Acte 2 : Les Ailes de l’Alliance
CHAPITRE 6 : Le cœur du dauphin
La baie d'observation de proue était inhabituellement silencieuse.
À travers l'immense verrière panoramique, les étoiles défilaient lentement alors que le Delphinus sortait de l'hyperespace aux abords de Scarif, l’orbite était jonchée de débris de vaisseaux rebelles.
Ryn était assis contre une rambarde métallique.
Syla observait la planète bleue au loin.
Rho bricolait un datapad démonté sur ses genoux.
Lio, lui, avait le nez collé à la vitre depuis plusieurs minutes.
— C'est triste, dit-il finalement.
— C'est un cimetière, répondit Rho.
Personne ne trouva quoi répondre.
Puis quelque chose changea, pas autour d'eux, dans le vaisseau.
Une vibration profonde traversa soudain la structure du Delphinus : Une résonance.
Comme si un immense cœur venait de commencer à battre quelque part dans les entrailles du croiseur.
Ryn redressa immédiatement la tête.
Syla fit exactement le même mouvement.
Leur lien venait de réagir.
Les deux jumeaux échangèrent un regard.
— Tu l'as senti ?
— Oui.
La sensation était étrange, très étrange.
Leur lien vibrait d'une manière qu'ils n'avaient jamais connue : Ni lumière. Ni obscurité.
Quelque chose d'ancien… De lourd.
Comme si la Force elle-même retenait son souffle.
Même Rho semblait mal à l'aise.
— Je ne sais pas ce que mère a encore branché dans ce vaisseau...
— Ce n'est pas Kara, murmura Syla.
Un second frisson parcourut le Delphinus, plus puissant.
Cette fois, même Lio cessa de plaisanter.
— J'aime pas ça.
Les lumières vacillèrent légèrement, puis le premier tir partit.
Personne dans la baie ne vit le rayon.
Mais tout le monde ressentit l'onde de choc.
Ryn et Syla sursautèrent exactement au même instant, comme un seul être.
Leurs mains agrippèrent la rambarde. Leur souffle se coupa.
Une pression indescriptible traversa leur lien. Ils n'avaient jamais ressenti une telle puissance.
Puis le silence revint. Brutalement.
Quelques secondes plus tard, le second tir retentit : Même réaction. Même sursaut. Même douleur. Même sensation de vide.
Cette fois, Syla ferma les yeux.
— Je n'aime pas ce que c'était.
— Moi non plus.
Rho observa les deux jumeaux.
— Vous avez senti quoi ?
Ryn chercha ses mots. Sans les trouver.
— Comme si quelque chose venait de disparaître, deux fois.
Le silence retomba.
Même Lio ne plaisantait plus.
Au loin, la planète Scarif semblait désormais plus sombre.
Comme si quelque chose venait de s'y terminer.
Plus tard, le Delphinus avait quitté le système.
L'équipage travaillait dans un calme étrange. Personne ne parlait fort. Personne ne célébrait quoi que ce soit.
Dans un couloir désert, Ryn s'appuya contre une cloison.
Syla arriva quelques secondes après lui.
Comme toujours.
— Cette fois c'est officiel...
Il expira lentement.
— On est des rebelles, répondit Ryn.
Syla esquissa un faible sourire.
— Je crois que père vient de rendre sa démission à l'Empire.
Rho secoua la tête.
— Après avoir vaporisé deux destroyers ?
— C'est une façon de faire assez définitive, oui.
Même Lio rit nerveusement.
Puis le silence revint.
Tous pensaient à la même chose : Aux tirs. À cette sensation. À cette vibration dans la Force.
Quelque chose n'allait pas.
Ils trouvèrent Alyna quelques heures plus tard, elle était seule dans un salon d'observation secondaire, assise face aux étoiles.
Comme si elle attendait leur venue.
— On voulait te parler, dit Syla.
Alyna leur adressa un sourire fatigué.
— Je m'en doutais.
Les quatre jeunes s'installèrent autour d'elle.
Personne ne parla pendant quelques secondes.
Finalement, Ryn prit la parole.
— Pendant les tirs...
Alyna leva doucement les yeux.
— Oui ?
— On a senti quelque chose.
Syla poursuivit :
— Quelque chose de mauvais.
— Pas obscur, ajouta Rho.
— Mais pas normal, termina Lio.
Alyna resta silencieuse.
Comme si elle réfléchissait à la meilleure réponse.
— Le canon kyber.
Les quatre échangèrent un regard.
— C'était ça ?
Alyna hocha la tête.
— Une arme conçue pour détruire l'impossible.
— Père l'a construit ? demanda Ryn.
— Oui.
La réponse fut simple. Sans fierté. Sans honte. Juste un fait.
Syla baissa les yeux.
— Je crois que je ne veux plus ressentir ça.
Alyna tendit la main et la posa sur celle de sa fille.
— C'est une réaction saine.
— On devrait en parler à père ? demanda Ryn.
Alyna réfléchit quelques secondes.
Puis elle secoua lentement la tête.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il sait déjà.
Le silence s'installa.
Au loin, les étoiles défilaient derrière la verrière.
— Alors pourquoi continue-t-il ? murmura Syla.
Cette fois, Alyna mit plus longtemps à répondre.
— Parce que parfois, protéger les autres signifie porter des choses qu'on préférerait ne jamais toucher.
Les quatre jeunes restèrent silencieux.
Et pour la première fois, ils comprirent qu'il existait des batailles que même Vyze ne pouvait pas gagner.
Il pouvait seulement les assumer.