Chapitre 3 — Ce que nous avons fait dans l’ombre
La salle de briefing secondaire du Delphinus n’avait rien d’impressionnant.
Pas de cartes stratégiques monumentales. Pas de rangées d’officiers.
Juste une table circulaire, des holoprojecteurs éteints, et une atmosphère lourde d’attente.
Ryn et Syla étaient là.
Jeunes adultes désormais. Trop grands pour être protégés par des demi-vérités. Trop jeunes pour mesurer pleinement le prix de ce qu’ils allaient entendre.
Vyze se tenait debout, immobile. Alyna était assise, les mains jointes, le regard calme mais tendu. Jaden et Kara restaient en retrait, silencieux.
— Vous savez piloter, commença Vyze. Vous savez commander.
Il marqua une pause.
— Mais il est temps que vous sachiez pourquoi.
Un léger frisson parcourut la Force : Une sensation étrange… quand une porte longtemps fermée commence à s’ouvrir.
Syla prit la parole.
— On nous parle toujours de prudence. De silence.
Elle chercha ses mots.
— On voit des gens disparaître. Des cargaisons qui n’arrivent jamais. Des routes impériales qui s’effondrent sans explication.
Alyna leva doucement les yeux.
— Et vous avez compris que ce n’était pas un hasard.
— Oui, répondit Ryn.
Plus bas :
— Et que ça venait de nous.
Le silence retomba.
Vyze activa l’holoprojecteur.
Des images apparurent. Des routes d’approvisionnement impériales. Des stations laissées intactes mais inutilisables. Des convois arrêtés sans tir, sans massacre. Et une image : Le Cygnus.
Des décisions prises avec une précision chirurgicale.
— Nous n’avons jamais cherché à frapper les civils, dit Alyna. Ni à nous faire connaître.
— Tout ce que nous avons fait, ajouta Vyze, c’était pour ralentir. Gagner du temps. Créer des espaces où l’Empire ne pouvait pas tout contrôler.
— Vous êtes des rebelles, dit Ryn.
Ce n’était pas une accusation.
C’était une constatation.
Alyna se leva.
— Non.
Elle inspira profondément.
— Nous sommes des parents qui ont refusé de vous laisser hériter d’un monde entièrement brisé.
Les mots touchèrent juste.
— Vous nous avez menti, dit doucement Syla.
Vyze hocha la tête.
— Oui. Sans détour. Et c’est la partie la plus difficile à porter.
Il s’approcha.
— Nous vous avons protégés. Mais aussi enfermés dans une ignorance que nous jugions nécessaire.
— Et maintenant ? Demanda Ryn.
La question resta suspendue.
— Maintenant, répondit Alyna, vous savez.
— Et savoir change tout, conclu Vyze.
Jaden prit enfin la parole.
— La Force vous rend forts.
Il regarda chacun d’eux.
— Mais elle ne vous rend pas prêts.
Les jumeaux restaient suspendus à ces mots.
— Nous ne vous demanderons pas de choisir aujourd’hui, ajouta Vyze. Ni demain.
Il posa une main sur la table.
— Mais comprenez ceci : ce que nous faisons ne nous rend pas meilleurs que l’Empire.
Sa voix se fit plus grave.
— Cela nous oblige simplement à être plus justes.
Un long silence suivit.
Puis, presque à regret :
— Et si nous voulons aider ? Demanda Ryn.
Alyna échangea un regard avec Vyze.
— Alors vous commencerez par apprendre à ne pas être vus, dit-elle. Et à accepter que certaines batailles ne se gagnent jamais sous les projecteurs.
Vyze sentit la Force s’agiter doucement.
Pas comme une tempête mais comme une transmission.
Ils n’étaient plus seulement des enfants.
Ils devenaient les héritiers d’un combat que personne ne chanterait.
Et au fond de lui, Vyze comprit une chose terrible et belle à la fois : quoi qu’il arrive, ils ne pourraient plus jamais revenir en arrière.