Ares Chapter

Chapitre 5 : Pégase dans la lumière

Par Hellth

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Jardin d’enfants des étoiles, Tokyo, Japon.


Miho veillait sur Seiya comme jamais elle ne l’avait fait. Le chevalier de Pégase, dans son cocon de particules lumineuses diffusant une douce chaleur, dormait paisiblement. Aucune expression de douleur, aucune crispation de souffrance, aucune impression d'inconfort. Il semblait serein. Miho aurait pu le croire mort si ce n'était pour le soulèvement régulier de sa poitrine. Malgré le fait de le savoir en vie, la jeune femme ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter. Les pulsations de son cœur étaient si lentes que même les explications de Kiki sur le Misopethamenos ne suffisaient pas à la rassurer.

Elle avait appris à révérer la bienveillance d’Athéna, mais n’en était pas moins défiante envers les desseins des dieux… quels qu’ils fussent. Elle n’avait de toute façon pas d’autre choix que de faire confiance à la déesse de la Guerre. Elle savait qu'Athéna ne laisserait pas mourir son fidèle chevalier servant si elle pouvait l'éviter, bien qu’elle n’eût pas hésité à accepter les multiples sacrifices de ce dernier… ce dont la jeune femme avait le résultat sous les yeux à présent.

— Toujours pas d’évolution ?

Miho se tourna vers le petit garçon roux qui l’avait rejointe. Il était accompagné de Seika, la sœur de Seiya qu’il avait sauvée de l'effacement du Sanctuaire.

— Non, aucune, Kiki. Il se repose, répondit-elle.

L’enfant regarda un instant le chevalier de Pégase et hocha gravement la tête avant de s’en retourner, laissant Miho en compagnie de Seika. Les deux jeunes femmes s'étaient connues avant la tragédie qui avait séparé la fratrie et avaient eu plaisir à se retrouver, bien qu’elles n’eussent jamais particulièrement joué ensemble du temps où Seika était encore à l'orphelinat. La sœur de Seiya se ramentevait tout à présent. Elle se rappelait de son adoption par Mitsumasa Kido et de la séparation forcée d’avec son frère. Elle se souvenait sa fugue éperdue de sa famille d’accueil quand elle avait appris, lors des Galaxian Wars, la sacralisation de Seiya comme chevalier. Elle revoyait sa période d’égarement aux abords du Sanctuaire, de sa chute au détour d’un chemin ne menant nulle part, puis de sa convalescence chez un vieil homme généreux de Rodorio. Elle se remémorait son amnésie qui l'avait empêchée de rejoindre Seiya, pourtant à sa portée et, enfin, du retour de ses souvenirs alors que son frère combattait Hadès.

Elle l’avait retrouvé pour le perdre à nouveau. Pour échapper aux limbes qui avaient recouvert le Sanctuaire, Kiki les avait téléportés, elle et lui, à la suite de Seiya. Tels des étoiles filantes, ils avaient atterri tous les trois sur le toit de l’orphelinat des étoiles. Voyant son frère pour la première fois depuis des années, elle avait ressenti une joie sans nom, trop heureuse d’être enfin réunie avec lui, mais le chevalier était resté inanimé, son corps enfermé dans une gangue de lumière céleste, l’armure de Pégase à son chevet. Le bonheur de Seika n’avait pas fait long feu. 

Seiya avait guéri au fil des jours, mais ne s'était pas réveillé. Seika et Miho alternaient les tours de garde. Kiki, lui, s’entraînait. Unique représentant valide du Sanctuaire en ces lieux, et bien que seulement apprenti, il s'était donné pour mission de s’exercer bien plus durement que d’habitude, accentuant les épreuves que son maître lui avait fait subir à Jamir. Sur l’insistance des deux jeunes femmes, il prenait parfois un peu de temps pour s'amuser avec les autres enfants de l’orphelinat. Du même âge que lui, Akira, Makoto, Tatsuya et Mimiko l’accueillaient à bras ouverts dans leurs jeux. C’était pour les gamins un moyen d’oublier un temps leur inquiétude envers Seiya, qu’ils connaissaient et appréciaient.

Kiki semblait avoir découvert qu'il pouvait s'entraîner tout en jouant. Pour l'heure, tous les enfants étaient sur le toit-terrasse de l’orphelinat. Ce lieu était devenu une cour de récréation habituelle, à défaut d’être conventionnelle, du fait que Miho et Seika y étaient souvent pour veiller sur Seiya. L’apprenti de Mû s’amusait présentement à faire flotter ses nouveaux compagnons dans les airs. Les enfants riaient et criaient à la fois, comme dans des montagnes russes. 

Bien que ce fut coutumier, Miho n'était pas très sereine. Elle ne doutait pas des capacités du jeune garçon, surtout compte tenu de son statut d’aspirant chevalier, pourtant elle ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter à la vue de ses protégés suspendus au-dessus du vide. Mais les exclamations de joie des petits étaient trop plaisantes en ces temps tumultueux.

Les actualités faisaient état de plus en plus de situations conflictuelles et violentes. Elle n’aimait pas imaginer qu’Akira, Makoto, Tatsuya et Mimiko puissent grandir dans un monde aussi agressif. Dans leur jardin d’enfants, ils étaient préservés, lui semblait-elle. Du moins, faisait-elle tout pour les garder de la cruauté d’au-delà des murs. Cette cruauté dont Seiya et Seika avaient fait les frais, l’un embarqué par Mitsumasa Kido et entraîné pour vivre une vie de souffrances, l’autre privée de son frère et dédaignée par les services sociaux au point de s’enfuir pour tenter de le retrouver.

Elle regarda les jeunes orphelins que Kiki avait reposés au sol. En rang serré, ils s’attelaient à présent à jeter des pierres sur l’apprenti Saint. C'était un jeu que Miho avait du mal à cautionner, mais Kiki avait insisté pour parfaire sa maîtrise de la télékinésie. Cela le familiarisait avec le contrôle des forces associées à la trajectoire d’un projectile. Au début, les orphelins avaient hésité avec ce type d’exercice, mais l’aspirant les avait d’abord fait commencer par des boules de papier, puis des balles en mousse et ensuite, quand il eût prouvé qu’il était capable de toutes les arrêter, il avait réussi à les convaincre de passer à des projectiles plus dignes d’un futur chevalier. Sans s’exposer à des risques de plus en plus grands, comment espérer devenir l’héritier du Bélier ?

Kiki figea en plein vol toutes les pierres qui lui furent lancées. Puis il les déplaça, y ajoutant des graviers et gravillons de toutes tailles, pour former l’un après l’autre les portraits de ses copains, avant de transformer le dernier visage en quatre silhouettes se tenant la main et représentant les quatre orphelins. Ceux-ci applaudirent et Miho ne put retenir un sourire attendri.

Mais soudain, le tableau minéral vola en éclats. De la mitraille vola dans tous les sens, cinglant les enfants. Leurs cris de stupeur et de terreur vrillèrent les tympans de Miho et Seika qui se précipitèrent pour leur venir en aide. Les orphelins coururent dans leur direction pour trouver un semblant de sécurité auprès d’elles. 

— Kiki, que se passe-t-il ? s’écria Seika.

— Arrête ça ! s’exclama Miho.

— Ce n’est pas moi ! se défendit le petit garçon.

Il y avait dans sa voix suffisamment de stupéfaction et d’incompréhension pour alerter les deux jeunes femmes. Il disait la vérité. Il n’avait donc pas perdu le contrôle de ses pouvoirs. D’ailleurs, comment cette seule idée avait-elle pu leur effleurer esprit ? Cela ne lui était jamais arrivé, même avant qu’il prenne en charge son propre entraînement. Il y avait forcément quelqu’un derrière cela.

Des rires résonnèrent autour d’eux. Assis sur les parapets dans leur dos, à leur gauche et à leur droite, trois inconnus en armures cramoisies et violacées s’amusaient de la débandade occasionnée par leur méfait. L'un d’eux avait le doigt pointé vers l’endroit où l'œuvre de Kiki flottait quelques instants plus tôt. Par réflexe, Seika fit marche arrière pour se replacer aux côtés de son frère. Miho, elle, entourait de ses bras ses protégés terrifiés. Kiki, de son côté, avait plaqué sur son visage une expression résolue, tentant de garder un œil sur chacun des guerriers étrangers.

Il n’avait jamais vu ce type d'armures. Il ne reconnaissait pas ces protections sinistres. Elles n’évoquaient pas chez lui la crainte qui émanait des Spectres. Elles provoquaient davantage une sensation d’aversion, de révulsion, comme si elles étaient l’antithèse des Cloths que le garçon avait l’habitude de côtoyer.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-il en déglutissant.

— Nous sommes des Makhai de Bas Sang de l'armée des Neikea, répondit celui à sa droite.

— Nous sommes ceux que le seigneur Arès a envoyés éliminer Pégase, poursuivit celui à sa gauche.

— Mais vous n’avez pas besoin d’en savoir plus, conclut celui dans son dos. Écartez-vous ou mourez en compagnie de votre chevalier !

Ces derniers mots, clamés, déclenchèrent l’attaque. Synchronisés, les trois assaillants s’élancèrent dans les airs :

— War Cry Pour [Averse de cris de guerre] !

Faisant fi du conseil des Makhai, Seika se coucha sur Seiya. Sans s'écarter non plus, Miho serra encore plus fort les orphelins contre elle. Quant à Kiki, loin de se débiner, il réagit au quart de tour, usant de toute sa télékinésie pour former un champ de force. Contre toute attente, celui-ci fut suffisant pour contrer la technique des guerriers d’Arès. Il fut aussi étonné que ses adversaires.

— Tu es intéressant, petit, concéda l'un des Makhai.

Ils se rassemblèrent face à l'aspirant chevalier qui maintenait son bouclier autour de Seika, Miho, Seiya, Makoto, Tatsuya, Akira et Mimiko, comme l’eût fait son maître avec son mur de cristal dans le premier Temple du Sanctuaire.

— Je ne m'appelle pas “petit”. Je suis Kiki d’Appendix, disciple de Mû, chevalier d’or du Bélier. Je vous empêcherai de toucher un seul cheveu de Seiya et des autres !

— Quelle bravade ! s’esclaffa un deuxième agresseur.

— Dommage que tu ne puisses pas l'assumer, railla le dernier assaillant.

Kiki craignait qu'ils n’aient raison. Il n’avait pas terminé sa formation. Sa maîtrise du cosmos était incomplète. Mais sa détermination, elle, n'était plus à prouver. Il avait accompagné Seiya et ses compagnons à de nombreuses reprises. Il les avait assez côtoyés et épaulés pour que leur courage et leur abnégation déteignent sur lui.

Le rang d’un guerrier ne reflète pas l’intensité de son cosmos. Seules la pureté de ses sentiments et la justesse de ses aspirations en définissent les limites. La condition d'un individu ne dépend que de lui-même, pas de celui qui lui fait face. N'oublie jamais ça, Kiki.

Les paroles de son maître retentirent soudainement dans l’esprit du petit garçon. Une douce chaleur dorée se déploya dans son dos et deux mains éthériques se posèrent sur ses épaules. Il regarda par-dessus chacune d’elles. Les formes astrales de Mû et de Shion étaient à ses côtés.

— Héritier du Bélier, tu possèdes un pouvoir bien plus grand que tu ne le penses. Laisse-nous te guider.




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