Chapitre 13 — L’ombre des protecteurs
Naboo dans l’aile sud de la résidence discrète, la nuit était calme, trop calme.
Alyna observait le jardin illuminé par des lanternes douces. Les rires des enfants, plus tôt dans la soirée, s’étaient dissipés. À présent, seuls restaient les pas feutrés des Medjaÿ, invisibles mais omniprésents.
Elle les sentait… Toujours là… Toujours à portée… Toujours prêts. Des spectres gris dans un monde de couleurs.
Vyze entra dans la pièce sans bruit.
— Ils dorment, dit-il doucement.
Alyna ne se retourna pas.
— Je sais. Mais moi, je ne dors plus...
Un silence.
— J’en ai assez, Vyze.
Il se figea.
— Assez de quoi ?
Elle se tourna enfin vers lui. Ses yeux brillaient de cette rage lucide, cette clarté politique qu’il redoutait plus que tout.
— De vivre entourée d’ombres. De voir nos enfants grandir sous surveillance permanente. Tes Medjaÿ postés comme des gardes funéraires autour de notre maison. Ils attendent le moment où tout va s'effondrer.
Vyze inspira lentement.
— Ils sont là pour votre sécurité.
— Non, coupa-t-elle. Ils sont là parce que tu as peur !
Elle fit quelques pas vers lui.
— Tu as détruit le Cygnus. Pas capturé, pas saboté… Mais anéanti !
Vyze serra les dents, le regard fuyant vers l'horizon sombre du lac.
— C’était nécessaire… Pour vous…
— Pour qui ? Pour l’Empire ? Ou pour toi ? Ou pour nourrir ton illusion de contrôle ? Regarde-toi, Vyze. Tu as créé une fissure entre ta famille et ton devoir et chaque jour, tu y verses un peu plus de silence. Tu sais que quelque chose se brise. Tu sais que l’Empire te regarde autrement et tu sais que le BSI et surtout Thrawn ne lâchent jamais une piste !
Il leva les yeux vers elle.
— Pour eux, dit-il simplement. Pour toi. Pour nos enfants.
Alyna secoua la tête.
— Tu crois que je ne vois pas la fissure ? Elle est là, Vyze. Entre toi et eux.
Elle posa une main sur sa poitrine.
— Et chaque jour, elle s’élargit.
Ils marchèrent dans le couloir latéral qui à vue sur le lac.
Deux silhouettes Medjaÿ passèrent silencieusement.
Alyna les suivit du regard.
— Regarde-les, dit-elle. Ils vivent dans ton ombre. Ils respirent ton secret… Et si l’Empire découvre leur existence…
Elle laissa la phrase en suspens.
Vyze baissa la tête.
— Je ne pouvais pas faire autrement.
— Si, répondit-elle. Tu pouvais me dire à quel point c’était grave.
Il releva la tête, surpris.
— Tu crois que je voulais t’épargner ?
— Tu as voulu me protéger en me tenant à l’écart.
Elle s’approcha, posa une main sur sa joue.
— Je suis ton épouse, Vyze. Pas une simple spectatrice.
Un long silence les enveloppa.
Sur Coruscant au même moment, dans le Bureau de Sécurité Impériale, dans l’ombre, un officier du BSI observait des données flotter devant lui.
— Le Cygnus n’existe plus. Les sabotages ont cessé.
Un autre répondit :
— Ou ils ont changé de méthode.
Une pause.
— L’Amiral Polaekys est trop propre depuis trop longtemps… Et trop chanceux.
Un regard se leva vers un symbole discret : NABOO
— Le BSI n’en restera pas là, murmura l’officier.
Dans la Résidence de Naboo
Alyna s’éloigna légèrement de Vyze.
— Je te connais, dit-elle plus calmement. Tu ne peux pas servir deux maîtres éternellement.
Il la regarda, épuisé.
— Je sais.
— Alors écoute-moi, Vyze. Le jour où l’Empire décidera de te tomber dessus… Ce ne sera pas sur toi.
Elle leva les yeux vers l’aile où dormaient les enfants.
— Ce sera sur ce que tu aimes !
Vyze ferma les yeux, Alyna le laissa seul avec ses ombres.
Pour la première fois depuis longtemps,
Ce n’était pas la Force qui lui criait danger : C’était Alyna.
— Ils sont impressionnants, Vyze, commença son père d'une voix basse, tout en fixant l'horizon. Je comprends pourquoi ils sont là. Je comprends que tu aies besoin de cette protection. Mais... ils font peur à ta mère. Elle n'ose plus traverser le couloir sans sursauter.
Il se tourna vers Vyze, ses yeux marqués par l'inquiétude d'un homme qui a vu trop de guerres.
— Je ne suis qu'un homme ordinaire, fils. Je ne peux pas te donner de conseils sur la Voie des Jedi, ni t'expliquer comment commander ton armada ou diriger ton Delphinus. Ce monde-là m'est étranger. Mais je connais une chose : la famille.
Il posa une main lourde et protectrice sur l'épaule de Vyze.
— Je vous ai entendus vous disputer malgré moi… Si tu continues sur cette voie, si tu transformes chaque sanctuaire en forteresse et chaque repas en conseil de guerre... tu vas les perdre. Pas à cause d'un tir de blaster, mais parce que l'ombre que tu traînes derrière toi finira par étouffer Alyna et les enfants. On ne peut pas aimer quelqu'un à travers le blindage d'un croiseur éternellement.
Vyze baissa la tête, le silence pesant sur ses épaules plus lourdement que son grade d'Amiral. Il repensa au Cygnus, au BSI et à Thrawn qui hantait ses nuits.
— J’ai fait une terrible erreur, murmura Vyze, la voix brisée par une réalisation amère. J'ai été arrogant de croire que je pouvais défier l’Empire dans l’ombre, jouer leur jeu sur le pont du Delphinus, sans qu'il n'y ait de conséquences pour ceux que j'aime. J'ai ramené la guerre dans notre jardin, père. Et je ne sais pas si je peux encore l'en sortir.
— Alors, le seul conseil que je peux te donner, c’est de ne pas croire que tu peux continuer… sans en payer le prix…
— Je vais ralentir, c’est tout ce que je peux faire maintenant… Merci, père, pour tes conseils.