De nuit, Tortuga était la destination prisée de tout pirate se respectant, avec ses tavernes et toutes ses filles de joie, on ne pouvait pas faire deux mètres sans croiser un marin ivre ou affairé à d'intimes occupations. Mais le jour, c'était une île déserte où il n'y avait quasiment aucun habitant et encore moins d'animation.
Jack était dans la taverne du « Diable boiteux » en train de savourer une pinte de rhum en compagnie de Gibbs et de Gisèle à qui il contait sa dernière aventure sur un ton nettement arrosé.
- Et là, on retourne sur cette fichue plage et FIOUT ! Mon Black Pearl était plus là !
- Oui, plus là ! Confirma Gibbs.
- Ton navire s'est encore envolé pour changer ! Dit Gisèle.
- Ah non ma chérie, il vole pas... encore.
- Je confirme ! Dit Gibbs avec un hoquet.
- Vous me faites de plus en plus pitié vous savez. Je vais aller me trouver une compagnie bien plus intéressante... et qui sent meilleure.
Jack se leva.
- Attends... Gisèle. On pourrait monter là-haut, je te montrerais un canon comme tu n'en a encore jamais vu !
- Je confirme ! Dit Gibbs en buvant sa pinte presque vide. Il se rendit brusquement compte de son erreur et recracha tout sous le choc.
- Je ne m’intéresse pas aux canons rouillés Jack Sparrow !
- C'est Capitaine Jack Sparrow ma colombe et tu devrais être heureuse que je t'accorde de l’intérêt malgré que tu ronfle comme une truie et que tu gémisse comme une otarie des mers hydiennes.
- OH !
Elle lui décrocha une gifle très bruyante.
- Tu la mérites celle-là ! Dit-elle avant de partir.
- Je confirme ! Dit Gibbs toujours dans sa chope.
- Oh boucle-là !
- Jack !
- Oui ? Dit-il en retournant.
C'était Scarlett la rouquine au corset toujours trop ajusté, il eut à peine le temps de la voir qu'elle lui envoya une gifle encore plus bruyante.
- Je la mérite pas celle là !
- Tu a dit à tout le monde que j'étais grosse et que je sentais la sardine !
- Je me rappelle plus !
Elle le gifla à nouveau.
- Ah si en effet.
Elle soupira et partit. Jack se rassit.
- Décidément les femmes sont des trésors que je n'arriverais jamais à garder.
- Tu peux le dire petit, il n'y a pas de malédiction plus périlleuse au monde.
Jack fut aussi surpris que si il avait reçu une balle dans le dos.
Il leva la tête et vit son père, Teague Sparrow, qui lui ressemblait trait pour trait avec son manteau rouge, ses rastas pleines de reliques spirituelles et sa façon étrange de se tenir presque droit.
- ...Bonjour... dit simplement Jack.
- Alors comme ça tu a trouvé la fontaine de jouvence.
- Comment...
- Un pirate se tient au courant de tout, surtout à propos de son fils.
- Je pensais que tu n'avais pas le droit de quitter l'île des naufragés, grand maître des archives de la tour !
- Ceux qui ordonnent sont les premiers à enfreindre, tu connais bien ce vieil adage je crois.
- En effet !
- Serais-tu donc devenu immortel comme tu l'a toujours tant désiré ?
- Eh bien... Non... Il y a eu des complications, répondit-il en prenant sa pinte en main.
- Il y a toujours des complications, dit Teague en prenant la pinte de Jack pour la boire d'un trait sous l'air déçu du jeune capitaine. C'est inutile de chercher l'immortalité si il n'y a aucun autre but derrière et même un but n'est pas infini. L'immortalité c'est vite ennuyant.
- Qu'en sais-tu ?
- J'ai eu bien des occasions de le découvrir par moi-même avant que tu ne vienne au monde.
Ils discutèrent longuement de leurs aventures maritimes,ce qui étonna Jack qui n'avait pas eu de dialogue aussi conséquent avec son père depuis... jamais. Gibbs, lui, ronflait dans son coin de table. Après que Teague soit reparti, Jack sortit pour regarder le port en contrebas et vérifier que son Black Pearl était toujours amarré,ce qui, heureusement, était le cas. Il contempla ensuite l'océan en songeant à tous ces autres trésors qui n’attendaient que lui pour être découverts.
- C'est calme n'est-ce pas ?
Angelica était venue le rejoindre.
- Comme dans l’œil d'un ouragan.
- J'ai été trop habituée à vivre au milieu des batailles et des canonnades que le fait de me trouver dans un tel silence me perturbe énormément !
- Tu ne devrais pas avoir de mal à retrouver cette nostalgie vu ton caractère !
Elle sourit.
- Je ne sais pas, je vais peut être me ranger, partir sur une île et fonder une famille.
- Qui aurait cru que j'entendrais un jour de telles paroles venant de la fille de Barbe Noire !
- Si j'avais été avec un pirate il en aurait été sûrement autrement.
- C'est évident, mais je vais te dire ce que l'on m'a dit plus d'une fois : çà n'aurait jamais marché entre nous.
- Je ne pensais pas à toi.
- … Au temps pour moi !
L'heure était venue de rejoindre le Black Pearl.
Jack quitta la taverne avec Gibbs, ils descendirent les rues de Tortuga où les seuls badauds étaient les femmes lavant leur linge ou traquant les poulets pour le déjeuner.
En passant devant une ruelle, un homme les interpella.
- Capitaine ! Approchez ! Vous n'allez pas le regretter !!
Gibbs était méfiant.
- Nous ferions mieux de rejoindre le navire capitaine, l'équipage attend.
- Cela ne prendra qu'une minute.
Gibbs soupira. Jack rejoignit l'homme. C'était un petit vieux rabougri avec un double bandeau sur les yeux. Un aveugle en somme.
- Vous avez fait le bon choix, capitaine Sparrow.
- Comment me connaissez-vous ?
- Pas besoin de voir pour savoir ! Je sais aussi que vous cherchez une nouvelle aventure qui vous amènera à un autre trésor fabuleux.
- Oui comme tous les pirates.
- Avez-vous entendu parler de la corne d'abondance ?
- La corne qui apporte toutes les richesses que l'on désire ? Non, jamais entendu parler.
- Voici la carte qui y mène et je vous la donne.
- Quoi ?? Comme ça ?? Pourquoi moi ?
- Parce que ce trésor vous apportera beaucoup plus de choses que vous ne pouvez l'imaginer.
- Il est vrai que j'ai toujours rêvé d'avoir du rhum à volonté !
Le port de Tortuga était tout aussi calme, les pirates étant repartis sur les mers à la recherche de nouvelles aventures. Il ne restait que quelques navires amarrés mais aucun n'était aussi grand et imposant que le Black Pearl.
Jack descendit le ponton de bois menant à son navire, Hector Barbossa se trouvait de dos devant lui en train de contempler le vaisseau.
- Je suis surpris que tu ne sois pas encore parti.
- Ce n'est amusant que si tu ne t'y attend pas Jack, dit-il en se retournant.
- Que fais-tu encore ici ? Tortuga est tellement peu intéressante de jour.
- Je venais admirer mon bâtiment, une dernière fois.
- Dernière ?
- L'âge nous rappelle tous à la raison tôt ou tard, nous ne sommes pas immortels Jacky. L'océan aura guidé toute ma vie, il m'aura montré des choses extraordinaires, mais il est temps pour moi de me retirer.
- Et que compte-tu devenir au juste ?
- Je connais une île paisible à l'ouest des Caraïbes, j'irais m'y établir et je cultiverais mes propres terres. Je cueillerai mes pommes...
Jack le regarda d'un air inquiet.
- … Si ça peut te convaincre de couper cette horrible barbe !
- Adieu Capitaine Sparrow, dit Barbossa en tendant la main.
Jack la prit et la serra dans la sienne.
- Adieu, Capitaine Barbossa.
Le vieux pirate se retira, l'attention de Jack se porta alors sur le navire juste à côté du Black Pearl : le Queen Anne’s Revenge. Angelica l'avait réparé avec son équipage et celui de Jack, il était prêt à reprendre la mer.
- Serais-tu impressionné par mon navire Jack ?
Il se retourna et vit Angelica, souriante.
- Je me disais que MON navire faisait bien meilleure impression en réalité.
- Tu ne changeras donc jamais !
- Jamais !
Philippe arriva, il avait jeté sa tenue de missionnaire pour une chemise et un pantalon de pirate qui lui donnait un certain style.
- Toi mon gars tu a trouvé ta voie y'a pas à dire !
- J'essaye de m'adapter.
- Nous voulions te remercier pour tout ce que tu a fait pour nous et pour mon père.
- Remercier un pirate ? Voilà qui est des plus incroyable !
- Je ne sais pas si nous nous reverrons un jour.
- On ne sait jamais ce que l'océan nous apportera.
Elle lui donna un baiser sur la joue, il en fut toute chose et en oublia presque de saluer Philippe. Il se contenta de dire :
- Angelica...
- Oui ?
- Si tu veux être respectée de ton équipage... donne leur du rhum ! Ça marche à tous les coups ! Simple conseil.
Angelica poussa alors une ultime fois son rire ensoleillé devant Jack.
Peu après, le Queen Anne’s Revenge leva l'ancre et quitta la baie de Tortuga. Jack regarda le navire s'éloigner lentement vers l'horizon. Puis, quand il eut totalement disparu, il contempla l'océan, source de toutes ses aventures toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Gibbs arriva.
- Capitaine, quels sont vos ordres ?
Jack semblait perdu dans ses pensées.
- Jack ?
Il reprit ses esprits et se retourna.
- Monsieur Gibbs. Nous partons. Levez l'ancre, nous avons un nouveau trésor qui nous attend et il se trouve...
Il sortit son compas toujours aussi indécis qui pointa d'abord droit vers la réserve de rhum puis au nord.
- Plein nord !
- Plein nord !! Vous avez entendu les gars ? Plein nord ! Et que ça saute !!
Les voiles furent déployées et l'ancre levée.
- Capitaine, la barre est à vous !
Jack prit en main la barre du Black Pearl et le navire s'élança lentement vers de nouveaux horizons riches en péripéties. Mais cela n’inquiétait nullement Jack qui, après tout, avait connu bien pire !
« Les légendes rendent immortels ». La phrase que Barbossa avait prononcée à l'enterrement de Barbe Noire résonnait dans son esprit. C'était bien vrai et personne d'autre ne le savait mieux que lui-même, l'immortel Capitaine Jack Sparrow.
Le soleil se levait à peine sur l'île de l'ancienne fontaine de jouvence.
Un brouillard anormalement épais la recouvrait.
Sur la tombe de Barbe Noire, le brouillard était noir comme l'encre, mais, en y regardant bien, on pouvait presque distinguer un visage en émerger tel un fantôme revenu d'entre les morts. Un fantôme qui poussa un rire fort et effrayant qui résonna dans toutes les Caraïbes.