Chapitre 6 — Le nom du père
La libération d’Anoat fut rapide. Précise.
Presque chirurgicale.
Le Delphinus neutralisa les plateformes orbitales sans utiliser le canon kyber. Les Medjaÿ descendirent au sol aux côtés des forces locales insurgées, libérant les centres de détention et coupant les lignes de commandement impériales. En moins d’une journée, le gouverneur impérial était en fuite, et les transmissions vers Coruscant réduites au silence.
Une victoire propre. Trop propre.
Sur le trajet du retour, Vyze ne trouva aucun apaisement.
La Force… hurlait. Pas une vision. Pas une image.
Un choc, diffus, incessant, comme une onde qui n’en finissait pas de se propager.
Il tenta de méditer. Échoua.
Il tenta de dormir. Échoua.
À plusieurs reprises, il posa la main sur la paroi du vaisseau, comme s’il espérait sentir autre chose que le vide. Chaque fois, la même sensation revenait : une douleur sourde, lointaine… mais familière.
— Ce n’est pas nous, dit Jaden à voix basse, assis en face de lui dans la salle de méditation.
— Je sais, répondit Vyze.
— C’est Luke.
Ils se regardèrent un long moment sans rien ajouter.
Le Delphinus arriva à Home One dans un silence pesant. Les hangars étaient encore marqués par les stigmates de Hoth : vaisseaux endommagés, pilotes épuisés, mécaniciens travaillant sans relâche.
Luke Skywalker attendait déjà.
Il se tenait seul, près d’un hublot de la frégate médicale, le regard perdu dans l’immensité.
Il semblait plus vieux.
Pas physiquement, intérieurement.
Quand Vyze entra, Luke se retourna lentement.
— Maître Vyze.
Le mot résonna étrangement.
— Tu n’as jamais été mon élève, répondit Vyze doucement.
— Non, admit Luke en souriant.
Un silence.
Jaden resta en retrait, bras croisés, attentif.
— Vous m’aviez dit, reprit Luke, que vous aviez connu mon père et même combattu ensemble.
Le trouble se resserra dans la poitrine de Vyze.
— Oui, dit-il. Anakin Skywalker.
Luke inspira profondément.
— Vador…
Il marqua une pause.
— Vador est mon père.
Le monde sembla s’arrêter.
La Force se contracta brutalement autour de Vyze, comme si quelqu’un avait refermé un poing invisible sur son cœur. Jaden fit un pas en arrière, pâle.
— Non, souffla-t-il.
— C’est impossible, ajouta Vyze, sans y croire lui-même.
Luke secoua lentement la tête.
— Il me l’a dit. Sur Bespin. Et la Force… ne mentait pas.
Vyze ferma les yeux. Il revit le Temple. Le rire d’Anakin. Sa colère. Ses doutes. Ses choix.
Il revit Mustafar. La respiration mécanique. La lame rouge.
— Nous avons échoué, murmura Vyze.
Jaden serra les poings.
— Le Conseil. Nous tous. Nous l’avons laissé tomber.
Luke les observa, hésitant.
— Alors… tout ce que l’Empereur dit… Sur le côté obscur…
Vyze ouvrit les yeux et s’approcha.
— Écoute-moi bien, Luke. Ton père était un Jedi. Un homme brillant, imparfait, mais animé par le désir de faire le bien. Ce qu’il est devenu… ce n’est pas ce qu’il était destiné à être.
Luke avala difficilement sa salive.
— Et moi ? Suis-je destiné à devenir comme lui ?
Jaden posa une main sur l’épaule du jeune homme.
— Non, dit-il fermement. Parce que tu poses la question.
Vyze hocha la tête.
— La Force ne t’a pas amené jusqu’ici pour répéter une tragédie. Elle t’a amené pour la comprendre.
Un long silence suivit.
Puis Luke murmura :
— Il m’a proposé de le rejoindre.
Cette fois, le choc fut encore plus violent.
Vyze recula d’un pas, comme frappé.
— Et tu as refusé, demanda-t-il, déjà certain de la réponse.
Luke releva la tête.
— Oui.
La tension se relâcha légèrement, mais la gravité demeura.
— Alors la guerre vient de changer, dit Vyze à voix basse. Pas seulement pour la Rébellion. Pour la Force elle-même.
Jaden regarda tour à tour Luke et Vyze.
— Et Vador sait désormais que son fils est vivant. Qu’il a choisi la lumière.
Vyze fixa le vide au-delà du hublot.
— Non, corrigea-t-il doucement. Il sait que son fils existe. Et c’est bien plus dangereux.
Au loin, les étoiles continuaient de briller, indifférentes.
Mais pour Vyze et Jaden, quelque chose venait de se briser.
Et quelque chose d’autre venait de naître.