— Tout le monde tombe, et nous atterrissons tous quelque part.
Les paroles du Vieux Maître ne trouvèrent qu’une oreille distraite de la part de Shiryu. Sans atteindre leur cible, les mots flottèrent dans les embruns de la Grande Cascade de Lushan, dont le rideau d’eau tombée des Neuf Cieux grondait de façon permanente et lancinante le long de ses trois mille pieds.
— À ceci près que la chute d’un chevalier ne doit pas faire l’objet d’un impact, mais d’un rebond, poursuivit Dohko.
Assis en tailleur sur la langue de pierre qui léchait la cataracte, son mentor debout derrière lui pour le guider dans sa méditation, Shiryu avait l’esprit ailleurs. Et pour cause, les cauchemars étaient revenus, ceux-là même qui l’avaient assailli à la suite de son effroyable combat contre Algol, le cruel chevalier de Persée. Il pensait s'en être débarrassé après l’altercation qui l’avait opposé à son ancien condisciple Okko, et la révélation qu’il était encore capable de se battre malgré sa cécité. De fait, les mauvais rêves l’avaient laissé tranquille une semaine durant, mais ils avaient repris avec une vividité telle que Shiryu se réveillait trop souvent en doutant qu’ils n’eussent pas été réels.
Dans ces terribles songes, le Saint de bronze revivait sans cesse son combat contre celui d’argent, mais la joute onirique ne se terminait pas comme dans la réalité. Au moment décisif, Shiryu devenait incapable de se crever les yeux et donc d'échapper au pouvoir du bouclier. Son corps se pétrifiait petit à petit, ses yeux et son cœur en dernier, le laissant à loisir se morfondre sur son inaptitude à sauver ses frères, dont les corps figés étaient l’ultime image qui emmenait dans la mort. Parfois, Méduse elle-même sortait de l'écu de Persée, l’emprisonnait dans sa chevelure ophidienne, lui arrachait les globes oculaires et, sous les éclats de rire sardoniques d’Algol, l’étranglait, tandis que ses serpents le mordaient, leurs crocs répandant un venin qui changeait son sang en béton liquide.
Je flotte.
Que s’est-il passé ? Je ne sens plus rien. Je ne vois plus rien, je n’entends plus rien. Ai-je été déchue de mon poste de gardienne de l’accès aux Enfers ? Est-ce une nouvelle torture, une autre punition, une ruse d’un Dieu qui me déteste ? Se joue-t-on de moi ? Depuis quand est-ce que je flotte dans ce néant ? J’essaie d’appeler, je veux crier mais je reste pétrifiée, comme une ultime humiliation.
Soudain, il y a une présence aux alentours. Elle me semble accessible, mais en même temps, je ne saurais l'atteindre. Je le sens, cette essence troublée se trouve près de moi, autour de moi, si proche et pourtant si lointaine. Peu à peu, je réalise que je connais cette sensation, j’ai déjà croisé un tel être par le passé : un Héros. Encore un Homme, un Demi-Dieu, un prétentieux persuadé d’être capable de me vaincre. Même ici, dans les limbes sombres et vides, il faut qu’il y en ait un… Il y en a toujours un…
Íde me, Hḗrōs. [Regarde-moi, Héros.] Que je sois la dernière chose que tu contemples…
Mais encore une fois, je ne parviens pas à parler. Ma bouche reste immobile, mes lèvres scellées. J’entends alors le rire sardonique et tonitruant d’un homme dont je ne connais pas le timbre, un rire glaçant qui résonne dans le vide qui m’entoure.
J’étouffe.
Je m’éveille à nouveau.
Depuis combien de temps est-ce que je flotte ainsi dans le néant du chaos ? Je réalise alors que c’est différent cette fois. Les choses ont changé. C’est comme si je pouvais enfin respirer, comme si mes joues étaient entourées de chaleur, comme si je pouvais à nouveau penser… Comme si… Comme si… Comme si j’étais dans ma… dans ma… dans ma TÊTE !
Mais oui ! C’est ça ! Je suis dans ma tête !
Mon âme est à nouveau là où elle doit être ! Mais pas mon corps. Où est-il ? Je le veux. Je veux mes bras, mes jambes, mon ventre, mon dos, mes ailes. JE VEUX MON CORPS !
— Si ce n’est que ça, Petite-Fille de ma Mère, je peux te le ramener. Tu n’as qu’à demander.
Cette voix dans ma tête, je la connais. Il est du même sang que moi. Chronos. Que fait-il ici ? Pourquoi le Temps interviendrait-il pour moi ? Qu’ai-je fait ?
— Alors ? Que décides-tu ?
— Je t’en prie, Fils de ma Mère.
Tout revient brutalement.
Je flotte toujours, mais j’entends. Un grondement sourd, régulier, le cri d’un rapace au-dessus de moi.
J’ouvre les yeux. Je vois. Des couleurs, de la lumière.
J’inspire. Je sens. Parfum d’humidité, d’herbe, de fleurs délicates.
J’ouvre la bouche. Je goûte. De l’eau sur mes lèvres, fraîche, pure, délicieuse.
Je perçois tout, mon cœur qui bat, mon ichor qui réchauffe mes membres, mes muscles qui tressaillent, ma peau qui se hérisse au contact de l’onde qui m’entoure. Tout est plus fort. Plus intense. Plus sensible.
Mon corps, ma tête, je suis entière !
Hólē eimí ! [Je suis entière !]
Shiryu savait ce qui avait déclenché le retour de tels cauchemars.
L’armure de Persée.
Dohko avait accepté sa présence à Lushan. Mû la lui avait amenée afin qu’elle profite des bienfaits des embruns de la Grande Cascade et qu’elle se renforce suffisamment pour supporter le drain d'énergie qui accompagnerait immanquablement la future réfection de son terrible bouclier détruit par Shiryu. Si le reste de l'armure avait subi moins de dégâts et s'était quasiment restauré de lui-même, l’artefact scutal était complètement brisé. Le Dragon y avait veillé et il n’acceptait pas l’idée même de sa réparation. Savoir cette Cloth si proche de lui était forcément ce qui avait ravivé les mauvais rêves, Shiryu en était persuadé, mais connaître une cause et pouvoir agir sur elle sont deux choses bien différentes et il ne parvenait pas à endiguer cette nouvelle vague de cauchemars.
— Un Saint le reste jusqu’à sa mort et, entretemps, ce qui ne le tue pas le rend plus fort, dans son cosmos, dans son cœur et dans son corps, continua le Vieux Maître, imperturbable.
Son corps ? Mutilé, aveuglé, aux yeux sacrifiés. Son cœur ? Ébranlé, désorienté, aux fondations fragilisées. Son cosmos ? Éprouvé, dessillé, aux usages désacralisés. Oui, les combats s’étaient enchaînés, tous plus violents les uns que les autres. Les Galaxian Wars, les chevaliers noirs, les Saints d’argent… Shiryu avait déjà fait couler le sang, le sien et celui de ses adversaires, à de nombreuses reprises et dans des situations bien moins glorieuses ou légitimes qu’il ne l’avait envisagé durant son entraînement. Pourtant, ce n’était pas cela le problème et Dohko se méprenait. Le Vieux Maître orientait ses sermons vers la résilience dont un chevalier sacré devait faire montre, persuadé que son disciple ne désirait plus porter l’armure du Dragon en raison de la souffrance, physique et psychologique, qui accompagnait la vie d’un Saint.
En réalité, Shiryu ne doutait pas de son aptitude à surmonter les séquelles inhérentes au statut de chevalier, il avait suffisamment prouvé le contraire, mais il n’était plus certain d’avoir encore les capacités d’un chevalier, tout simplement. Ce qui le perturbait vraiment, c’était les voix. La voix. Celle qui résonnait dans sa tête, même lorsqu’il était éveillé. Shiryu l’avait entendue pour la première fois dès le jour où Mû avait apporté la maudite Cloth d’argent aux Cinq Pics.
Íde me, Hḗrōs. [Regarde-moi, Héros.]
C'était la première phrase qu'il avait entendue. Du grec ancien, une langue que Shiryu maîtrisait partiellement grâce à l’enseignement de Dohko pour le préparer au Sanctuaire, mais dont il ne comprenait pas la présence dans son esprit. Ces mots étaient revenus plusieurs fois, avant que d’autres ne s’y ajoutent, juste avant la méditation guidée, à laquelle l’avait soumis ce jour le Vieux Maître : Hólē eimí ! [Je suis entière !]
Ça, c'était nouveau.
Ma force renaît peu à peu dans tout mon être. Je me redresse et pose pied sur le sol. Je suis dans l’eau. À ma gauche, au loin, une cascade mugit et fait voler des embruns qui dansent dans la lumière du soleil formant un arc-en-ciel permanent… l’écharpe d’Iris. Que souhaite donc me dire la Messagère des Dieux ?
Peu importe, pour le moment, la seule chose que je comprenne c’est que je suis entière, comme avant.
Je m’avance vers le rivage, retrouvant mon équilibre et ma puissance à chaque pas. J'ai quitté le royaume des Enfers, ça j’en suis certaine maintenant, mais j’ignore où je me trouve. Autour de moi, je ne reconnais rien. Ce n’est pas la Grèce. Aucune montagne de ma contrée n’est aussi haute, ni aussi abrupte que celles qui encerclent cette rivière tumultueuse et cette cascade vertigineuse. En plus, la végétation m'apparaît pour le moins étrange. Je n’identifie ni les chants des oiseaux, ni même les nuages au-dessus de ces falaises inconnues. Je ne suis pas chez moi.
Où suis-je ? Comment suis-je arrivée ici ?
Comment mon âme a-t-elle pu regagner ma tête après cette éternité passée dans les Enfers ?
Pourquoi Chronos a-t-il accepté si facilement de me rendre mon corps ?
En regardant le ciel, je vois, à travers l’atmosphère et le voile de la lumière diurne, que la position des étoiles a changé. Combien de temps s’est-il écoulé depuis mon exécution ?
Autour de moi, aucune présence divine, titanide ou gigantine. Où sont donc mes semblables ? C’est comme si le monde n’était plus habité par les miens. Qu’est-ce donc que cette folie ?
Mais les remous de la rivière jouent avec ma robe contre ma peau. Cette délicieuse perception de mes sens éclipse mes questions idiotes et futiles comme l’écume de la mer annihile les empreintes des Hommes sur le sable. Je suis entière !
Entière !
Je ne peux me retenir de rire. C’est tellement bon ! En penchant ma tête en arrière, je sens toutes les vipères qui remplacent ma chevelure se mouvoir en sifflant discrètement. Je les caresse. Ce qu’elles m’ont manqué, mes beautés, mes amours ! Elles s’enroulent autour de mes doigts et j’apprécie la douceur de leurs écailles chauffées par le soleil.
Hólē eimí ! [Je suis entière !]
Dohko s’interrompit :
— Tu n’es pas avec moi, Shiryu, le perça-t-il à jour.
Shiryu baissa la tête, gêné d'être pris en défaut par celui qui lui avait tant appris et qu'il respectait plus que tout. Son professeur sourit avec indulgence :
— Va, mon jeune disciple, je ne te convaincrai pas aujourd'hui. Même le yuzuriha, qui pourtant aime l’eau, fane d’être trop arrosé.
Le sage se dirigea alors vers la pointe de son promontoire afin d’y méditer à son tour. Shiryu attendit que la respiration et les battements de cœur du Vieux Maître se soient approfondis et ralentis, signes que Dohko s'était replongé dans sa contemplation vigilante, avant de quitter le surplomb rocheux, soulagé de la fin de l’homélie quotidienne. Il y avait bien plus agréable à faire que de se concentrer sur les affres de son esprit : Shunreï était d'une compagnie beaucoup plus plaisante et peut-être même pourrait-elle faire disparaître cette sensation étrange de ne plus être tout à fait lui-même, ainsi que la voix… cette voix qui continue de clamer :
Hólē eimí ! [Je suis entière !]
Soudain, j’ai mal à la tête. Mon cou me brûle, à tel point que j’en ai le souffle coupé. Je perds même l’équilibre. Mes ailes battent l’air pour me préserver de la chute. Ma tête… Mon âme… Mon corps… Quelque chose cloche. Mon corps s’affaiblit trop vite, comme s'il s’épuisait davantage que mon esprit. Alors que je peine à comprendre ce qu’il se passe autour et à l’intérieur de moi, une puissante énergie percute mon âme, comme un scorpion viendrait brutalement me piquer la nuque. Je replie mes ailes autour de moi pour me protéger de cette aura étrange qui me survole et qui scrute les alentours comme un tigre surveillerait son territoire. La présence m’effleure, me frôle. Me cherche-t-elle ? Tente-t-elle de m’agripper, de me mesurer, de me sonder, de m'immobiliser ? Essayerait-on de me posséder ?
Mes serpents sifflent de rage. Qui ose ? Je me redresse et ferme les yeux pour écouter ce que me disent mes sens. L’assaillant se trouve en amont. Je n’ai qu’à remonter le courant. Je pousse sur mes ailes, ignorant mon moment de faiblesse et m’envole dans sa direction, prête à en découdre, alimentée par l’énergie de la colère.
Soudain, je perçois quelque chose dans la rivière en contrebas, dans les remous. Je reconnais cette essence comme un python reconnaît l’odeur d’une proie. Lui ! Comment est-ce possible ? Je m’arrête, plonge en piqué et me stabilise au-dessus de son corps. Mais qu’est-ce donc ? Je me pose à côté pour mieux voir : ce n’est pas celui que je pensais. Ce n’est qu’une statue, une vulgaire statue de métal. C’est comme s’il avait été modifié, morcelé, martelé… pour en imprégner le matériau. Qu’importe, je le détruirai. Il n’a pas le droit de vivre sous quelque forme que ce soit après ce qu’il m’a fait.
Je m’apprête à démanteler cette injurieuse idole, quand la présence intrusive tente à nouveau de percer mes défenses. À ma grande surprise, elle ne provient pas de la statue ridicule. Je lève les yeux et ajuste ma vision. Plus loin, sur un éperon rocheux, j’aperçois un petit point sombre. C’est donc là qu’il se cache ? Le vil ! Le traître ! Le Héros que je n’ai pas réussi à vaincre ! Je crache entre mes crocs et mes vipères sifflent en réponse. Il n’en réchappera pas cette fois. Il ouvrira les yeux.
Ekdíkēsis ! [Vengeance !]
Ekdíkēsis ! [Vengeance !]
Secouant la tête pour en chasser la voix, Shiryu repartit vers la maisonnette qu’il partageait avec Shunreï. Malgré son infirmité, il n'eut aucun mal à suivre le sentier qu’il connaissait par cœur. Certains déplacements et trajets lui posaient encore problème par moment, mais il avait appris à compenser sa cécité. Ses quatre sens s’étaient déjà décuplés et il parvenait à présent à utiliser son cosmos comme moyen de perception. Il ne voyait pas au sens propre du terme, mais il réussissait de mieux en mieux à ressentir l’énergie des éléments de son environnement et à les identifier via leurs structures atomiques. Il pouvait distinguer ce qui était minéral de ce qui était végétal et animal. Il avait même appris à trianguler la position des formes qui l’entouraient. Il avait beau douter de sa faculté à continuer dans la chevalerie sacrée, il appréciait néanmoins les capacités qu’il avait acquises.
Chemin faisant, le jeune homme entendit de puissants battements d’ailes, probablement ceux d’un aigle royal. Il se réjouit d’avoir pu le capter avec son ouïe accrue, car même s’il n’avait pas été aveugle, Shiryu n’aurait pas pu l’admirer. En effet, le layon qu’il empruntait était caché par les sommets d’érables chinois et de noyers ailés prenant racine sur une corniche en contrebas. Dans son malheur, il pouvait à présent profiter d’informations sur ce qui l’entourait et auxquelles il n’avait pas accès auparavant.
Shiryu arriva sans encombre devant la petite maison et entra, tout sourire de retrouver sa compagne.
— Shunreï ? l'interpella-t-il en passant la porte. Je suis rentré ! Que dirais-tu d’une promenade dans la montagne ? On a encore du temps avant le coucher du soleil.
Aucune voix ne lui répondit. Il s’ouvrit à ses sens et à son cosmos, mais ne capta aucune présence. Shunreï devait s'être absentée pour ses ablutions quotidiennes. Il ressortit donc de la cabane et se rendit au pied de la cataracte, où il pensait trouver la jeune femme. Elle avait l’habitude d’y plonger pour se délasser d’une journée de labeur.
— Qui êtes-vous ? Et que faites-vous ici ?
Je sursaute, je pensais être seule. À cause de la présence de cette statue infâme et de son protecteur, je n’ai ni perçu ni entendu l’arrivée de qui que ce soit. Je devrai être plus prudente à l’avenir. Cette fois, heureusement, je n’ai pas à m’inquiéter : la voix est douce, presque accueillante, bien que craintive. Mon odorat m’informe qu’il s’agit d’une simple humaine et elle ne dégage aucune agressivité, aucune aura malfaisante, aucun cosmos.
Je me tourne vers la berge, où elle se trouve, veillant à garder les yeux baissés. Je veux apprécier ce moment, cet instant où mes futures victimes pensent encore qu’elles ont une chance de s’en sortir, ces quelques secondes durant lesquelles elles sont encore en vie et n’imaginent même pas que pour elles, bientôt, tout va s’arrêter. Je me suis toujours demandée ce qu’ils ressentent quand ils réalisent, en un dixième de seconde, que tout est fini, que leur existence va s’arrêter là, tout simplement, sans même aller visiter les Enfers, leur âme restant enfermée dans sa prison de pierre. Je déploie mes ailes et la rejoins, curieuse qu’elle ne hurle pas en découvrant mon apparence monstrueuse.
— N’approchez pas…
Elle est courageuse. Mais ça ne suffira pas.
Je n’ai qu’à lever les yeux et tout s’arrête pour elle. Ce que je fais avec délectation. Son regard et son corps se figent, alors qu’elle tient encore à la main sa tunique, prête à plonger dans l’eau scintillante.
Je m’approche de mon œuvre. Elle est belle. Jeune, élancée, la poitrine découverte. Je caresse ses épaules de marbre, son cou, sa joue. Ça faisait longtemps que je n’avais pas goûté à ce plaisir indicible de découvrir avec mes mains ce que je crée. La seule chose qui me manque, c’est la chaleur de sa peau. Je l’ajouterai volontiers à ma collection si j’en ai l’occasion, plus tard peut-être. Là, j’ai d’autres priorités. La présence qui continue de me sonder m’exaspère au plus haut point, d’autant plus qu’elle semble protéger cette infâme statue. Je ne vais pas laisser cet affront impuni. Ça, je le jure.
Je reprends mon envol, bien décidée à résoudre le problème à sa source.
Shiryu ne perçut pas Shunreï là où il pensait la trouver, mais, à son grand déplaisir, ses sens captèrent nettement la Cloth honnie de Persée.
Elle était là, sur un gros rocher légèrement bombé qui émergeait du bassin de réception, exposé aux gouttelettes étoilées de la cataracte.
Shiryu ne put réprimer une grimace. Décidément, il ne se faisait pas à la présence de l’armure d’argent et son premier réflexe était habituellement d’éviter de s’en approcher. Pourtant, mû par un curieux et irrépressible instinct, il la rejoignit d’un bond. L'armure avait été laissée dans son urne sacrée, les Boîtes de Pandore offrant aux Clothes un milieu propice à la régénération, amplifié ici, à Lushan, par les embruns de la chute d’eau coulant des Neuf Cieux. Aussi fût-il surpris de constater, au toucher, que les pans du coffre cubique étaient grand ouverts, laissant l'armure de Persée à la merci de tout et de tous.
L'idée même que Shunreï ait pu être exposée à la Cloth d’argent, à son effroyable bouclier, même brisé, le chevalier du Dragon frémit. Il tâta la sculpture de métal de ses doigts tremblants. Il se força à vérifier l’écu, dont il se contenta de parcourir les contours complètement fissurés. Les fragments s'étaient simplement recollés, mais sans la moindre adhésion profonde. Qu’il abhorrait son contact ! Pourtant, il se devait de vérifier que tout était en ordre. Ce qui semblait être le cas. Le totem était intègre, à défaut d'être intact.
Shiryu referma vivement l’urne et il soupira de soulagement.
— Shunreï ? appela-t-il.
Toujours aucune réponse. Une transpiration glacée qui n’avait rien à voir avec les frimas de la chute d’eau se mit à couler le long de son dos. Il prit une profonde inspiration et expira lentement, s'ouvrant aux perceptions de son cosmos comme jamais. Distinguer l’inerte du vivant. Différencier le minéral, du végétal et de l'animal.
Ses sens arrêtèrent leur prospection sur une forme de la rive. Un rocher vertical, un peu comme un menhir, qui n’avait jamais été là. Shiryu s’en approcha et ses mains partirent une fois de plus en quête des détails dont le sacrifice de sa vue lui interdisait l’accès. La surface de la pierre était lisse et veloutée. Une sorte de draperie en retombait. Jamais il n’avait senti une telle roche aux Cinq Pics. On aurait dit… du marbre. Mais il n’y en avait pas à Lushan !
Shiryu se figea. Du marbre ? Le matériau dont on fait des statues ?
Il poursuivit son exploration de la formation minérale et se recula vivement en poussant une exclamation de stupeur. Puis, fébrile, il confirma ce que son sens du toucher avait déjà identifié comme des bras, un cou, une chevelure tressée, un visage et une poitrine.
— SHUNREÏ !
Je suis déçue.
Ce n’était pas lui. Je tourne autour de sa minuscule silhouette figée par mon regard. Cet humain rabougri comme un pruneau trop sec émettait une aura puissante, digne de celle des Héros les plus renommés. Cependant, avant de croiser son regard, j’ai pu constater qu’il l’utilisait d’une bien étrange manière, comme s’il pouvait sonder les alentours et percevoir les énergies des êtres vivants. Que cherchait-il ? Que protégeait-il ? Il m’intrigue. Dommage qu’il ait ouvert les yeux finalement, j’aurais eu quelques questions à lui poser. Comment un si petit être pouvait-il renfermer une telle force alors que les alentours sont si dépourvus de puissance divine ? Son essence ne se composait pas de chair et de cosmos, il n’était donc pas un Héros comme je l’ai cru, mais un humain, un simple humain minuscule, bien que capable de canaliser et de manier le cosmos. Étrange.
Je me tourne alors vers la Cascade et l’arc-en-ciel qui se forme. Quel message porte-t-il ? Que dois-je comprendre ? Dans l’eau, sous la cataracte qui s’écrase dans le vide, c’est bien Persée que j’ai reconnu. C’est lui. J’en suis sûre. J’ai senti les poussières de sa volonté et de sa force dans cette abjecte idole métallique… Dois-je la détruire ? Est-ce cela ma mission ?
J’observe l’onde qui tombe dans le vide, comme si elle allait m’apporter une réponse. C’est fascinant comme elle a l’air légère, avec ses gouttes qui semblent parfois rester en suspens, alors qu’elle renferme en réalité une puissance démentielle. Il y avait une cascade similaire au Royaume des Enfers, la Grande Cascade de Sang. Le rideau d’eau et celui de sang formeraient-ils les deux pans d’un même voile entre le monde des morts et celui des vivants ? L’écharpe d’Iris semble y prendre naissance… ou bien y mourir. Que dois-je comprendre ? Les Dieux veulent-ils me piéger ou me guider ? Est-ce donc là que je dois me rendre ? Dois-je passer à travers le rideau d’eau ?
— Viens, Petite-Fille de ma Mère, m’invite Chronos.
J’obtempère. J’étends mes ailes et m’approche des embruns légers et froids. Le souffle de la cascade rend mon équilibre aérien précaire, mais elle m’attire comme un aimant. Je ne parviens pas à détacher mon regard du mouvement hypnotique de sa puissance. Soudain, me tirant de ma torpeur, quelque chose tombe du ciel dans la cascade. Puis une autre. J’arrive à attraper la troisième pierre et réalise de quoi il s’agit : un oiseau, un oiseau de pierre. En regardant autour de moi, je réalise que le paysage se fige peu à peu. Lentement mais sûrement, les couleurs de la vie disparaissent pour s’unifier dans le gris de la mort minérale. C’est moi qui fais ça ? Mon pouvoir et ce monde nouveau ne seraient-ils donc pas faits pour cohabiter ?
Agenouillé sur la berge, Shiryu serrait la statue de Shunreï dans ses bras. Elle qui avait toujours été là pour lui, qui avait toujours veillé à son bien être, qui s’était toujours montrée forte, se retrouvait à présent enveloppée d’un linceul de pierre. Il n’y aurait plus de rire mélodieux, plus de sourire radieux, plus de battement de cœur. Plus… Elle n'était plus.
Des scènes de vie remontèrent des souvenirs de Shiryu. Shunreï cachée derrière un arbre, à la fois timide et amusée, alors qu’il se présentait à Lushan pour s'entraîner auprès du Vieux Maître ; Shunreï observant, inquiète, ses entraînements ; Shunreï assise à ses côtés lors d’un de ses moments de répit ; Shunreï piquant dans ses cheveux la rose de Chine qu’il venait de lui offrir ; Shunreï à son chevet après les Galaxian Wars ; Shunreï l’accompagnant courageusement dans sa convalescence après qu’il avait regagné les Cinq Pics, aveugle.
Une irrépressible colère enveloppa sa détresse dans un châle bouillant. Il était d’ordinaire si calme qu’il eut du mal à croire que ce fût la sienne, mais il l’accueillit à bras ouverts. Une seule chose pouvait le faire sortir de ses gonds : que l’on s'attaque à l’inoffensive jeune femme qu’il aimait.
Stimulées par son ire, les pièces du puzzle se mirent en place dans son esprit. L’armure de Persée et son urne ouverte, le bouclier brisé et la pétrification de Shunreï. Cela ne pouvait signifier qu'une chose : le pouvoir de la Gorgone n'était plus scellé dans l’écu d’argent et il avait frappé la jeune femme quand elle avait posé son regard sur la Cloth exposée.
— J’avais pourtant dit au Vieux Maître que c'était dangereux ! ragea-t-il.
Le Vieux Maître ! L’espoir jaillit dans son cœur. Dohko saurait ce qu'il conviendrait de faire ! Il saurait comment sauver Shunreï ! Il la souleva prudemment et, avec une aisance commandée par l'urgence de la situation, il remonta le plus vite possible vers le promontoire où se trouvait le sage homme. Le poids de la pierre qu'était devenue sa compagne le ralentissait à peine et il ne trébucha ni ne perdit l'équilibre une seule fois. Enfin, après un trajet qui lui avait paru durer une éternité sans voir où il allait, il parvint sur la langue rocheuse qui léchait la Grande Cascade.
— Vieux Maître ! C’est Shunreï ! s’écria-t-il.
Il la lui déposa délicatement devant lui.
— Faites quelque chose, je vous en prie !
L'absence totale de réaction de la part de Dohko l’alerta. Pas de frémissement de vêtement ou d’initiation de geste, pas la moindre exclamation de stupeur ou expression d’un quelconque étonnement, pas l’ombre d’une explication ou de prise en compte de l'état surnaturel de la jeune fille.
Rien.
Comme si…
Shiryu agrippa l'épaule de son mentor et sa main entra durement en contact avec de la pierre. Il la parcourut fébrilement, n’osant croire au malheur qui se profilait. Le Vieux Maître était lui aussi pétrifié, la roche qui le constituait à présent sculptée des plus fins détails de son chapeau, des plis de sa tunique et des rides de sa peau parcheminée.
Ses réflexes de combattant se réveillèrent et il prit enfin conscience de son environnement. Autour de lui, le silence s'était imposé. Seule la Grande Cascade grondait encore. Pour le reste, la Nature s’était figée, comme une proie qui a détecté la présence d’un prédateur auquel elle ne peut plus échapper, mais dont elle espère encore se cacher. Ce que cela impliquait le frappa alors de plein fouet et il eut l'impression de sombrer tout éveillé dans ses cauchemars, que ceux-ci devenaient réalité. Il se profilait une menace bien plus sérieuse qu’un écu hors de son urne, une menace que Dohko lui-même avait toujours considérée comme impossible, car la légende qui s’y rapportait était si ancienne qu'elle avait, selon lui, forcément été déformée. Mais c'était la seule explication possible.
Soudain, Shiryu perçut une présence dans son dos. Il se tendit, prêt à combattre.
— Qui va là ?
La question était inutile. Il avait capté un déplacement qui lui avait rappelé la reptation d'une vipère, ainsi qu’une fragrance de feuille d’olivier fraîchement froissée mêlée d’oliban consumé. Un petit rire coquin, sybillin et cristallin lui répondit, se mêlant au rugissement de la cataracte et au bourdonnement du silence environnant, un rire qui confirma ses conclusions… et ses craintes.
— Je sais que tu es là, Méduse !
— Je sais que tu es là, Méduse.
Je suis flattée. Il sait qui je suis. Je lui tourne autour pour l’observer. Grand, fort, jeune, il est beau et semble courageux puisqu’il ne tremble pas. Il est prudent, il garde les yeux baissés. Mais ça ne durera pas. Je l’ajouterai à ma liste de victimes, ce n’est qu’une question de temps. Il lèvera le regard et ensuite, il fera une statue magnifique avec ses longs cheveux noirs qui se soulèvent, mus par le flux de la cascade. Je ris à nouveau.
— Je ne te crains pas ! crie-t-il.
Il tourne son visage vers moi, ça y est je le tiens ! Mais… Comment ? Ses paupières se sont ouvertes sur ses iris d’un bleu pâle et opaque. Ils sont morts. Pas de porte ouverte sur son âme. Mon pouvoir n’a pas de prise sur lui.
— Tu es aveugle, n’est-ce pas ? sifflé-je.
— En effet, rétorque-t-il. C’est d'ailleurs pour te combattre que je me suis crevé les yeux.
— Quoi ? Nous ne nous sommes jamais affrontés, mon mignon. Je m’en rappellerais.
— Ce n’était pas toi. Mais seulement ta tête enfermée dans le bouclier d’Algol.
Je ne comprends rien de ce qu’il me raconte. Mon pouvoir aurait été utilisé pendant que j’étais aux Enfers ? Qui est cet Algol dont j’ignore le nom ? Que sait donc ce garçon que j’ignore ? Je déteste être prise au dépourvu. Mais je veux connaître la vérité, alors je m’abaisse à poser la question :
— Ma tête était dans un bouclier ?
— Oui. Et en le brisant, je t’ai libérée.
Libérée ? Il serait un allié ? Il est venu à mon secours ?
— Oh… Tu m’as délivrée ? Merci, valeureux combattant.
— Par erreur seulement, Gorgone. À cause de moi, Shunreï n’est plus qu'une statue. Quant au Vieux Maître, comment as-tu fait ? me crie-t-il. Il savait combattre !
— Ton petit rabougri, là ? J'ai senti qu’il utilisait le cosmos, tout comme toi, ce qui est étrange pour des humains, mais de là à prétendre que vous êtes assez forts pour me vaincre ! Je suis redoutable. Je n’ai pas eu grand chose à faire pour qu’il ouvre les yeux, je t’assure. Ma voix doit être irrésistible sans doute. En ce qui concerne ta jouvencelle – Shunreï, c’est ça ? – eh bien, c’est malheureux à dire, mais elle était juste au mauvais endroit au mauvais moment.
— Ceux dont tu parles sont la femme que j’aime et le professeur qui m'a tout appris. Je ne te pardonnerai pas ! répliqua Shiryu. Si je te vaincs, ils seront libérés de la pierre !
Le Saint du Dragon fit brûler sa cosmo-énergie.
— Prends ça, Méduse : Rozan Shō Ryū Ha [Colère du dragon de Lushan] !
L’arcane entra en résonance avec la Grande Cascade des Cinq Pics et une projection de cosmos doublée d’un dragon aqueux et grondant se rua depuis le poing de Shiryu vers la Gorgone… qui ne flancha pas le moins du monde.
— Comment ? s’écria Shiryu. Mon attaque n’a pas eu le moindre effet !
— Cela t’étonne-t-il vraiment ? Je suis une créature des éons mythologiques, mon chou, minauda-t-elle. J’ai combattu mon lot de Héros jusqu'à Persée. Si c’est là tout ton potentiel, c’est pathétique. Tu as beau avoir la chance de ne pas être gêné par ta vue, croyais-tu pouvoir me défaire avec si peu de force ? Je vais te montrer ce dont sont capables les êtres de ma nature. Voici ma puissance, gamin, et soumets-toi à ma volonté : Gorgóneios Prōtokraugḗ [Hurlement primal gorgonéen] !
De la gorge et des gueules serpentines de Méduse jaillit une sorte de hululement perçant dont les ondes percutèrent Shiryu l’une après l’autre. Chaque impact sonore le propulsa un peu plus en arrière, jusqu'à ce qu'il soit catapulté dans la chute d'eau et emporté, impuissant et hurlant, dans les tréfonds de la cataracte.
Le poids de la trombe le précipita jusque dans les remous qui animaient le bassin de réception de la cascade. Le choc fut violent et il fut ballotté dans tous les sens, jusqu'à ce qu'il refasse surface, à plat ventre dans des eaux plus calmes. Shiryu flotta un instant, à la limite de l'inconscience. La puissance de Méduse était incommensurable pour le simple chevalier de bronze qu’il était. Jamais il ne pourrait combler l'écart qui les séparait ! Mais il pensa à Shunreï et à Dohko. Il devait les libérer de leur gangue de pierre. Ses doigts tétanisés se crispèrent. Sa mâchoire béante se serra. Son cosmos vacillant se stabilisa. Dans un état second, perdu entre peine et haine, il invoqua celle dont il doutait pourtant d'être encore digne :
— Ar… mure…
Il l'entendit répondre à son appel. Les pièces fusèrent vers lui et le ceignirent de leur doux contact métallique. Leur énergie l'investit immédiatement, irradiant leur chaleur rassérénante partout dans son corps meurtri. Saisi d’un regain de puissance, la Cloth lui permettant de canaliser en toute sécurité l’intégralité de son cosmos, il se reprit et, porté par une trombe ascendante, se propulsa jusqu'au promontoire rocheux du Vieux Maître, d’où Méduse n’avait pas bougé. Il atterrit entre la Gorgone et ses deux victimes pétrifiées. Sans attendre, il lança :
— Rozan Ryū Hi Shō [Envol du dragon de Lushan] !
Cette fois, la technique déstabilisa la créature et la fit reculer. Elle fut même contrainte de se protéger de ses ailes d’or et de ses mains de bronze croisées devant elle.
— Quelle est cette puissance ? s’exclama-t-elle. Qui es-tu, guerrier, toi qui n’es clairement pas un Héros.
Shiryu se redressa fièrement :
— Je suis Shiryu, chevalier de bronze de Dragon, et c’est moi qui te déferai !
— Tu ne ressembles en rien à un dragon, Chevalier, cracha Méduse. Et je perçois l’essence de ce vil Persée à l’intérieur du métal qui te recouvre ! C’est donc toi, son complice ?
Le Saint resta interdit face à cette révélation. Comment pouvait-il ne pas l’avoir remarqué ? Dans le feu de l'action, il ne s'était même pas aperçu que ce n'était pas son armure qui lui était venue en aide, mais celle… d’Algol ! L'armure de Persée le recouvrait !
— Mais… que.. ?! s’étonna-t-il. Pourquoi ?
— Plus jamais je ne le laisserai avoir raison de moi ! Plus jamais ! Tu m’entends !
Alors que Méduse fulminait, la Cloth se mit à émettre des vagues de cosmo-énergie féroce. Shiryu ressentit alors la farouche détermination de l’argent sacré qui le ceignait, son engagement à le défendre contre la créature qui personnifiait pour lui la menace ultime. Ce n'était pas tant une communication directe avec l'armure qu’un partage subtil de ses émotions. Shiryu regretta aussitôt d'avoir été aussi sévère envers elle : le vil Algol n’était pas l’honorable Persée, le chevalier ne faisait pas le totem, les protections des Saints avaient leur volonté propre, qui ne s'accordait pas forcément avec celle de leur porteur et qui devait certainement amener à des concessions imposées par la nécessité.
— Crois-tu être en mesure de m'arrêter en empruntant l’apparence de Persée ? railla Méduse.
— Je ne sais pas, admit Shiryu, mais il m'a choisi pour le représenter, alors je peux au moins essayer ! Rozan Shō Ryū Ha [Colère du dragon de Lushan] !
Galvanisé par l’énergie de sa Cloth d’emprunt, la puissance de son coup fut décuplée et son poing atteignit la gorge de la Gorgone. Les écailles d’argent bloquèrent l’impact en se resserrant. Méduse saisit violemment le poignet de Shiryu et le lui retourna, obligeant le chevalier à se plier sous la torsion et la douleur.
— Gorgóneios Prōtokraugḗ [Hurlement primal gorgonéen] ! fit-elle à bout portant.
Le casque de Persée atténua une bonne partie de l’attaque sonore, mais il sembla néanmoins à Shiryu que son crâne allait éclater. Son esprit se retrouva oppressé dans une brume carmin et du sang se mit à s'écouler de ses paupières closes. Ses membres ne lui répondirent plus et il s’effondra comme une poupée de chiffon, seulement retenu par la poigne de la Gorgone sur son avant-bras. Était-ce ainsi qu'il allait mourir ? Tué par une créature d’un autre temps, pas même des mains des envoyés du Sanctuaire qui avait signé son arrêt de mort ?
D’une main, Méduse l’amena davantage à elle et, de l’autre, lui saisit et lui releva le menton, exposant sa gorge. Quelle force dans ses mains de bronze ! C'était bel et bien un être de légende. Ses ailes d'or et ses écailles d’argent frémirent d’une émotion non-dissimulée.