L'ENLEVEMENT D'ADELE LANDSBURY

Chapitre 3 : Où un corbeau se met à croasser...

3817 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 29/10/2020 06:01

« NON MONSIEUR Holmes ! Certainement pas.

- Je vous prie de bien vouloir reconsidérer la question.

- C’est d’ores et déjà reconsidéré. Il en est hors de question. »

Le visage du petit notaire de province, M. Albucklhurt, était fermé, particulièrement méprisant envers mon ami et moi.

« Veuillez comprendre notre position, je vous prie.

- Certainement pas, M. Holmes, répéta-t-il. Je vous connais de réputation, vous aimez fourrer votre nez dans les affaires privées des gens. Le testament du colonel Landsbury ne vous regarde en rien.

- Certes, mais il peut me fournir des indices précieux pour mon enquête et ainsi retrouver la fille du colonel.

- Je ne vois pas comment ce document d’intérêt privé peut vous servir à capturer un criminel. Maintenant veuillez me laisser, j’ai du travail. »

D’un regard suffisant, M. Albucklhurt nous désigna la porte. Je vis les pommettes de mon compagnon rougir sous le coup d’une froide colère contenue.

« Le colonel m’a demandé de retrouver sa fille coûte que coûte, je me vois dans l’obligation de lui faire part de la manière dont vous avez contribué à ces recherches.

- Vous croyez peut-être me faire peur M. Holmes ? demanda le notaire, goguenard. Il y a bien longtemps que je gère les intérêts de la famille Landsbury, je connais bien le colonel. C’est un ami.

- Alors en tant qu’ami de la famille, comprenez que j’ai besoin de connaître le contenu de ce testament.

- Bien essayé M. Holmes, mais cela ne marche pas. Vous ne saurez rien. »

Fatigué de se heurter à ce mur d’arrogance, Holmes se leva et m’enjoignit de le suivre.

« Bien M. Albucklhurt, nous n’allons pas abuser de votre temps plus longtemps. Je vous souhaite une bonne journée. »

Alors que nous allions quitter son étude, le petit notaire eut peut-être un sursaut de remords, il rappela Holmes.

« Je ne peux pas vous aider, M. Holmes, vous m’en voyez navré mais ma déontologie me l’interdit. Vous me comprenez ?

- Certainement.

- Il m’est impossible de vous dévoiler le contenu du dernier testament du colonel. C’est lui-même qui me l’a expressément demandé. Voyez avec lui.

- Du dernier ? demandais-je avec surprise.

- Oui. Le colonel a fait trois testaments durant sa vie. Ca je peux bien vous le dire, cela ne dévoilera rien. »

Holmes se rapprocha du bureau et posa ses deux mains sur le dossier d’un fauteuil.

« Trois testaments ? Voilà qui est étonnant.

- Pas tellement lorsqu’on connaît la vie privée du colonel. Il y eut un premier testament fait quelques années avant son mariage. Le deuxième à la naissance d’Adèle. Et le troisième a été réalisé il y a quatre mois.

- Quatre mois seulement ?

- Oui. Et je vous ai dis ce que ma conscience professionnelle m’a permis de vous dire. Je ne peux rien faire de plus pour vous.

- Vous m’avez été d’une grande utilité M. Albucklhurt.

- Je l’espère et pensez à en avertir le colonel.

- Je n’y manquerai pas, sourit Holmes ironiquement. »

Et nous quittâmes l’étude du notaire de la famille Landsbury, les nerfs passablement usés. Il nous fallut marcher quelques temps en silence dans la neige pour nous calmer et pouvoir reprendre une conversation.

« Quel imbécile ! Et il ose me demander de faire son éloge au colonel, murmura Holmes d’une voix rauque.

- Trois testaments, c’est incroyable.

- Cet esprit obtus nous a tout de même été fort utile.

- Je ne vois pas en quoi cela peut aider votre enquête.

- Le légataire du dernier testament est facile à découvrir. Il s’agit sans nul doute de cette chère Mlle Parker. Pour le deuxième, vu qu’il a été réalisé après la naissance d’Adèle, il ne peut s’agir que de cette dernière et de sa mère. Par contre, je ne vois pas qui peut être mentionné dans le premier testament… Je ne connais pas assez la vie personnelle de notre colonel…

- Un frère peut-être ? Ou un neveu ?

- Il ne nous reste plus qu’à trouver le meilleur emplacement pour récolter les informations qui nous manque. Un bon verre de whisky dans un pub ne serait pas de refus par ce mauvais temps.

- Mais pourquoi ne pas demander directement au colonel ? Je ne comprends pas tous ces mystères Holmes, il s’agit de retrouver la fille du colonel et vous semblez refuser de l’interroger.

- Savez-vous Watson pourquoi on a allumé un feu d’enfer dans la chambre d’Adèle la nuit de sa disparition ? me demanda le détective à brûle-pourpoint.

- Non. Il faisait froid ?

- On a brûlé un document dans la cheminée. Un document épais. Comme un livre…

- Ou un journal intime ? »

Holmes eut un petit sourire de triomphe.

« Vous faites des progrès tous les jours mon cher Watson !

- Adèle a neuf ans Holmes. N’est-elle pas un peu jeune pour rédiger un journal intime ?

- Je ne suis pas très au fait de toutes ces sortes de choses mais pourquoi pas ? »

Mon vieux compagnon ne connaissait pas grand-chose aux enfants, en effet, hormis les quelques sauvageons qui composaient sa compagnie de francs-tireurs de Baker Street bien incapables d’écrire leur propre nom.

« Prenons comme hypothèse qu’il s’agit bien d’un journal intime. Le feu a malheureusement trop bien fait son travail, il ne restait qu’un beau monceau de cendre, des fragments de la couverture épaisse, mais rien d’utilisable. Maintenant la question qui en découle est : qui a brûlé ce document le soir de l’enlèvement d’Adèle ?

- Ce ne peut pas être Adèle elle-même ?

- Watson ! Je vous ai dis qu’Adèle avait été droguée le soir de son enlèvement. Elle était bien incapable de brûler quoique ce soit.

- J’avais oublié ce détail ! C’est vrai que notre criminel a un complice au manoir.

- Et je verrais bien une jeune femme blonde aux yeux bleus dans le rôle.

- Vous êtes impossible Holmes. »

Et mon camarade se mit à rire tandis que nous poussions la porte d’un pub nommé « Scottish boy ».


Les verres succédèrent aux verres, les questions aux questions. Holmes tirait les confidences de notre hôte sans aucune difficulté, se faisant passer pour un journaliste enquêtant sur l’enlèvement d’Adèle. A la plus grande joie de notre hôte, tout heureux de se faire interroger. Après quelques banalités sur le village et le temps exécrable, Holmes entra dans le vif du sujet.

« Et l’affaire Landsbury ?

- Vous allez citer mon pub dans votre journal ?

- Bien entendu, sauf si vous ne le voulez pas. Notre journal accepte sans problème les déclarations anonymes.

- C’est que le colonel a quand même mauvais caractère. Je n’aimerai pas…

- Ne vous inquiétez pas ! J’ai l’habitude. Alors cette gouvernante ?

- Mlle Parker n’est pas de la région. Je ne sais pas trop où le colonel l’a trouvée…

- Comment est-elle ?

- Moi je trouvais que c’était une brave femme, mais les bruits courent comme quoi elle va bientôt épouser le colonel. C’est une fine mouche. Elle a flairé le magot. C’est même écrit dans le journal.

- Dans le journal ?

- Un concurrent à vous j’imagine, mais il a été plus rapide que vous à flairer le pot aux roses. »

L’aubergiste souriait d’un air amusé, sans songer à mal.

- On parle dans le journal de Mlle Parker ?

- Comme vous allez le faire j’imagine. Il faut bien mettre les gens en garde contre ce genre de…créatures.

- Ce genre de créatures ! Comme vous y allez ! Vous n’aimez vraiment pas Mlle Parker, je vois.

- Elle a trompé tout le monde et je trouve cela inadmissible.

- Il faut la mettre en prison. Ces femmes ne méritent pas de vivre, hurla une grosse serveuse, un plateau couvert de verres de bière vides à la main.

- Tais-toi donc, Mary. On t’a pas sonné.

- Je n’ai pas peur de dire tout haut ce que tout le monde dit tout bas. J’espère que ce type tiendra parole.

- Ce type ? demandai-je, surpris. »

Holmes me poussa du coude. Ces histoires ne l’intéressaient pas, il voulait du concret.

« Et la fille du colonel ?

- Une petite gamine bien gentille. Je vois pas quoi vous dire de plus. Assez prétentieuse peut-être…

- Et le reste de la maisonnée ?

- Des gens du pays, tous très bien. Pour moi, il n’y a que la gouvernante qui peut être la coupable. Une fille qui vient dont ne sait pas où. De toute façon, c’est la corde qui lui faudrait.

- Ha ! Vous voyez c’est que je disais, rétorqua la grosse femme qui servait à boire aux quelques clients attablés. Il faut la pendre cette traînée. Elle doit être Irlandaise, et quand on connaît les Irlandais, on ne s’étonne plus de rien. »

Mon sang ne fit qu’un tour, il y avait des Irlandais dans ma famille.

« Madame, je vous en prie.

- Je dis ce que je pense, si cela ne vous plaît pas, allez voir ailleurs.

- Mary, occupe-toi de tes clients. Excusez-la messieurs, son premier mari était Irlandais et il l’a lâchement abandonnée. »

La grosse femme reprit son travail en bougonnant, non sans laisser traîner une oreille de notre côté.

« Le colonel a-t-il encore de la famille de son frère ? demandai-je en songeant aux propos du colonel lors de la promenade dans le parc.

- De son frère ? Il y avait bien un neveu, mais ils ne se parlent plus depuis longtemps. Mary ! Tu sais ce qu’il est devenu le neveu du colonel ? »

Toute heureuse, la serveuse revint vers nous, abandonnant avec joie sa tâche ingrate.

« Michaël Landsbury ? Il a été jeté à gros coups de pieds dans le… Le colonel en a eu assez d’éponger ses dettes de jeux. Mais c’est une vieille histoire. Michaël est parti pour l’Amérique, il y a des années de cela. Six ou sept ?

- Un neveu prodigue ? Pourrait-il revenir ?

- Cela m’étonnerait, monsieur, le colonel et lui sont fâchés à mort. La cuisinière du manoir m’a raconté qu’ils s’étaient copieusement insultés et que le jeune a juré de ne jamais revenir, même les pieds devant. Le colonel a répondu qu’il en était bien heureux. »

La grosse serveuse était toute contente de raconter ses ragots, savourant chaque mot avec délice.

« Adèle était toute jeune à ce moment-là. Peut-elle s’en souvenir ?

- Je ne sais pas monsieur. »

Holmes ferma d’un coup sec le petit calepin sur lequel il avait pris des notes durant l’interrogatoire.

« Bien, nous n’allons pas vous déranger plus longtemps. Merci pour votre collaboration. »

Nous sortîmes et je respirai avec joie l’air pur et frais de l’extérieur.

« Un cousin disparu. Pourquoi pas ?

- Vous ne croyez plus à la thèse de la femme fatale croqueuse d’héritage ? demandai-je ironiquement.

- Toutes les hypothèses doivent être étudiées. Même votre angélisme peut avoir du vrai. 

- Je suis quand même surpris de voir une telle haine face à Mlle Parker. Les journaux n’ont pas dû être tendres avec elle lors de l’enlèvement d’Adèle mais c’est une jeune femme si jolie, si charmante.

- Et qui a réussi à se faire faire un enfant par un homme bien tranquille et lord qui plus est. Charmante en effet, mon cher Watson. »

Et nous rîmes de concert.


Arrivés devant le manoir, nous ne songeâmes plus à rire. La police était présente et l’inspecteur Stanley semblait commander une armée d’occupation. Ses soldats fouillaient partout, certains inspectaient les fourrés avec attention. J’eus le cœur serré en voyant ces occupations, se pourrait-il que l’inspecteur ait découvert quelque chose ? Le corps d’Adèle était-il… Dés qu’il nous aperçut, l’inspecteur nous rejoignit, ses pas étaient amples et vifs dénotant une forte exaspération.

« Vous auriez pu me prévenir M. Holmes ! Je m’attendais à un coup bas de votre part mais cela dépasse l’entendement. Croyez-moi, je vais envoyer un rapport détaillé à Scotland Yard.

- Pardon ? demanda Holmes avec un étonnement pas feint.

- Ne prenez pas cet air surpris. De toute façon le colonel m’a demandé de vous chasser dès votre retour, il ne veut plus de vous ici. Vos malles sont déjà dans la voiture.

- Auriez-vous l’amabilité de m’expliquer ce qui se passe ?

- Vous êtes un être abject monsieur et je ne m’excuse pas d’employer un terme aussi cru. Filez. »

L’inspecteur tourna les talons avec mépris et rejoignit ses hommes. La patience de Holmes était à bout et son étonnement passé, il réagit violemment à ces insultes gratuites. Il rattrapa l’inspecteur en quelques enjambées et l’agrippa par l’épaule. Les deux hommes se mesurèrent du regard, je craignis un instant qu’ils n’en viennent aux mains, les policiers avaient cessé tout travail et nous observaient avec stupéfaction.

« Je ne vous permets pas monsieur. Je ne comprends pas la raison de votre colère. »

Pour toute réponse, l’inspecteur plongea la main dans la poche de son veston et en sortit un journal. Il le tendit au détective d’un geste dédaigneux.

« Vous reconnaissez votre œuvre ? »

Holmes lut un article entouré en rouge et ses sourcils se levèrent sous l’effet de la stupeur.

« Je n’ai jamais écrit cela. Quand cela a-t-il été publié ?

- Ce matin, répondit sèchement l’inspecteur. Vous comprenez bien que ce sont peut-être les manières de la grande ville mais ici il est hors de question que je vous laisse agir ainsi. Vous ne pensez pas aux conséquences, au scandale que vos actes engendrent.

- Où est-elle ?

- Sous bonne garde. Je me serai refusé à l’emprisonner mais je vais y être obligé vu l’impact que vos écrits ont eu sur la population. Il va me falloir autre chose que vos élucubrations.»

Holmes avait accusé le coup et m’avait appelé pour me transmettre le journal. Ce que je lus me stupéfia. C’était tiré du Daily Telegraph, un journal pourtant sérieux. Le journaliste était Roy Robston.


« Déductions et confidences


M. Sherlock Holmes est arrivé à Norwich depuis peu et l’affaire est déjà classée. Selon les propres mots du détective, il ne lui a pas fallu longtemps pour comprendre ce qui se tramait chez le colonel Landsbury. La jeune et élégante gouvernante Mlle Jane Parker n’est pas innocente dans cette affaire. M. Holmes nous a certifié qu’elle n’était pas ce qu’elle disait être. Durant ces recherches, M. Holmes a découvert que son vrai nom est Jane Nordon, épouse de Paul Nordon, clerc de notaire de son état. Cette femme serait entrée au service du colonel dans le seul but de l’épouser. D’ailleurs n’est-elle pas enceinte et en passe de devenir officiellement la nouvelle Lady Landsbury ? L’enlèvement d’Adèle arriverait à point pour cette intrigante. M. Holmes a d’ailleurs affirmé avec force qu’il allait tout mettre en œuvre pour faire cesser ce scandale. Ce que nous pouvons croire sur parole car la réputation de M. Sherlock Holmes n’est plus à faire. »


Jamais mon ami n’aurait dit cela, jamais il n’aurait rencontré des journalistes pour parler d’une enquête en cours, surtout pour dévoiler ainsi un tissu de mensonges. Je comprenais alors l’attitude du notaire M. Albucklhurt, il a dû trouver que Holmes ne manquait pas de toupet d’oser l’interroger après de telles révélations dans la presse du matin même.

Le détective gardait un visage fermé.

« Je sais que vous ne m’appréciez pas, inspecteur, mais il va vous falloir me croire sur parole.

- Tiens, vous m’étonnez. Pas de preuve contre Mlle Parker je suppose ?

- Je n’ai pas rencontré de journalistes.

- Que s’est-il passé alors ?

- La réponse à cette question ferait beaucoup avancer cette enquête, sourit Holmes. 

- Qu’avez-vous décidé de faire inspecteur ? demandai-je.

- Mes hommes fouillent tout le périmètre. Peut-être trouveront-ils quelque chose…

- Vous pensiez réellement que j’aurai pu me livrer à cet éclat ? reprit mon camarade.

- Je ne vous connais pas M. Holmes et votre réputation… »

Le ton de l’inspecteur se faisait plus doux, il reprit le journal en main et l’observa attentivement.

« Puis-je parler à Mlle Parker ? 

- Le colonel ne va pas apprécier mais je vous permets M. Holmes. »

Et je suivis mon compagnon jusqu’à la demeure du colonel. Celui-ci était invisible mais nous entrâmes dans une pièce où deux policiers gardaient la jeune gouvernante en larmes. Celle-ci à notre vue se leva et accourut vers nous. Elle se tordait les mains de désespoir.

« Je comprends M. Holmes votre courroux à mon égard, mais vous n’auriez pas du. Je ne suis pas coupable de l’enlèvement d’Adèle.

- En quoi mon courroux est-il compréhensible ? demanda Holmes avec surprise.

- Je ne suis pas une femme honnête mais je suis sincère dans mon amour pour le colonel. Et j’aime Adèle. Comment avez-vous pu ? »

Elle s’assit sur un fauteuil, les yeux remplis de larmes. Holmes voulut s’approcher pour l’interroger lorsque la porte fut ouverte avec fracas. L’inspecteur Stanley était entré, les yeux brillants de colère.

« Mme Nordon. Vous allez nous suivre. Je vous arrête pour l’enlèvement et le meurtre de la jeune Adèle Landsbury. La domestique vous enverra une malle avec quelques vêtements. »

Un cri aigu répondit à ces paroles sèches.

« Mais ce n’est pas possible. Je suis innocente.

- Niez-vous que vous vous appeliez Mme Jane Nordon ? »

La jeune femme baissa la tête, honteuse, vaincue et d’une petite voix fluttée, elle acquiesça.

« Non, je ne le nie pas.

- Niez-vous que ceci vous appartienne ? »

Et l’inspecteur exhiba un petit flacon brillant. La jeune femme secoua la tête, ne sachant quoi répondre. Pour ma part je reconnus immédiatement une fiole ressemblant aux autres présentes dans sa chambre.

« J’ai beaucoup de flacons de ce genre. Qu’est-ce ?

- De la morphine. Elle vous a servi à droguer Adèle le soir de son enlèvement. C’est vous qui avez apporté la tisane à Adèle cette nuit-là.

- Mais ce n’est pas vrai. Je n’ai jamais eu de morphine.

- Niez-vous que vous soyez enceinte du colonel ?

- Je ne le nie pas. Mais je suis innocente.

- Niez-vous que vous alliez l’épouser ?

- Non, mais je n’ai pas enlevé Adèle.

- Burke, Hare. Saisissez-la.

- JE SUIS INNOCENTE.

- Je vous arrête. Nous en reparlerons. En avant.

- M. Holmes, je vous en prie. M. HOLMES ! »

Mon compagnon n’avait pas bougé, observant froidement la scène. Les deux policiers s’étaient emparés de la jeune femme, qui ne s’était pas débattue. Et Mlle Parker…enfin Mme Nordon…disparut dans une voiture non sans avoir clamé son innocence.


Quelques minutes se passèrent dans le silence le plus total. Les policiers avaient disparu. Il ne restait de leur passage que les marques de leurs chaussures sur le sol et un goût amer dans la bouche. Holmes enfin s’ébroua et nous quittâmes la pièce. Puis devant la porte d’entrée du manoir, nous rencontrâmes le colonel. Il ne sembla pas nous voir, les yeux fixés sur l’horizon. Lorsque nous passâmes à côté de lui, une voix impersonnelle raisonna.

« Vous auriez pu me le dire.

- Je suis désolé, sir.

- Ce sera dur d’oublier ce scandale.

- Oui, sir. »

Les yeux du colonel, abattus, se posèrent sur le détective. Si Landsbury avait été en colère contre Holmes, toute colère avait disparu, laissant la place à une profonde amertume.

« Est-elle coupable ?

- Je crains qu’elle ne vous ait menti.

- Je parle pour Adèle.

- Je ne sais pas encore, sir.

- Espérons que vous vous soyez trompé. Je l’aime vraiment M. Holmes. »

Et le colonel disparut dans les profondeurs de la maison, tombée dans le silence le plus complet. Un vrai tombeau.

« Avant toute chose mon cher Watson. Je dois découvrir qui se cache derrière mon nom. Qui a joué le rôle du corbeau ? »

Et la fin de la journée fut utilisée par Holmes pour terminer quelques recherches dans les environs et rentrer à Londres. C’est à Londres pensait Holmes que se trouvait une partie de la solution à l’énigme qui nous occupait. Il partit et me demanda de veiller sur le colonel. Je ne compris que trop tard ce que ces quelques mots avaient de prophétiques… 


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