Acte 1 : Les Enfants de Naboo
CHAPITRE 13 : Les chemins séparés
Le matin se levait sur Theed dans une clarté de cristal. Le soleil jouait sur les dômes de cuivre vert et les cascades qui chantaient au cœur de la cité. En apparence, rien ne semblait pouvoir briser cet équilibre séculaire.
Syla, 17 ans, marchait d'un pas assuré dans les couloirs de marbre de l’administration locale. Elle ne portait plus les vêtements légers de l'enfance, mais une tenue de fonctionnaire, sobre et élégante. Elle sentait les regards : certains curieux, d'autres méfiants face à la "fille de la Sénatrice". Elle les ignorait avec une froideur héritée de sa mère.
— Mademoiselle Polaekys.
Elle s’arrêta. Sabé, l’ancienne servante de la Reine Amidala, l’attendait près d’une arcade. Son visage était un masque de sagesse et de secrets.
— Nous allons commencer par les procédures législatives locales. Le pouvoir, Syla, commence souvent par une virgule bien placée.
Syla hocha la tête. Sa voix était calme, parfaitement maîtrisée, mais au fond de son être, une partie d'elle-même se cabrait. Des mots... toujours des mots. C’était utile, elle le comprenait, mais cela lui semblait si lent face à l'urgence qu'elle sentait vibrer dans la galaxie.
À l’autre bout de la ville, Ryn bouclait son ceinturon. Son uniforme de la sécurité de Theed était simple, fonctionnel. Loin des intrigues de palais, il cherchait le concret.
— Première patrouille ? demanda un officier vétéran en ajustant sa casquette.
Ryn acquiesça d'un signe de tête.
— Tu verras, gamin. Ici, les problèmes sont discrets. Les loyalistes d'Amidala ne sont pas des farouches, ils préfèrent la plainte au coup de poing.
Ryn ne répondit pas. Il savait déjà, grâce à ce que son père lui avait murmuré, que les problèmes les plus graves sont justement ceux que l'on ne voit pas. Durant sa ronde, il ne regardait pas les monuments, mais les mains qui tremblaient, les regards qui fuyaient et les silences qui s'éternisaient dans les ruelles sombres.
Le soir venu, ils se retrouvèrent sur un balcon privé surplombant les chutes de la Solleu. C’était leur sanctuaire, le moment où leurs deux réalités fusionnaient à nouveau.
— Alors ? demanda Ryn en déboutonnant son col.
Syla haussa les épaules, pensive.
— C’est... instructif. Mais c'est une bataille de papier. On avance d'un millimètre par jour. Et toi ?
Ryn esquissa un sourire sombre.
— L'inverse. Trop rapide. Trop de visages louches. On sent que la ville retient son souffle sous le vernis impérial.
Alyna s’approcha doucement derrière eux.
— Syla, tu as impressionné Sabé aujourd’hui, elle ne tarie pas d’éloge à ton sujet, dit fièrement Alyna. Et toi Ryn, tu as la prestance de l’uniforme, comme ton père.
Ils allaient commencer leurs réponses mais se ravisèrent en même temps. Un frisson parcourut leur lien, comme une décharge électrique. La Force venait de se distordre. Quelque chose, ou quelqu'un, les observait.
Ce n'était pas la présence fluide et effacée des Medjaÿ. C'était une masse noire, lourde, une pression qui semblait absorber la lumière du crépuscule.
— Tu sens ? murmura Syla, sa main cherchant instinctivement celle de son frère.
— Oui, répondit Ryn, le regard fixé vers une ruelle en contrebas. Ce n'est pas eux. C'est... le vide.
Dans une ruelle étroite, noyée dans une obscurité que même les lampadaires de Theed ne parvenaient pas à percer, une silhouette se tenait immobile.
Un souffle. Mécanique. Lent. Rythmé comme une horloge de mort.
Dark Vador ne bougea pas. Sous son masque, ses yeux sondaient la trame de la Force.
Il avait senti une vibration. Pas deux individus séparés, mais une résonance. Quelque chose d'anormal. Ni Jedi, ni Sith, mais une fréquence qu'il n'avait pas ressentie depuis très longtemps. Une anomalie qu'il ne pouvait laisser exister.
La Force autour de lui se resserra comme une main invisible se refermant sur une proie.
— Intéressant, sembla murmurer le silence.
À quelques toits de là, invisibles dans les replis de la nuit, les Medjaÿ étaient déjà en position. Ils ne respiraient presque plus. Ils avaient reconnu la signature du Seigneur Noir.
Leur rôle était de protéger. Mais comment protéger deux adolescents contre un ouragan comme Vador sans se dévoiler ? Et s'ils se dévoilaient, ils confirmaient à l'Empire que Vyze Polaekys cachait quelque chose de précieux.
Le temps de l'observation venait de s'achever dans un fracas silencieux.
Le credo résonna dans leurs esprits : « Et si l’ombre tombe… nous devenons la lame. »
La nuit tomba sur Naboo. Et pour la première fois, la menace n'était plus un test de leur père, mais le prédateur ultime de la galaxie.