Un brouillard épais recouvrait l'océan, c'était le matin. Les flots étaient calmes, quelques mouettes volaient de ci, de là...
Et soudain… Le chaos.
Un canon fit feu dans un bruit assourdissant aussitôt repris par d'autres. Certains tirs se perdirent dans l'eau, la faisant jaillir de tous les côtés, tandis que d'autres atteignirent de plein fouet leur cible, faisant voler en morceaux bois, voile et acier.
Les deux navires étaient côte à côte s'affrontant sans relâche. Le premier était un bâtiment de guerre au pavillon anglais avec 250 hommes à son bord et 30 canons, le second était un navire de conception française mais modifié par la suite pour répondre au mieux aux besoins de son propriétaire : 3 mats, 40 canons et une bonne centaine d'âmes.
Il s’appelait autrefois « Le Concorde de Nantes »
A présent, c'était le « Queen Anne’s Revenge »
C'était le navire d'Edward Teach, plus connu sous le nom de Barbe Noire.
Et malgré toute la puissance balistique du vaisseau anglais, le Queen Anne’s Revenge parvint rapidement à prendre le dessus, ses canons crachant sans jamais s'arrêter. Les Anglais furent dépassés, vaincus.
L'abordage commença alors.
Les pirates lancèrent grappins et cordages tandis que les militaires chargèrent fusils et pistolets.
Ils déferlèrent comme une tempête soudaine, tombant de toutes parts. Les premiers échanges de tirs éclatèrent. En l'espace de quelques secondes, l'air fut chargé d'une forte odeur de poudre mêlée à celle du sang et la fumée se confondit avec le brouillard.
Les pirates se répandirent partout sur le navire ennemi comme des insectes avides de conquête, à chaque seconde, des hommes mourraient truffés de balles ou transpercés par des sabres.
La bataille semblait sans fin, les minutes paraissant aussi longues que des heures pour les combattants dont le seul but était de rester en vie en tuant le plus possible d'ennemis. Et pourtant tout se décida en quelques instants seulement.
Bien que courageux et téméraires, l'équipage du vaisseau de Barbe Noire était en nombre bien inférieur à celui de l'Ennemi qui était également bien mieux entraîné au combat. Tous furent bientôt submergés et encerclés, si bien qu'à la fin il ne resta qu'une poignée d'hommes en vie. Le Capitaine anglais s'avança vers eux en se contentant de demander :
- Où est votre Capitaine ?
Aucun ne répondit.
- Parlez où vous mourrez tous sur le champ !
C'est alors que la fumée blanchâtre s'assombrit d'une teinte noire comme l'encre, l'odeur de poudre revient plus fortement qu'auparavant. Plus personne n'arrivait à distinguer quelque chose. Le capitaine ennemi resta immobile, regardant autour de lui l'air visiblement loin d'être rassuré.
Il entendit alors des cris étouffés, d'abord derrière lui puis à sa gauche, bientôt tout autour de lui. L'un après l'autre, ses hommes tombaient, frappés par une mort invisible.
Le Capitaine dégaina son épée, il fut soudainement projeté en avant par un coup dans le dos, sans attendre il se retourna pour voir son agresseur.
Il ne vit que le nuage de ténèbres qui se dissipa lentement après quelques secondes, dévoilant une lame pointée droit vers son cou.
Et de l'ombre apparut Barbe Noire.
Il était effrayant. Entièrement vêtu de noir, telle la mort dont la faux allait mettre fin à une vie en suspend. De sa barbe très fournie s'échappait des volutes de fumée noire, c'est de là que provenait l'étrange voile dont avait su profiter le reste de l'équipage pour surprendre l'ennemi par derrière sans qu'il ne puisse s'en rendre compte un seul instant. La roue avait tournée.
- L’Angleterre aura votre tête, Teach, seul l'Enfer vous attend ici !
Barbe Noire sourit.
- Sache que je suis le Diable et que j'apporte l'Enfer partout où je vais.
A ces mots, il acheva l'homme en lui plongeant sa lame dans le ventre.
- Capitaine, nous avons trouvé le butin, annonça l'un des homme.
- Chargez tout à bord au plus vite, nous devons repartir.
- Et pour le navire ?
- Coulez-le, avec tout le reste de l'équipage.
- A vos ordres, Capitaine.
Il alla auprès des soldats anglais agenouillés.
- Ceux qui se rendent ont la vie sauve. Ceux qui tentent de me résister n'ont droit à aucune pitié !
Il fit un signe de tête à ses hommes qui levèrent leurs épées en l'air avant de les faire retomber pour accomplir leur funeste besogne.
Quand ce fut fait, Barbe Noire traversa le pont et rejoignit son bâtiment.
- Préparez-vous à appareiller !
- Quel cap devons nous suivre ?
- Nous avons un trésor à cacher messieurs !
Tout le monde comprit aussitôt et le montra en affichant une multitude de sourires satisfaits.
Le trésor fut chargé, le navire reprit la mer tandis que l'autre coulait lentement parmi les débris et les corps sans vie. Il n'y avait aucun survivant.
Car Barbe Noire était tout sauf clément.
Il se tenait contre le bastingage, admirant l'horizon et le soleil se lever lentement. Son second le rejoignit.
- Capitaine, j'ai entendu dire que les Anglais avaient renforcé leur présence dans les Caraïbes pour vous trouver.
- Si cela les amuse, en tous cas moi oui, si ils tiennent tant que ça à mourir.
- J'ai également entendu dire que la flotte espagnole ne cesse de s'étendre depuis la défaite de la Compagnie des Indes.
- De quoi avez-vous peur exactement ?
- Je n'ai pas peur capitaine, mais imaginez un instant que ces deux forces en viennent à s'allier contre nous...
- Ils ne viendront jamais à bout de ce navire tant que je serais à sa barre, soyez en sûr monsieur Mandcrift.
- Capitaine ! Bateau en vue ! Hurla la vigie.
Barbe Noire se plaça à l’extrémité avant du navire pour mieux voir de quoi il s'agissait. Il sortit sa longue vue et regarda.
Il s'agissait d'un tout petit bateau, davantage une barque avec une voile en réalité. Elle arborait un pavillon noir, le drapeau des pirates. A la vue de cela, Barbe Noire ne put s'empêcher de sourire et il éclata de rire en voyant le capitaine et unique marin à son bord.
Il se retourna en repliant sa longue vue.
- Messieurs, préparez-vous, nous allons avoir la visite d'une vieille connaissance !
Jack Sparrow se tenait au mât de son navire dans une posture des plus héroïques, regardant le fier vaisseau de Barbe Noire qui se rapprochait de plus en plus vers lui. Jack s'imaginait au mât de son Black Pearl, un sérieux concurrent pour le Queen Anne’s Revenge avec sa puissance de feu redoutable et surtout, sa vitesse inégalable, seulement... le Black Pearl était loin, TRÈS loin et avec ce vieux singe de Barbossa à sa barre ! Jack devait se contenter de cette misérable barque dérobée à un vieux marin pêcheur de Tortuga. « Au moins elle n'a pas de fuites » se dit Jack pour se réconforter. Il se laissa retomber pour s'asseoir et brandit la seule chose qui l'avait aidé à tenir au cours de cette infernale semaine d'ennui :
Sa bouteille de rhum.
Seulement, elle était vidée jusqu'à la dernière goutte et Jack en fut terriblement surpris.
- Déjà !?
Il soupira son désespoir et sortit son compas, pensant très fort à ce qu'il désirait le plus au monde pour avoir une ultime chance d'étancher sa soif urgente.
L'aiguille pointa droit vers le Queen Anne’s Revenge
- Très intéressant !
Il se releva, repositionna bien son tricorne sur sa tête tout en prenant soin de ranger une carte très précieuse dans sa poche avant d'arborer un grand sourire en direction de ses camarades.
Lorsque l'immense navire passa à côté de la minuscule embarcation, Jack vit une immense ombre masquer le soleil et le vaste ciel bleu des Caraïbes en même temps qu'une grande vague jaillit pour le frapper de plein fouet et le tremper de la tête aux pieds.
A bord du navire de Barbe Noire, l'équipage se tenait accoudé, le regardant avec un air qui était tout sauf amical et pourtant Jack gardait cet horrible sourire qui le faisait davantage passer pour un crétin que pour un redoutable pirate.
On lui jeta un cordage grâce auquel il put monter sur le pont, une fois à bord la première chose qu'il fit fut de se secouer comme un chien mouillé pour débarrasser ses vêtements de toute l'eau imprégnée. Les hommes le regardèrent sans même broncher, devant leur air hagard, Jack se dit qu'il avait du oublier quelque chose de primordial. Il retira alors son tricorne, ce qui fit couler sur lui toute l'eau qu'il contenait, le rendant encore plus ridicule que la situation ne l'avait déjà rendu. Il reprit sa respiration et s'inclina rapidement.
- Salut à vous camarades ! Merci de me faire l'honneur de m'inviter à votre bord, je ne suis on ne peut plus touché par votre franc esprit de fraternité piratière !
Personne ne dit mot.
- Vous n'êtes pas muets au moins ?
La situation devint très pesante.
- Oh je sais ! Je ne me suis pas présenté. Je suis le capitaine...
- Jack Sparrow !
Il se retourna.
Barbe Noire se tenait sur le pont face à lui. En le voyant, Jack eut une grimace mêlant à la fois peur, inquiétude et dégoût.
- Edward ! Ça faisait longtemps !
- Tu l'a dit vieille méduse ! Quinze années ! Depuis le jour où tu a pris la fuite à bord de MON navire !
- Je te l'ai rendu !
- Tu parle de cette épave éventrée que j'ai retrouvée éparpillée sur des rochers ?
- Euh... techniquement...
- Mais je ne t'ai pas fait venir à bord pour parler du bon vieux temps Jack, rassure-toi. En fait, je me demandais ce que tu faisais dans les parages, tout seul, à bord de ce fier bâtiment que tu a là !
Tout le monde éclata de rire.
- Rien de particulier, simple petite balade au grée des alizés, tu devrais essayer, c'est bon pour le visage...
- La rumeur prétend qu'après avoir mené la victoire sur la Compagnie des Indes tu te sois fait voler le Black Pearl par ton second, encore une fois ! Si cela n'est pas une preuve irréfutable de ton infaillible sens du commandement !
Les rires redoublèrent.
- TOI ICI !! Lança brusquement une voix à l'accent espagnol prononcé.
Tous les visages se tournèrent de l'autre côté du pont.
C'était une jeune femme d'une trentaine d'années à peine, elle portait un corset noir et or mettant en avant ses formes généreuses, le tout recouvert par une veste couleur bordeaux. Elle avait un regard des plus envoûtants même si ses yeux noisettes étaient dissimulés sous un chapeau noir. Jack se sentit encore plus mal en sa présence.
Elle s'approcha rapidement en levant la main, Barbe noire la retint de justesse.
- Angelica, ce n'est guère une manière d'accueillir notre invité !
- Comment peux-tu faire monter cette chose abjecte à bord ! Tu devrais le jeter aux requins !
- Pour le moment Jack et moi avons à discuter de choses importantes alors sois gentille d'exprimer tes sentiments à son égard un peu plus tard, lorsque nous en aurons terminé.
Elle soupira nerveusement, son regard lourd posé sur Jack.
- En tous cas tu es toujours aussi charmante !
Ce fut la phrase de trop qui valu à Jack la baffe qu'elle retenait depuis tant de minutes.
- J'avais oublié ta manière d’accepter les compliments !
- Mettez-le aux fers ! Ordonna Barbe Noire.
- Quoi ?
- Je n'ai malheureusement pas de cabine à t'offrir présentement Jack mais je suis sur que la compagnie des rats comblera ton manque de compagnie. Allez !
Et il fut emmené. Décidément, les choses n'allaient pas en s'arrangeant !