Acte 2 : Les Ailes de l’Alliance
CHAPITRE 12 : Fréquence Humaine
L’infirmerie du Home One était plongée dans un calme inhabituel.
Pas le silence glacé de l’espace.
Un calme organique.
Fait de respirations lentes, de murmures de droïdes médicaux et de l’odeur stérile mais rassurante du bacta.
Ryn ouvrit les yeux.
La lumière, filtrée par les parois incurvées du croiseur Mon Calamari, était douce.
Presque liquide.
Rien ne vibrait, ni les moteurs à ions, ni les alarmes de proximité.
Juste le rythme métronomique d’un moniteur cardiaque : Le sien.
Il tenta de se redresser, une brûlure nette au flanc le cloua immédiatement au lit.
— Mauvaise idée.
La voix était calme, posée.
Dépourvue de cette déférence craintive que les pilotes de l’Alliance montraient d'ordinaire à l’Escadron Gris.
Il tourna la tête, avec précaution.
Elle était là : Maera.
Une blouse simple, des traits marqués par la fatigue, mais un regard d’une clarté déconcertante.
— Combien de temps ? demanda-t-il, la gorge sèche.
— Suffisamment pour que tu sois encore en vie.
Elle ajusta le débit d’une perfusion sans le quitter des yeux.
Ryn expira, cherchant son souffle.
— Ça aurait pu être pire.
Elle esquissa un demi-sourire, un peu las.
— C’est toujours pire, Ryn. On ne finit jamais ici par hasard.
Elle vérifia ses pansements. Ses gestes étaient d'une précision chirurgicale, mais empreints d'une douceur qu'il n'avait jamais apprise.
— Tu t’en es bien sorti.
Il fronça légèrement les sourcils, cherchant instinctivement une présence à ses côtés.
— On s’en est sortis.
Elle s'arrêta un instant, sa main posée près de son bras.
— Vous êtes toujours deux, c’est ça ?
Un silence s'installa.
— Oui.
C'était une évidence. Un dogme.
— J’ai lu les rapports de vol, reprit-elle en consultant sa tablette. Et j’ai vu tes blessures.
Elle marqua une pause, son regard plongeant dans le sien.
— Tu encaisses pour deux, toi aussi ?
Ryn sentit un léger malaise. Personne ne lui posait jamais ce genre de question.
— Parfois.
Il marqua un temps.
— Et parfois, c’est elle.
Maera ne répondit pas tout de suite. Elle l'observait. Pas comme une arme de la Flotte Grise. Pas comme un prodige de la Force.
Mais comme un homme brisé qu’elle devait recoudre.
— Ça doit être épuisant.
Ryn hésita. Sa réponse habituelle aurait été "c'est nécessaire".
Mais face à elle, le mot ne vint pas.
— C’est… normal. Pour moi.
— "Normal" est un mot dangereux dans une infirmerie, murmura-t-elle.
Elle finit ses vérifications, mais elle ne partit pas. Elle resta là, simplement, dans ce petit périmètre d'intimité.
— Tu vois beaucoup de pilotes comme moi ? demanda-t-il pour briser le silence.
Un léger souffle.
— Non. Et pour être honnête, c'est probablement une bonne chose pour ma santé mentale.
Ils partagèrent un silence.
Cette fois, il n'était pas lourd… Il était... humain.
— Tu devrais dormir, dit-elle enfin.
— J’essaie.
— Mauvais patient.
— Mauvais pilote aussi, visiblement. Je me suis fait cueillir.
Elle secoua doucement la tête.
— Non. Tu es juste mauvais pour mourir.
Le mot aurait pu être froid, mais dans sa bouche, c’était presque un compliment.
Ryn la regarda vraiment.
Pour la première fois, il ne voyait pas une fonction ou un grade, il voyait une femme qui n'avait pas peur de son ombre.
— Tu fais ça depuis longtemps ?
— Assez pour savoir quand quelqu’un tient encore debout par pure volonté.
Elle se rapprocha pour éteindre la lumière principale.
— Et moi ? demanda-t-il.
— Tu tiens, Ryn.
Elle marqua un temps, sa main frôlant la sienne un court instant.
— Mais pas seul.
Leur lien avec Syla vibra, lointain.
Syla était ailleurs dans le vaisseau, probablement en train de surveiller les réparations.
Mais elle était là. Toujours.
— Non. Jamais seul, confirma-t-il.
Maera hocha la tête. Elle semblait comprendre, sans pour autant accepter que ce soit la seule façon d'exister.
— Je repasserai demain.
— Tu n’es pas obligée.
Un très léger sourire éclaira son visage fatigué.
— Je sais.
Elle se tourna vers la porte, puis s’arrêta.
— Ryn.
Il releva les yeux.
— Essaie de rester en vie. C’est beaucoup plus facile de soigner quelqu’un quand il m’aide un peu.
— Je vais essayer.
Elle sortit, le laissant dans la pénombre bleutée de la cabine.
Le silence revint.
Moins vide… Plus... doux.
Ryn ferma les yeux. La douleur était toujours là, lancinante. La guerre grondait toujours au-delà du blindage.
Mais pour la première fois de sa vie, il ressentait quelque chose qui n'était pas une résonance.
Pas une tension, ni une injonction de son père.
Juste le souvenir d'un regard.
Et c’était peut-être ce qui, dans cette galaxie en flammes, le troublait le plus.