Tom descend prudemment les marches extérieures. Elles sont humides et glissantes. Il doit faire attention, ce n’est pas le moment pour une mauvaise chute. D’ailleurs, cela lui fait penser que sa camarade ne semblait plus se plaindre de la cheville. Il faudra qu’il s’enquière de sa santé à ce sujet lorsqu’il la reverra. Finalement, peut-être était-il passé à côté d’une information lors de l’auscultation. Laure est une fille bien, il s’en veut de l’avoir suspectée et d’avoir pensé qu’elle pouvait feindre la douleur.
Le docteur vient de quitter son amie. Cette dernière a fermé la baie vitrée derrière lui et elle a bien fait. Impossible de savoir combien d’esprits malveillants règnent dans les parages. Tom pourrait croiser les doubles de ses camarades mais aussi de nouveaux sosies aux traits familiers. Dans ces tableaux qu’on leur impose, certaines figures reviennent avec récurrence, comme le papy dément ou la campeuse, ces personnes pourraient aussi être copiées ici.
Officieusement, tant que Wendy n’a pas été retrouvé, ils ne sont plus que deux. Tom a confiance en Laure. Cette femme est pleine de ressources et il ne lui arrivera rien pendant leur séparation. Elle a prouvé à plusieurs reprises qu’elle était forte et astucieuse. La parfaite « dernière fille ».
Tom a compris que dans ce tableau, des jeux de dupes pouvaient tromper leurs esprits. Il doit rester vigilant. Concernant Laure, il n’a pas de doutes quant à son identité. La Laure qu’il vient de quitter est la véritable Laure. Même tenue blanche customisée, des souvenirs communs des précédents tableaux… Et, surtout, si cette femme avait été un imposteur, elle n’aurait certainement pas su évoquer la fille de Tom. Son amie a su se souvenir que la fille de Tom s’était inscrite à des cours de capoeira en suivant les conseils de l’influenceuse. Impossible de connaître un tel détail sur sa vie privée avant qu’il ne l’ait évoqué dans le cabanon.
Ses enfants, voilà pourquoi Tom continue de se battre et de rester debout. Ce qu’il est en train de vivre est peut-être un signe de démence, le fruit de son imagination. Mais l’inverse pourrait aussi être possible : être réel et le faire basculer dans la folie. C’est pour ça qu’il doit tenir. Rester le plus lucide possible. Rester en vie. Tom ne comprend pas tous les tenants et aboutissants de ce qui lui arrive, mais il a conscience qu’un craquage et une perte totale de contrôle pourraient être aisés dans un tel contexte. Rester maître de soi est certainement l’ultime épreuve de ce jeu morbide.
Même s’il espère que rien de tout cela ne soit véritablement vrai, Tom est chagriné par le fait que leurs camarades décédés ne reviennent pas à la vie d’un tableau à l’autre. Ce n’est pas bon signe. Il refuse de croire que ses compagnons sont morts, cette idée l’aide à ne pas craquer. Il se maintient à cet espoir pour ne pas couler. Pour autant, par prudence, il ne veut pas être le prochain sur la liste. Il ne serait pas prêt à se sacrifier comme l’a fait Bruce. Et les morts que ces mondes proposent sont toutes aussi terribles et terrifiantes les unes que les autres.
En réalité, ses compagnons morts au combat n’ont pas totalement disparu d’un tableau à l’autre. Le fantôme de Johnny est venu les tourmenter dans la maison aux décorations d’Halloween. Dans ce cas, il est probable que dans cet univers-ci, il se retrouve confronté aux doubles de leurs amis défunts. Mais les survivants sont également les cibles. Tom a rencontré son sosie et avec Laure, ils se sont battus contre la jumelle de Wendy. Le doute sera toujours là. Difficile de discerner le vrai du faux, qui est le double et qui est le véritable ? Comment continuer à faire confiance à ses amies ? Comment être capable de les tuer si cela devenait nécessaire ? S’il retrouve Wendy, comment l’accueillera-t-il ? S’il tombe sur un double de Laure, comment réagirait-il ?
Quand il s’est vu, Tom a totalement vrillé. Pendant un instant, il est devenu bestial et a laissé sortir toute sa haine, sa rage et sa frustration. Toutes les émotions négatives qu’il avait refoulées depuis le début de cette aventure ont explosé quand il s’est battu contre cet autre lui. Une fois son jumeau anéanti, il ne l’avait même pas regardé. Il s’était relevé et avait continué sa route, à la recherche des deux dernières survivantes.
Quand il a retrouvé Laure, Tom n’a pas osé lui donner trop de détails quant à ce double. Inutile d’affoler trop la jeune femme. Il ne voulait pas que Laure doute de son identité, mais il ne souhaitait pas non plus qu’elle le voie comme un criminel. Alors il est resté évasif autant que possible, y compris sur le sort qu’il avait réservé à ce jumeau maléfique. Encore une fois, le plus gros risque de ce monde est de soupçonner l’autre. Sans confiance, impossible de finir cette aventure vivant !
Actuellement, Tom a moins confiance en lui-même qu’en son amie. Dans la lutte contre son jumeau, il a eu le temps de constater certaines différences. Il a eu l’impression de se retrouver face à un lui plus jeune. Un Tom hésitant, faible. Les seuls moments où cet autre attaquait, c’était lorsque Tom était à terre ou de dos. Le sentiment était étrange. Cet autre lui était… Lâche. Mais surtout, ce sosie avait des cheveux ! Tom garde le crâne rasé depuis plus de dix ans. Pourquoi cette copie avait-elle des cheveux ? Laure a certainement raison. Les doubles sont conçus d’après l’image que leurs ravisseurs ont d’eux. Donc, si Tom connaît leurs tortionnaires, ces derniers ne l’ont pas vu depuis plus de dix ans. Il n’avait pas osé donner ce détail capillaire à Laure, par peur de l’inquiéter. Il ne voudrait pas qu’elle se mette à le soupçonner. Lui-même avait accusé Laure plus tôt quand elle avait failli les brûler vifs dans le bar. Ce ne serait qu’un revers légitime que Laure le suspecte à son tour. Il refuse que Laure soit trop intrusive dans ses erreurs passées et évoquer la coiffure de son sosie aurait nécessairement conduit à des échanges peu agréables pour lui.
Dans ce silence serein, rien ne peut perturber les pensées de Tom. Tout est calme. Il continue sa descente. Les escaliers sont ponctués par deux terrasses qui servent de paliers. Plus il progresse, plus la vue sur le lac se dégage. Ce paysage est charmant. Le ciel étoilé se reflète dans l’eau qui ondule. Tom se dit que cet endroit doit être un lieu de vacances idéal.
Au bout de deux ou trois minutes de marche, Tom arrive sur un ponton. Le lac est là, devant lui. Un bateau flotte à quai, le genre de bateau sans permis dont les locations s’arrachent à prix d’or. Il connaît bien ce genre d’engin, il en emprunte régulièrement pour faire plaisir à sa famille.
Le médecin s’approche du bord de l’eau. Par réflexe, il regarde derrière lui afin de bien s’assurer qu’il est seul, il n’aimerait pas qu’une main mal attentionnée le pousse.
L’eau est calme, mais un élément n’est pas cohérent avec cette sérénité. Tom a remarqué des flaques à ses pieds. Quelqu’un est venu ici avant lui, peut-être même plusieurs personnes. De l’agitation a eu lieu ici récemment. Cette eau sur le ponton pourrait être le signe d’une lutte. Il espère faire preuve de paranoïa et se tromper, mais tout cela est louche.
Timidement, le docteur se risque à appeler Wendy. Il n’obtient pas de réponse. C’est dommage, l’endroit lui paraissait un lieu propice au réveil. S’il avait été derrière tout ça, il aurait fait en sorte qu’une victime atterrisse ici. Quoi de plus déroutant que de quitter un camion dans le désert et de se retrouver seul sur un ponton de nuit ? Le changement est abrupt.
Déçu, il se dit qu’il n’aura rien de plus au bord de ce lac. Il commence à remonter les escaliers de bois, afin de rejoindre Laure. Un bruit dans les fourrés attire son attention. Curieux, tout en restant sur ses gardes, il se penche et tente de deviner l’origine de ce son.
Dans le buisson, Tom perçoit un visage. Dans la pénombre, il n’arrive pas à identifier… S’il s’agissait de Wendy, la blonde se serait annoncée pense-t-il.
Tom recule et commence à monter les escaliers à l’envers, il ne veut pas quitter des yeux la végétation habitée.
Une silhouette sort alors des feuillages. C’est Hélèna ! La défunte du cabanon ! La brune a les cheveux tirés à quatre épingles. Elle est encore plus maquillée que dans ses souvenirs. Ses ongles sont manucurés à l’extrême, ces derniers reflètent même la lumière de la Lune !
Hélèna sourit à Tom, mais il n’est pas convaincu. Malgré ce sourire de façade, le reste du visage ne suit pas. Cela sonne faux.
Son amie est morte au début de cette aventure. Et cette femme est habillée comme le double qu’il a affronté plus tôt et comme la copie de Wendy qui dansait dans le salon : une tenue kaki, idéale pour la chasse.
Tom continue de reculer, Hélèna rit à gorge déployée et le regarde fixement dans les yeux. Cette fois, une expression se dégage de ce regard, mais Tom préférait lorsqu’il était inexpressif ! Dans un autre contexte, il aurait l’impression que cette femme le regarde d’une manière aguicheuse.
Plus il progresse, plus les moues et signaux de cette Hélèna sont sans équivoques ! Plus gêné que flatté, Tom sent l’angoisse le saisir.
Tom arrive sur un palier. Par réflexe, il observe son environnement, au cas où il ait besoin de fuir, se cacher ou se battre dans les prochaines secondes. La terrasse est équipée d’un mobilier d’extérieur classique avec tables et chaises de jardin.
Hélèna avance brusquement, Tom n’a pas le temps d’anticiper ! Elle le pousse violemment. Le pauvre se retrouve assis sur une chaise. Il tente de se relever mais son interlocutrice le pousse de nouveau et s’assoit à califourchon sur lui. Il tremble, mais il n’a pas vu d’arme sur le double et il espère être plus fort qu’elle au combat.
Malheureusement pour lui, ses préjugés le bloquent, Tom ne s’imagine pas frapper en premier une femme. Pourtant, il est désormais intimement convaincu qu’il ne s’agit pas de son amie et que cette créature ne nourrit pas de bonnes intentions à son égard !
Hélèna caresse l’arrière de la nuque de Tom. Ce ne sont pas des ongles manucurés, ce sont des griffes métalliques ! De véritables lames aiguisées !
Affolé, Tom décide de tenter le tout pour le tout ! L’effet de surprise est sa meilleure défense face à un ennemi mieux équipé que lui !
Rapidement, Tom embrasse Hélèna. La brune est interloquée. Il profite de l’incompréhension de cette dernière pour la pousser et l’expédier au sol !
Tom se lève vite, mais Hélèna ne reste pas longtemps à terre. Elle se relève très rapidement dans un rire glaçant.
La copie de la brune saute alors sur la table. Tom est scotché par cette prouesse physique athlétique. Puis la créature singeuse donne des coups de griffes dans sa direction ! Il tente d’esquiver mais trois ongles parviennent à atteindre sa joue !
Tom doit agir vite. Il attrape une chaise et l’utilise pour frapper Hélèna. Son amie factice tombe au sol, ce qui laisse le temps au médecin de jeter sa chaise et de courir dans les escaliers, en direction de la maison.
Cette Hélèna est robuste ! Elle le rattrape en passant par la végétation, de sorte à arriver avant lui sur le second palier !
Tom ne cède pas au stress. De nouveau, il observe son environnement. Il remarque des rosiers grimpants derrière Hélèna. Il tente de se faufiler derrière elle. Le monstre est agile et lui lacère le dos au passage. Il hurle de douleur mais ne se laisse pas abattre.
Contre le mur de pierres, Tom voit ce qu’il espérait trouver : plusieurs tuteurs en fer aident les rosiers à pousser. Il concentre toutes ses forces sur un piquet.
Pendant son effort, il entend Hélèna foncer sur lui. Une fois le tuteur en main, il se retourne rapidement en fermant les yeux !
Le piquet a rencontré une résistance. Tom entend des gargarismes étranges. Après quelques secondes, il ose ouvrir les yeux et voit le corps de la jumelle transpercé de part en part par sa tige de métal rouillé.
Tom lâche son arme improvisée, le corps de son adversaire chute, le tuteur enfoncé tel un pieu dans le cœur.
Le docteur prend le temps de souffler. Il essaye de faire le vide dans son esprit. Il se raisonne. Cela ne peut pas être vrai, il ne peut pas avoir encore assassiné une personne.
Désespéré, il regarde encore une fois autour de lui. Il cherche des caméras, des micros, des indices pouvant lui permettre d’étayer sa thèse de l’irréel. Mais une nouvelle fois, il ne voit rien. De toute façon, si cette femme avait été une actrice, il l’aurait tuée quand même, cela ne changerait rien à son geste.
Soudain, une détonation retentit ! Tom est affolé, il regarde partout. Serait-ce déjà la fin du tableau ?
Pas de lumière aveuglante à l’horizon. Et s’il s’agissait vraiment d’un coup de feu ? Et si Laure avait besoin d’aide ?
Tom n’a même pas le temps de monter la première marche qu’il se prend un coup de pied dans le nez qui le fait basculer à la renverse ! La fausse Wendy s’est rétablie !
Désarmé, Tom sait que ce combat est déséquilibré ! Cette femme est bien plus puissante, rapide et souple que lui ! Seule la ruse peut lui permettre de s’en sortir.
Ce sosie ne laisse pas de répit à Tom, assénant coup sur coup, l’empêchant de réfléchir. Acculé contre la barrière de la terrasse, il voit Wendy reculer pour prendre son élan. Il est fichu ! Elle va frapper une ultime fois et le coup sera mortel.
Tom refuse de mourir ainsi ! Il veut affronter la mort debout, dignement. Il se relève. La copie de Wendy rit aux éclats. Le docteur évalue brièvement son environnement, il découvre que la falaise est raide derrière la barrière sur laquelle il est adossé. Tout n’est peut-être pas terminé ! Ce sera elle ou lui !
Tom garde sa position. Il est fatigué, saigne de partout et chaque parcelle de son corps le fait souffrir. Mais il défie tout de même du regard la jumelle diabolique.
L’imitatrice exécute deux mouvements d’intimidation avant de courir acrobatiquement vers Tom ! Ce dernier se laisse alors tomber au dernier moment avant l’impact ! Le sosie saute par-dessus la barrière en hurlant !
Tom se relève, regarde par-dessus la palissade et voit le corps de cette blonde, plusieurs mètres plus bas. Avec un tel choc, il se dit qu’elle ne devrait pas se relever cette fois …
Une nouvelle détonation résonne ! Le coup de feu s’est rapproché ! Laure ! Tom doit la retrouver ! S’ils sont tous copiés dans ce tableau, alors il reste potentiellement les jumeaux de Johnny, Franck, Bruce et Laure en circulation ! La vraie Laure peut être en danger !
Tom monte à toute allure les marches restantes et arrive sur la terrasse donnant sur le salon. La baie vitrée est ouverte, sûrement le fait de la fausse Wendy quand elle est partie à sa rencontre !
Tom entre. Laure est là ! Avec Bruce ! Ce dernier est en train de la tuer ! Pas de doute, ce Bruce est un faux !
Tom se précipite sur le double de son ami mais trébuche sur un objet au sol. Un fusil ! Il s’en saisit, vise et tire sans hésiter !
Bruce s’écroule sur les genoux, puis tombe en arrière. Sa masse s’écrase lourdement sur le parquet. Laure est contre le mur, elle tente de reprendre son souffle tout en se massant la gorge.
Tom baisse son arme et fonce vers son amie. Laure semble aller bien, elle est sonnée mais tout va bien. Sa gorge montre des marques de strangulation mais elle est hors de danger. Paniquée, Laure demande à Tom s’il va bien. Elle est impressionnée par les multiples griffures qu’il affiche sur son corps. Sous l’adrénaline, le médecin avait oublié ses précédentes déconvenues.
Le cinquantenaire explique tout à son amie. Il n’a pas trouvé Wendy mais a croisé une seconde fois son double maléfique, ainsi que celui d’Hélèna. Laure conclut qu’ils sont donc venus à bout de cinq sosies, puisqu’elle-même a, tout comme lui, été confrontée à sa propre jumelle. En comptant le double de Tom, cela fait cinq.
Le docteur demande à son amie où elle s’est procuré l’arme. Laure l’a dénichée dans le cellier de l’entrée. Ils seraient dans la maison d’un chasseur.
Un chasseur ? Tom réfléchit à voix haute. Selon lui, la chasse est un indice à ne pas négliger. Le fusil et ces doubles vêtus avec des treillis de camouflage. Il est évident que cela n’est pas le fruit du hasard. Mais pourquoi la chasse ? Ou plutôt, pour parler à qui ? Lequel d’entre eux pourrait se sentir concerné par cela ?
Laure avoue y avoir pensé également. Elle s’était interrogée sur Bruce, étant donné que celui-ci savait manier un fusil et lui avait montré comment faire. Mais elle a constaté que Tom aussi savait s’en servir et qu’il avait même anticipé le recul de l’arme. Tom avoue avoir déjà eu l’occasion de s’entraîner au tir, mais qu’il n’avait jamais chassé auparavant. Que cela soit Tom ou Laure, la chasse ne signifie rien. Ils n’ont jamais chassé, ne connaissent pas de chasseurs et n’ont même pas d’avis moral ou éthique sur cette question. En admettant que cela soit un indice, cela n’évoque rien pour eux personnellement.
Tom entend un craquement sous ses pieds, il vient de marcher sur des lunettes. Laure lui précise que ces dernières étaient portées par le double de Bruce. Le docteur réfléchit. Bruce avait des problèmes de vue, les organisateurs de ce cirque ne savaient peut-être pas pour son opération oculaire.
Le médecin est curieux et désire avoir plus de détails concernant le double de Laure. Son amie se dit très perturbée par la vision de son autre elle. C’était elle, mais qui se comportait comme un chien. Cette comparaison surprend Tom, il ne s’attendait pas à ça. Pour Laure, cette allusion canine n’aurait pas de sens. Elle s’est sentie humiliée, mais ne voit pas le rapport avec elle. Tom lui affirme qu’il existe forcément un lien entre elle et cet animal. Tout a un sens, rien n’est choisi aléatoirement. Wendy l’acrobate, Bruce le myope, Hélèna l’hypersexualisée... Selon Tom, Laure avait vu juste : cela ne leur correspond pas forcément mais coïncide avec l’image que les marionnettistes qui les retiennent ici se font d’eux.
Laure ne rebondit pas sur cette réflexion. Elle regarde ses pieds puis change de sujet. Peut-être cache-t-elle une information à Tom ? Ayant lui-même des secrets, il préfère la laisser tranquille. Elle lui fera des aveux en temps voulu.
Puis Laure a un mot tendre pour la vraie Wendy. Elle craint que leur amie ne soit décédée. Tom est incapable de la consoler. Étant donné qu’ils ne l’ont pas retrouvée et que ces doubles étaient plutôt virulents, Laure a probablement raison sur le sort de leur amie. Il voit mal comment une fille comme elle aurait pu s’en tirer.
Laure va s’asseoir sur le canapé. Elle semble avoir perdu toute motivation et se lance dans des discours défaitistes. Pour elle, il est inutile de continuer à se battre. Ses propos deviennent incohérents, elle avoue se perdre dans la réalité. Elle confesse même songer à utiliser le fusil pour elle-même, persuadée que la mort pourrait être la solution la plus douce.
Tom se jette à ses pieds et lui supplie de retrouver la raison ! Ils ne doivent pas abandonner ! Il en est certain, les pièces du puzzle commencent à toutes être révélées et le mystère sera bientôt levé ! Il le sent ! Les indices s’accumulent, le dénouement est proche ! Même s’ils ne comprennent pas tout pour l’instant, ils ont certainement plus d’éléments de réponses face à eux qu’ils ne pensent en voir !
Laure se met à rire nerveusement. De quel dénouement approchent-ils ? La fin de quoi ? Là-dessus, Tom reste muet. Ils ne savent même pas ce à quoi ils participent, alors comment peut-il en sentir l’issue ?
Une détonation retentit de nouveau. Cette fois, cela ne provient pas du fusil. Laure et Tom se regardent, conscients qu’ils vont encore être transportés dans un nouvel univers.
Les larmes aux yeux, Laure se jette au sol devant Tom et se blottit dans ses bras. Ce dernier la serre fort.
Vraisemblablement, il ne reste que Laure et lui. Lors des précédents changements, ils étaient tous réunis lors de la détonation signal. Wendy n’est pas avec eux, leur amie n’a pas survécu à ce monde…
Tandis que la lumière aveuglante envahit la pièce, Tom enlace de plus en plus fort son amie. Il aimerait que leur position leur permette de se réveiller ensemble au prochain tableau, mais rien n’est moins sûr.
Ils étaient sept et ont été confrontés à cinq endroits différents. A chaque voyage, l’un d’entre eux y est resté. Même si Tom adorerait avoir tort, une voix dans sa tête lui chuchote que Laure ou lui disparaîtra au prochain tableau. L’un d’eux va bientôt mourir.
C’est sur cette prémonition que se fonde le ressenti de Tom. Il se dit que lorsque tout le monde sera décédé, toute cette histoire sera terminée. Le voilà le dénouement… Si une logique existe, il reste deux tableaux à découvrir.
Alors, pour se rassurer lui-même et pour apaiser son ultime camarade, il ne cesse de murmurer en boucle des « ça va aller » dans l’oreille d’une Laure effondrée.