Acte 2 : Les Ailes de l’Alliance
CHAPITRE 4 : Kessel
Le retour à la conscience fut une lente agonie. Pas de lumière, pas de repères, seulement le goût métallique du sang dans la bouche et une odeur de soufre et d'épice brûlée qui brûlait les poumons.
Ryn ouvrit les yeux. Le plafond était une masse de roche striée de câbles électriques qui grésillaient. Ses poignets étaient enserrés dans des menottes magnétiques fixées au mur.
— Syla... murmura-t-il, sa voix n'étant qu'un craquement rauque.
— Je suis là. Juste à côté.
Il tourna la tête. Elle était dans le même état, ses yeux fiévreux fixés sur la porte. Ils essayèrent de puiser dans leur lien, de chercher cette harmonie qui faisait leur force. Mais quelque chose dans l'air, peut-être des inhibiteurs de Force ou simplement le poids de la roche de Kessel, rendait leur connexion floue. Instable.
La porte s'ouvrit sur une lumière crue, projetant une ombre allongée sur le sol poisseux. Un représentant du Syndicat Pyke, reconnaissable à son masque filtrant et ses vêtements opulents, entra, suivi d'une silhouette qui fit chuter la température de la pièce de dix degrés.
Reva.
Elle ne portait plus l'uniforme complet de l'Inquisition, mais elle en gardait la posture : une lame prête à frapper. Son regard se posa sur les jumeaux avec une curiosité presque clinique.
— Des marchandises intéressantes, dit le Pyke d'une voix synthétique.
— Plus que vous ne le pensez, répondit Reva sans le quitter des yeux. Sortez.
Une fois seule avec eux, elle s'approcha. Ses pas ne faisaient aucun bruit sur le métal.
— Kessel, commença-t-elle. Les mines de l'oubli. On dit qu'ici, même la Force finit par s'asphyxier.
— Qui êtes-vous ? cracha Ryn, luttant contre ses entraves.
— Quelqu'un qui sait ce que c'est que d'être une "anomalie". Quelqu'un qui a vu l'Empire de l'intérieur... et qui sait que vous n'avez aucune chance.
Reva s'arrêta devant Syla. Elle n'utilisa pas ses mains, mais la Force se déploya, sombre et tranchante comme un scalpel. Ce n'était pas une attaque physique, c'était une intrusion. Elle cherchait leurs peurs, leurs secrets, l'image de Vyze cachée au fond de leur esprit.
— Vous résistez. On vous a appris à vous cacher, à "ne rien être". Mais regardez-vous. Vous êtes enchaînés dans un trou à rats parce que vous avez eu trop peur de ce que vous êtes vraiment.
Elle se tourna vers Ryn, ses yeux brûlant d'une intensité malveillante.
— Vous avez été dressés. Comme des animaux de compagnie pour un père qui a peur de son propre passé.
Le mot frappa plus fort qu'un coup de poing. Syla sentit une vague de colère monter. Ce n'était pas la colère froide de la discipline, mais une rage bouillante, brute. Le lien entre les jumeaux, d'ordinaire si fluide, commença à vibrer d'une énergie pourpre.
— Voilà, sourit Reva. La vérité. Vous détestez cette cage. Vous détestez ce père qui vous a enfermés dans un vaisseau gris pour vous protéger d'un monde que vous pourriez dominer.
Pendant un instant, les lumières de la cellule vacillèrent. Les menottes magnétiques grincèrent sous la pression d'une Force incontrôlée. Le côté obscur n'était pas une porte lointaine, c'était une main tendue, offrant la puissance de tout briser.
« Tuez-la. Brisez tout. Soyez libres. »
L'image de Vyze apparut dans l'esprit de Ryn. « La Force n'est pas ce que vous faites... c'est ce que vous êtes prêts à sacrifier. »
Dans un effort de volonté héroïque, Ryn saisit mentalement la main de Syla. Il ne chercha pas la puissance, il chercha le calme. Le silence. Le lien se stabilisa brutalement, l'énergie se dissipant dans un souffle d'air froid.
Reva recula d'un pas, surprise par cette soudaine maîtrise. Son sourire s'élargit, mêlant déception et admiration.
— Intéressant. Vous tenez encore à vos laisses. Pour l'instant.
Elle se détourna et frappa la porte pour sortir.
— Gardez-les en vie, lança-t-elle aux Pykes qui attendaient dehors. Ils ont une valeur immense. Pour l'instant, ils sont des prisonniers. Bientôt, ils seront des volontaires.
Le silence revint, plus lourd qu'avant. Ryn inspira profondément, l'air de Kessel lui semblant encore plus rare.
— Elle a raison sur une chose, murmura Syla, les yeux fixés sur le vide.
— Quoi ?
— On a failli tout lâcher. Et ce n'était pas par peur, Ryn. C'était parce que ça faisait du bien.
Leur lien vibra à nouveau, mais cette fois, il portait une cicatrice. Le doute s'était infiltré. Autour d'eux, les mines de Kessel continuaient de gronder, comme une bête affamée attendant son heure. Ils étaient seuls, sans leur père, sans les Medjaÿ, face à une ombre qui les connaissait mieux qu'ils ne se connaissaient eux-mêmes.