Mickey sort de la pièce avant même que Svetlana ait terminé de s’asseoir. Il sait qu'il panique. Il sait que sa respiration est totalement foutue, qu’elle danse la Macarena en fois trois et que ses poumons sont incapables de suivre.
Pourquoi elle est là ?
En soi, la partie rationnelle de son cerveau sait – elle est là parce que Mike l’a retrouvée afin de la faire témoigner. Mais cette partie est bien trop loin actuellement.
Il a les deux mains sur ses genoux et il force tellement sur ses yeux fermés qu’il voit des tâches blanches sur le noir de ses paupières. La voix de Ian semble si loin. Trop loin. Trop loin derrière le son de son sang dans ses oreilles, dans son crâne. Derrière le son de son coeur pompant encore et encore parce que bordel il est encore en vie malgré tout.
Il a l’impression d’être sur ce putain de canapé moisi et déglingué. Il a l’impression que son crâne est fêlé à nouveau et que sa tête bourdonne à cause du manque de sang et du coup qui résonne encore. Il sent la menace du flingue face à ses yeux. Il sent l’odeur de la maison pourrie. Il entend les hurlements de son paternel et les insultes.
Il voit Ian, ensanglanté et terrorisé.
Il voit Ian, inquiet et angoissé vu que Mickey n’arrive pas à reprendre sa respiration.
Il voit les lèvres de son mari bouger mais il n’entend que son sang.
Sa respiration se coupe et ses yeux s’élargissent quand Ian l’embrasse.
Ce n’est qu’un bécot rapide. Un simple bisou sans prétention, sans aucune intention romantique ou même intime. Pourtant le Milkovich a l’impression de reprendre une goulée d’air. Ian mime une respiration lente, sa main montant et descendant entre eux et il la suit des yeux pour se forcer à reprendre le contrôle de son corps.
Cela prend plusieurs minutes mais tous deux s’en foutent. Il prend le temps dont il a besoin. Il sait que Ian est fier de lui pour ça, pour pas retourner directement sur les chapeaux de roues dans cette salle où son ex-femme parle de ce jour auquel il ne veut plus penser. Il veut passer les jours en avance rapide, passer le procès et arriver au jugement, après le jugement, histoire d’oublier toute cette histoire à jamais.
Il veut juste être avec son homme. Avec son mari. Rien de plus.
Il en a le droit, n’est-ce pas ?
« T’te sens mieux ? » demande Ian d’une voix presque inaudible, son front contre le sien.
Mickey acquiesce lentement, prenant une nouvelle fois une forte respiration avant qu’il ne laisse son corps reprendre une forme de normalité. La grande main du roux passe dans sa nuque et les lèvres prennent la place de son front. Il ferme les yeux une seconde à la douceur de l’acte.
« J’veux pas y retourner. » dit-il dans un souffle.
Les deux mains de Ian voyagent jusqu’à ses joues, forçant son visage à se pencher en arrière pour qu’ils puissent se regarder dans les yeux. Les iris vertes sont vibrantes d’amour, d’inquiétude et de fierté. Un cocktail qu’il voit souvent à vrai dire.
Un sourire espiègle se fait sur les lèvres de son mari.
« On peut toujours se cacher quelques temps. »
Cela le fait ricaner. Et le sourire du plus jeune s’agrandit en réponse. Avant que Ian ne se penche à son oreille.
« J’suis sûr j’peux te faire tout oublier en deux minutes chrono. »
Une partie de lui est dépitée de la proposition de son homme. Vraiment. Le mec si fier de sa connerie, le brun le voit à son sourire et il l'entend dans sa voix, et si sûr que ça peut marcher…
Une autre partie de lui est bien trop amoureuse de cet idiot et ne peut s’empêcher d’éprouver une grande tendresse à cette proposition dévergondée.
La troisième partie ? Oh elle est totalement pour.
« Deux minutes chrono ? » fait-il avec un sourcil haussé et un sourire en coin.
« Deux minutes. »
.
Quand ils reviennent de leur petite aventure dans les toilettes, Iggy est hors de la salle et il pousse un long soupir résigné en les voyant revenir. Il sait que Ian a un air trop bienheureux sur le visage pour que personne ne puisse deviner ce qu’ils ont foutu. Et ses cheveux sont dans tous les sens à cause de ses mains.
Oups.
Son frère aîné lui tend un simple papier, qu’il regarde perplexe pendant quelques secondes avant de reconnaître l’écriture de Svetlana.
« Elle m’a juste dit de te donner ça. » répond le plus vieux à la question non formulée dans son regard. « Elle a fini avec son témoignage et elle a déjà quitté le tribunal. »
Mickey acquiesce, se mordant la lèvre sans savoir que faire de ce bout de papier, ce numéro de téléphone et cette adresse. Cela finit dans sa poche.
Ce n’est pas quelque chose à laquelle il veut penser pour le moment.
Ce n’est pas quelque chose à laquelle il peut penser actuellement.
Pas avant la sentence.
« Ils sont entrain de faire leur discours de fin. » continue Iggy avec nonchalance. « On peut rester là en attendant les autres. »
« Comment ça s’est passé avec ‘Lana ? » demande Ian avec une vraie curiosité dans la voix.
Ce que Mickey ne possède pas, alors il s’assoit sur le premier banc à côté des deux autres hommes, contre le mur de la salle dans laquelle il avait passé bien trop d’heures à son goût.
Sa tête se pose en arrière, son crâne rencontrant le mur doucement, et il ferme les yeux. Il pourrait tellement dormir là. Il a tellement dormi dans de pires endroits ou dans des positions bien plus cheloues. Il sent la fatigue arriver dans son corps.
L’adrénaline de sa crise de panique avait été remplacé par l’endorphine et la p’tite mort mais maintenant l’addition des deux le rattrapait.
Son lit l’appelait. Leur chambre peu pratique mais la leur. Les bras de Ian, légalement sien. Mais le bois dur sous son cul suffirai amplement s’il finissait par s’endormir pour de bon.
Mais en vu de la voix d’Iggy dans son oreille, ça n’arrivera pas.
« J’sais bien qu’il te baise bien mais de là à t’endormir juste après, frère vraiment.. ? »
« Ta gueule Iggy. » répond-t-il sous le rire combiné des deux hommes. Il ouvre un seul œil et le pose sur son frère. « S’faire avaler l’cerveau par la queue ça fatigue. »
Son aîné surjoue son dégoût et Ian rit un peu plus. Le gardien de leur salle leur mima de parler moins fort.
Mickey referme simplement son œil ouvert, s’affalant un peu plus sur lui-même, légèrement secoué par le poids du roux qui se laisse tomber sans délicatesse à ses côtés. Il laisse les deux hommes parler entre eux, la main de son homme se plaçant sur sa cuisse, plus précisément entre ses jambes fermées.
Ce simple contact le rempli d’amour pour ce mec qui a sa bague au doigt. Pour lequel il a prit deux balles. Pour lequel il est allé en prison trois fois. Pour ce mec qui avait tout son coeur entre les doigts depuis presque huit ans.
Les portes s’ouvrent plusieurs minutes plus tard. Ian et lui se lèvent, Mandy s’accroche à lui sans qu’il ne puisse l’en empêcher.
« Alors ? » interroge Ian à l’ensemble de leur petit – grand – groupe, de leur famille.
« Les jurys sont partis en délibération. Pas sûre que ça prenne très longtemps à vrai dire. »
Colin et Iggy ricanent à la réponse de Fiona.
« Si on a le temps de pisser, c’est un miracle. » ajoute Sandy avec un ton narquois.
« J’irai pas aux chiottes de toute manière. » continue l’aîné Milkovich, avant de mimer de vomir.
V’ fronce les sourcils à cela, ainsi que d’autres, certains ont l’air perplexe. Mandy lui lance un regard depuis sa gauche et elle lève les yeux au ciel en lisant quelque chose sur sa tronche.
Ce que Sandy et Colin semblent voir également.
« Nooon ! » font-ils tous deux, faisant se mordre les lèvres son homme pour ne pas rire.
« Qu’est-ce que je loupe ? » demande Emi avec un sourcil haussé.
Lip’ regarde le manège entre sa fratrie et Ian avant de pousser un long soupir, passant une main sur son visage.
« Ils ont baisé dans les chiottes. »
Sous la huée de ‘’pardon ?!’’, Mickey est à peu près sûr d’entendre sa belle-sœur enceinte lancer un ‘’kinky’’ qui fait retourner Colin vers elle avec un air surpris. Visiblement son frère était tombé amoureux d’une aussi cinglée qu’eux, fun.
« Je plains vos vies sexuelles franchement. » râle-t-il.
Kev’ ouvre la bouche pour rétorquer mais V’ l’en empêche avant même qu’une syllabe ne sorte. Ouais. Merci. Il en savait déjà beaucoup trop de leur vie sexuelle.
Leurs vidéos sont toujours sur le net bordel.
Le gardien appelle les témoins, familles et visiteurs de l’audience et procès de Terrence Milkovich à re-rentrer dans la salle, une ou deux heures plus tard. Ce qu’ils font en silence.
Le juge tape de son marteau une énième fois, quand bien même il n’en a pas vraiment besoin. Mickey et Ian ont tous deux la gigote, une jambe tremblante chacun. Si le roux n’avait pas sa main prisonnière, il est à peu près sûr que les deux seraient contre sa bouche.
Il s’arrache les peaux mortes de sa main libre à la place.
« Messieurs, mesdames les jurés, qu’avez-vous décidé pour l’audience de l’état d’Illinois contre Terrence Milkovich pour l’affaire numéro 48-K-70-D-909, soit le vol prémédité de l’appartement numéro 83, appartenant à l’époque à Frejus Maribord, et le meurtre de Frejus Maribord ? »
« Coupable. »
Mickey papillonne des yeux au verdict. Et au suivant. Et tous ceux d’après. Chaque affaire où Iggy, Colin, Sandy, Mandy ou lui ont bien pu témoigner. Chacune d’entre elles. Coupable.
Rien qu’avec ça, rien qu’avec ça il sait que Terry ne sortira pas de taule. Sa jambe se calme.
« Pour la plainte contre Terrence Milkovich pour abus physiques et moraux sur ses propres enfants ? »
« Coupable. »
Marteau. Mickey lance un regard à Iggy qui se mort la lèvre pour ne pas sourire.
« Pour la plainte contre Terrence Milkovich pour mise en danger et non-protection de ses enfants ? »
« Coupable. »
Marteau. Il se tourne vers Colin qui jubile.
« Pour la plainte contre Terrence Milkovich pour viol incestueux et sur mineure, sur sa fille Amanda Milkovich ? »
« Coupable. »
Marteau. Ses yeux trouvent ceux de sa sœur, si semblables aux siens, qui sont remplis de larmes. Des larmes de joies et de soulagement.
« Pour la plainte contre Terrence Milkovich pour viol par proxy sur mineur sous menace armée, sur son fils Mikhailo Milkovich ? »
« Coupable. »
Marteau.
Il regarde Ian. Ian qui sourit sans pouvoir s’en empêcher, le visage rayonnant de soulagement. Il a l’impression de vivre un putain de rêve.
« C’est fini Mick’. » lui fait le plus jeune, la voix douce.
Yup.
C’est fini.
« Pour toutes ces affaires, je condamne l’accusé, Terrence Milkovich, à la prison à vie sans possibilité de conditionnelle ou de sortie pour bonne conduite. La sentence sera servie à l’UPS Marion. La séance est levée. »
Dernier coup de marteau.
Dernier clou dans le cercueil.
Son paternel hurle, les mots ukrainiens résonnant dans la salle, alors qu’il essaye d’attraper son avocat pour l’étrangler – à tout hasard. Il est vite arrêté par la fliquette, qui le tase sans aucun scrupule. Mickey regarde le monstre de son enfance et de son adolescence convulser sur le sol.
Putain il s’en réjouit.
Putain de merde. Ils sont libres.
« J’vais t’embrasser. » est la seule chose qui passe ses lèvres avant d’attraper Ian par le col et de lui rouler la plus grosse pelle qu’ils ont jamais échangé devant leur famille, devant des inconnus.
Quoique. Celle au club et celle de leur fiançailles doivent être au même niveau. Pas la même ardeur.
Il entend les sifflements de V’, les applaudissement de Kev’, les rires et les hurlements joyeux des Gallagher.
Il n’entend pas Colin, Sandy et Mandy mais il se doute qu’ils sont tout aussi occupés.
Juste histoire de faire un dernier doigt d’honneur à Terry.
Quand il se recule enfin, Ian le regarde avec tant d’amour qu’il ne peut que sourire.
« Je suis tellement amoureux de toi putain. » marmonne le roux.
Mickey veut rire. Mickey veut hurler au monde l’amour qu’il a pour cet homme.
Il se rappelle de cette phrase lors de leur nuit de fiançailles.
« Je t’aime aussi. »
Le sourire de son mari s’agrandit un peu plus, si c’était possible. Et il l’embrasse à nouveau.