ça, tu pourrais faire des choses exceptionnelles. Qui aiderait un jour un grand nombre de personnes. Cette énergie, fit-il en pointant le doigt vers le mur, s'adressant cette fois-ci à son équipe, pour moi c’est la base de la technologie des Anciens. »
John s’avança vers le scientifique et demanda :
- « Qu’est-ce qui vous permet de déduire que ces… Sortes de cristaux sont, ne serait-ce que lié aux Anciens ? Depuis tout à l’heure, vous tirez des conclusions qui n’ont aucun sens !
- Non, c’est juste que vous n’arrivez pas à suivre… »
Le regard de John suffit pour que Rodney perde son petit air supérieur. Il déglutit avant de remonter le fil de ses déductions :
- « Ecoutez… Kalia et vous, vous n’avez juste qu’à poser les mains sur ce mur pour activer les cristaux, pas vrai ? Ça ne vous rappelle rien d’autre ?
- La technologie des Anciens, comprit Sheppard. Ils s’activent comme la technologie des Anciens à notre simple toucher, c’est ça que vous voulez dire ?
- Exact. Mais ce ne sont que des cristaux, John ! Des veines de cristaux, dans un mur ! Ils n’ont pas été façonnés, modifiés par les Anciens ! Ils sont à l’état brut ! Vous me suivez toujours ?
- Oui…
- Nous sommes toujours partis du principe que le matériel des Anciens ne pouvait être exploité que par les porteurs du gène ATA, parce que c’était un garde-fou pour eux ! Qu’ils avaient programmé comme une sorte de sécurité génétique sur tous leurs appareils pour qu’eux et seulement eux puissent les utiliser. Alors comment expliquez-vous que ces cristaux qui je le répète, n’ont pas été modifié pour être incrusté dans un artefact, ne réagisse qu’avec vous et Kalia ? Regardez, si je pose la main sur le mur, même pour moi qui porte le gène, rien ne se passe ! »
Et pour appuyer son argumentation, il se colla carrément contre le mur. Et en effet, les cristaux n’émirent aucune lueur.
John observa le phénomène, commençant à comprendre le raisonnement de Mc Kay :
- « D'accord… Alors… Non seulement ces choses sont comme une source d’énergie mais en plus…
- C’est leur composition même qui fait que seuls les Anciens peuvent l’utiliser ! conclut Rodney, des étoiles plein les yeux. Et encore une fois, ça ne marche qu’avec Kalia et vous, assez difficilement, parce que vous portez naturellement le gène ATA. Et Kalia… Kalia n’est pas une Ancienne mais génétiquement parlant, son ADN s’en approche le plus. C’est pour ça que… Elle est unique. Du moins, c’est mon hypothèse pour le moment. J’en apprendrai certainement plus sur ces choses si je pouvais les étudier dans mon labo… »
Et il termina là son explication, tout en sortant de son sac un petit canif pour procéder délicatement à un prélèvement du minerai. Les trois adultes reportèrent leur attention sur l’enfant, qui semblait être mortifiée par ce caractère si « unique » décrit par Mc Kay.
Teyla soupira et préféra revenir à un sujet bien plus terre à terre en demandant avec précautions à la petite fille :
- « Kalia… Tu crois que c’est pour ça que Salina a agi maintenant ? À cause de cette découverte ?
- Oui, avoua-t-elle. Elle croit que tout va recommencer. Qu’avec cette découverte, vous aurez encore plus de pouvoir sur nous.
- Oh c’est pas vrai… ronchonna Rodney.
- Kalia, quoi que puisse penser Salina, ce n’est pas de ta faute ! affirma Teyla avec conviction. Pas du tout ! Tu n’as rien fait de mal. »
L’enfant ne répondit pas. John eut un regard pour Rodney et maugréa :
- « Salina doit vouloir s’assurer de ce que représentent ces filons. C’est pour ça qu’elle a besoin de vous.
- Oui, mais je n’ai rien pour analyser ces éléments, Colonel, dit Rodney. Qui plus est, une fois… « éteints », ils n’émettent plus aucune énergie. Il faut les activer pour ça. J’ai peur qu’ils forcent Kalia à le faire.
- Vous vous trompez, Docteur Mc Kay ! lança alors une voix derrière eux. »
Ils se tournèrent tous vers l’arrière, et aperçurent Salina qui s'avançait vers eux. La conservatrice pointa alors un endroit au-dessus de leurs têtes :
- « Caméras cachées, comme vous les appelez, expliqua-t-elle. Ce sont vos savants qui les ont installées lors de leur dernière visite. Pour nous « aider » à surveiller les prisonniers de loin, qu'ils ont dits.
- Oh bon sang, dit Rodney, consterné.
- Vous vous êtes trompé, Docteur, répéta Salina. Je viens de voir que le Colonel Sheppard peut aussi activer ces choses… Pratique. À vrai dire, je m’en doutais… Alors… De quoi avez-vous besoin ? Et lequel de vous deux se porte volontaire pour éclairer les murs, hein ?
- Pourquoi est-ce que vous vous y intéressez tant ? lança John. Vous ne portez pas le gène, vous ne pouvez rien en faire, ça ne représente rien !
- Ça ne représente rien ? répéta Salina, incrédule. Allons, que ce serait-il passé, si je n’étais pas intervenue ? Mara vous en aurait parlé. Vous auriez débarqué, avec toute votre technologie, pour nous transformer en mine d’exploitation !
- C’est n’importe quoi !
- Non, ce n’est pas n’importe quoi ! Vous avez toujours tout changé pour nous ! TOUT ! Vous avez scindé notre peuple, brisé nos coutumes ! Et nous travaillons encore dans la sueur, comme des paysans, pour vous servir ! Le peu d’armes que vous nous avez donné ne nous permettra jamais de combattre les Wraiths ! Vous ne nous avez toujours fourni que des miettes !
- Mais enfin, qu’est-ce que vous vouliez de plus ? Vous refusez les gens comme Mara et tout ce qu'ils pourraient vous apporter et vous réclamez plus de technologie ? C’est sans queue ni tête !
- Nous les refusons parce qu’ils sont toujours considérés comme supérieurs ! gronda Salina. Ce sont eux, qui ont les places les plus hautes dans notre société ! Comme avant ! Et avec ça, nous découvrons que vous nous avez envoyé sur une planète qui contient une source d’énergie des Ancêtres ? Qu’encore une fois, seule Kalia peut activer ? NON ! »
Et elle frappa contre les barres de métal pour appuyer sa démonstration de colère. Kalia cria d'une voix déchirée :
- « Je suis désolée Salina ! Vraiment ! Je ne voulais pas !
- Je ne te crois pas ! vociféra la femme d'Atlaïr. Alors Docteur ? Je suis certaine que vous n’avez qu’une seule hâte, c’est de faire joujou avec votre nouvelle découverte ! Dites-nous ce que c’est exactement ! Choisissez Kalia ou Sheppard et faites fonctionner cette saleté ! »
Rodney eut un regard démuni vers Sheppard et le reste de son équipe, mais il finit par déclarer, se redressant face à Salina :
- « Non.
- Non ?
- Je refuse. Faites vos tests vous-même.
- Ah oui ? »
Salina se saisit alors d'une arme de poing et sans hésitations, tira entre les pieds de Sheppard, qui eut un mouvement de recul. Elle déclara :
- « Il n’a besoin que de ses mains, pas de ses jambes. La prochaine est pour la droite ou la gauche, ça aussi je vous laisse choisir… »
Rodney déglutit, aux abois. Finalement, Salina tourna son arme vers Kalia et ce fut John qui intervint :
- « Non !
- Vous voyez Docteur ? Le Colonel vient de vous donner sa bénédiction… Alors ? Kalia ou lui ? »
Mc Kay eut un soupir de résignation :
- « Bien alors…
- Je vais le faire ! s'exclama John. Je vais le faire ! »
Salina eut un hochement de tête satisfait. John se tourna vers le mur et déclara de mauvaise grâce :
- « Allez Rodney…
- Mais,
- Rodney !
- Bon très bien… »
Le scientifique s’activa alors avec ses câbles et sa tablette et Salina déclara :
- « Je laisse des gardes pour vous surveiller. Moi-même, j’aurai un œil sur vous grâce aux caméras.
- Je n’aime pas qu’on m’observe quand je travaille, ironisa John. Ça me déconcentre.
- Il va falloir vous y faire… »
Et sur ce, Salina s’en alla. Kalia se tourna vers John, avec une reconnaissance qu'elle déguisa en bravade :
- « Tu n’étais pas obligé… Tu sais que c’est plus compliqué pour toi que pour moi.
- Oui, mais je… Préfère que ce soit moi quand même. »
L’enfant ne répondit pas. John fit de nouveau face au mur et soupira :
- « Rodney ? Vous avez besoin que je fasse quoi exactement ?
- Comme tout à l’heure, mais si vous pouviez réussir à établir une activation… Stable, ce serait plus simple, expliqua le scientifique.
- Je vois… Bon, je vais essayer… »
Et il posa ses mains sur la surface froide et rugueuse, fermant les yeux pour tâcher de se concentrer.
Autour de lui, ses compagnons respectaient tous un silence religieux. Tendu, John demanda :
- « Ça marche ?
- Oui, chut, marmonna Rodney.
- Oh… »
C'était très étrange, comme sensation, s’aperçut John. Il pouvait sentir une sorte de légère tension électrique courir sous sa peau.
- « C’est vraiment bizarre, lança-t-il.
- Bizarre comment ? demanda Rodney.
- On peut sentir l’énergie passer sous nos doigts, répondit alors Kalia à la place de son père. À vrai dire, je l’ai sentie avant de la toucher.
- Quoi ? »
John rouvrit les paupières, étonné. Rodney tapotait distraitement sur sa tablette et il finit par déclarer :
- « C’est bon Colonel, merci.
- Déjà ?
- Oui, je n’ai pas besoin de beaucoup de temps pour télécharger des données.
- Très bien… Kalia tu disais que tu pouvais sentir l’énergie à distance ? reprit John.
- Oui… se désola sa fille d’une petite voix. Comme beaucoup d’instruments des Ancêtres quand je suis à proximité.
- Extraordinaire, murmura de nouveau Rodney. »
Ils se tournèrent tous vers lui, mais le scientifique sembla ne même pas se rendre compte qu’il parlait tout seul.
Ronon se dirigea vers les grilles et observa avec colère les gardes à l’entrée, qui ne cillèrent pas. Teyla quant à elle, préféra s’asseoir au sol, imitée par Kalia.
L’enfant se recroquevilla sur elle-même et John nota qu’elle n’était vêtue que d’une légère robe en coton écrue.
Il enleva alors sa propre veste et alla la poser sur les épaules de la petite fille, qui ne dit rien, mais sembla accepter le présent avec soulagement. Elle eut un signe de tête pour le remercier et s’emmitoufla dans la veste de son père.
John eut ensuite un regard circulaire autour de lui et interrogea :
- « Kalia, est-ce que c’est ta mère qui a fait construire cette prison ?
- Non, répondit sa fille. C’était déjà là quand nous sommes arrivés. Il y a dix cellules comme celles-là, mais à part pour Marcus, elles n’ont jamais servi.
- Tiens, qu’est-ce qu’il est devenu, celui-là ? lança Rodney d’un air absent.
- Il est mort. »
Ils restèrent tous surpris. Kalia haussa les épaules et déclara, la mine basse :
- « Trois mois après notre arrivée ici. On l’a retrouvé mort dans sa cellule, au matin. Crise cardiaque.
- Moui je vois… Crise cardiaque provoquée ou naturelle ? ironisa Rodney. »
De nouveau, Kalia haussa les épaules :
- « Aucune idée. Le peuple l’avait condamné à la prison à vie.
- Bah voyons… »
Teyla demanda à son tour :
- « Kalia, est-ce que c’est vrai ce que Salina a dit ? Que les porteurs du gène ont les meilleures places dans votre société ? Qu’entendait-elle par là ?»
Kalia secoua tristement la tête :
- « Les porteurs du gène sont traités avec crainte et respect. À vrai dire, ils l’ont toujours été. Parce qu’ils peuvent faire ce qui est impossible pour d’autres. Mais beaucoup d'entre eux appartiennent à la jeune génération et sont allés à l’école. Alors, ils sont également plus instruits que les autres. Ce sont eux qui guérissent, certains enseignent maintenant dans notre nouvelle école… C’est ça que Salina appelle « les meilleures places ». Eux, ils n’ont jamais été dans les champs.
- Jalousie, quand tu nous tiens, commenta Rodney.
- Le plus étonnant dans toute cette histoire, enchaîna Kalia, c'est que certains d'entre eux se sont rangés du côté de Salina. Ils ont participé à son coup d'État. »
Même Rodney consentit à lever le nez de sa tablette, autant ahuri que ne l'étaient Ronon et Teyla. Mais John, lui, n'était pas surpris :
- « Bien sûr, affirma-t-il. Seul un porteur du gène pouvait piloter le Jumper qu'ils nous ont volé pour nous conduire ici.
- Mais enfin, souffla Teyla, pourquoi ? C’est incroyable !
- Certains se sentent responsables de cette révolte, expliqua sombrement Kalia. De cette cassure qui scinde notre peuple. J’ai entendu l’un d’eux dire que si Maman avait été la seule à posséder le gène, jamais Marcus n’aurait pu appâter et s’allier aux Wraiths. Certains regrettent d'avoir été volontaires pour porter le gène. Je ne trouve pas que leurs arguments soient très logiques, mais... »
Mc Kay intervint alors :
- « Oh dans le fond, c’est tout ce qu’il y a de plus logique, au contraire ! Cela fait des mois que les choses ne vont pas. Alors, ton peuple essaie de trouver un bouc émissaire ! Et bingo, ça tombe sur nous et les porteurs du gène ! Machine arrière toutes, il faut trouver un coupable ! »
Ronon fit remarquer :
- « Les Aléniens ne savent plus où ils en sont et sont épuisés de tous ces changements. Il a été facile pour Salina et les siens, de les convaincre que nous sommes finalement, la cause de tous leurs malheurs. »
John acquiesça.
Le Satédien porta son regard sur la petite fille et commenta avec un sourire :
- « Tu es drôlement clairvoyante pour une enfant de dix ans…
- Onze ans, rectifia Kalia avec un petit sourire triste. J’ai eu onze ans il y a un mois… Et à vrai dire, c’est parce que Maman et moi en parlons… Depuis toujours. J’ai toujours suivi et écouté Maman alors… Je comprends certaines choses… »
Rodney s'exclama :
- « Ça devait être sympa, les soirées mère-filles ! »
L’enfant ne répondit pas et resta songeuse un moment avant de déclarer inquiète :
- « John, je ne sais pas ce qu’est devenue Maman. »
Sheppard nota qu’il était passé du « Colonel » à « John ». Il ne releva pas et se concentra sur la remarque de Kalia.
- « Tu as dit que Salina l'avait enlevée, non ?
- Oui, mais depuis ce moment-là, je n'ai plus eu aucune nouvelle. J’espère qu’elle est juste enfermée ailleurs et qu'elle n'est pas... »
Kalia ne parvint pas à achever sa phrase, le visage crispé par l’angoisse. John tâcha de trouver les mots :
- « Je suis sûr que ta mère est encore en vie. Elle représente un moyen de marchander, je ne pense pas qu’ils l’aient tuée. »
Kalia acquiesça. Le silence s’installa et Rodney finit par lancer :
- « C’est bien ce que je pensais ! »
Ils eurent un sursaut, mais le scientifique poursuivi d'une voix exaltée :
- « C’est les mêmes relevés que sur MX25-140 !
- Vous en êtes sûr ? demanda John, dubitatif.
- Mais oui, puisque je vous le dis ! rétorqua Rodney, agacé.
- Et donc ?
- Et donc ? Déjà, je pourrai étudier le phénomène avant Zelenka, nargua Mc Kay d’un air satisfait.
- Rodney !
- Bon très bien... Écoutez, je vous ai déjà dit que les mesures effectuées sur MX25-140 ressemblaient fortement à celles des E2PZ, non ?
- Oui, se rappela John. C'est pour ça que vous teniez tant à aller là-bas.
- Exact ! Colonel, reprit Mc Kay avec l'impatience d'un homme qui est sur le point de lâcher la révélation du siècle, je suis quasi certain que c’est avec ces minerais, que les Anciens ont construit les E2PZ. »
John resta saisi. Il haussa les sourcils et répéta :
- « Les E2PZ, vous dites ?
- Oui ! s'extasia Mc Kay, les yeux brillants. C’est pour ça que la signature énergétique est si semblable ! Et par déduction, je pense que c'est peut-être aussi pour ça que les E2PZ sont si rares ! C’est vrai, en dix ans dans la Galaxie de Pégase et presque des milliers de mondes visités, c’est la première fois que l’on rencontre ces filons de cristaux ! Il a fallu attendre plus de dix ans pour tomber sur les relevés de MX25-140 et sur ces filons ici ! Rendez-vous compte !
- Mais pourquoi ne les a-t-on pas détectés avant, sur cette planète ? questionna Teyla. Je veux dire, on a étudié cet endroit de fond en comble avant d’y envoyer les Aléniens, non ?
- Parce que ces sortes de veines ne s’activent qu’en présence d’un porteur du gène, expliqua Rodney. Ce qui est un bon coup dans les dents de Salina ! fit-il, satisfait. Parce que sans ces porteurs du gène qu’elle déteste, elle ne pourra jamais rien faire de cette source d’énergie. Et encore… Il lui en faut avec les capacités de John ou Kalia.
- Alors pourquoi vos pics d’énergie apparaissent en continu sur MX25-140 ? demanda John. Selon ce que vous dites, il faut qu'ils soient "activés", pour émettre de l'énergie mesurable, non ? Et on n’a détecté aucune trace de vie sur MX25-140, il ne peut donc s'y trouver personne pour faire ressortir les cristaux dans les murs !
- Je n'ai pas la réponse à cette question, reconnut Rodney. Mais si j’ai raison, ce qu’on a découvert ici… C’est exceptionnel ! C’est la base de la base. »
Il semblait émerveillé. John eut un regard pour Kalia, qui, la mine basse, paraissait toujours autant affligée d'avoir involontairement provoqué la rébellion de Salina. Il s'approcha pour s'agenouiller devant elle avec précautions. Tirée de sa rêverie, Kalia consentit à lui jeter un rapide coup d'oeil avant d'à nouveau détourner le regard. John la força à relever le menton avec douceur et déclara :
- « Kalia, tu n'as pas à te sentir coupable.
- C'est toi qui le dis, répliqua l'enfant d'une voix douloureuse.
- Kalia, nous savons tous ici, que tôt ou tard, les Aléniens se seraient encore soulevés contre ta mère. Cette découverte n'est qu'un prétexte pour Salina, qui lui permet de se convaincre qu'elle a raison de faire ce qu'elle fait. C'est tout. Tu comprends ? »
La petite fille leva son regard vert vers lui pour le fixer droit dans les yeux. Puis, avec un sourire triste, elle haussa les épaules :
- « C'est très gentil John. Mais prétexte ou pas, si je n'avais pas ce pouvoir, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne veux plus jamais utiliser mon don, même pour guérir. Plus jamais. »
Et là-dessus, elle reporta résolument son attention sur le sol, y dessinant des formes confuses du bout des doigts, lui signifiant que la discussion était terminée. John la toisa un instant avant de se redresser lentement, abandonnant la partie. Kalia avait un sens des responsabilités exagéré et il était difficile de lui faire changer d'avis.
Il ne put s'empêcher d'avoir un rictus blasé. Mara lui avait bien dit qu'elle lui ressemblait.