!!! ATTENTION !!!
Une scène d'amour est décrite dans ce chapitre (d'où le classement du chapitre en MA).
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Hob n’avait pas regagné le Monde Éveillé. Il s’avança dans la petite chambre dont l’unique et large fenêtre en forme de lune donnait sur une plaine endormie. À l’horizon, il pouvait distinguer la silhouette d’un fabuleux palais baigné de lumière. L’immortel s’apprêtait à tremper son pied dans le fleuve traversant la pièce de part et d’autre et le séparant d’un immense lit garni de coussins, de plumes et de draps d’un noir étincelant, lorsqu’une main se posa sur son épaule.
– Je te déconseille de toucher à cette eau, Hob Gadling, le Léthé est le fleuve de l’Oubli.
– Dream ! s’écria-t-il en se retournant avec vivacité.
L’ancien Maître des Rêves s’écarta de quelques pas. Un sourire s’étira sur ses lèvres pâles. Il était nu et son corps maculé de poussière semblait si fragile. Hob laissa son regard courir sur ce corps s’offrant à lui.
Dream ferma les yeux, savourant la caresse invisible de son amant sur son corps dépouillé de sa toute-puissance.
– Où sommes-nous ? l’interrogea Hob en se rapprochant de lui.
– Dans une partie de Royaume des Rêves, répondit son amant en ouvrant les yeux. Cet abri était le cadeau de mariage que j’avais offert à mon épouse. Elle pouvait s’y reposer à sa guise et rendre visite à son oncle, Hadès, autant qu’elle le souhaitait.
– Hadès rien que ça, siffla un Hob admiratif. Ma femme, Eleanor, était de la famille de Robert Dudley… moi qui croyais que c’était prestigieux !
Dream lui décocha un regard surpris en découvrant le petit sourire amusé se dessinant sur les lèvres de son amant. Il venait d’affronter l’Enfer et il trouvait quand même le moyen de tourner cette aventure en dérision ! Il ne cesserait jamais de le surprendre…
– Si nous sommes dans ton ancien royaume, notre ami vêtu comme un saint ne devrait pas tarder à venir, marmonna Hob en observant chaque recoin de la chambre, comme s’il craignait de voir débarquer le nouveau Maître des Rêves.
– Je ne peux sentir sa présence, murmura Dream en fronçant les sourcils. Ce lieu est plus proche de l’Enfer que de mon ancien palais. Hob, reprit-il d’un ton soucieux. Comment as-tu pu franchir l’Enfer ?
Hob passa sa main sur sa nuque et comprenant qu’il ne pourrait pas s’en tirer par une pirouette, révéla à son amant, le marché passé avec les Bienveillantes. Le visage de Dream s’assombrit.
– Tu es un fou, Robert Gadling ! Nul mortel ne peut franchir les portes de l’Enfer sans payer un lourd tribut !
– Ça tombe bien, rétorqua son amant dans un petit sourire orgueilleux, je suis immortel !
– Pourquoi as-tu fait cela, Hob ? Que serait-il arrivé si tu avais échoué à l’une de leurs épreuves ? Tu aurais été condamné à rester dans cet Enfer pour l’éternité ! Tu aurais été torturé, tu…
– J’aurais pu vivre bien pire et te perdre pour de bon, l’interrompit Hob en lui caressant la joue du bout des doigts.
Dream lui avait été rendu. Peu lui importait que son âme ait été maudite dans le processus. Dream était avec lui. Un Dream vivant. Un Dream au regard si jeune et si vieux, à présent brillant d’espoir. L’espoir de croire qu’ils avaient enfin vaincu le destin. Son amant déposa un tendre baiser contre ses doigts, murmurant un vœu timide.
Hob, sans un mot, le saisit par la taille, traversa le fleuve dont le chuchotement coulait sur un lit de coquelicots, et l’allongea sur les plumes noires recouvrant le lit. L’immortel vit la poitrine de Dream se soulever au rythme de la mélodie émise par son curieux cœur. Hob ôta son pantalon et s’allongea contre Dream, sa tête reposant contre son torse. Hob se laissa gagner par la torpeur, bercé par les faibles ronflements et gémissements des dormeurs s’échappant du cœur cosmos. L’odeur des fleurs de pavot suffirent à endormir ses craintes. Rien ne viendrait troubler leurs retrouvailles. Ils allaient profiter de cette nuit pour goûter au plaisir et ensuite, ils regagneraient le Monde Éveillé. Ensemble. Ils étaient en sécurité ici, dans cette partie abandonnée de l’ancien royaume de Dream.
Un murmure le tira de ses pensées. Hob sourit à son amant allongé sous lui, ses bras formant une couronne au-dessus de sa tête aux cheveux ébouriffés. L’immortel caressa cette chevelure nid d’oiseau avant d’ entrelacer ses doigts à ceux de Dream. Les doigts de Dream, ses doigts fins et élancés, se déplièrent, dévoilant des paumes dépourvues de lignes. Hob examina la peau pâle et du bout des ongles, s’amusa à tracer les lignes et autres traits manquants. Il forgea une ligne de cœur rompue à plusieurs endroits, faite de brisures, mais qui finissait par s’épanouir au niveau de l’index. Il ajouta d’autres lignes, achevant par la ligne de vie qu’il voulait aussi longue que celle creusant sa propre paume. Il la dessina, profonde, émaillée de symboles divers représentant les épreuves et les souffrances endurées par Dream, et l’arrêta au niveau du poignet.
Hob se redressa et vit avec stupeur que les lignes qu’il venait de tracer s’étaient recopiées, imparfaitement, au creux de l’autre paume. L’immortel déposa un baiser au creux du poignet gauche puis le droit, suçant la chair fragile. Il sentit le corps de Dream frémir à ce contact. Sa langue prit la place de sa bouche et esquissa la courbe d’une veine violacée qui, bientôt, se multiplia sous sa bouche. Les lèvres de Hob poursuivirent leur tendre exploration. Il frotta sa joue barbue contre les aisselles imberbes, les parant d’une fine toison brune qu’il baisa avec douceur. Ses lèvres créatrices reprirent leur aventure, sous les halètements d’un Dream abandonnant son corps, ce corps devenant peu à peu de chair, aux caresses de son amant.
Les lèvres de Hob glissèrent le long de sa mâchoire, s’arrêtèrent au creux de son cou, baisèrent la pomme d’Adam frémissante, avant de se poser contre sa poitrine où elles s’emparèrent de son mamelon. Hob attrapa ce sein tentateur entre ses lèvres et le suça longuement. Le corps de Dream se contracta sous le sien, son sexe se durcit contre ses cuisses.
– Aurais-je découvert un de tes points sensibles ? le taquina Hob en relâchant ce mamelon devenu rose sous l’effet du désir.
– Cesse de t’amuser, Hob Gadling… grogna son amant en frottant son sexe contre le sien.
L’amant dévoué ne se fit pas prier davantage. Il baisa et suça le deuxième mamelon. Cette fois-ci, le gémissement se changea en râle de plaisir. Dream se laissait aller au flot de désir irradiant ce corps se métamorphosant. Hob fit glisser sa bouche contre le cœur cosmos et s’y arrêta, hésitant. Dream fixant son amant d’un regard décidé, plongea ses doigts dans sa poitrine translucide.
– Tu en es sûr ? s’enquit Hob. C’est vraiment ce que tu souhaites ? Je ne pense pas que tu puisses faire marche arrière…
– Vivre avec toi, dans le Monde Éveillé, c’est tout ce que je désire, Hob Gadling, répondit Dream en arrachant ce cœur cosmos de son sein.
Les derniers débris de rêve s’accrochant à sa poitrine disparurent. À la place de son cœur mécanique, se dessina un trou béant qu’il lui faudrait à présent combler par un autre cœur. Dream présenta ce cœur argenté, relique de sa grandeur et de sa puissance passées, à son amant. Hob inclina la tête et baisa le cœur qui voulait vivre d’un tendre baiser. Dream resserra ses doigts autour de l’organe et le replaça dans sa poitrine.
Ils attendirent quelques secondes, partagés entre l’effroi et l’espoir. Le cœur mécanique s’entrouvrit, révélant un cœur humain. Les veines entourant l’organe naissant se mirent à palpiter, abreuvées de sang. Hob admira ce curieux prodige, résistant à l’envie de faire glisser ses doigts sur ce cœur humain rouge et fragile, mais vivant. Le cœur mécanique fut absorbé par ce nouveau cœur. La poitrine, devenue de chair, se referma.
Hob resta de longues minutes, la tête appuyée contre ce cœur humain battant au rythme d’une respiration troublée, comme si elle avait encore du mal à trouver sa cadence. Les doigts de Dream se perdirent dans ses cheveux.
– Continue, ordonna Dream d’un ton pantelant, Hob…
– La patience est une vertu, rétorqua Hob avec malice tout en relevant la tête vers son amant.
Les lèvres de Dream se plissèrent en une petite moue boudeuse. Hob se dressa sur un coude et effleura son visage du bout des doigts, tel un peintre caressant sa toile du bout de son pinceau. À l’aide de son pouce, tendrement, il traça sur sa joue droite une ride parenthèse qu’il referma sur l’autre joue. Il laissa son index semer quelques poils sombres au-dessus de la lèvre supérieure avant de taquiner le nez aquilin de son majeur. Il le pinça avec douceur, imprimant la forme de son doigt sur l’arête gauche. Ses doigts repoussèrent les mèches noires masquant les yeux de son amant et parèrent la commissure de ses paupières mi-closes de fines rides qu’il étira légèrement jusqu’à ses tempes.
Sa bouche remplaça ses doigts et s’aventura sur le chemin inverse, baisant le front, le coin des paupières, les pommettes saillantes avant de se poser, malicieuses, contre l’Arc de Cupidon. Dream poussa un grognement et noua ses bras autour de son cou pour l’attirer contre lui, réclamant des baisers. Leurs bouches se rencontrèrent. Hob sentit un doux frisson lui chatouiller le creux des reins lorsque les jambes de Dream se replièrent autour de sa taille.
Les lèvres pâles s’entrouvrirent, accueillant sa langue contre la sienne. La bouche de Dream s’épanouit, devenant bouton de rose sous les baisers de son amant. Hob rompit leur baiser, un léger filet de bave glissait le long des lèvres humides de Dream. Il contempla un instant, le visage de son Étranger devenu son ami puis son amant. C’était bel et bien avec lui, mais avec une toute nouvelle fragilité humaine… Les doigts de Hob caressèrent la bouche ardente de Dream avant de lui offrir un nouveau baiser. Ils s’embrassèrent longuement, alternant baisers d’amants intimidés et baisers plus assurés. Hob aurait pu passer le reste de son immortalité à dévorer la bouche de Dream mais la main impatiente de son amant, taquinant le bas de son dos ne semblait pas de son avis. Hob ne put retenir un gémissement lorsque les mains de Dream empoignèrent ses fesses.
– Me crois-tu innocent, Hob Gadling ? souffla Dream avec malice avant de le renverser sous lui d’un coup de rein. J’ai eu des maîtresses et des amants, moi aussi. Endymion, par exemple, fut mien avant de m’être volé par Séléné…
– Je n’ai pas envie de t’entendre parler de tes anciennes conquêtes, grommela Hob d’un ton faussement jaloux.
Dream le toisa d’un petit œil taquin avant de caresser la poitrine emperlée de sueur s’offrant à lui. Il esquissa une arabesque sur la toison velue couverte d’argile et de poussière, avant de faire glisser ses doigts le long de son ventre, suivant le chemin poilu conduisant à son bas-ventre. Hob était incontestablement le plus humain, le plus charnel, de tous ses amants. Il déposa ses mains contre ses cuisses et s’inclina vers son entrejambe. Il pressa sa joue contre son pubis, humant l’odeur de son sexe, frôlant sa verge durcie du bout de ses lèvres curieuses. Il fit pleuvoir une myriade de baisers sur ce sexe se dressant sous une épaisse toison brune, si différente du sexe vierge de pilosité dont il s’était pourvu depuis des millénaires pour imiter le corps des rêveurs. Il posa son index sur le membre durci et lui fit exécuter un léger mouvement de va-et-vient. Un sexe dont il cueillit l’humidité du bout des doigts pour en humecter sa bouche gourmande.
Dream ferma les yeux et enroula sa langue autour de son doigt, suçotant ce fluide au goût inconnu. Il n’avait jamais découvert ses amants de façon aussi intime…. Il n’avait jamais éprouvé le désir d’explorer leurs corps ou de se délecter des effluves et autres fluides produits par leurs enveloppes corporelles. Il retira son doigt de ses lèvres et, grisé par cette toute nouvelle expérience sensorielle, laissa ses mains se perdre contre les cuisses moites, avant de s’y pencher, lapant la sueur née de l’amour et de cette errance à travers l’Enfer. Sa bouche remonta le long de la jambe de Hob, savourant sa peau et ses poils, suçant les perles suintantes avant de se faufiler contre son ventre, léchant toujours, contre sa poitrine et remonta doucement, s’insinuant au creux d’une aisselle dont il respira l’odeur poisseuse et animale avant de se déposer contre ses lèvres. La salive de Hob… Tout en l’embrassant, il se saisit à pleines mains de son sexe – le foutre et la sueur de Hob – et le caressa longuement, laissant sa peau se mouiller du liquide séminal et son ouïe s’enivrer des râles de plaisir de son amant.
Dream se positionna à nouveau contre le ventre de Hob, ses jambes enserrant sa taille. Il se mit à onduler, frottant leurs sexes l’un contre l’autre, ses mains plaquées contre la poitrine suintante. Leurs corps vibraient du même désir animal. Le corps de Dream, qui n’était plus une infime partie d’une infinité de mondes mais le sien, son propre corps, se perdit dans celui de son amant. Leurs peaux s’accrochèrent, leurs odeurs s’entremêlèrent. Avait-il déjà ressenti pareil sentiment de liberté et d’extase, lui qui n’avait qu'effleurer la jouissance lors de ses ébats passés ? Lui, le plus-que-dieu qui n’avait jamais pu atteindre cette ivresse aperçue dans les rêves des êtres humains, mortels, mais capables d’accéder au plaisir. Il accéléra les coups de reins, refusant d’interrompre cette danse dont il n’avait, pour le moment, qu’appris les premiers pas. Les mains de Hob l’attrapèrent par les hanches, s’enfoncèrent dans la chair tendre juste au-dessus de ses fesses, y dessinant deux fières salières d’Apollon.
Dream ouvrit les yeux et, tout en continuant ses ondulations, se saisit de l’une des mains baladeuses et la passa sur la poitrine de Hob avant de la poser contre son sein gauche. Il souffla sur les doigts de son amant et les fit descendre le long de son torse, habillant sa peau de divinité déchue d’une fine toison brune. Il guida cette main créatrice entre ses cuisses où des poils aussi noirs que ses cheveux poussèrent avant de la garder serrée contre son pubis dépourvu de toison. Hob reprit le contrôle de sa main et chatouilla son sexe. Dream laissa échapper un gémissement. Une toison brune s’épanouit autour de son sexe gorgé de sang.
– Est-ce qu’on t’a déjà taillé une pipe ?
Dream ouvrit les yeux et toisa son amant d’un œil mi-amusé, mi-furieux.
– Tu oses, Hob Gadling, murmura-t-il en se penchant vers lui. Tu oses te montrer parfaitement vulgaire avec moi !
– Pardon Monseigneur, répliqua l’immortel en le serrant contre lui. Est-ce qu’on vous a déjà fait une fellation ?
Dream esquissa un curieux petit sourire et lui glissa la réponse au creux de l’oreille. Hob lui répondit par un baiser avant de le faire basculer à ses côtés. L’immortel reprit ses caresses et ses baisers, redécouvrant ce corps transformé, qui n’était plus celui d’une entité inaccessible. Il se plaça à ses pieds. Dream replia ses jambes, laissant la joue de Hob s’y frotter, les habillant d’une légère pilosité. L’immortel ouvrit les cuisses de son amant avec douceur et en suça la chair tendre.
– Aime-moi, Hob Gadling, laissa échapper Dream entre deux gémissements. Aime-moi comme si demain n’existait pas…
Les doigts de Hob frôlèrent le sexe qui avait pris une couleur chair plus soutenue et le caressèrent avec lenteur, découvrant chaque partie composant ce sexe en érection, effleurant les testicules, courant le long de la verge dressée, se délectant du contact de cette peau si fine sous sa peau calleuse d’immortel. Il inclina la tête et appuya ses lèvres contre le sexe frémissant avant de le taquiner, pour faire durer le plaisir, du bout de la langue. Les doigts de Dream lui tirèrent les cheveux, manifestant leur impatience. Bien résolu à ne pas obéir à cet ordre amoureux, Hob poursuivit sa malicieuse exploration, léchant et baisant le membre durci sans véritablement s’en emparer.
Dream laissa échapper un grognement qui se changea en un râle lorsque la bouche de son amant se saisit – enfin – de son sexe. Ses doigts se replièrent autour des plumes noires, son corps s’accorda au rythme des mouvements des lèvres de son amant. Ses gémissements se firent de plus en plus sonores et lorsqu’il atteignit l’orgasme, ce fut le nom de cet amant désiré en secret depuis des siècles, dont il avait parfois pénétré certains rêves humides pour le voir dans des ébats chimériques, qui déchira la barrière de ses lèvres.
Son nouveau cœur fut saisi de soubresauts, défaillant à supporter la violence de l’extase. Son corps se reposa avec lenteur sur les plumes noires. Dream ferma les yeux et sentit une larme glisser le long de sa joue. Il avait versé bien des larmes au cours de son existence divine, larmes devenues nombreuses depuis qu’il a fait couler le sang de son fils, mais les larmes versées après un orgasme lui étaient peu familières.
– Dream… murmura Hob en rapprochant son visage du sien. Dream ?
L’ancien Maître des Rêves posa sa main contre la nuque de son amant et, son regard rivé au sien, osa proférer ces trois mots dont on l’avait souvent accusé de ne pas connaître la signification. Hob les répéta à son tour, avant de lécher ses larmes de jouissance avec tendresse. Leurs lèvres s’unirent en un nouveau baiser mêlant leurs fluides : la sueur, les larmes et le sperme. Des odeurs d’amour et de désir. Effluves d’une humanité aimant se perdre dans la jouissance pour oublier sa condition éphémère…
Tout d’un coup, la bouche de Dream devint sèche. Un goût de sable emplit celle de Hob, chassant les saveurs de leurs fluides amoureux. Hob ouvrit les yeux et s’écarta avec horreur du corps aimé, arrachant sa bouche devenue de sable dans sa précipitation.
– Dream… Dream… murmura-t-il en tendant les mains vers le visage devenu celui d’une statue de sable.
Ses doigts se posèrent sur les pommettes saillantes qui s’effritèrent entre ses mains tremblantes. L’être qu’il avait ramené de l’Enfer et à qui il avait fait goûter les délices de la petite mort, n’existait plus. Une larme s’échappa des yeux de Hob et dessina un petit cercle sur le nez de cette statue de sable. L’immortel se détacha du corps qu’il avait aimé et détruit, se pencha hors du lit et vomit de tout son saoul. Les larmes coulaient le long de ses joues devenues blêmes. Il passa sa main sur sa bouche et en retira les grains de sable, mêlés de vomi, s’y accrochant.
– Je t’avais prévenu, Robert Gadling, fit une voix devenue familière.
L’immortel se retourna. Le nouveau Maître des Rêves se tenait de l’autre côté du fleuve dont le tendre clapotis ressemblait à présent à de sinistres ricanements.
– Sauvez-le ! hurla Hob en lui jetant un regard fou de colère. Nous sommes dans votre foutu royaume ! Vous pouvez le ramener !
– Ce n’est pas avec moi que tu as conclu un accord, mais avec les Bienveillantes. Tu as fait preuve d’hubris et maintenant, tu ne peux que contempler les conséquences de ton orgueil, Robert Gadling. N’oublie pas : le choix demeure tien, déclara le Maître des Rêves avant de disparaître dans un nuage de sable, abandonnant l’immortel à ses regrets.
– Dream, chuchota Hob en caressant la joue de la statue de sable, je suis désolé… Tellement désolé…
Le sable s’accrocha à ses ongles. Ce corps qu’il avait désiré, qu’il avait aimé et qu’il avait commencé à façonner pour le rendre humain venait de lui être de nouveau arraché, parce que stupidement, il avait cru aux promesses d’une divinité sans pitié, dévorée par la vengeance. Les Bienveillantes s’étaient jouées de lui pour venger une offense datant d’une époque lointaine… Lorsqu’un jeune marié amoureux de son épouse était descendu en Enfer et dont le chant fabuleux avait su faire couler une larme à cette divinité impitoyable. Elles n’avaient jamais pardonné cette larme solitaire.
Des bruits d’ailes se firent entendre à l’horizon. Trois immenses vautours aux cous décharnés s’engouffrèrent par la petite fenêtre et se posèrent à l’endroit où le Maître des Rêves s’était tenu quelques secondes auparavant. Hob poussa un cri rageur, s’écarta du corps de son amant et se plaça face aux trois femmes le toisant avec dédain.
– Nous avions passé un marché ! leur cria l’immortel tout en résistant à l’envie de franchir le fleuve qu’il savait dangereux pour régler leur différend à l’aide de ses poings.
– Et nous l’avons respecté, répondit la Vierge en esquissant un gracieux sourire.
– Nous t’avions promis de le revoir et tu l’as revu, renchérit la Mère en empruntant un ton doucereux.
– Quant à lui, il devait mourir, conclut la Vieille en jetant un regard à la statue de sable.
Hob se laissa tomber à genoux, le corps secoué de sanglots, vaincu. L’odeur du fleuve de l’oubli se mit à lui chatouiller les narines. La mélodie moqueuse des flots devint chant tentateur… Il se pencha vers le Léthé et en admira les reflets colorés. Déjà, la mise en garde de Dream sur le redoutable pouvoir du fleuve trompeur s’estompait. Il tendit la main au-dessus de l’eau diffusant une chaleur bienfaisante.
– Le Léthé, susurra la voix de la Vierge au creux de son oreille.
Les trois femmes étaient apparues près de lui. La main de la plus jeune des trois Bienveillantes se posa sur son épaule droite. Une boucle s’échappa de sa coiffure et vint chatouiller la joue de Hob.
– Le fleuve de l’Oubli, mon enfant, murmura la Mère qui lui caressa l’épaule gauche avec affection. Une seule gorgée de cette eau et tout sera oublié…
– Ton immortalité redeviendra une page vierge dépourvue de souvenirs et de culpabilité, reprit la plus jeune des Bienveillantes tout en déposant ses lèvres contre son oreille.
– Tu ne porteras plus le poids de tes fautes, fit la Vieille tout en lui soufflant son haleine putride au creux de sa nuque encore chaude des caresses de Dream. Tu n’éprouveras plus aucune tristesse lorsque tu songeras à tes disparus…
– Chassés de ton esprit, les femmes que tu as désirées, les enfants que tu as perdus, les amants que tu n’as pas su aimer, chuchota la Mère.
– Les guerres, les maladies, les fléaux auxquels tu as assistés. Les esclaves de l’Anna morts noyés… ajouta la Vierge en lui embrassant la joue pour en chasser une larme.
– Les charniers de Buchenwald, fit la Vieille en enfonçant ses ongles dans la chair tendre de sa nuque. Ce Maître des Rêves disparaîtra lui aussi de ta mémoire. Vos rencontres, ton amour et ton désir pour lui, cette nuit où tu l’as définitivement perdu….
– Si je l’oublie, chuchota Hob tout en contemplant son reflet arborant un sourire joyeux, qui se souviendra de lui ? De ce premier Maître des Rêves ?
– Pourquoi t’en soucier ? soupira la Vieille en resserrant l’étau de ses doigts autour de son cou. Tu pourras de nouveau jouir pleinement de ton immortalité, libéré de tout ce qui entravait ton esprit depuis des décennies !
– Mon immortalité… souffla l’être humain en esquissant un curieux sourire. Un cadeau qu’on m’a offert et qui ne peut m’être retiré…
Il détacha ses yeux du Léthé et reporta son attention sur les trois femmes qui se tenaient à présent derrière lui, près de la statue de sable qui avait été, quelques instants auparavant, un corps de chair et de sang. Hob se redressa avec lenteur et s’avança vers les trois divinités n’en formant qu’une.
– Et si nous passions un nouvel accord, Mesdames ? lança l’immortel en jetant un dernier regard à son reflet englouti par les eaux de l’Oubli.
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