Plusieurs jours s’écoulèrent, rythmés par le mouvement des vagues et par les tâches qui n’en finissaient plus d’affluer. Zeiyu se plaignait de la fatigue quand il n’y avait que Suguri pour l’entendre, mais ce dernier acceptait la distraction avec reconnaissance. Le soir venu, il était trop éreinté pour que l’inquiétude ne l’empêche de trouver le sommeil.
L’équipage, d’abord récalcitrant à ce que les deux intrus circulent librement sur le pont, avait fini par s’y faire. Pour sûr, ils étaient même plutôt satisfaits de pouvoir se défausser de leurs tâches les plus triviales sur eux, surtout quand la responsabilité de les surveiller incombait aux membres du Corps des Chercheurs. Cette mésaventure représentait au final un bénéfice net pour eux.
Ils appréciaient particulièrement les efforts du garçon qui, sans qu’ils saisissent bien pourquoi, se portait volontaire pour en faire plus et menait ses tâches avec une efficacité qui faisait défaut à d’autres. Ce n’était pas comme s’il serait payé à l’arrivée, contrairement à eux, et ils se demandaient bien ce qui le motivait à faire preuve d’une telle diligence. Sa sœur, elle, l’observait avec une expression où pointaient inquiétude et désapprobation, mais elle se gardait d’intervenir. Les deux n’échangeaient guère plus de quelques mots en dehors de ce que le travail leur rendait indispensable.
La traversée leur parut bien plus longue qu’elle ne le fut réellement, la faute à une météo peu clémente. Quand la côte se profila à l’horizon, tous deux avaient rejoint l’avis de Teru : prendre la mer n’était pas une expérience qu’ils avaient envie de renouveler de sitôt.
Ils n’auraient pas le choix, pourtant.
Alors que tout le monde s’affairait pour amarrer le navire et se préparer à descendre, deux personnes firent leur arrivée sur le ponton. L’un était un homme revêtu d’une blouse blanche et d’un couvre-chef en laine pour le moins… original. L’autre, une femme aux traits durs et aux cheveux courts, attendait au garde-à-vous le retour de ses troupes — tout du moins, c’était l’impression que Suguri en avait.
Flanqué de Shō d’une part et de Teru de l’autre, il fit ses premiers pas à Hisui, sur cette plage hérissée de touffes d’herbe éparses qui ne payait pas de mine.
— Bon retour parmi nous, lança la femme.
Son uniforme, Suguri venait de s’en rendre compte, était le même que celui de Shō et Teru. Elle ne quittait plus leur quatuor improvisé du regard et la présence de deux nouvelles têtes ne lui avait pas échappé.
— Cheffe ! s’écria Teru en guise de salutation.
Il n’avait pas l’air très à l’aise. Peut-être se doutait-il de ce qui allait suivre.
Elle désigna Zeiyu et Suguri du menton.
— Nous n’avons pas été présentés.
Même Zeiyu savait que le moment était mal choisi pour prendre la parole. Les yeux de Teru allaient et venaient dans tous les sens. Devant sa nervosité, Shō se dévoua.
— Ces deux personnes se sont introduites sur le bateau à notre insu. Nous étions déjà loin des côtes quand nous nous sommes rendu compte de leur présence, et il ne nous semblait pas digne du groupe Galaxie de les jeter à la mer.
— Je vois… fit leur supérieure.
Elle toisa la jeune femme, son collègue, ainsi que tous les matelots qui avaient la malchance de se trouver dans son champ de vision.
— Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est comment avec une équipe d’une vingtaine d’hommes, il a pu se trouver un moment où le navire était sans surveillance.
Shō se racla la gorge.
— Techniquement, il ne l’était pas. Nous avons eu un imprévu avec les vivres. Un Pokémon causait du grabuge et nous étions occupés à essayer de le débusquer… Ces deux-là sont montés pile au mauvais moment.
— Ils nous ont aidés à capturer le Pokémon en question, ajouta Teru. C’est une espèce qu’on n’a encore jamais vue à Hisui.
Les mains jointes derrière son dos, la femme ferma les yeux et baissa brièvement le visage vers le sol.
— Dois-je comprendre qu’à vous tous, vous avez été incapables de sécuriser le ravitaillement face à un seul et unique Pokémon, tandis que ces deux inconnus, qui n’auraient pas dû se trouver là si vous aviez fait votre travail correctement, ont réussi à accomplir cette tâche ?
Le message était clair comme de l’eau de roche, et le silence qui s’ensuivit, éloquent.
— Montrez-moi quel individu féroce vous a tenus en respect.
Teru pâlit, mais s’empressa de sortir Verpom de sa Poké Ball.
Le coup était d’autant plus dévastateur que ce dernier refusa de se montrer devant tant d’inconnus, ne donnant pour spectacle qu’une pomme discrètement trouée.
— C’est une plaisanterie, j’espère ?
— Il a plus de potentiel qu’il n’en a l’air, assura Shō. Il a réussi à ouvrir une caisse de pomme par lui-même, malgré sa taille. C’est peut-être une espèce rare…
Suguri prit sur lui pour ne pas répliquer que non, mais l’homme en blouse blanche qui se tenait sur le côté jusque-là intervint pour lui couper l’herbe sous le pied.
— Oh, pas tant que ça. C’est un Verpom, ils sont assez courants à Galar. Ils ne feraient pas de mal à une mouche. Il faut prendre garde à leurs évolutions, par contre. Ils projettent de l’acide pour se défendre et les Pomdrapi deviennent capables de voler.
— Ils sont dangereux si on les surprend, mais ils attaquent rarement, ajouta Suguri sans réfléchir. Et les Dratatin sont plus amicaux que les Pomdrapi. Ils laissent les enfants s’approcher et les toucher.
Zeiyu ne parvint pas à réprimer un rire. Petit, Suguri avait passé plusieurs jours auprès d’un Dratatin qui avait élu domicile dans un recoin du verger aux pommes. Après qu’il se soit fait prendre, ses grands-parents l’avaient vertement réprimandé, mais lui soutenait que la peau de Dratatin était délicieuse. Il semblait incroyable que le dragon tolère qu’un humain miniature se serve de lui comme d’un goûter, mais si Zeiyu savait bien une chose de son frère, c’était qu’il n’était pas du genre à mentir.
L’homme adressa un sourire enthousiaste à Suguri.
— Tout à fait ! De ce que j’ai pu observer, les Pomdrapi sont plus solitaires, tandis que les Dratatin ont des comportements sociaux basés sur la coopération avec d’autres espèces. Ce n’est qu’une hypothèse, mais je suppose que leur différence de taille joue un rôle dans leur tempérament. Pomdrapi est beaucoup plus susceptible d’être confondu avec un aliment et d’attiser la convoitise des autres Pokém…
— Professeur Laventon, l’interrompit la cheffe.
— Oups, pardon, Shimaboshi. Ce n’était pas le moment.
— Plutôt que de discuter biologie, j’aimerais qu’on réfléchisse à des questions logistiques.
— Oui, évidemment. Je suppose qu’on peut juste les laisser monter sur le prochain bateau vers le continent.
— Je n’y vois pas d’inconvénient, mais ce n’était pas mon propos. Qu’est-ce que vous comptez faire d’eux d’ici là ? demanda Shimaboshi à ses subordonnés, qui ne savaient plus où se mettre.
Shō et Teru échangeaient des regards gênés. Laventon, dont la responsabilité n’était pas mise en cause, semblait pourtant le plus embêté des trois.
— La prochaine traversée ne sera pas avant le printemps… Ce qui revient à dire qu’ils sont coincés là pour plus de quatre mois. C’est un peu long pour les laisser sur un bivouac.
Suguri sentit le sol se dérober sous ses pieds. La conversation se poursuivait sans lui, tandis que le bourdonnement dans ses oreilles enflait peu à peu.
— Quatre mois… ?
Il se tourna vers Zeiyu. La jeune femme était blanche comme neige. Suguri sentit sa gorge devenir brûlante.
— Tout ça, c’est ta faute ! Grand-père et grand-mère vont nous croire morts, et c’est entièrement de ta faute !
La tête lui tournait. Il se mordit l’ongle du pouce, avant de continuer à voix basse :
— Comment est-ce qu’on est censés survivre dehors pendant quatre mois ? On ne connait même pas cet endroit, l’hiver arrive, et on est encore plus au nord que Kitakami…
Son angoisse était palpable même pour ceux qui le rencontraient pour la première fois.
— Garçon, que faisais-tu sur notre bateau ? l’interrogea Shimaboshi. Ne t’avise pas de me mentir.
— Je voulais juste… Ma sœur… je ne voulais pas que…
Craignant que Shimaboshi ne perde patience, Zeiyu répondit à sa place.
— J’ai quitté notre maison en pleine nuit et mon frère a essayé de m’en empêcher. Si ça ne tenait qu’à lui, aucun de nous deux ne serait à Hisui à l’heure qu’il est.
Shimaboshi n’avait jamais quitté Suguri du regard. Celui-ci avait les yeux rivés au sol et tapait nerveusement du poing contre sa cuisse.
— Dit-elle vrai ?
Il s’efforça de hocher la tête. Cela parut suffire à Shimaboshi. Elle avisa le petit groupe rassemblé autour d’elle et délivra son verdict.
— J’aimerais pouvoir dire que ce n’est pas de ma responsabilité, mais je n’aurais pas l’esprit tranquille de laisser deux jeunes gens à la merci des Pokémon et du froid. Faites-les venir au village. S’ils peuvent se rendre utiles, je ne suis pas opposée à ce qu’on leur offre le gîte et le couvert durant quelques mois. Les autres habitants ne seront peut-être pas du même avis, mais ce n’est pas comme si ce n’était jamais arrivé par le passé.
Ce faisant, son regard se posa brièvement sur Shō.
— Ils aideront à décharger les vivres pendant que je m’entretiens avec le commandant Denboku. Shō, Teru, vous les mènerez dans mon bureau une fois qu’ils auront terminé.
Ils approuvèrent d’une voix forte.
Sans plus un mot, Shimaboshi tourna les talons et s’éloigna le long d’un sentier de terre et de sable. Ses subordonnés lui emboîtèrent immédiatement le pas, à l’exception de Laventon, qui adressa un signe de la main et un sourire encourageant à Zeiyu et Suguri avant de repartir avec le reste de son équipe.
Bientôt, les matelots furent rejoints par un groupe d’individus en uniformes ocre. Ces derniers étaient responsables des greniers du village et donnaient les instructions. Suguri fit ce qu’on lui ordonnait avec l’impression tenace d’être comme une marionnette coincée dans un mauvais rêve. Décharger leur prit plusieurs heures au terme desquelles ses bras comme ses jambes le lançaient douloureusement.
Au cours des allers et retours entre le bateau et le village, il eut l’occasion de constater que ce dernier était fortifié. Les murs en rondins qui protégeaient les habitants ne seraient guère utiles si des humains mal intentionnés essayaient d’y mettre le feu, mais la menace était ailleurs. Cette barrière avait été érigée pour se prémunir de ce que la nature avait de plus dangereux en cette région : ses Pokémon. Étaient-ils si agressifs ? Peut-être n’étaient-ils pas habitués à la présence humaine. Kitakami comptait bien des espèces dangereuses, mais à l’exception des Medhyena, elles se tenaient pour l’essentiel à l’écart de Suiryoku. La raison était évidente : à chaque dégât occasionné par tel ou tel Pokémon, il se trouvait un groupe de paysans pour organiser une battue. Si la faim attirait parfois quelque Goupix ou un Caninos sauvage, la plupart des Pokémon comprenaient que le risque encouru était trop grand pour en valoir la chandelle.
Que ces barricades soient le fruit d’un danger réel ou seulement perçu, elles expliquaient une chose : pourquoi personne ne les surveillait, Zeiyu et lui. On leur avait proposé un marché, et s’ils ne remplissaient pas leur part, ils finiraient sans doute enfermés hors de ces murs, ce qui, du point de vue des locaux, reviendrait à les condamner à mort. Ceci étant, Shimaboshi et Laventon avaient raison sur un point : même s’ils échappaient aux attaques de Pokémon, ils n’avaient aucune chance face au froid hivernal — encore moins dans son yukata qui, malgré la tâche harassante, était bien trop fin pour le protéger des assauts du vent. Zeiyu, au moins, avait eu l’occasion de se préparer et pouvait se payer le luxe de s’envelopper dans plusieurs couches de vêtements.
Quand le chef du Corps des Agriculteurs sonna la fin de la journée, les travailleurs se dispersèrent dans des discussions animées mais chuchotées. Les nouvelles têtes étaient rares, visiblement.
Suguri et Zeiyu se retrouvèrent seuls au croisement de deux longues allées, face à un bâtiment tel qu’ils n’en avaient encore jamais vu.
— C’est de la pierre, pas vrai ? s’étonna Zeiyu avec une pointe d’admiration. Je ne pensais pas qu’on faisait des bâtisses aussi grandes ailleurs qu’à la capitale. On se croirait dans un autre pays.
Suguri était du même avis. La façade en brique rouge, bien qu’éblouissante, l’intimidait. Qui pouvait bien donc vivre à l’intérieur ?
Il n’eut pas le loisir de s’interroger plus longtemps. Teru, toujours en uniforme, ouvrit la lourde porte en bois ornée de moulures pour les interpeler.
— Vous êtes là, parfaits ! La cheffe est prête à vous recevoir.
D’un geste de la main, il leur fit signe de le suivre. Zeiyu et Suguri échangèrent un regard, avant d’obtempérer.
Une fois à l’intérieur, ils ne purent retenir leur admiration. Tout, des escaliers imposants aux lourds tapis qui recouvraient le sol, leur était étranger. Des hommes et des femmes vaquaient à leurs occupations, tous vêtus de ce même uniforme qu’ils avaient vu pour la première fois sur Shō et Teru, mais de couleurs variées. Suguri se demanda ce que cela signifiait.
— Impressionnant, n’est pas ? s’amusa Teru en remarquant la curiosité des deux autres. Le groupe Galaxie a fait construire ce bâtiment et l’utilise depuis quelques années, mais à dire vrai, il a été fini tout récemment. Les chefs ont vu les choses en grand. J’espère juste qu’on n’aura pas besoin de l’agrandir tout de suite, avec ces projets de défrichement…
Suguri aurait voulu demander de quoi il parlait, mais ils étaient déjà dans le bureau de Shimaboshi avant qu’il n’en ait eu l’occasion. Cette dernière était assise derrière d’innombrables piles de papier, certaines sur son bureau, d’autres à même le sol. Comment s’y retrouvait-elle dans un tel désordre ?
Shō se tenait à ses côtés et annonça l’arrivée de Teru, Zeiyu et Suguri. Shimaboshi releva la tête de ses notes.
— Bienvenue. Je vais tenter d’être brève. Notre commandant a donné son accord pour que vous résidiez au village quelque temps. Il va de soi que vous travaillerez pour subvenir à vos besoins, d’autant plus que votre arrivée ici n’était pas prévue. La question, à présent, est de savoir dans quel domaine vous nous seriez les plus utiles. Shō, s’il te plaît.
Cette dernière s’avança d’un pas et prit la parole.
— Le rôle du groupe Galaxie est de soutenir l’installation de nouveaux résidents ici, à Kotobuki. Hisui est une région encore sauvage, et les dangers y sont nombreux. Ceci étant, cette terre est fertile, sans compter les ressources naturelles qui y abondent. Pour faciliter la vie des habitants et espérer développer notre village, les membres du groupe sont divisés en six corps. Il y a bien sûr les Agriculteurs, les Artisans et les Bâtisseurs, mais aussi le Corps de Défense et celui des Soignants. Enfin, il y a les Chercheurs.
— Nous, précisa Teru. Notre rôle est d’étudier la faune et la flore locale. Grâce à notre travail, il est devenu plus facile de voyager à travers Hisui de manière plus sûre, et d’autres corps ont recours aux Pokémon que nous attrapons pour les aider dans leur besogne. Nous sommes aussi chargés de la reconnaissance, pour que les autres corps sachent où il est le plus facile de se procurer des ressources.
— Et nous travaillons depuis bientôt deux ans à l’élaboration du premier Pokédex de la région, compléta Shō. Le professeur Laventon dirige ce projet.
— Le premier quoi ? demanda Zeiyu.
— Un Pokédex. Une encyclopédie, en quelque sorte. Nous observons les Pokémon et collectons des données à leur sujet. Si possible, nous capturons des spécimens de chaque espèce pour pouvoir les étudier plus en profondeur, mais ce n’est pas toujours facile.
Shimaboshi hocha la tête d’un air grave.
— Je ne compte plus les fois où les attaques de Pokémon ont envoyé nos membres à l’infirmerie. Par chance, nous n’avons pas eu d’accident grave depuis plusieurs mois.
Suguri vit Zeiyu se raidir à ses côtés.
— Ça a l’air dangereux.
— Je ne nie pas qu’il y ait des risques. Ceci étant, je n’attends pas de mes subordonnés qu’ils sacrifient leur propre sécurité, et prendre la fuite fait partie intégrante du travail qui leur est confié. Je me dois cependant d’insister sur un point : le corps de recherche est celui qui manque le plus cruellement de main-d’œuvre, et votre coopération serait pleinement appréciée si vous acceptiez de le rejoindre.
Les deux femmes se jaugèrent du regard pendant de longues secondes. Zeiyu finit par rompre le silence.
— Je suis d’accord. Apprenez-moi ce que je dois savoir, et je participerai aux recherches.
Suguri, stupéfait, ouvrit la bouche pour intervenir.
— Mon frère travaille le bois, poursuivit-elle sans jamais détacher ses yeux de Shimaboshi. Notre famille fabrique des masques depuis des générations.
La requête qu’elle ne formulait qu’à mi-mot n’échappa pas à la dirigeante. Celle-ci examina Suguri un instant, puis, voyant qu’il ne disait mot, elle consentit.
— Je m’entretiendrai avec Taohua pour les menus détails, mais je suppose que le Corps des Artisans pourrait faire avec un membre de plus. Nos besoins vont croissant, et ce ne sont pas les Keunotors qui vont confectionner des Poké Ball à notre place.
Zeiyu s’inclina pour exprimer sa gratitude. Suguri fit de même, étonné de ne pas ressentir le soulagement auquel il s’attendait. Il échappait aux travaux les plus dangereux pour être affecté à un domaine où, probablement, il saurait se débrouiller. Alors pourquoi ne parvenait-il pas à se réjouir de cette décision ? Pourquoi se sentait-il… contrarié ?
Il laissa la question de côté, mettant ses émotions sur le compte du voyage et de l’épuisement, pour se focaliser sur l’instant présent. Le plus important semblait réglé, mais la conversation se poursuivait toujours.
— Vous commencerez demain, ordonna Shimaboshi. D’ici là, reposez-vous. L’un comme l’autre, vous aurez beaucoup à apprendre, et sachez que le groupe Galaxie n’a pas vocation à se montrer plus clément avec ses nouvelles recrues qu’avec ses vétérans.
— Cheffe, il reste juste un problème à régler, lui rappela Shō. Nous n’avons aucun logis de libre à ma connaissance, et même si le Corps des Bâtisseurs n’était pas occupé avec la construction du nouveau grenier…
— Nul besoin d’un logis supplémentaire.
Elle se fendit d’un regard pour ses subordonnés, avant d’annoncer :
— Si ces deux visiteurs se retrouvent parmi nous, c’est à la suite d’un malheureux concours de circonstances auquel vous n’êtes pas étrangers. Vous les accueillerez chez vous et veillerez à ce qu’ils s’intègrent au plus vite.
Teru écarquilla les yeux tandis que Shō manqua de s’étouffer.
— Je… Vous… vous êtes sérieuse, cheffe ?
— Ai-je l’air de plaisanter ? Ou peut-être auriez-vous une solution plus amène à nous proposer ? Je suis tout ouïe.
Un silence de plomb lui répondit.
— C’est bien ce qu’il me semblait. Je suis navrée d’avoir à séparer nos hôtes, mais il serait malvenu d’imposer aux jeunes femmes ici présentes de partager un toit avec un homme qui ne serait pas de leur famille.
Shō, plus rouge que Suguri ne l’avait encore jamais vue, paraissait sur le point de la contredire. Elle s’abstint cependant, pour dire :
— Compris.
Teru ne se montra guère plus loquace. Leur supérieure ne s’offusqua pas du manque d’enthousiasme de ses troupes. Quand bien même elle n’aimait pas les mesures disciplinaires, elle ne pouvait nier qu’ils avaient manqué à leur devoir.
— Parfait. Quant à vous, Zeiyu, Suguri…
Ils se redressèrent comme par instinct. Shimaboshi avait cet effet sur les gens.
— Ne nous décevez pas. Vous avez commis une erreur en montant à notre insu sur un bateau appartenant au groupe Galaxie. Nous ne pardonnerons pas une deuxième offense. Me suis-je bien fait comprendre ?
En répondant par l’affirmative, Suguri songea que, finalement, il comprenait un peu ce que Shō et Teru avaient dû ressentir en les découvrant dans la cale.