La bulle d’eau déposa Noriko avec délicatesse sur le sol dur et froid qu’offrait la glace. En plus d’être glissant, il engourdissait et cisaillait les muscles de ses jambes. Elle regarda ses paumes devenues rouges : gelées, elles ne pourraient plus créer d’eau. Elle ferma et ouvrit plusieurs fois les poings pour les réchauffer.
Luffy atterrit à ses côtés. Un air qu’elle ne lui connaissait pas avait pris place sur son visage.
— Nori, lâcha-t-il en sondant son regard, on risque d’être séparés. Si les choses tournent mal, je pourrai pas…
— Concentre-toi sur Ace, coupa-t-elle avec un sourire forcé. T’occupe pas de moi, j’ai pas l’intention de mourir aujourd’hui.
Il contracta la mâchoire, inclina le menton et prit une grande inspiration. Il s’élança, Noriko sur ses talons.
Celle-ci ne savait plus ce qu’elle ressentait. La peur, l’angoisse, l’excitation et la colère se mélangeaient dans son esprit. Retrouver Luffy lui avait assurément redonné courage et espoir, mais serait-elle capable de rester en vie ? Elle ne voulait pas être un fardeau pour son capitaine. La priorité était de sauver Ace. Il ne fallait pas qu’elle se mette en danger inutilement et ne devait en aucun cas l’appeler à l’aide.
Quoiqu’il arrive, elle devrait se débrouiller seule.
Elle respira un air glacé qui trancha ses poumons. Malgré le sol glissant par endroits, les premiers mètres furent les plus faciles. Les pirates de Barbe Blanche avaient déjà bien avancé et seuls des corps inertes jonchaient son chemin. L’odeur de sang et de poudre piquait les narines et donnait la nausée.
Des personnes debout apparurent à travers le voile de fumée qui avait envahi la mer gelée. Luttant, combattant, elles s’acharnaient à faire gicler des traces rouges sur la glace blanche. Le bruit qui en résultait était assourdissant. De partout résonnaient des coups de feu, de canons, de lames en tout genre qui s’entrechoquaient entre elles, et pire que tout, les inlassables cris de terreur et d’agonie mêlés les uns aux autres.
— Paille-Boy ! hurla une voix.
Tout en faisant de grands gestes, l’homme aux cheveux violets et aux collants en résilles fonçait vers Luffy. À ses côtés se trouvait Jinbe.
Noriko se mit sur ses gardes. Son capitaine leva une main vers elle.
— Ils sont avec moi, ils ont fui Impel Down. Jinbe s’est rebellé, il n’est plus affilié à la Marine.
Ce n’est que lorsqu’elle se trouva face à celui qui avait interpellé son capitaine que Noriko le reconnut. Emporio Ivankov, célèbre pour être l’un des cinq commandants de l’armée révolutionnaire. Nul doute qu’il travaillait pour Dragon – le chef de cette organisation et le père de Luffy – et qu’il avait décidé de prêter main forte au jeune pirate. Derrière la fumée, les silhouettes de ses hommes se découpaient.
— T’as prévenu le paternel pour l’exécution ? s’enquit Jinbe.
Luffy hocha la tête puis désigna Noriko comme un membre de son équipage.
— Elle est forte, déclara-t-il. Vous pouvez lui faire confiance.
Jinbe et Ivankov détaillèrent la jeune femme des pieds à la tête. Assurément, ils connaissaient ses liens de parenté avec Mihawk, comme en témoignaient leurs regards méfiants. Ils inclinèrent finalement le menton en signe d’accord et assurèrent qu’ils l’aideraient en cas de besoin.
Une lumière aveuglante les força à plisser les yeux. L’instant d’après, Kizaru se trouvait devant Luffy.
— Les Dragons Célestes me tannent pour qu’on te mette la main dessus, tu sais ?
Ses yeux se posèrent sur Noriko.
— Et voilà celle qui ne maîtrise soi-disant pas son pouvoir. Mihawk n’appréciera sûrement pas de te voir mourir aujourd’hui.
D’un air fatigué, il leva son index qui s’illumina. Immédiatement, Ivankov cligna d’un œil. Une onde de choc balaya Luffy et Noriko au moment où Kizaru faisait exploser un laser à leurs pieds.
Sauvés d’une mort certaine, le Chapeau de Paille roula sur le côté, tandis que la manieuse d’eau se relevait déjà.
— Merci Ivanette ! hurla Luffy.
Le commandant de l’armée révolutionnaire mit ses mains en l’air en faisant une pirouette.
— C’est mon devoir de te garder en vie !
Il fit face à Kizaru, bien décidé à lui tenir tête. Au même moment, Kuma apparut aux côtés de l’Amiral.
— Ku… Kuma ! s’extasia Ivankov.
En retour, le Grand Corsaire ouvrit la bouche et un laser vint exploser aux pieds du révolutionnaire qui l’évita de justesse.
— En voilà des manières ! s’emporta-t-il. T’es Grand Corsaire, d’accord, mais on tape pas sur les copains ! Pourquoi tu me tires dessus !?
Moria atterrit lourdement devant lui.
— Perds pas ton temps, il n’est plus capable de prononcer le moindre mot.
Il écarta les bras. Des centaines d’ombres apparurent. D’un geste des doigts, elles filèrent toutes se planter dans les cadavres qui gisaient au sol.
— Ce champ de bataille est un distributeur de zombies, je n’ai qu’à me baisser pour trouver mon bonheur !
— C’est ça, faites joujou si vous voulez, s’amusa Kizaru avant de disparaître dans un rayon lumineux.
Transie de froid, un nuage de buée s’échappant de sa bouche, Noriko tentait encore de comprendre les liens qui unissaient Kuma avec le révolutionnaire au moment où Jinbe l’attrapa par le bras. Dans son autre main, il tenait Luffy. Profitant de la confusion, il les entraîna tous deux à l’écart.
— On va assurer vos arrières. Quoi qu’il puisse se passer, foncez vers l’échafaud et ne vous occupez pas de nous !
Les deux jeunes pirates furent violemment poussés en avant.
Jinbe se retourna vers Moria et fit danser ses mains devant lui. La mer obéit à son appel et une énorme vague sortit de son lit pour balayer les centaines de zombies. Tous retombèrent sous leur propre poids et les ombres se dispersèrent dans les airs.
— J’ai souvenir qu’ils n’aiment pas le sel, précisa l’homme-poisson.
Tandis que Moria protestait à voix haute en menaçant l’ancien Corsaire, Noriko resta subjuguée par le pouvoir qu’il venait de démontrer.
Il contrôle l’eau ?
Elle secoua la tête et reprit sa course auprès de Luffy. Dès que l’occasion se présenterait, elle demanderait à Jinbe de l’aider à maîtriser ses pouvoirs.
Très vite, les deux amis furent encerclés de soldats. Un Marine se plaça devant eux, armé d’un fusil. Il n’eut pas le temps de tirer et tomba en gesticulant, une bulle d’eau s’étant infiltrée dans son nez et sa gorge.
De son côté, Luffy évita un coup de massue et abaissa son pied sur le crâne d’un autre assaillant.
— Ils sont tous costauds, constata-t-il en évitant une autre attaque, et plus résistants que d’habitude.
Un nouvel ennemi le manqua de peu avec un sabre et Noriko le balaya d’une vague qu’elle fit apparaître d’un revers de la main. Elle ne vit pas celui qui arriva derrière elle et fut sauvée par le poing tendu de Luffy. L’avant-bras de ce dernier fut la cible parfaite pour un énième Marine armé d’une hache, que Noriko repoussa de plusieurs mètres en écrasant une bulle sur son thorax.
— Faut qu’on avance ! cria Luffy. Tu peux ouvrir la voie ?
— Je peux pas risquer de blesser nos alliés, rétorqua Noriko en sautant en arrière. Chaque pirate que tu vois est présent pour sauver Ace, on a tous le même but !
Luffy serra les dents et décocha une rafale de coups de poing. Il profita d’un moment de répit lorsque les soldats armèrent leurs fusils et étendit sa main vers son amie avec un regard entendu.
Noriko n’attendit pas pour saisir sa paume. Balancée dans les airs à une hauteur vertigineuse, le champ de bataille s’étendait à perte de vue. Un boulet de canon la frôla de peu. Elle l’ignora et joignit ses deux paumes. Une bulle apparut et grossit à vue d’œil.
Au moment de retomber, elle fit exploser un immense torrent qui s’abattit aux côtés de Luffy. Contrôlant l’eau à la perfection, le courant emporta tous les Marines aux alentours, sans toucher aux pirates, et balaya l’écran de fumée. Des cris d’agonie résonnèrent en écho tandis que ses ennemis furent violemment emportés le plus loin possible.
Elle se réceptionna près de son capitaine et tous deux reprirent leur course.
Sur les écrans géants, Ace tirait sur ses bras en hurlant de désespoir, tandis que les exploits de Noriko et Luffy étaient affichés à ses côtés. L’image changea et laissa apparaître les navires alliés qui envahissaient les extrémités de la baie. Le Moby Dick était également représenté et on distinguait très clairement Baggy le Clown qui gesticulait aux côtés de Barbe Blanche.
Sur l’échafaud, Sengoku criait sur Garp.
Noriko baissa finalement les yeux, devant se concentrer sur rien d’autre que ses gestes. Se laisser distraire pourrait être fatal.
Luffy courait devant elle, se servant de son corps élastique pour repousser les boulets et les balles qui fusaient de part et d’autre.
Des pirates apparurent à leurs côtés et apportèrent leur soutien en criant qu’eux aussi étaient de la famille d’Ace et qu’ils comptaient bien le sauver.
La voix de Barbe Blanche résonna dans le ciel, ordonnant à ses hommes de détruire tous les cuirassés se trouvant à l’extérieur de la baie.
La manieuse d’eau crispa la mâchoire. La Marine avait donc prévu de les prendre à revers depuis le début. La fuite s’annoncerait plus difficile que prévu.
Luffy ralentit légèrement lorsqu’une rangée de personnes arborant les décorations de Vice-Amiraux s’interposa sur leur route. Il gonfla un poing, tandis que Noriko transformait l’un des siens en eau. D’un même mouvement, les deux mains balayèrent les ennemis et dégagèrent un chemin.
Les Vice-Amiraux étaient cependant coriaces et certains d’entre eux les prirent à revers.
Les pirates de Barbe Blanche s’interposèrent aussitôt en engageant le combat.
Noriko tressaillit en apercevant la Capitaine Tashigi, ce qui ne pouvait signifier qu’une seule chose. Un puissant vent de fumée la coupa dans ses pensées et l’obligea à se protéger le visage. Le cri de Luffy la ramena à la réalité. Elle se rua vers lui. Elle ne vit pas le laser de Kuma qui explosa le sol sous ses pieds avant de violemment la projeter en arrière.
Son souffle se coupa lorsqu’elle atterrit sur le dos et elle crut mourir lorsqu’un bloc de glace s’écrasa sur ses hanches et ses jambes. Hurlant plus de peur que de douleur, elle étouffa un cri rauque en s’apercevant que son corps était intact. Elle était cependant bloquée à terre et le froid de l’iceberg brûlait déjà sa peau à travers ses vêtements.
Du sang coula du haut de son crâne et vint brouiller sa vision. Les dents serrées, elle planta ses ongles dans le sol gelé pour tenter de se traîner, mais ne put que manquer de s’arracher un doigt. Elle laissa retomber son crâne et inspira pour reprendre son calme.
Au loin, Luffy se débattait entre les mains de Smoker qui le maîtrisait sans aucune peine en maintenant le bout de sa jitte faite de Granit Marin enfoncée dans sa gorge.
Noriko fit apparaître une bulle d’eau qu’elle laissa filer sur le Colonel, mais celui-ci étant fait de fumée, le projectile se contenta de le traverser sans le faire ciller. Frustrée, elle donna un coup de poing dans le bloc de glace qui se fissura sous la pression. Dans un cri de rage, elle réitéra son attaque et se libéra.
Ses jambes engourdies de froid ne lui obéirent pas immédiatement. Elle leva les yeux vers Luffy et resta interdite lorsqu’elle vit Hancock dégager Smoker d’un coup de pied. Son capitaine afficha un grand sourire et Noriko se demanda d’où il la connaissait.
Elle est bel et bien de notre côté…
L’impératrice se pencha vers le Chapeau de Paille et lui tendit quelque chose. Il sauta à son cou en la remerciant et la Corsaire rougit de bonheur. Leur étreinte fut cependant interrompue par Smoker. Hancock repoussa Luffy en lui ordonnant de s’enfuir et engagea un combat avec le Colonel.
Noriko tenta de ramper pour réchauffer ses jambes et aperçut avec horreur que son capitaine se précipitait vers elle.
— Qu’est-ce que tu fiches !? L’échafaud est de l’autre côté !
Il dérapa près d’elle et la souleva par les aisselles.
— Tu viens avec moi.
Il la balança sur son dos et reprit sa course.
— Hancock m’a donné la clé des menottes d’Ace, expliqua-t-il en courant.
Noriko enfonça son front dans l’épaule du jeune homme, maudissant sa faiblesse. La sensibilité de ses jambes revint et elle put enfin les bouger. Elle ne perdit pas de temps et se débattit comme une folle.
— Je t’ai dit de pas t’occuper de moi ! s’égosilla-t-elle.
— Et moi, j’ai juré qu’il ne t’arriverait jamais rien.
Elle fulmina intérieurement. Une migraine explosa dans son crâne. Elle siffla entre ses dents et ouvrit des yeux douloureux.
Au même moment, le sol se brisa à cause d’un tir de tri-canon.
Éjectée, Noriko envoya une bulle rattraper son capitaine dans les airs, tandis qu’elle atterrissait lourdement sur son flanc.
La main tendue vers le Chapeau de Paille et sa lèvre supérieure retroussée sur ses dents ensanglantées, elle se releva péniblement en arquant ses doigts. Seule la tête de son capitaine dépassait de sa bulle tandis que son corps se débattait mollement, affaibli par l’eau.
— À quoi tu joues, Nori !?
— Fonce, Luffy. Et sauve-le.
Son capitaine ouvrit de grands yeux.
Noriko recula sa main et la repoussa devant elle. La bulle fusa à une vitesse folle, emmenant Luffy par-dessus le champ de bataille et lui faisant ainsi gagner un temps précieux. Ses protestations se perdirent dans les échos et la jeune femme se retrouva seule au milieu de corps entassés.
Elle n’eut pas le temps de souffler, un Marine se précipitait déjà vers elle. Elle bougea à peine son index. Un mur d’eau s’érigea devant elle pour repousser l’ennemi. Le choc fut tel qu’il fut tué sur le coup.
La respiration saccadée, Noriko reprit sa route vers l’échafaud, tentant de lutter contre ses yeux qui brûlaient de colère.
Ses jambes avaient retrouvé leur force et ses muscles lui permirent de courir. Elle ne prêta pas attention à la flaque de sang qui l’éclaboussa quand son pied s’enfonça dedans, ni aux supplications d’un Marine agonisant qui implorait désespérément de l’aide.
Sans s’arrêter, elle faisait apparaître des vagues qui balayaient tout ce qui se trouvait devant elle, ne faisant aucune distinction entre les Marines et les blocs de glace formés par le remous gelé. Les poumons en feu, elle continuait de courir. Elle continuerait jusqu’à ce qu’Ace soit libéré.
Une salve de boulets de tri-canons fut tirée vers elle. Elle les évita de justesse, mais manqua de tomber dans l’ouverture créée par l’impact. Elle glissa. Tandis que l’eau de la mer se rapprochait dangereusement d’elle, elle planta ses doigts dans la glace dans un ultime réflexe de survie. Ses pieds traversèrent la surface glacée et elle sentit instantanément ses forces diminuer.
Elle grogna en tentant de se hisser, mais ses doigts gelés n’accrochaient déjà plus leurs prises. L’eau atteignait désormais ses genoux.
Noriko colla sa joue contre la glace sans l’espoir d’empêcher son corps de sombrer. Non loin, elle aperçut Crocodile luttant contre les hommes de Barbe Blanche qui tentaient certainement de se venger de l’affront envers leur père. Avec colère, l’ancien Corsaire fit apparaître une tornade de sable qui balaya tous ses ennemis avant de devenir incontrôlable.
Bien que trop tard, Joz intervint, et, d’un coup de poing recouvert de diamants, il repoussa Crocodile qui alla s’écraser près de Doflamingo.
La manieuse ferma les yeux et retint son souffle. Elle décolla lorsque la tornade la percuta. Projetée dans les airs, elle fit apparaître une bulle d’eau autour d’elle, emprisonnant ainsi le sable qui lui tournait autour. Elle écarta les doigts, la bulle explosa et la propulsa hors du tourbillon qui continua son chemin.
N’ayant pas le temps de se réceptionner, Noriko s’écrasa brutalement au sol.
Les membres douloureux, elle rampa péniblement hors des décombres glacés et s’agenouilla, le souffle court. Un bruit strident sifflait dans ses oreilles. Son corps était loin d’avoir atteint ses limites, mais le froid rendait sa lutte difficile. Elle inspira plusieurs fois et força sur ses jambes pour se redresser. Son pantalon s’était déchiré et laissa apercevoir un genou rougi.
Elle passa de l’eau sur son visage ensanglanté, puis fit remonter une bulle de la pointe de ses pieds jusqu’à ses hanches pour se sécher et se réchauffer. Elle plaqua ses cheveux en arrière. Suite au choc, ils s’étaient détachés, laissant sa paume glisser sur le chapeau d’Ace. Le sentir sous ses doigts la revigora. En réponse à l’emballement de son rythme cardiaque, l’arrière de sa tête palpita d’impatience. Elle repoussa la douleur et s’élança parmi les pirates qui luttaient pour leur survie.
Elle vit Ivankov éjecter violemment Kuma à plusieurs mètres de là. De son côté, Jinbe avait terrassé Moria et ce dernier rampait lamentablement pour s’enfuir.
Un rayon lumineux vert attira l’attention de Noriko et son sang ne fit qu’un tour lorsqu’elle entendit la voix de Luffy qui hurla de terreur.
Les sens en alerte, elle dévia sa trajectoire et accourut pour aider son capitaine.
— Mihawk, cingla-t-elle pour elle-même, si tu le touches, je te jure que tu me le paieras.
Un Marine voulut l’arrêter. Elle ne ralentit même pas quand elle l’attrapa par le col et l’envoya s’écraser contre l’un de ses camarades.
Avec une hargne non dissimulée, elle fit apparaître un torrent qui tourna autour d’elle en avançant à son rythme. Tous ceux qui entravaient sa route furent aussitôt happés par l’eau et tournèrent à leur tour en poussant des hurlements d’effroi.
Noriko écarta les bras. Le torrent explosa, emportant les corps de ses ennemis. Son estomac remonta dans son œsophage quand elle aperçut les corps déchiquetés par le choc se disperser dans le ciel. Écœurée mais folle de rage, elle continua sans relever la pluie de sang qui s’abattait sur elle.
Des soldats arrivèrent par dizaines. L’un d’entre eux rapporta un ordre qui venait d’en haut : la peine capitale était encourue contre tous les pirates présents, il ne fallait faire preuve d’aucune pitié.
Elle vit Luffy, courant à toute vitesse avant d’être dangereusement fauché par une onde verte. Une colonne d’eau partit de sa main et s’éleva dans le ciel avant de barrer sa route en s’écrasant devant elle. D’un mouvement de doigts, elle fit rouler le tonneau aqueux qui emporta ceux se trouvant sur son passage.
Les hommes d’Ivankov s’interposèrent pour aider Luffy, mais tous furent terrassés en quelques secondes par Mihawk.
Elle écarquilla les yeux lorsque Mr 1 surgit de nulle part pour le protéger à son tour d’une attaque grâce à son corps fait d’acier. Il aboya un ordre au jeune pirate et celui-ci reprit sa route sans attendre. Malheureusement, l’acier était loin de faire le poids face au meilleur sabreur du monde et l’ancien agent du Baroque Works fut vaincu en un seul coup.
Noriko serra les dents. Son oncle était résolu à mettre la main sur son capitaine.
Qu’est-ce qui lui prend, putain !?
Elle le détestait. Elle détestait son besoin presque vital de conserver son statut de Grand Corsaire. Elle détestait qu’il ne prenne pas en considération l’importance que Luffy avait pour elle.
Elle gonfla deux poings d’eau et éclata le sol autour d’elle, faisant perdre l’équilibre à ceux qui lui fonçaient dessus. Elle enjamba la crevasse formée et continua sa course.
Lorsque Mihawk se détacha d’un groupe de pirates et apparut enfin dans son champ de vision, il abaissait son sabre noir vers Luffy qui tenait Baggy le Clown en guise de bouclier humain.
La lame passa à travers le corps de ce dernier et détacha le torse de ses jambes.
Le souffle puissant qui accompagna l’attaque repoussa Noriko.
L’onde verte fusa vers l’une des vagues gelées qui entouraient Marineford. L’iceberg géant fut tranché net en deux et le morceau découpé s’écrasa sur une partie de la baie dans un terrible fracas. La mer apparut, dévorant des hommes au passage. Des blocs de glace explosèrent de part et d’autre et plusieurs d’entre eux vinrent s’écraser sur le deuxième cuirassé qui ne résista pas à l’impact.
Le souffle court, Noriko déglutit. Elle secoua la tête pour reprendre ses esprits et se releva.
Baggy hurlait encore de douleur avant de finalement se rendre compte qu’il n’avait rien eu grâce à son Fruit de Fragmentation. Il tourna le haut de son corps dans les airs et attrapa le Chapeau de Paille par le col.
— JE PEUX SAVOIR À QUOI TU JOUES, ENFOIRÉ !? T’AS FAILLI ME FAIRE BUTER !
— Désolé, lâcha sobrement Luffy.
Baggy s’emporta de nouveau d’une voix aigüe, mais Noriko n’entendait déjà plus ce qu’il disait. Son regard et son attention étaient focalisés sur Mihawk. Jamais elle ne l’avait vu avec un air aussi furieux. En temps normal, elle aurait été tétanisée, mais pas cette fois. Emplie d’une colère noire, elle ne baissa pas les yeux.
— Nori ! hurla Luffy en l’apercevant.
— Elle est là, elle aussi !? s’étrangla Baggy en suivant son regard.
Mihawk trancha l’air de son sabre pour retirer un excès de sang qui teinta la glace d’une traînée rouge.
Sans un mot, Noriko s’avança d’un pas décidé. Le regard rivé sur lui, elle fit apparaître un torrent et balaya Luffy et Baggy d’un revers de la main. Les deux hommes tentèrent de lutter, mais le courant terrassa leurs pouvoirs et les emporta de force.
— Comment oses-tu t’en prendre à lui !? vociféra-t-elle en faisant apparaître une bulle qui tressauta dans sa paume.
Le Corsaire la détailla de haut en bas et contracta sa mâchoire.
— Il faut donc que je porte atteinte à la vie de ton protégé pour que tu daignes te présenter à moi ?
— Luffy est mon capitaine ! hurla-t-elle en abaissant sa main.
L’eau fusa dans le vide et explosa le sol dans un bruit assourdissant. Un battement de cils avait suffi à Mihawk pour faire face à Noriko, sa main broyant presque son poignet qu’il tenait en l’air. Elle serra les dents pour lutter contre la douleur.
— Qu’est-ce que tu fiches ici, Noriko ?
Sa colère brutalement envolée, elle luttait désormais contre une terrible angoisse qui entravait fermement ses entrailles.
— Ton équipage s’en prend aux Dragons Célestes et voilà que tu débarques en personne avec Barbe Blanche pour déclarer la guerre, est-ce que tu te rends compte des conséquences de tes actes !?
— Je suis pas ici pour lui, se défendit-elle en étouffant un gémissement de douleur, je suis pas sous ses ordres, je… Je suis pas ici pour déclarer la guerre, mais pour sauver Ace !
La surprise traversa brièvement le regard de Mihawk. Pour la première fois, il sembla décontenancé.
— Tu ignorais que ton capitaine se trouvait ici, affirma-t-il en resserrant son emprise. Si tu ne fais pas équipe avec Barbe Blanche, quel est ton lien avec Ace aux Poings Ardents ?
Noriko ferma les yeux et pinça les lèvres. Sa main virait déjà au violet, coupée de sa circulation sanguine.
Mihawk la poussa brutalement en arrière pour parer un violent coup de sabre.
Affolée, elle se releva et aperçut le commandant de la cinquième division de Barbe Blanche, considéré comme un des épéistes les plus puissants du monde.
— Vista la Lame Fleurie, maugréa son oncle en le repoussant.
— Ravi de te faire face, répondit l’intéressé qui se tenait devant Noriko. Navré d’interrompre vos querelles familiales, mais je peux pas te laisser t’en prendre à notre passagère clandestine.
Le Corsaire fronça les sourcils et retroussa sa lèvre supérieure.
— Allez fillette, interpella Vista, va te rendre utile ailleurs, je m’occupe de lui.
— Ne t’avise pas de me tourner le dos, Noriko, prévint aussitôt Mihawk en levant son sabre. Notre conversation n’est pas terminée.
Le menton tremblant, Noriko attrapa son collier à travers son haut. Ce geste ne passa pas inaperçu aux yeux de son oncle qui laissa transparaître une colère noire.
— Je ne suis plus une enfant, Mihawk.
Elle fit deux pas en arrière, puis pivota sur ses pieds avant de s’enfuir en courant.
Un sanglot explosa dans sa gorge, tandis que derrière elle, le bruit de lames s’entrechoquant résonnait en écho. Elle ignorait la raison de ce sauvetage, mais n'avait pas le temps de s'en préoccuper. Elle souffla longuement, tentant de ne pas penser aux conséquences de sa folie. Même si Mihawk l’effrayait, il n’avait jamais posé la main sur elle en dehors de ses entraînements. Le pire qu’il pouvait faire était de l’enfermer de nouveau dans son château. Elle leva les yeux vers le visage d’Ace qui était inondé de larmes. Pour lui, c’était un risque qu’elle était prête à payer.
La voix d’Ivankov parvint à ses oreilles. Elle se figea dans l’espoir de trouver Luffy avec lui et aperçut le révolutionnaire aux côtés de ses hommes faire face à Kuma et Doflamingo.
— Reculez mes chéris, et allez aider le Chapeau de Paille !
Pourvus de costumes divers et variés – dont certains étaient uniquement faits de résilles – ses subordonnés obéirent et se dirigèrent vers l’échafaud.
— Tu sembles oublier que je suis redoutable, Doflamingo, je vais donc te le rappeler physiquement.
Assis sur une montagne de cadavres, le Corsaire arborait un sourire qui dévoilait toutes ses dents. Il tendit une main vers Kuma.
— J’y peux rien si ton cher ami ici présent a décidé de devenir une arme humaine à part entière.
Ivankov se propulsa dans les airs et fit un clin d’œil. Une onde de choc fracassante balaya les alentours.
Emportée, Noriko roula sur le sol avant de se relever en toussant grassement.
Un Marine fonça sur elle sans crier gare. Prise au dépourvu, elle se jeta sur le côté puis ouvrit son poing dans sa direction. Elle écarquilla ses yeux de terreur et grimaça quand elle aperçut des bribes de glace danser dans sa paume. L’eau se matérialisa après un temps et fusa tout de même sur son ennemi.
Noriko se recroquevilla et plaça ses mains sous ses aisselles pour les réchauffer. Si la glace était faite d’eau, elle n’avait pas le pouvoir de la contrôler, et sans son pouvoir, elle ne pourrait plus assurer sa défense.
Malgré elle, ses yeux se posèrent de nouveau sur les écrans géants qui montraient l’étendue des ravages de la guerre. De partout, des corps jonchaient la banquise improvisée qui était presque entièrement teintée de rouge. L’affreux spectacle était un véritable carnage.
L’écran montrant Ace se coupa. Noriko eut un terrible pressentiment. S’ils ne comptaient pas montrer publiquement l’exécution, c’est qu’elle était imminente.
Oubliant le froid qui compressait ses doigts et ses orteils, elle se rua vers l’échafaud.
Très vite, une ligne de Capitaines qu’elle reconnut aux épaulettes décorant leurs vestes lui barra la route. L’un d’eux arma un canon qu’il tenait sur son épaule et la visa. Noriko grogna de rage en accélérant sa course. Au moment où il tira, elle fit surgir un torrent d’eau qui dévia le boulet puis se propulsa dans les airs à l’aide d’un autre, lancé à pleine puissance.
D’ici peu, Ace allait mourir. Elle n’avait plus de temps à perdre.
Une pointe fusa derrière ses yeux et elle laissa son pouvoir s’emparer d’elle. Dansant dans le vide, elle bougea gracieusement ses doigts et fit apparaître un énorme bloc d’eau qui avoisinait la taille d’un cuirassé.
Dans un cri de hargne, elle abattit sa création sur le sol, brisa la glace et fit tomber tous les Marines dans l’eau dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres.
Avec précaution, elle atterrit sur un rebord et observa ses ennemis se débattre avec une intense satisfaction. Lorsqu’elle aperçut des pirates pataugeant vainement pour regagner la rive, elle reprit brusquement ses esprits et sentit un poids écraser sa poitrine.
« — Résiste, tu risques de tous nous tuer si tu cèdes à la douleur. »
Elle enfonça ses ongles dans son cuir chevelu pour faire taire la souffrance qui battait dans sa boîte crânienne au moment où les mots de Marco résonnèrent dans son esprit. Comment avait-elle pu être aussi stupide et inconsciente ? Elle jeta un œil vers l’échafaud. Agenouillée, la silhouette d’Ace était parfaitement distincte. Il ne lui pardonnerait sans doute jamais d’avoir tué des membres de sa famille.
Prenant garde à ne pas tomber, elle s’écrasa à plat ventre pour attraper la main d’un pirate près d’elle et le tira de toutes ses forces. L’eau était gelée. D’ici peu, ils périraient tous. Elle avala sa salive et se redressa, refusant de se laisser abattre. Elle claqua des mains devant elle et fit apparaître une centaine de bulles qu’elle fit grossir d’un mouvement de doigts. Prenant soin d’éviter les Marines, elle les projeta ensuite au ras de la surface de la mer.
En proie à la panique, les pirates s’y accrochèrent par réflexe. Lorsque leurs mains touchaient l’eau, cette dernière se resserrait sur elles avant de les soulever dans les airs.
Noriko força sur ses bras tremblants pour les garder levés. Ses efforts ne furent pas inutiles. Rapidement, tous les alliés se retrouvèrent sur la berge glacée. En vie, bien que grelottant de froid.
Sans attendre son reste, la manieuse d’eau détala et reprit sa course vers l’échafaud, évitant les pirates qui se trouvaient sur son chemin.
— Elle… Elle les a tous liquidés, commenta une voix brisée.
Elle fit la sourde oreille et continua. Ce n’était pas la première fois qu’elle ôtait autant de vies d’un coup. Marco avait été formel, tous ceux ayant fait des misères à Ace ne s’en sortiraient pas comme ça, et force était d’admettre qu’il avait raison.
Ses yeux se remirent à brûler lorsqu’elle aperçut Luffy combattant Kizaru. Un coup de pied de celui-ci dégagea son capitaine qui fut rattrapé par Jinbe. Au même moment, les commandants de Barbe Blanche se placèrent devant l’homme-poisson pour le protéger et se ruèrent vers l’Amiral.
Plié en deux, le Chapeau de Paille se tenait l’estomac, blanc comme un linge. Lorsque son regard croisa celui de Noriko, elle leva son bras pour lui signaler qu’elle allait bien. Il tenta un pas vers elle, mais une vague s’érigeant brièvement devant ses pieds le fit changer d’avis. Au bord de l’évanouissement, il arbora un faible sourire. Tous deux étaient en vie et c’était tout ce qui comptait.
Noriko continua de faire apparaître des torrents d’eau qu’elle envoyait sur ses ennemis. Elle préférait rester à distance de Luffy pour qu’il se concentre. S’il la voyait en danger, il perdrait du temps à venir l’aider.
Nul doute que son frère passerait avant elle en cas d’urgence, mais elle ne souhaitait pas le voir se déchirer en deux. Intérieurement, elle maudit le jour où il avait donné sa parole qu’il ne lui arriverait rien. Elle n’avait pas besoin de sa protection. Plus maintenant. Désormais, elle pouvait se débrouiller seule.
Une explosion fit trembler le sol et une fumée noire et épaisse s’éleva dans le ciel. L’un des bâtiments cernant le Moby Dick était recouvert de flammes.
Les yeux de Noriko se posèrent sur l’origine du tir et ses jambes tremblèrent. Mené par Sentomaru qui levait fièrement sa hache, une quinzaine de Pacifistas avançait droit vers les pirates. Venant de l’extérieur de la baie, ils cernaient l’unique sortie et prendraient bientôt tous les pirates à revers. Ils s’arrêtèrent tous en même temps, levèrent leurs paumes et ouvrirent la bouche.
Noriko se jeta immédiatement au sol avant de se recroqueviller en plaquant ses mains sur ses oreilles.
L’effroyable spectacle qui suivit fut d’une atrocité sans nom.
De partout, des lasers furent tirés sur les pirates – tout en évitant soigneusement les Marines qui se trouvaient parmi eux – et provoquant d’innombrables et terribles explosions.
Le vacarme fut assourdissant. Des corps s’écrasèrent près de la manieuse d’eau qui ne put retenir des hurlements de terreur.
Un mouvement de panique força les alliés de Barbe Blanche à courir vers les remparts.
Manquant de se faire piétiner, Noriko se releva prestement. Ses yeux se posèrent sur un pirate tombant au sol qu’elle reconnut comme étant celui qui lui apportait ses plateaux-repas à bord du Moby Dick. Elle joua des coudes à contresens pour le rejoindre et l’aider.
Une vive douleur traversa ses genoux quand elle se jeta près de lui. Elle releva ses épaules pour le secouer. La tête de l’homme retomba sur le côté. Noriko se figea d’horreur en remarquant que l’arrière de son crâne n’était plus à sa place. Arraché par un laser.
Remarquant à cet instant qu’elle pataugeait dans son sang, elle tomba en arrière et rampa à reculons en gémissant de terreur.
Autour d’elle, l’horreur prit la forme d’un cauchemar.
Des centaines de cadavres de pirates écorchés vifs gisaient autour d’elle. Un œil en moins ; une partie de la mâchoire retombant sur l’épaule ; un poumon visible par le trou béant dans un thorax ; l’os fumant d’une jambe qui traversait un tibia à moitié broyé : tous avaient été massacrés.
Lorsque Noriko aperçut un homme debout qui cherchait son bras en gémissant, elle fondit en larmes et se recroquevilla.
La tête sur ses genoux, elle balança son corps d’avant en arrière, implorant ce mauvais rêve de prendre fin. Elle inspira, bloqua sa respiration et poussa un hurlement au moment où des lasers fusèrent au-dessus de sa tête, explosant la baie glacée et tuant d’innombrables autres pirates.
Les doigts profondément enfoncés dans ses coudes, Noriko ventilait. La panique l’empêchait de réfléchir. Une pointe fulgurante transcenda son crâne et laissa sa raison reprendre ses droits.
Concentre-toi, la vie d’Ace est en jeu !
Elle força ses yeux à se poser sur l’écran diffusant le Moby Dick, juste à temps pour le voir se couper.
Un nuage de fumée l’enveloppa, l’occultant complètement. Des pas firent trembler le sol et la firent sursauter. Elle leva la tête. Deux Pacifistas la surplombaient.
Son instinct de survie prenant le dessus, elle fit apparaître des bulles d’eau dans ses paumes et laissa exploser son mal de crâne.
Les deux répliques de Kuma ouvrirent leurs bouches qui s’illuminèrent. Noriko envoya son eau dans leur gosier, mais son attaque ne fit aucun effet. Les lasers devinrent distincts. Elle se recroquevilla pour limiter les dégâts et attendit une détonation qui ne vint pas.
Un coup d’œil risqué par-dessus son épaule fit écarquiller ses yeux brûlants.
Postée devant elle, les bras écartés, Hancock faisait face aux Pacifistas.
— Boa Hancock. Grand Corsaire. Alliée, déclarèrent-ils d’une seule voix les immenses machines avant de continuer leur chemin comme si de rien n’était.
L’impératrice se retourna.
— Je sais que tu fais partie de l’équipage de Luffy, rassura-t-elle d’une voix douce. Je ferai tout pour l’aider, y compris sauver ses alliés.
Noriko chassa les larmes de ses yeux.
— Je m’occupe d’eux, ajouta Hancock sans lui laisser le temps de parler. Cours sauver l’homme que tu aimes.
D’un bond gracieux, elle poursuivit les deux Pacifistas et des bruits de câbles électriques arrachés résonnèrent derrière le nuage de fumée.
Un bruissement d’ailes fit lever la tête de Noriko. Changé en phénix, Marco survolait le champ de bataille.
« L’homme que tu aimes. »
Ces mots arrachèrent le cœur de la manieuse d’eau. Agenouillée, elle frappa d’un poing rageur la glace qui se brisa. Déterminée, elle se redressa, fit apparaître un torrent sous ses pieds et se propulsa dans le ciel.
Ce bref instant d’apesanteur lui permit d’inspecter la baie.
La grand-place et l’échafaud se trouvaient encore loin. La silhouette de Luffy courait désespérément dans la bonne direction, suivie de celles de Jinbe et d’Ivankov. Les deux extrémités des baies avaient été prises d’assaut par les alliés et les Marines se démenaient pour les repousser à coups de mortier. Les tri-canons bombardaient en continu les navires qui finissaient dévorés par les flammes, compromettant ainsi toute tentative de fuite.
Alors qu’elle retombait, Noriko aperçut le dernier écran géant qui diffusait le portrait de Baggy le Clown.
Sa voix résonna dans des haut-parleurs quand la manieuse d’eau atterrit sur ses pieds. Le clown prétendait être un pirate de légende ayant appartenu à l’équipage de Roger et affirmait qu’il était tout aussi puissant que lui avant d’éclater d’un rire sinistre.
Noriko secoua la tête, prenant Baggy pour un éternel bouffon, et continua sa course.
Elle croisa des Marines qui échangeaient entre eux sans relever sa présence. Les bribes de conversations entendues firent comprendre que le pirate avait volé l’un des visio-escargophones et que tant qu’il ne serait pas retrouvé, l’exécution ne pouvait pas avoir lieu. Les directives étaient claires : la priorité était de mettre la main sur ce fichu clown.
Sa poitrine gonflée d’espoir, la manieuse d’eau espéra que Baggy serait suffisamment intelligent pour rester caché. Elle se promit que s’il était repéré, elle le tuerait de ses propres mains.
Une annonce trancha le ciel.
— À toutes les unités : quittez la zone gelée et empêchez à tout prix les pirates d’atteindre la grand-place !
Obéissant aux ordres, les soldats remontèrent vers les murs d’enceinte pour se replier.
Quelque chose se tramait.
Un puissant coup d’épaule repoussa subitement Noriko en arrière.
N’ayant pas le temps de parer l’offensive, elle roula sur le sol, le souffle coupé. Elle se redressa en toussant. Un Marine s’avançait vers elle d’un pas menaçant, un sabre accroché à sa ceinture.
Elle envoya une bulle d’eau dans sa direction. Rapide, il l’esquiva, se rua sur elle, attrapa son avant-bras qu’il tordit et enfonça son poing libre dans son visage.
À terre, la lèvre éclatée et un sifflement persistant dans ses oreilles, Noriko rampa fébrilement. Son poignet serré contre elle, elle cracha du sang et avisa son adversaire. Elle avait momentanément baissé sa garde et cette erreur venait de lui coûter cher.
Sonnée, elle se releva avec peine. Oubliant la douleur qui cisaillait son bras, elle fit apparaître une bulle d’eau. Elle avait connu pire, ce n’était pas un soldat – aussi entraîné soit-il – qui l’empêcherait d’avancer.
Elle lâcha un hoquet de stupeur et baissa ses yeux vers sa paume. Paralysée, sa main refusait de lui obéir. Elle agrippa son poignet pour le forcer à se lever en vain. Son poing se referma, faisant disparaître l’eau. Sans qu’elle ne le décide, ses deux bras se levèrent ensuite au-dessus de sa tête et la tirèrent en avant, l’obligeant à faire quelques pas vers le Marine.
Arborant un sourire victorieux, celui-ci dégaina son sabre et s’approcha d’elle.
— On dirait que tu perds le contrôle, se moqua-t-il.
La respiration saccadée, Noriko tirait de toutes ses forces sur ses membres, mais une sorte de fil invisible s’évertuait à les maintenir en l’air. La tête menaçant d’exploser, elle lâcha un râle de colère et força de plus belle quand elle fut de nouveau contrainte d’avancer. Ses bottes crissaient sur la glace et ses doigts refusaient de s’ouvrir pour libérer de l’eau.
Le Marine leva son sabre. Noriko ferma les paupières et détourna le regard.
Son visage fut aspergé d’un liquide chaud qui la fit sursauter. Un grognement guttural fit lever sa tête. Elle blêmit en ouvrant de grands yeux.
Une main sur sa gorge tranchée, le Marine tenta de parler. Il laissa tomber son sabre au sol dans un cliquetis métallique, puis s’effondra à genoux avant de s’écrouler complètement.
Le rythme cardiaque de Noriko battait à une course folle, son thorax se levait et s’abaissait au même rythme que sa respiration douloureuse. Autour d’elle, la bataille continuait de faire rage. Son corps impuissant était une cible facile. Si elle ne bougeait pas, elle finirait par se faire abattre. Elle tira de nouveau sur ses poignets, mais ne réussit qu’à se faire mal.
— Tu ne pourras pas t’en défaire, intervint une voix dans son dos, à moins de te couper les bras.
Elle tressaillit au moment où Doflamingo apparut dans sa vision périphérique, une main levée avec les doigts arqués. Faisant presque deux fois sa taille, il se pencha vers elle en affichant un sourire cruel. Il était si près que Noriko put voir le reflet de son propre visage barbouillé de sang dans les verres teintés rouge des lunettes qu’il portait.
— Tu te défends bien, s’amusa-t-il en tournant autour d’elle, mais je suis un peu déçu de tes capacités.
Il souleva sa chevelure blanche coincée sous le chapeau d’Ace et la laissa glisser sur ses doigts. Noriko frissonna d’horreur à ce contact.
— Je me suis longtemps demandé pourquoi Mihawk te cachait aux yeux du monde et je dois admettre que je m’attendais à mieux de ta part.
Ignorant ce qu’il voulait mais n’ayant pas le temps de s’y attarder, elle serra les dents en tordant ses poignets.
Des pirates de Barbe Blanche remarquèrent la présence du Grand Corsaire et tentèrent de s’en prendre à lui. Ils furent aussitôt repoussés par une onde tranchante qui les tua d’un seul coup.
— Non, arrête ! hurla Noriko en se débattant.
— C’est mon statut qui m’oblige à le faire, se désola faussement Doflamingo en écartant les bras.
Il poussa le cadavre du Marine du bout du pied et émit un souffle amusé.
— Pourquoi ne pas l’avoir laissé faire ? se méfia la manieuse d’eau qui mourrait d’envie de lui faire ravaler sa bonne humeur.
La tête penchée sur le côté, Doflamingo fronça les sourcils d’incompréhension.
— Parce que morte, tu ne me servirais à rien.
À ces mots, Noriko se crispa et l’équivalent d’un coup de marteau éclata l’arrière de son crâne. Elle eut une horrible envie de vomir. Ses poils se hérissèrent. Une goutte de sueur perla de son échine et coula le long de son dos malgré sa capacité à réguler sa transpiration. Son corps, son pouvoir, tout son être hurlait que cet homme était dangereux.
Son cœur s’emballa lorsqu’il approcha une main de son visage. Elle tenta de reculer et retint son souffle au moment où il saisit sa mâchoire qu’il écrasa presque.
— Tu possèdes un pouvoir dévastateur et je veux voir sa véritable puissance.
Il tourna la tête au moment où une onde de choc verte les balaya tous les deux. Les liens invisibles de Noriko furent coupés et ses bras brusquement relâchés. À terre, elle vit Doflamingo contrer une nouvelle onde avant d’être repoussé hors de sa portée dans un râle de douleur. Le choc fut d’une telle violence qu’elle se retrouva également propulsée en arrière.
Elle glissa longuement sur le sol, ses ongles manquant de se casser quand elle chercha à s’agripper à ce qu’elle pouvait. Les yeux à moitié clos, elle n’eut pas besoin de vérifier qui était à l’origine de l’attaque.
Doflamingo traversa les airs, son visage flanqué d’un sourire peu rassurant. Il posa un index et un majeur sur sa tempe et la salua avant de disparaître de son champ de vision, emporté par l’onde.
L’esprit embrouillé et le cœur menaçant de perforer ses côtes, Noriko se releva avant d’être ramenée à la réalité par une douleur fulgurante qui traversa ses yeux. Elle tomba à genoux, les doigts enfoncés dans ses paupières fermées.
Non… Pas maintenant !
Des cris atroces et déchirés par le chagrin s’élevèrent, faisant brièvement oublier à Noriko la souffrance qui traversait son corps. Son estomac tomba dans ses talons. Elle fit volte-face vers l’écran géant, terrorisée à l’idée de ce qu’elle pouvait voir. Celui qui filmait Baggy tantôt pointait désormais le visio-escargophone vers la baie. Les milliers de soldats se repliaient toujours, mais aucun pirate ne les poursuivait. Même la silhouette de Luffy s’était arrêtée.
Elle se décomposa : il n’y avait aucune trace d’Ace.
L’image s’agrandit sur un point précis. Le souffle de la manieuse d’eau se coupa et son cri resta bloqué dans sa gorge.
Se tenant toujours debout sur la figure de proue, Barbe Blanche avait un sabre planté dans le thorax. Face à lui se trouvait l’un de ses hommes qui tenait le manche de l’arme.
— Squardo ! hurla une voix non loin d’elle. Comment peut-il nous trahir !?
Le geste dépassa la pensée. La paume de la manieuse d’eau trembla avant de s’ouvrir toute seule. Une chaleur intense brûla ses rétines. L’instant d’après, une bulle prenant l’apparence d’une torpille fusa à vive allure vers le Moby Dick. Le dénommé Squardo fut propulsé sur le côté, obligé de relâcher son arme.
Au même instant, Marco passa en trombe au-dessus de Noriko, fonça vers Barbe Blanche et éclata furieusement le crâne du traître au sol, exigeant des réponses quant à son geste.
Les mains de Noriko tremblaient tandis qu’un silence insoutenable s’imposa de lui-même sur la baie.
Comment l’Empereur avait-il pu se laisser avoir aussi facilement ?
Ce dernier attrapa Squardo et, contre toute attente, le serra dans ses bras. Sa colère explosa, tout comme sa voix.
Il hurla à qui voulait l’entendre que jamais il n’aurait vendu un seul allié pour sauver Ace et qu’il n’avait aucune préférence parmi tous ses fils. Il termina en proférant des menaces à l’encontre d’Akainu pour avoir manipulé l’un des siens.
Il leva ensuite sa hallebarde et trancha le ciel. L’onde de choc fila vers les deux vagues gelées entourant Marineford et les brisa entièrement, libérant enfin un passage pour pouvoir fuir.
— Vous êtes des pirates, reprit Barbe Blanche, décidez vous-mêmes à qui accorder votre confiance ! Que tous ceux qui ne sont pas effrayés par la mort me suivent !
Sur ses mots, il sauta sur la baie et prit part au combat. Malgré sa blessure, il repoussa les innombrables coups de canon en faisant trembler le ciel et le sol.
Les écrans montrèrent la baie gelée, la silhouette de Luffy reprit son chemin, accompagné de Jinbe et Ivankov.
Noriko en fit de même, courant droit vers le côté gauche de la grand-place.
Les Marines avaient presque tous déserté la zone. Elle les aperçut atteindre les escaliers permettant de rejoindre le mur d’enceinte avant d’en fermer les accès.
Qu’est-ce qu’ils manigancent ? Pourquoi se replient-ils ?
L’air se fissura intégralement. Barbe Blanche n’attendait plus pour agir et les dégâts s’annonçaient monstrueux.
— Restez pas là, s’égosilla un pirate en poussant ses camarades, mettez-vous à l’abri !
Un fracas épouvantable tonna dans le ciel et un terrible tremblement de terre secoua Marineford.
Un frisson parcourut l’échine de la manieuse d’eau. Ses bras cognèrent douloureusement la glace quand elle tomba. La seconde d’après, elle glissait. Elle laissa échapper un cri de terreur. La baie toute entière se soulevait, l’entraînant du côté des remparts.
Connaissant les capacités hors normes de l’Empereur, aucun de ses hommes ne fut blessé car tous s’étaient rapprochés de lui.
Un craquement sonore scinda les tympans de Noriko. Une fissure apparut devant ses yeux et très vite, une immense crevasse l’entoura sur un diamètre d’une trentaine de mètres.
Déboussolée, elle heurta un corps sans vie. Sans réfléchir, elle se hissa dessus, dégaina le sabre à sa ceinture et le planta de toutes ses forces dans la glace qui filait sous son dos. Un crissement atroce résonna tandis que la lame grinçait. Sa course fut douloureusement arrêtée et les muscles de ses bras se déchirèrent presque quand elle se retint au manche de l’arme.
Essoufflée, elle étouffa un cri d’effroi quand elle remarqua la mer qui tentait de la dévorer, le morceau d’iceberg sur lequel elle se trouvait s’étant presque redressé à la verticale.
Les cadavres qui jonchaient les environs se mirent à pleuvoir autour de Noriko tandis qu’elle s’accrochait désespérément à la lame plantée dans le sol.
Elle grogna en plaquant son dos contre la paroi gelée et redoubla d’effort pour tenir bon. Compte tenu de sa fatigue, elle oublia l’idée de se laisser tomber dans une bulle d’eau qui serait surtout un risque de sombrer pour de bon. Son regard se perdit sur l’horizon et un hoquet de stupeur resta coincé dans sa gorge.
L’océan cerclant Marineford s’était divisé en plusieurs parties inégales. Certaines montaient dans les airs et d’autres s’enfonçaient dans les entrailles de Grand Line. L’eau défiait toutes les lois de la physique et retombait en cascade à chaque niveau, comme s’il s’agissait d’immenses falaises.
Une onde de choc vint d’un des côtés de la baie. Balayant tout sur son passage, elle souleva le cuirassé calciné, fit s’écrouler des bâtiments et fonça droit vers l’échafaud.
Ace !
Au moment du terrible impact, l’onde s’immobilisa avant de se soulever dans le ciel et de disparaître dans un terrible fracas.
Postés devant l’échafaud et sans présenter le moindre signe de faiblesse, les trois Amiraux se tenaient debout, leurs mains tendues.
Noriko peinait à croire ce qu’elle voyait, mais tout était bien réel.
Ses épaules la trahirent brusquement et elle cria quand son corps s’abaissa. Suspendue dans le vide au-dessus de la mer, elle compressait si fort ses paumes sur le manche du sabre que ses jointures blanchirent sous la pression exercée.
Le souffle saccadé, elle avisait avec terreur l’eau qui se découpait sous ses pieds. L’énorme bloc de glace flottait, tout en continuant lentement sa course. Bientôt, il se retournerait complètement.
Elle ferma brièvement les yeux pour contrôler une migraine naissante et déglutit avec difficulté. Un grincement coupa sa respiration. Elle leva son regard : la lame menaçait de se décrocher de la glace. Les dents serrées, elle prit le risque de lâcher une main et tendit sa paume droit devant elle. Son dos se décolla. Tout son poids ne tenait plus que par ses doigts tremblants.
L’iceberg suivit la gravité et s’affaissa de plus en plus vite, menaçant de s’écraser sur la rive gelée et de broyer Noriko.
Celle-ci inspira longuement. Au moment où son corps fut rabattu, elle laissa sa migraine transcender son esprit et poussa un hurlement de douleur.
Le souffle du torrent qui s’échappa de sa main la plaqua contre la glace, broyant presque ses os. L’autre extrémité du courant frappa la rive de plein fouet et la force qui s’en dégagea propulsa l’entièreté de l’iceberg dans les airs.
Noriko s’accrocha de toutes ses forces en retenant son souffle.
L’explosion qui accompagna l’impact résonna dans toute la baie. La violence inouïe du choc avait brisé l’iceberg en milliers de morceaux qui retombaient encore du ciel. Certains s’écrasèrent sur la grand-place, d’autres brisèrent des bâtiments et les derniers s’enfoncèrent dans le sol gelé, créant de profonds cratères.
D’un puissant jet d’eau, Noriko se fraya un chemin parmi les décombres. Le visage en sang, elle rampa en sifflant de douleur, dégageant ainsi son corps et ses jambes des blocs de glace qui l’écrasaient. Ses pieds changés en eau reprenaient encore forme humaine quand elle se redressa. Elle respirait avec peine. Son pouvoir avait une fois de plus échappé à son contrôle, mais lui avait assurément sauvé la vie.
Elle regarda autour d’elle, et constata qu’elle ne se trouvait plus qu’à une dizaine de mètres des quais. Le chaos provoqué n’était pas passé inaperçu et une centaine de Marines lui faisaient face. En plus de leurs fusils, les tri-canons au sommet des tourelles étaient braqués vers elle.
Déterminée, elle nia toute la douleur de son corps et serra les poings. Elle créerait un tsunami s’il le fallait, mais ne se laisserait pas repousser si près du but.
Elle ouvrit ses paumes rougies par le froid. Des particules de glace s’en détachèrent. Elle redoubla d’efforts et fit apparaître des bulles d’eau qui givrèrent aussitôt. Elle les fit grossir et tourner à toute vitesse pour les empêcher de geler.
Par réflexe, elle jeta un œil au dernier écran. Son estomac se tordit quand elle constata qu’il avait été coupé.
Derrière elle, des cris indiquaient que les hommes de Barbe Blanche s’approchaient. Elle savait qu’ils ne venaient pas l’aider, mais fut soulagée de les savoir à ses côtés. Les lèvres retroussées sur ses dents ensanglantées, elle fléchit les jambes.
Le sol se brisa sous ses pieds quand elle s’élança.