Noriko

Chapitre 84 : Archipel Sabaody (1)

Par eugegio

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Naviguant au milieu de nulle part, les Chapeaux de Paille s'étaient longtemps concertés quant à ce qu'il convenait de faire.



Luffy, Robin et Brook étaient partis à bord du sous-marin de Franky pour tenter d'apercevoir l'île des hommes-poissons, mais n'avaient pu s'enfoncer trop loin dans les profondeurs – leur moyen de transport n'allant pas au-delà d'une certaine distance. Ils avaient manqué de se faire dévorer par une créature marine semblable à un lapin et cette dernière les avait suivis jusqu'à la surface.



Loin d'être impressionné, le capitaine l'avait mise hors d'état de nuire d'un coup de poing à l'estomac, le faisant ainsi cracher ce qu'elle avait avalé tantôt : Camie, une jeune sirène et Pappag, une grosse étoile de mer.



L'adolescente, d'une gentillesse sans nom et fascinée par les humains, s'était montrée très amicale avec eux. Pour les remercier de lui avoir sauvé la vie, elle les avait invités à manger les meilleures boulettes de poulpe du monde selon ses dires – ces dernières étant préparées par l'un de ses plus fidèles amis, Octy, qui tenait un petit navire-échoppe.



Ce nom en avait fait réagir quelques-uns dont les pensées s'étaient immédiatement tournées vers le sbire d'Arlong, rencontré au début de leur aventure. Ils avaient tenté d'en apprendre plus, mais le mini-escargophone que possédait Camie avait sonné : une voix menaçante l'incitait à se rendre non loin de là si elle voulait revoir son ami vivant.



Pappag l'avait aussitôt avertie de rester prudente, il s'agissait d'un piège orchestré par une bande de malfrats appelés les Exocets-Riders. En effet, les sirènes étaient convoitées pour être revendues en esclaves lors de ventes aux enchères et il ne faisait aucun doute que c'était pour cette raison qu'Octy avait été capturé.



Quelque uns des kidnappeurs étaient justement passés au-dessus de leurs têtes en guise d'avertissement. Chevauchant d'énormes poissons-volants dont ils tiraient le nom de leur bande, ils avaient disparu vers l'horizon, montrant de ce fait la direction de leur planque.



Dévastée et impuissante, Camie s'était mise à pleurer de désespoir et il n'en avait pas fallu plus à Luffy pour donner l'ordre d'intervenir, promettant ainsi de l'aider.



Tous avaient donc fait voiles vers le repère de leurs nouveaux ennemis et avaient retrouvé Octy, qui était bel et bien celui qu'ils connaissaient. D'abord réticents à lui venir en aide, les Chapeaux de Paille avaient finalement accepté de le sauver en comprenant que Camie serait incapable de le faire seule.



Cependant, la sirène et l'homme-poisson avaient rapidement été oubliés à cause de la présence de Sanji. La situation qui avait suivi avait été plus que grotesque : Duval, le chef des malfrats, ressemblait comme deux gouttes d'eau au portrait dessiné de l'avis de recherche du cuisinier. Poursuivi sans relâche par la Marine et les chasseurs de primes, il avait dû se reconvertir en kidnappeur pour gagner sa vie.



Sanji, excédé de faire parler de lui pour cette raison, avait trouvé une solution efficace pour mettre un terme à toute cette histoire. Promettant de lui refaire le portrait, il avait asséné quantité de coups de pied au visage de Duval avec une brutalité sans nom, brisant son nez, sa mâchoire et même ses arcades sourcilières.



Le reste de l'équipage avait tout juste eu le temps de comprendre ce qui se passait que le cuisinier ordonnait déjà de mettre les voiles après avoir amarré le navire-échoppe d'Octy au Sunny.




Beaucoup plus tard, après avoir allègrement dévoré les boulettes de poulpes promises, l'équipage débattait avec l'homme-poisson qui était plus que reconnaissant pour leur aide.



Octy avait bon fond et était surtout inoffensif – il n'avait fait qu'obéir aveuglément aux ordres d'Arlong. Parti seul de son côté depuis la chute de l'empire de ce dernier, il vivait grâce à sa petite échoppe et menait une vie tranquille.



Nami avait fini par lui pardonner et les Chapeaux de Paille avaient rapidement sympathisé avec lui.



Leurs retrouvailles avaient toutefois été interrompues par Duval, désireux de s'entretenir avec eux.



Contre toute attente, son visage, loin d'être tuméfié, ne comportait aucune cicatrice et était désormais sublime. Passé l'étonnement de sa capacité à avoir guéri aussi vite, il était plus que ravi de sa nouvelle apparence qui lui assurerait du succès auprès des dames selon lui. Pour les remercier, il leur avait confié son numéro d'escargophone, promettant qu'il serait présent s'ils avaient besoin de quoi que ce soit.



Abasourdi, l'équipage l'avait regardé prendre le large avec ses hommes, s'extasiant à haute voix sur sa beauté soi-disant naturelle.



D'un commun accord, ils avaient finalement tous décidé de ne pas s'attarder sur cette apparition soudaine et avaient repris le fil de leur conversation.



Désirant toujours se racheter pour ses actes passés, Octy avait proposé de les aider à atteindre l'île sous-marine. Selon lui, il n'existait qu'une seule solution pour y parvenir et elle se trouvait non loin de là, sur l'archipel Sabaody.



Durant la traversée pour y parvenir, des explications avaient été nécessaires. Red Line, la muraille infranchissable, faisait le tour du monde et seuls deux chemins existaient pour gagner le Nouveau Monde, la deuxième partie de Grand Line. Demander une autorisation au Gouvernement Mondial pour passer par-dessus et traverser ainsi la Terre Sainte de Marie-Joie, ou bien emprunter la voie sous-marine et passer par l'île des hommes-poissons.



Les pirates étant des hors-la-loi, seule la deuxième option était envisageable. Elle était également la plus dangereuse : l'île se trouvait à 10 000 mètres de profondeur et quantité de monstres marins vivaient dans ses alentours.



Afin que le Sunny puisse plonger à une telle profondeur sans subir de dégâts et que l'équipage survive à la pression subaquatique, il fallait pour cela utiliser un revêtement spécial. Toutefois, seul un artisan confirmé pouvait le mettre en place et Octy connaissait justement l'un d'entre eux.



Le périple des Chapeaux de Paille prit fin lorsque l'archipel Sabaody se découpa à l'horizon. Tous la contemplèrent avec satisfaction : la moitié de Grand Line était presque atteinte.



Sur le point d'amarrer, Octy se lança dans des explications captivantes.



Loin d'être une île de terre, l'archipel était en réalité une immense forêt de mangroves – la plus grande du monde – parsemée de milliers de bulles flottant dans les airs, elle adoptait une ambiance unique et féérique. À la fois solides et légères, elles étaient naturellement produites par le biais d'air exhalé par les racines.



C'était justement ce procédé qui était utilisé pour revêtir les navires. Il fallait le manipuler avec précaution et grande maîtrise.



L'archipel était donc composé de soixante-dix-neuf arbres. Chacun d'entre eux étant numéroté et abritant un petit îlot appelé grove – constitué d'un hameau et d'infrastructures – et tous étaient reliés entre eux par des ponts érigés grâce aux énormes racines.



Selon Octy, il était très facile de s'y perdre, l'archipel étant beaucoup plus grand et dense qu'il n'y paraissait. Il invita donc l'équipage à bien se souvenir du numéro du grove auquel ils allaient amarrer.



Avec le temps, les groves avaient été divisés en plusieurs zones : une de non-droits ; une touristique où se trouvait un parc d'attractions ; une navale avec des chantiers dédiés aux revêtements et réparations des navires ; une d'hôtels pour ceux attendant une réponse pour passer par Red Line et une militaire, là où se trouvait une base de la Marine avec plusieurs garnisons et qui garantissait un accès officiel au Gouvernement Mondial.



Octy précisa que Marineford – le Quartier Général – se trouvait non loin d'ici. Les soldats présents sur l'archipel n'étaient donc pas des débutant et étaient beaucoup plus coriaces que ceux qui naviguaient en mer. Pour cause, toute personne désirant passer dans le Nouveau Monde faisaient forcément une halte ici, quels que soient les chemins empruntés par les Log-Pose et chaque Marine se devait de savoir la maîtriser. L'endroit regorgeait donc de pirates et criminels en tout genre, mais peu d'entre eux se risquaient à causer du grabuge.



L'ancre fut jetée et l'équipage enfin prêt à visiter les alentours. Cependant, l'homme-poisson les avertit qu'il les conduisait chez son ami artisan qu'à une seule et unique condition : quoi qu'il devait arriver, aucun d'entre eux ne devait s'en prendre à la noblesse mondiale, même si quelqu'un mourait devant leurs yeux.



Devant l'incompréhension générale, Robin et Noriko apportèrent quelques explications, l'une les tenant de livres, l'autre de son oncle.



Les habitants de Marie Joie, la Terre Sainte, étaient surnommés les Dragons Célestes, descendants directs des vingt rois rassemblés pour créer le Gouvernement Mondial il y a 800 ans. Depuis lors, la puissance avait grandi et faisait qu'ils en étaient là aujourd'hui, immensément fortunés et possédant toutes sortes de privilèges.



Il n'existait rien de plus cruel qu'un Dragon Céleste. Capables de s'approprier tout ce qu'ils souhaitaient ou même de tuer sans aucune conséquence, ils allaient jusqu'à porter constamment des casques afin de ne pas respirer le même air que ceux qu'ils considéraient comme inférieurs.



Luffy manifesta son mécontentement, faisant comprendre qu'il n'avait pas peur, mais Octy le rabroua furieusement. S'en prendre à l'un d'entre eux, moralement ou physiquement, revenait à faire intervenir l'un des trois Amiraux – le second rang le plus élevé dans la Marine – accompagné d'une armée de soldats. Les coupables étaient ensuite traqués avant d'être livrés à la noblesse mondiale dans le but d'être torturés et tués.



Cette mise en garde suffit à convaincre les compagnons de calmer leur capitaine : tous se plieraient aux coutumes locales pour ne pas attirer l'attention.



Noriko questionna Octy sur la zone de non-droits car il n'avait pas pris la peine de s'attarder sur les explications.



D'abord gêné, l'homme-poisson avoua qu'il s'agissait d'un site de non-droits humains, un endroit réputé dangereux pour les plus inconscients ou les plus faibles. Tout comme l'avait démontré la bande de Duval, de nombreux kidnappeurs et chasseurs de primes, sévissant sur l'île ou ses alentours, venaient y vendre leurs victimes aux marchands d'esclaves.



Si l'esclavage était interdit dans le monde entier, il était cependant toléré à Sabaody. Le Gouvernement Mondial était parfaitement au courant de la situation, mais fermait les yeux. Pour cause, les Dragons Célestes avaient le privilège d'avoir un nombre d'esclaves illimité à leurs services. Le commerce était donc trop rentable pour l'interdire.



Noriko eut envie de vomir, mais s'abstint de tout commentaire. Ce qui ne fut pas le cas pour Sanji, dont la jambe tressauta nerveusement à l'idée de détruire cet endroit.



Après de nombreuses mises en garde, une partie de l'équipage partit explorer les alentours, tandis que Franky et Ussop restèrent à bord pour s'occuper du navire.



Les hommes-poissons étant mal vus et les sirènes étant recherchées pour être vendues, Octy prit soin d'enfiler un manteau pour dissimuler ses bras supplémentaires et de poser un pansement sur le soleil qui ornait son front. De son côté, Camie se vêtit d'une longue robe pour cacher ses nageoires avant de monter sur le dos de Chopper qui adopta sa forme Heavy Point.



Nami n'avait pas vu d'un bon œil le fait qu'ils les accompagnent, mais Octy avait insisté, souhaitant toujours se rattraper. Quant à Camie, elle était tout bonnement têtue, mais avait promis de rester discrète. Pappag, lui, n'attirait aucun regard. Tout comme le petit renne, il passait pour un animal de compagnie.




Après s'être éloignés du port, Noriko remarqua que de nombreuses personnes tournaient la tête sur leur passage. Certains les dévisageaient tandis que d'autres prétendaient regarder ailleurs. Elle resta sur ses gardes, ignorant toutefois s'il s'agissait de civils ou de potentiels ennemis qui en voudraient à leur prime.


— Tu... tu crois qu'on devrait se séparer ? demanda-t-elle à Octy. On attirerait moins l'attention.


— Je doute que ça fasse une grande différence, songea-t-il. Ne t'en fais pas, on n'est pas dans la zone de non-droits.


— Vous êtes quand même reconnaissables entre mille, précisa malicieusement Pappag, qui était perché sur la tête de l'homme-poisson.


Il fallait bien admettre qu'un chapeau de paille, un squelette géant, un bretteur à trois sabres et de longs cheveux blancs, ça ne passait pas inaperçu.



Noriko tressaillit et attrapa une de ses mèches. Un réflexe perdu depuis bien longtemps. Aurait-elle dû les teindre ? Octy cuisinait du poulpe, peut-être gardait-il leur encre quelque part ?



Des grands cris de joie interrompirent ses songes. Luffy venait de découvrir les bon-charis, une sorte de vélo dont les roues avaient été remplacées par des bulles, et souhaitait en avoir un. Octy eut bien du mal à lui expliquer que l'acheter ne servait à rien et qu'il valait mieux le louer.



Luffy proclama ne rien comprendre et ce fut la colère de Nami qui finit par le convaincre.



La zone touristique portait bien son nom et le capitaine s'en donnait à cœur joie, achetant des souvenirs inutiles, testant quantité de nourritures dans toutes les étals qu'il apercevait. Il défia même Zoro et Sanji dans une course de de bon-charis qui se termina bien évidemment en dispute entre le cuisinier et le bretteur. Ces derniers décidèrent inlassablement de recommencer, prenant Brook en guise d'arbitre.



Las d'attendre, les autres avancèrent sans eux. La population locale étant habituée aux pirates, ils furent traités comme de simples clients.




Des cris de détresse interrompirent leur visite. Au loin, un homme affolé hurlait, fuyant un danger invisible, titubant et demandant de l'aide à tous ceux qu'il croisait.


— Je vous en prie, faites quelque chose ! Aidez-moi !



Les gens s'éloignèrent de lui, détournaient le regard et évitaient tout contact avec lui.



Octy ordonna aux Chapeaux de Paille d'en faire de même. L'homme paniqué était un pirate revendu par les esclavagistes comme en témoignait l'enclave portée autour de son cou. Un collier métallique destiné aux esclaves, conçu pour exploser si ces derniers tentaient de d'échapper à leurs maîtres.



Noriko sentit un frisson parcourir son échine lorsqu'elle l'aperçut. Sa respiration se coupa et son corps se mit en état d'alerte : l'individu portait d'innombrables lacérations sur ses bras et même sur son visage. Certaines avaient cicatrisé tandis que d'autres, plus récents, suintaient encore.



Des bruits stridents se firent entendre, la bombe à retardement venait d'être enclenchée.



L'homme se mit à supplier qui voulait l'entendre qu'il ne voulait pas mourir et hurlait qu'il regrettait d'avoir pris la fuite. Selon l'homme-poisson, s'il survivait à sa punition, il serait envoyé terminer ses jours en prison, ou pire, condamné à mourir par la torture.



Personne ne réagit car tous étaient impuissants.



— Il va mourir, s'offusqua Luffy, prêt à intervenir.


Octy le retint de justesse.


— Arrête, tu vas nous attirer des problèmes !



Désespéré, l'esclave tomba à genoux avant de pousser un ultime hurlement.



Noriko ferma les yeux. La bombe explosa. Luffy s'immobilisa, le souffle coupé.



— Ils... Ils ne l'ont pas aidé, balbutia Nami.



Toujours perchée sur le dos de Chopper, Camie détourna le regard, tandis que Pappag incita tout le monde à partir.


— Octy, faut qu'on bouge, on peut pas prendre le risque de les croiser et...


— Trop tard, s'inquiéta la sirène.


— Dépêchez-vous, pressa l'homme-poisson, faites comme moi et surtout pas un bruit.



Tous se dépêchèrent de se faufiler à l'arrière de la foule avant de l'imiter en mettant genoux à terre.



Au bout de la rue, des femmes habillées en danseuses marchaient pieds nus, tête baissée. Derrière elles, quatre hommes portant un immense palanquin voilé avançaient, tentant de masquer le moindre signe de faiblesse. Tous portaient des enclaves au cou et des chaînes aux chevilles. Des esclaves transportant leurs maîtres, les Dragons Célestes.



Noriko déglutit. Instinctivement, ses membres se mirent à trembler.



Chopper ouvrit la bouche, mais Camie resserra son étreinte pour le dissuader de dire quoi que ce soit.



Les danseuses s'arrêtèrent et les porteurs s'agenouillèrent. Un silence pesant régnait dans l'assemblée, malgré les nombreuses personnes présentes dans la rue. Les rideaux du palanquin s'ouvrirent, laissant place à une jeune noble portant un casque sphérique transparent.



Elle descendit sobrement de son promontoire, avant de se diriger vers l'homme tué par le collier qui gisait dans son propre sang.


— Sombre idiot, se contenta-t-elle de dire, tu croyais vraiment pouvoir t'en sortir ?


Le calme était tel que chacun pouvait l'entendre rire de la situation du malheureux.



Aux côtés de Noriko, Luffy tremblait également, mais de rage, réfrénant certainement l'envie de manifester sa colère. Elle posa maladroitement sa main sur la sienne pour le calmer.



Des coups de feu retentirent et un hoquet général de stupeur parcourut toutes les personnes présentes.



Armée d'un pistolet, la femme tirait sur le cadavre de l'esclave, tout en riant de bonheur et en s'extasiant sur le fait que son esclave n'avait que ce qu'il méritait.



C'en fut trop pour Luffy qui voulut se relever. Octy fut cependant plus rapide et l'écrasa au sol, lui rappelant sa promesse de ne pas intervenir.



Le Chapeau de Paille n'aurait eu aucun mal à se défaire de l'emprise de l'homme-poisson – bien que ce dernier était dix fois plus fort – mais se contenta de gesticuler en plantant ses ongles dans la terre. Il devait savoir au fond de lui qu'il mettrait tout le monde en danger s'il laisser parler ses émotions.



Du coin de l'œil, Noriko aperçut Sanji, Zoro et Brook au sommet de la colline où ils s'acharnaient à faire leurs courses de bon-charis. La sécurité de ses amis prenant le pas sur ses angoisses, elle fit aussitôt danser des particules d'eau dans ses paumes avant de les diriger vers eux.



Nami et Robin les avaient également repérés.


— Ils ont dû être attirés par les coups de feu, chuchota la navigatrice d'un ton trahi par l'angoisse.


L'archéologue croisa discrètement ses bras devant sa poitrine et fit pousser des bras sur les épaules de Zoro qui sursauta avant d'avoir ses cheveux tirés en arrière et de gesticuler pour garder son équilibre. À ses côtés, Sanji sembla lui faire une crise de jalousie de ne pas avoir été choisi, tandis que Brook se mit à rire de la situation.


— Mais c'est pas possible d'être aussi crétin, rumina Noriko pour elle-même.


Ses bulles atteignirent les garçons. D'un geste, elle les fit grossir et les repoussa tous les trois en leur faisant dévaler la colline, hors de sa vue.



Entre temps, la noble avait rejoint le palanquin sur ordre d'un de ses comparses qui s'impatientait. Le cortège reprit sa route et l'assemblée s'autorisa à respirer.


— Partons, ordonna Octy qui tenait toujours Luffy. La Marine va débarquer pour récupérer le corps de ce pauvre homme.




Assis sur une racine épaisse, les Chapeaux de Paille tentaient de se remettre de ce à quoi ils avaient assisté.



Pappag brisa le silence.


— Vous n'auriez rien pu faire. Les Dragons Célestes ont le pouvoir absolu, c'est pas pour rien que le trafic d'humains est autorisé ici.


— Pourquoi seulement sur cet archipel ? maugréa Nami.


— La Terre Sainte se trouve non loin, dans le même axe que l'île des hommes-poissons. Elle est en hauteur, nous sommes dans les profondeurs. Il faut croire que ça en dit long sur leurs positions.


— C'est ridicule, pesta Noriko, la bouche sèche.


Elle serra ses poings pour contenir le tremblement incessant de ses mains. Elle se sentait menacée depuis qu'elle avait vu les blessures de l'homme et ignorait pourquoi. Ce n'était pas bien compliqué de comprendre qu'il avait subi des sévices en essayant de s'enfuir.


— De ce que je comprends, ils ne prennent pas le risque de s'aventurer trop loin de leurs terres, railla Zoro. Ils se feraient attaquer de toute part.


— Pourquoi prendre la peine de voyager alors qu'ils ont tout ce qu'ils veulent à portée de main ? souligna Robin.


— Ce sont des lâches, compléta Sanji. Je suis sûr qu'ils ne feraient pas long feu en combat singulier.


— Personne ne peut s'en prendre à eux, rappela doucement Camie.


Octy se leva, incitant les compagnons à en faire de même.


— Faire débarquer l'un des plus puissants officiers ici serait pure folie, vous auriez non seulement la Marine sur le dos, mais également tous les pirates présents sur l'archipel qui voudront votre peau pour l'avoir fait venir. Vous n'en sortirez pas indemnes, même si vous êtes forts.


Luffy, qui était jusque-là silencieux, réajusta son chapeau et se releva.


— Allons-y. On a un artisan à trouver.




Le groupe se dirigea l'un des nombreux groves excentrés situé dans la zone de non-droits.



Camie se renferma instantanément sur elle-même, tentant vainement de paraître à l'aise et Octy proposa une énième fois de la ramener à bord de son navire-échoppe pour qu'elle y soit en sécurité. Elle refusa, car elle ne souhaitait qu'une seule chose : voir Sabaody Park, le parc d'attractions.



Malgré les réticences de l'homme-poisson et ne comprenant pas pourquoi elle n'aurait pas le droit de s'amuser, Luffy promit innocemment de l'y amener et qu'elle pourrait même le visiter. Il n'avait pas digéré la mort de l'homme croisé tantôt et comptait bien faire en sorte qu'une sirène se balade librement dans l'archipel. Il jura donc qu'en sa présence, rien n'arriverait à Camie.




Les Chapeaux de Paille étaient une cible de choix à cause de leurs primes, mais malgré la menace planant au-dessus de leurs têtes, l'équipage arriva sans encombre à destination.



Ils furent ainsi accueillis par la propriétaire des lieux, Shakky, qui n'était autre que la femme de l'artisan. Elle les reconnut aussitôt de par leur réputation et fut enchantée de rencontrer Luffy qui partageait le même nom que le Vice-Amiral. Elle expliqua que durant sa jeunesse, elle-même avait été pirate et chassée par Garp en personne.



Tout comme Octy, elle les invita à rester discrets quant à leurs agissements. Elle se justifia en étalant neufs avis de recherche devant eux avant de les inviter à les étudier : il était toujours utile de connaître ses rivaux.



Un pirate était pris au sérieux lorsque sa prime dépassait les 100 millions de Berry et Luffy en comptait déjà trois dans son équipage – lui-même, Zoro et Noriko. Cependant, neuf autres pirates avaient par pur coïncidence et simultanément fait halte à Sabaody, ce qui avait suscité une vague d'inquiétude auprès de la Marine.



Désormais au nombre de douze et surnommés les Supernovaes, il était plus prudent que tous se tiennent éloignés les uns des autres afin de ne pas attirer l'attention sur eux.



Shakky pointa un avis en précisant que Luffy n'était pas le capitaine le plus recherché. Un certain Eustass Kid avait une prime plus élevée car il avait tué des civils durant sa montée en puissance et était de ce fait considéré comme plus dangereux.



Elle sourit en ajoutant que même si elle avait tourné le dos à la piraterie, elle ne s'empêchait pas d'être un soutien pour ceux qui en avait besoin. De bon cœur, elle accepta d'aider les Chapeaux de Paille – eux ne s'en prenaient pas à des innocents – et les invita à partir à la recherche de son mari qui se trouvait quelque part sur l'île qu'il leur faudrait fouiller.


— La Marine n'interviendra que si c'est nécessaire, insista Shakky en guise d'au revoir, ne faites pas de vagues et pensez à vous séparer en cas de problème.




Après avoir repris la direction de la zone touristique, ils arrivèrent au centre d'un grove particulièrement bondé.


— Ça en fait du monde, constata Chopper.


— Pourquoi est-ce qu'elle veut qu'on se sépare ? bougonna Nami. Hors de question que je me balade seule sur cette île de fous furieux.


De nouveau, Noriko regarda ses cheveux, l'esprit ailleurs.


— Je suppose que c'est toujours plus facile de semer les gardes si on se disperse, songea-t-elle.


— Estimons-nous heureux d'avoir toujours la tête de cactus avec nous, lâcha Sanji.


— C'est parce qu'il est toujours avec l'un d'entre nous, rétorqua fièrement Brook.


— Je vous signale que je vous entends, râla le principal concerné.


— Et si on en profitait pour s'amuser ? s'enquit Luffy.


— On n'est pas là pour ça, corrigea Octy.


— Séparons-nous, suggéra le capitaine qui n'écoutait déjà plus, on aura plus de chance de trouver le vieux.


— Mais je veux pas ! s'indigna aussitôt la navigatrice.


Octy protesta à son tour, mais le centre-ville le plus animé de l'archipel fit rapidement oublier les états d'âmes de l'homme-poisson tant il offrait de merveilles à découvrir. Il ne fallut donc pas longtemps pour que tous se retrouvent dispersés : une seconde d'inattention suffit à perdre Zoro de vue, Sanji fut attiré par un marché de nourriture locale, Luffy se précipita vers le parc d'attractions avec Chopper et Camie sous le bras, Noriko fut trainée par Nami et Robin vers un centre commercial et Brook s'intéressa de près à un marchand de guitare.




Assise sur un banc, un pot de glace à la main, Noriko n'en pouvait plus. Elle n'avait même pas prétexté d'excuses pour échapper à l'interminable parcours de Nami parmi toutes les boutiques et s'était simplement éloignée, un petit pas à la fois. Elle avait beau faire des efforts, elle ne partageait pas la même passion vestimentaire que son amie.



Robin l'avait bien évidemment surprise et lui avait fait un signe de la main qui signifiait qu'elles se retrouveraient plus tard.



Désormais seule au milieu de dizaines de magasins, Noriko n'arrivait cependant pas à se détendre, comme en témoignait la petite cuillère qu'elle plantait rageusement dans sa crème glacée. Ce n'était pas le fait d'être isolée qui la tracassait mais plutôt ce sentiment incompréhensible de crainte qui ne la quittait pas. Crispé et parcourut de frissons, son corps essayait désespérément de la mettre en garde, sans que son esprit ne sache contre quoi.



Elle se savait observée. Les brefs regards plantés sur elle la mettaient de plus en plus mal à l'aise tandis que les murmures indiscrets s'élevant au rythme des allées et venues indiquaient que son identité n'était plus un secret pour personne.



Plusieurs fois elle leva la tête, mais ne croisa que son propre reflet dans les vitrines.



Si elle était cernée par ce qui semblaient être des civils ou des touristes, il était possible que certains d'entre eux ne soient pas ici pour faire des achats, mais plutôt de la vente en trouvant leurs prochaines cibles.



Une voix mentionna son affiliation aux Chapeaux de Paille et Noriko blêmit.



La réputation de Luffy et de son équipage rattrapait celle de Mihawk. Désormais, la manieuse d'eau était une pirate aux yeux de tous et non plus La nièce de. Toutes ces années durant, elle avait pensé qu'elle serait soulagée d'être débarrassée du fardeau de son oncle et qu'elle n'aurait plus à craindre pour sa sécurité.



Et pourtant...



Une sensation tordait son ventre. Une sensation semblable à de la peur. Cacher qui elle était avait longtemps fait partie de son quotidien même si elle devait bien admettre qu'elle n'avait plus penser à le faire depuis qu'elle avait rejoint son équipage. Seule dans un endroit inconnu, elle fut forcée de reconnaître que cette vieille habitude refaisait surface.



Reconnaissable à cause de sa chevelure, Noriko se sentit subitement vulnérable. Elle se leva, jeta sa glace dans la poubelle la plus proche et sortit.



Elle foulait le sol pavé à grandes enjambées, tentant d'agir le plus naturellement possible.



Calme-toi.



Ce n'était pas la première fois qu'elle se retrouvait séparée de son équipage. Ne pas être entourée ne l'effrayait pas. Elle était devenue plus forte, capable de se défendre et pouvait faire déferler une vague d'un simple revers de la main... alors pourquoi était-elle aussi angoissée à l'idée d'être reconnue ?



Cette sensation d'avoir un étau invisible se resserrant de plus en plus jusqu'à lui couper le souffle s'était manifesté au moment où son regard s'était posé sur l'esclave tué tantôt. Elle ne connaissait pas cette homme. Sa détresse l'avait-elle à ce point perturbée ? Elle avait toujours eu de l'empathie pour autrui, mais cet homme était condamné, elle n'aurait rien pu faire pour l'aider. Quand bien même, Luffy aurait été assez fou pour faire intervenir l'élite de la Marine à cause de son impulsivité, la bombe aurait eu raison de lui.



L'esclave suppliant pour sa vie apparut devant ses yeux une fois de plus et chaque détail était imbriqué dans son esprit : ses vêtements déchirés, ses pieds nus ensanglantés, la sueur recouvrant son corps, les traces qu'il portait sur lui dues aux coups reçus...



Noriko se figea, puis agrippa l'une de ses épaules quand elle comprit enfin le message que son corps tentait de lui faire passer.



Des coups de fouet. L'homme avait été victime de coups de fouet. L'arme utilisée pour faire obéir les esclaves.



Ses mains tremblèrent. Son corps s'était souvenu de la souffrance infligée lorsque sa peau s'était détachée de son dos. Il n'avait cessé depuis de l'avertir, réagissant instinctivement pour se protéger.



Bien qu'elle n'y pensait plus depuis que la douleur s'était tue, elle savait qu'elle n'oublierait jamais ce soir-là et que les cicatrices seraient toujours présentes. Cependant, elle était loin de se douter que ce traumatisme éveillerait en elle une peur irrémédiable d'une catégorie de personnes. Ce n'était pas les chasseurs de prime qui l'inquiétaient tant, mais ceux à qui étaient destinées leurs proies : les esclavagistes.



Elle déglutit. Rester une minute de plus sur cette île était au-dessus de ses forces, elle voulait partir. Elle ignorait où se trouvait le reste de son équipage et, confuse, décida donc de retourner au Sunny. Sur place, elle retrouverait Franky et Ussop et attendrait avec eux la venue de l'artisan.



Elle reprit sa route, tout en cherchant des yeux de quoi masquer sa chevelure.



Une main attrapa son bras et la retourna.


— Noriko !


D'abord soulagée, elle perdit son sourire en apercevant la détresse sur le visage d'Octy.




Sans lâcher Noriko qu'il tenait par l'épaule, Octy jouait des coudes pour sortir du centre.



Camie avait été enlevée. Son déguisement n'avait finalement pas été assez efficace et quelqu'un avait profité de la foule du Sabaody Park pour s'en prendre à elle.



Noriko tentait avec peine de comprendre les explications de l'homme-poisson qui déblatérait sans s'arrêter. Il tremblait, dévasté par l'angoisse et rongé par la culpabilité.



La peur de la manieuse d'eau avait été remplacée par la colère. Ce qu'elle redoutait tant allait finalement arriver, mais pas comme elle l'avait imaginé. Une image hantait son esprit : Camie en train de se faire torturer.



La jeune sirène était d'une douceur et d'une bonté sans égale. Gentille, innocente et un peu naïve, elle avait seulement voulu observer le monde des hommes de plus près. Désormais, elle passerait le restant de ses jours enfermée dans un aquarium, uniquement pour divertir son futur maître.



— J'aurais dû l'obliger à rester à bord de mon navire, à cause de moi...


— Arrête, coupa immédiatement Noriko en le forçant à lui faire face, on va la retrouver. Luffy a juré qu'il ne lui arriverait rien, il ne la laissera pas tomber et nous non plus.


— Luffy a disparu à l'instant où on s'est rendu compte que Camie n'était plus là, s'affola-t-il. Il était furieux d'avoir manqué à sa promesse et n'a rien voulu savoir.


Noriko secoua la tête, loin d'être étonnée de la réaction de son capitaine.


— Chopper a prévenu ceux restés au Sunny et les autres se sont séparés pour interroger tous les esclavagistes du coin, reprit Octy en regardant autour de lui. C'est très difficile d'attraper une sirène à cause de leur rapidité, si l'un d'en entre eux entendu parler de Camie, il saura nous dire où elle se trouve.



La manieuse réprima un frisson et des larmes lui montèrent aux yeux. Si les sirènes étaient rares, c'est que le temps était compté. D'ici peu, leur amie serait vendue et certainement emmenée loin d'ici. Néanmoins, si l'on venait à savoir que des pirates prévoyaient de s'en prendre au système d'esclavagisme, la vente risquait d'être accélérée. C'était également le risque de se mettre à dos tous ceux qui étaient concernés par les bénéfices de cette activité, ce qui n'excluait pas les Dragons Célestes et par conséquent la Marine.



Ils devaient agir vite, mais discrètement.



— Octy, l'interpella Noriko en détachant ses cheveux. Tu es un homme-pieuvre, n'est-ce pas ?




La manieuse d'eau sortit de chez un énième esclavagiste, le ventre noué. Pour ne pas attirer l'attention, elle répétait inlassablement les mêmes questions, tentant de savoir si l'un de ces ignobles commerçants avait vu ou entendu parler d'une sirène récemment capturée. Le pire étant de se faire passer pour une acheteuse potentielle, jusqu'à refuser poliment de regarder les divers catalogues qu'on lui proposait sous prétexte de n'être intéressée que par les denrées rares.



Elle ouvrit et ferma plusieurs fois ses poings pour détendre ses doigts. Il fallait qu'elle se calme car sa voix intérieure lui sommait de mettre prestement fin à cet odieux trafic d'êtres vivants en engloutissant l'intégralité de l'archipel dans les profondeurs de l'océan.



Un soubresaut parcourut son corps. En serait-elle réellement capable ?



Plusieurs enfants passèrent à côté d'elle en courant et l'un d'eux manqua de la bousculer. Elle les suivit des yeux jusqu'à ce qu'ils rejoignent plusieurs adultes qui devaient être leurs parents – chacun d'entre eux était concentré dans la lecture du journal quotidien.



Elle enfonça ses ongles dans ses paumes en s'invectivant. La colère lui faisait perdre la tête. Des milliers d'innocents vivaient ici, le moment n'était certainement pas propice à tester les limites de ses pouvoirs et encore moins à perdre le contrôle.



Elle continua son chemin pour rejoindre un nouveau grove.



Le groupe des parents n'était pas le seul à posséder des journaux. Il en était de même pour toutes les personnes que Noriko croisait et toutes affichaient un air effaré.



Très vite, une agitation générale grandit au sein de la population.


— Le gouvernement a pété les plombs ou quoi !? s'agaça une voix.


Piquée par la curiosité, la manieuse tendit l'oreille, tout en s'engageant sur un pont.


— Je comprends mieux pourquoi il y a moins de soldats sur l'archipel, la plupart d'entre eux sont à Marineford, ajouta quelqu'un.


— Il faut s'attendre à une guerre, Barbe Blanche ne restera pas sans rien faire.



Sans ralentir, Noriko tenta brièvement de déchiffrer un journal froissé par des mains agacées.



Que pouvait-il bien se passer à Marineford pour que l'homme le plus fort du monde réagisse ?



Ace lui avait grandement parlé de lui en vantant sa générosité, allant même jusqu'à proposer de rejoindre son équipage pour être sous sa protection en attendant qu'il revienne la chercher. Elle savait donc que Barbe Blanche était loin d'être inconscient. Quoi qu'il puisse se passer, cela devait être suffisamment grave pour qu'il soit prêt à s'en prendre au Quartier Général de la Marine. Cette dernière devait d'ailleurs être bien préoccupée pour qu'on en parle dans les journaux.



Noriko décida cependant de ne pas s'attarder sur ces questions sans réponses. Après tout, le Gouvernement Mondial se gardait bien de dévoiler certaines vérités – en témoignaient les évènements à Enies Lobby.



Elle accéléra sa marche et longea un canal. Camie était sa priorité et chaque seconde comptait.



— Quand je pense que la dernière était pour Gol D. Roger.



Malgré elle, Noriko sursauta.



La dernière ? La dernière quoi ?



Elle regarda une page de journal par-dessus l'épaule de l'homme marchant devant elle et le portrait qu'elle vit lui rappela une figure familière.


— Pas sûr qu'il soit plus efficace que Crocodile, soupira l'homme en tournant la page.



Cette fois, Noriko s'arrêta complètement, tout comme les battements de son cœur.



Le client avec qui Luffy avait débattu de la qualité des tartes à Jaya. Celui qui brandissait son avis de recherche avant d'être propulsée par le Knock-Up Stream. Celui qu'elle n'avait pas rencontré dans l'auberge. Celui qu'elle n'avait vu qu'à travers une longue-vue. Celui qu'elle n'avait vu qu'en dessin la première fois qu'elle avait entendu parlé de lui. Et surtout, celui qu'Ace poursuivait inlassablement.



Marshall D. Teach dit Barbe Noire, était désormais élevé au rang de Mihawk.



Noriko tremblait.



Ace était puissant, mais qu'en était-il du nouveau Grand Corsaire ? N'ayant ni renommée, ni prime élevée, il était impossible qu'il soit arrivé là par hasard. Comment avait-il pu être approché par la Marine afin qu'un accord lui soit proposé ? Qu'avait-il fait ?



Elle déglutit, tout était forcément lié.



Quelque chose se tramait à Marine Ford, Barbe Noire avait acquis le statut de Grand Corsaire – l'un des Trois Grands Pouvoirs – et Barbe Blanche allait certainement agir.



Mais pourquoi ? Voulait-il l'arrêter ?



D'autres questions prirent possession de son esprit : que comptait faire Ace ? Était-il seulement sur Grand Line ? Allait-il poursuivre sa vengeance ? Rejoindre celui qu'il considérait comme son père ? Avaient-ils décider d'arrêter le traître ensemble ?



Non. Impossible. Il n'a jamais été question que Barbe Blanche vienne en aide à Ace pour sa quête.



Et si ce nouveau statut de Grand Corsaire avait changé la donne ? Si Barbe Noire se trouvait à Marine Ford, Barbe Blanche ne serait jamais assez fou pour l'attaquer sur place. Alors pourquoi aller là-bas ? Qu'est-ce qui justifiait la présence d'autant de soldats ? Était-ce justement en prévention de l'arrivée du pirate ? Et quel était le rapport avec Gol D. Roger ?



Noriko passa nerveusement une main dans ses cheveux et laissa échapper un cri de frustration. Il lui manquait une information, un élément crucial qui lui permettrait d'assembler toutes les pièces du puzzle.



Elle recoiffa une mèche en cherchant du regard un vendeur de journaux, mais une sensation humide sur ses doigts attira son attention. Ses yeux se posèrent sur ses phalanges noircies et la réalité la rattrapa : la vie de Camie était en jeu. Ses questions devraient attendre.



Ace était redoutable et elle avait confiance en lui. Qu'il soit avec Barbe Blanche ou non, cela ne changeait rien à leur promesse : une fois Barbe Noire vaincu, il viendrait la retrouver.



Elle inspira pour faire le tri dans ses pensées et, le cœur lourd, reprit sa course en longeant le canal.



Elle avisait quelques commerces au loin lorsqu'une voix l'interpella. Elle eut tout juste le temps de faire un pas en arrière pour éviter d'être éclaboussée, un exocet lancé à vive allure venait de s'arrêter devant elle. Perché dessus, un des hommes de Duval lui faisait signe.


— Monte vite, ordonna-t-il, on a repéré la sirène !


Il en fallait plus pour convaincre la manieuse d'eau qui se tint immédiatement sur ses gardes.


— Vous croyez vraiment que...


— OH LA FILLE ! s'exaspéra une voix qui ne pouvait être que celle de Franky.


Noriko leva la tête et l'aperçut sur un exocet, se tenant dans les airs.


— On t'expliquera en route ! Pose tes fesses sur ce poisson et ramène-toi, on a retrouvé la petite !


Sans attendre de réponse, il fit signe à celui qui tenait les rênes de continuer.


— Je vous avais bien dit que c'était elle, bougonna le cyborg en s'éloignant, c'est quand même pas une couleur de cheveux qui aura raison de mes yeux !



Hébétée, Noriko accepta la main tendue de l'homme et s'installa derrière lui. L'animal s'élança aussitôt à une vitesse folle.



Fendant les eaux des canaux et se déplaçant entre les groves, le conducteur de l'exocet maniait les rênes avec agilité, faisant entièrement confiance à sa monture. Il expliqua rapidement la situation à sa passagère.



Duval avait décidé de renommer son groupe les La-vie-en-rose-Riders et de laisser sa vie de hors-la-loi derrière lui, comme il l'avait promis lors de leur dernier échange. Comme ils connaissaient bien l'archipel ainsi que tous les esclavagistes y travaillant, Sanji avait eu la bonne idée de les contacter pour solliciter leur aide. Tous s'étaient attelés à les retrouver pour les aider dans leurs recherches. Le bouche à oreille avait fait le reste et Camie avait été repérée.



Noriko fut déposée au grove 1, où se trouvait la plus grande salle de ventes d'esclaves, et retrouva Nami, Franky, Sanji, Chopper – sous sa forme Heavy Point – et Octy.



Tous se tournèrent vers elle avec de grands yeux.



— Une chevelure blanche, c'est pas ce qu'il y a de plus discret, se justifia-t-elle d'un air gêné, une mèche partiellement noire enroulée autour de son doigt.



Octy croyait d'abord avoir mal compris, mais le manque de temps l'avait convaincu d'accepter la requête de Noriko qui consistait à lui cracher de l'encre sur le crâne afin qu'elle puisse en enduire ses cheveux. Le résultat n'était pas parfait mais avait la prétention de la rendre moins identifiable au premier coup d'œil.



— Les autres sont en route, expliqua Sanji qui fumait trois cigarettes en même temps pour garder son calme.



Par l'intermédiaire d'un mini-escargophone emprunté à Duval, il avait pu contacter le reste de l'équipage ainsi que Luffy.



Sans perdre de temps, il se dirigèrent donc vers l'arrière de la salle, certains de trouver une entrée pour les esclaves destinés à être vendus.



Un homme tenta de les arrêter, prétextant travailler pour les esclavagistes. Le ton monta rapidement et Franky proposa de passer en force.



Octy s'interposa.



— Laisse-nous faire, intervint Sanji. Camie est là-dedans : on la récupère et on s'en va.


— Vous pourrez rien faire, s'amusa l'employé, ce serait une entrave au commerce. La traite humaine est tolérée ici, tout comme le trafic d'esclaves. Faut vous y faire.


— Il a raison, répliqua l'homme-poisson. Vous en prendre à eux, c'est vous condamner à mort en emportant Camie avec vous.


— Les gars, interpella Noriko d'une voix blanche.


Ils suivirent son regard. Le convoi des Dragons Célestes rencontrés tantôt se trouvait aux alentours de l'entrée principale. Très vite, trois nobles disparurent à l'intérieur de la salle tandis que leurs esclaves s'éloignèrent pour les attendre un peu plus loin.


— On pourra pas lutter contre un Amiral, déglutit Chopper.


— Dans ce cas, on doit jouer le jeu et l'acheter, déclara Nami.


— J'espère que vous êtes prêts à laisser toute une fortune, railla l'homme en retournant à ses occupations.


Tandis que les autres emboîtèrent le pas de la navigatrice, Noriko retint Sanji par le bras pour l'empêcher de commettre l'irréparable.


— On a encore une chance, assura la manieuse d'eau en l'entraînant avec elle.


Le cuisinier lui confia le mini-escargophone de Duval.


— Si Luffy ordonne de l'attendre, je suis pas sûr de pouvoir lui obéir, se justifia-t-il.


Noriko inclina la tête, sans conviction. Elle non plus ne croyait pas capable.




Lorsque les Chapeaux de Paille pénétrèrent dans l'immense salle de vente, ils furent horrifiés de constater qu'il ne restait plus une seule place de libre. Confortablement installés dans des fauteuils placés face à une scène fermée par un grand rideau rouge, les personnes déjà présentes se comptaient par dizaines et attendaient le début des enchères.



Noriko parcourut l'auditoire des yeux et reconnut Trafalgar Law, l'un des douze supernovaes présentés par Shakky, accompagné de son équipage. Une boule se forma dans sa gorge. Les pirates prenaient-ils des esclaves en guise d'équipage ?



Ses compagnons se postèrent dans le fond de salle, non loin d'un des nombreux escaliers rejoignant la scène, et remarquèrent qu'ils n'étaient pas seuls.



Adossé contre le mur avec ses hommes, Eustass Kidd – reconnaissable par son portrait – coula un regard mauvais vers eux avant de reporter son attention sur la scène.



La manieuse d'eau serra les poings. Shakky leur avait bien conseillé de tous se tenir éloignés les uns des autres.



— Avec ce qu'on a récupéré à Thriller Bark, on devrait avoir dans les 200 millions de Berrys, exposa Nami en tordant une pancarte flanqué d'un numéro d'enchérisseur.


— Une sirène est estimée à 70 millions, précisa Chopper en lisant une brochure.


Le prospectus retraçait les montants de toutes les espèces qu'on pouvait trouver dans cette salle – des humains, des hommes-poissons, des sirènes ou encore des géants. Le renne blêmit en remarquant que les créatures hybrides ainsi que celles détentrices de pouvoirs avaient des prix élevés.


— Les Fruits du Démon seraient perçus comme des... divertissements ? s'inquiéta Noriko.


— Attendez, réalisa Octy, j'aurai jamais assez pour vous rembourser, je...


— Camie est notre amie, coupa la navigatrice. On s'en moque de l'argent. Pas d'objections, vous autres ?


Tous secouèrent la tête. La rouquine était peut-être obsédée par les trésors, mais pas au point d'en perdre ses valeurs.


— Regardez, les Dragons Célestes sont là, indiqua Pappag.


Assis dans un carré privé, les nobles étaient postés en hauteur, au centre du public. Des rafraîchissements avaient été mis à leur disposition pour leur garantir un confort digne de ce nom.


— Les sirènes sont rares à leurs yeux, marmonna Sanji. Vaut mieux pour ces enfoirés qu'ils se tiennent tranquilles.


— Garde ton calme, implora Nami, si on s'impatiente, on mettra Camie en danger.



Les gros rideaux rouges s'ouvrirent enfin, laissant place à une immense scène éclairée par de grands projecteurs. Au centre de celle-ci, un homme portant un chapeau haut-de-forme et des lunettes de soleil salua joyeusement la salle en se pavanant.



Noriko entendit à peine ce qu'il déblatérait, retenant seulement qu'il se nommait Disco. Son attention concentrée sur le mur du fond, elle ne pouvait détacher son regard sur le symbole qui venait d'apparaître. Un visage souriant barré d'une ligne en diagonale. L'emblème de Bellamy la Hyène, le pirate qui l'avait laissée pour morte à Jaya.



Elle déglutit difficilement. Était-il sur l'archipel ? Son équipage était-il lié avec cette vente d'esclaves ?



Une main se posa sur son épaule tremblante.


— Ce n'est pas lui, assura Chopper à voix basse.


Noriko se tourna vers lui. Le regard du renne en disait long : il avait compris.


— Regarde, reprit-il en se penchant à sa hauteur, l'intérieur est identique mais pas le contour.



La manieuse d'eau observa plus attentivement le dessin : le visage était serti bel et bien serti de cercles colorés, agrémenté de formes géométriques semblables à des piquants.



Était-ce suffisant pour prétendre que ce n'était pas le même Jolly Roger ? Elle pressa la main de Chopper, espérant qu'il dise vrai, et poussa un long soupir pour se calmer. Le moment était mal choisi pour cogiter. Il fallait sauver Camie coûte que coûte, le reste n'avait que peu d'importance.



Le commissaire-priseur se donnait en spectacle, attirant l'attention de tous et clamant que sa marchandise était unique sur l'archipel. Les enchères débutèrent, accompagnées d'une cacophonie générale et de cris de joie.



— Si Camie est considérée comme rare, elle sera présentée en dernière, murmura Nami.



Une jeune femme fut poussée sur scène. Des menottes aux poignets, des chaînes aux pieds et une entrave autour du cou, elle gardait la tête baissée, tentant de contrôler ses tremblements.



Disco la força à s'avancer, puis tendit une main vers elle pour la présenter. Il vanta longuement ses qualités et proposa un prix de base qui fut surenchéri plusieurs fois.



La vente fut actée. La jeune femme se mit à pleurer. Noriko et Nami détournèrent le regard.



Les ventes se succédèrent et les esclaves défilèrent.



Ce fut au tour d'un homme de monter sur scène.



De son air toujours enjoué, le présentateur le désigna comme un ancien capitaine pirate ayant affronté moult dangers et capable de se battre pour qui le lui ordonnerait.



Un brouhaha sans nom résonna dans la salle et de nouveau, les mises augmentèrent.



Une vague de stupeur balaya cependant l'assemblée lorsque l'esclave s'écroula au sol, la bouche en sang.



Furieux, le commissaire-priseur perdit son horrible sourire et s'en prit au pauvre homme en lui flanquant des coups dans les côtes pour qu'il se relève.



Le rideau fut tiré et la scène masquée. Des cris de protestations ainsi que des huées de la part du public se firent entendre.



— Qu... Qu'est-ce qui s'est passé ? souffla Noriko.


— Il s'est mordu la langue, répondit Sanji, il a préféré se donner la mort plutôt que de rester esclave.



Nami cassa presque la pancarte qu'elle pliait entre ses doigts.



Comme pour confirmer ses dires, le rideau s'ouvrit de nouveau. L'homme avait été évacué, laissant place à un aquarium couvert d'un drap blanc. Le jeu de lumière permettait d'apercevoir la silhouette d'une sirène.



Les Chapeaux de Paille retinrent leur souffle, tandis qu'une acclamation générale s'élevait.



Disco réclama le silence afin de se faire entendre.


— Pour notre dernière vente, mesdames et messieurs, je vous présente une espèce que l'on n'attendait plus ! Venant des fonds des océans et n'attendant que de décorer votre intérieur par sa beauté légendaire... VOICI CAMIE !



Il retira le drap d'un geste théâtrale et Camie apparut enfin.



Une entrave au cou et enfermée dans un aquarium à peine plus grand qu'elle, la jeune sirène frappait ses poings contre le verre, le visage déformé par la terreur. Même si personne ne l'entendait, elle hurlait et ses yeux balayaient la salle des yeux, cherchant désespérément de l'aide.


— Camie, gémit Pappag.


Octy se tendit et la jambe de Sanji tressauta.


— On reste concentrés, déglutit Nami, prête à surenchérir.


— Je devrais pouvoir lui retirer cette bombe à retardement avant qu'elle n'explose, maugréa Franky.


— Les enchères débuteront à partir de 70 mil...


— 300 MILLIONS !!


Ces deux mots hurlés avaient réduit la salle au silence.


— Qu... Quoi ? blêmit Nami.



L'enchérisseur qui s'était manifesté n'était autre que l'un des Dragons Célestes et le silence qui régnait dans la salle était tel que la conversation qui suivit était parfaitement audible. Le plus vieux était le père des deux autres et critiquait ouvertement la façon dont son fils dépensait son argent. De son côté, la sœur ricanait car elle ne donnait pas cher de la peau de la sirène.



— On... on peut même pas lutter, bredouilla la navigatrice.


— Ils détournent tous le regard, cingla Sanji en observant le public.


— Personne n'osera se frotter à lui, indiqua Pappag, ce serait mettre sa vie en jeu.


— Mais c'est une enchère, fulmina Noriko.


— Même si on le voulait, on n'aurait pas assez, précisa Nami en secouant la tête.


Disco pointa le Dragon Céleste du doigt et continua le spectacle.


— Pour le clou de notre vente du jour, le très noble Saint Charloss ici présent propose 300 millions de Berrys, c'est tout bonnement incroyable ! Jamais je n'ai vu un prix de base aussi élevé, les enchères s'annoncent serrées !


Sur scène, Camie tentait vainement de sortir de sa prison de verre.


— Il doit bien y avoir un moyen de l'aider, s'emporta Chopper, on peut pas la laisser se faire acheter !


— Qui dit mieux que 300 !? s'enquit le commissaire-priseur.



Octy qui n'avait rien dit jusque-là voulut aller sur scène pour récupérer son amie par la force, mais Pappag lui rappela la présence de l'entrave qui risquait d'exploser à tout moment.



Le mini-escargophone de Duval sonna, attirant l'attention des personnes assises dans le fond de la salle.



Noriko s'éloigna pour entendre la voix de Luffy. Elle résuma la situation mais avait du mal à comprendre ce que répondait son capitaine. Il devait être perché sur un exocet lancé à vive allure, en témoignait le vent qui sifflait dans l'escargophone.



— Elle risque de mourir si on intervient, se désola-t-elle.


— Dans ce... cas, utilise... ta tête ! Noriko... Gagne... temps !


Luffy coupa la communication, laissant la manieuse d'eau parler dans le vide. Utiliser sa tête, oui, mais elle n'avait pas le début d'une idée. Frustrée, elle rejoint ses amis et constata avec horreur que l'enchère était presque terminée.


— Si personne ne dit mieux, nous allons en rester là ! s'amusa Disco.


— Où est Luffy ? s'enquit Chopper avec espoir.


— En route, répondit Noriko. Il veut qu'on fasse diversion.


— 300 millions, une fois !


— On peut pas foncer dans le tas ! pesta Nami.


— 300 millions, deux fois !


— Luffy vendrait sa propre tête s'il était là, râla Sanji.


Noriko sursauta avant de frémir. Luffy n'avait pas fait allusion à son intelligence, mais à la prime sur sa tête. Sans prévenir, elle arracha la pancarte des mains de la navigatrice et se précipita en haut de l'escalier principal pour la brandir.


— 300 milli...


— 600 MILLIONS ! hurla-t-elle.



Un murmure de surprise traversa la salle et le présentateur fut décontenancé, ne s'attendant visiblement pas à ce que quelqu'un ose faire face à un noble.


— Mais qu'est-ce qu'elle fait ? se décomposa Nami tandis que Sanji voulut s'approcher. On n'a pas cette somme !


— Elle est folle ou quoi ? s'indigna simultanément Franky.


— Mais allez la chercher, paniqua Octy.


Noriko leva discrètement un index dans leur direction, indiquant qu'elle savait ce qu'elle faisait. C'était loin d'être le cas. Ayant agi par impulsion pour répondre à l'ordre de Luffy, elle devait maintenant se concentrer pour empêcher ses jambes de la lâcher.



Elle qui détestait être au centre de l'attention se retrouvait désormais la seule personne de la salle debout, éclairée par un luminaire qui l'avait repérée lorsqu'elle avait crié. Des centaines de yeux étaient braqués sur elle.



La manieuse d'eau préféra faire la sourde oreille aux commentaires cinglants qui s'élevaient. On l'avait prévenu : s'en prendre à un Dragon Céleste promettait l'apparition d'un Amiral. Cependant, enchérir contre l'un d'eux n'était pas illégal, bien au contraire. Le pire qu'ils pouvaient faire étaient de tenter de la tuer devant tout le monde ou bien de la faire devenir esclave. Dans les deux cas, ni elle, ni son équipage ne les laisseraient faire.



Du coin de l'œil, elle vit justement ses amis se préparer à intervenir. Se sentant soutenue, elle leva le menton et se racla la gorge.


— J'offre 600 millions de Berrys, répéta-t-elle d'une voix assurée.


Contre toute attente et loin d'être offusqué, le Dragon Céleste ricana bruyamment, suivit de près par le commissaire-priseur. Ce dernier leva les bras pour appeler au calme lorsque l'assemblée se mit à rire, puis reprit le contrôle de la situation.


— Ce sont des ventes sérieuses, ma chère, avez-vous réellement cette somme ?



Le cœur de Noriko tomba dans ses talons et ses mains tremblèrent lorsqu'elle remarqua que Disco était armé d'un fouet dissimulé sous son manteau.



Elle avala sa salive en se forçant à descendre quelques marches. Après elle, les nobles allaient sûrement surenchérir et, refusant d'impliquer ses compagnons, elle serait donc dans l'incapacité de contrer l'offre.



Elle inspira et fit un pas de plus, l'essentiel était de gagner du temps.


— Un trésor équivalent à 200 millions et ma tête, soit un total de 600 millions de Berrys.



Un bruit sourd lui fit comprendre que ses compagnons luttaient les uns contre les autres, tentant certainement de vouloir agir, mais s'en empêchant à cause de la situation.



De son côté, Disco avait perdu son sourire et ses lèvres remuaient sans qu'aucun son ne sorte.


— Vendre sa propre tête ? s'esclaffa-t-il finalement avant de regarder le public. Personne n'est assez bête pour faire ça.


— Cette situation est terriblement ennuyante, souffla le Dragon Céleste, et je veux cette sirène.


— Je la trouve amusante, intervint sa sœur, elle est tellement désespérée d'avoir ce poisson qu'elle est prête à prendre sa place.


— Tu ferais mieux de dépenser ton argent pour autre chose, rabroua sévèrement son père.


Noriko les ignora et, pour les faire taire, fit apparaître un bulle d'eau dans sa main avant de la faire léviter sur son crâne. L'instant d'après, ses cheveux arboraient leur couleur naturelle.


— Je suis Noriko et j'appartiens à l'équipage des Chapeaux de Paille ! Ma tête est mise à prix à 400 millions de Berrys, je suis prête à l'offrir en guise de paiement avec la valeur accordée à une détentrice d'un pouvoir de Fruit du Démon.


— Mais elle est tarée ou quoi ? s'insurgea Nami qui fut retenue par Chopper.


— Pourquoi faut-il toujours qu'elle se crée des problèmes ? pesta Franky.


La manieuse d'eau reporta son attention sur la scène.



Disco sembla soudainement très intéressé par l'offre mais ne bougea pas, attendant certainement que les nobles réagissent.



Saint Charloss répondit à ses attentes.


— Ridicule, j'en offre...



La fin de sa phrase fut emportée par le terrible fracas qui résonna dans la salle. La partie gauche de la salle s'était écroulée sous le poids du toit, envoyant des débris et balayant certaines rangées de fauteuils avec ses occupants.



Ses bras devant son visage pour se protéger de la poussière, Noriko fut bousculée par des clients qui tentaient de s'éloigner du point d'impact, terrorisés.



Une main attrapa son bras et l'attira entre deux rangées.


— Tu n'as rien !? s'inquiéta Sanji.


Un cri de colère explosa dans la salle, surpassant le vacarme causé par la panique générale.


— On t'a jamais appris à te poser en douceur !? hurla Luffy qui dégagea un gravats de son chemin.


— Tu crois que c'est facile avec un exocet !? cria à son tour un des hommes de Duval. Tu m'as dit de foncer dans le tas !


Derrière eux, le poisson-volant s'agitait dans tous les sens, créant encore plus de dégâts. Il roula sur lui-même et réussit à reprendre son envol.


— C'est ce que j'appelle un atterrissage forcé, bailla Zoro en époussetant ses vêtements. T'es bien gentil avec ton grimpe en vitesse, Luffy, mais je peux savoir ce qui se passe ?


— Luffy ! hurlèrent avec soulagement Nami et Chopper en se rapprochant de lui.


— CAMIIIIE ! répondit le capitaine.


Sans attendre, il se précipita vers la scène, ignorant les protestations de ses amis, du public et de Disco.


— On t'a enfin retrouvée ! s'enjoua le Chapeau de Paille.


— Mais à quoi il joue ? blêmit Noriko.


— Il est complètement fou, souffla Sanji.


Saint Charloss s'était levé, tentant de savoir qui était à l'origine de tout ce raffut.


— Personne ne m'empêchera d'avoir ma sirène.



Octy n'était pas resté sans rien faire et avait suivi Luffy, s'agrippant à lui pour le retenir. Afin de contrer sa force, il retira son manteau et se servit de ses deux bras supplémentaires pour le plaquer au sol.



Certains enchérisseurs se mirent à hurler, découvrant avec horreur la présence d'un homme-poisson à leurs côtés.



Pappag cria à son ami de fuir pour sauver sa vie, mais celui-ci ne voulait rien savoir. Seul Camie l'importait et si Luffy intervenait, elle serait tuée.



De son côté, le reste de l'équipage tentait de trouver une solution : Nami secouait Franky pour qu'il daigne donner une idée ; Noriko et Sanji empêchaient Zoro d'aggraver leur cas en s'interposant, et Chopper rassurait Pappag en prétendant que la situation était sous contrôle.



Un coup de feu les fit sursauter et les réduisit au silence.



Octy s'effondra sous son propre poids. Face à lui se tenait Charloss, une arme en main.



Les jambes de Noriko cédèrent, l'obligeant à se rattraper au siège devant elle ; Nami fondit en larmes ; la bouche de Camie se tordit en grimace d'horreur.



Octy dévala plusieurs marches, suivit par Luffy qui hurlait son prénom à plein poumons.



Autour d'eux – poussées par leur aversion des hommes-poissons ou la peur de se faire tuer – les personnes encore présentes dans la salle acclamèrent sobrement le Dragon Céleste pour son exploit et ce dernier en profita pour saluer la foule avant d'entamer une danse de la joie.


— J'ai eu un homme-poisson ! Un trophée de plus à mon tableau d'honneur !



Sanji serra ses poings, Zoro dégaina ses sabres et Noriko dut les retenir.



De son côté, Chopper voulut venir en aide à l'homme-pieuvre, mais Pappag le supplia de ne pas bouger.



— Il respire, rassura Franky en clignant plusieurs fois des yeux pour analyser leur ami, la blessure n'est pas mortelle.



Fou de rage, Luffy fusilla Saint Charloss du regard, mais à peine fit-il un pas vers lui qu'Octy attrapa son bras.


— Je t'en prie, ne fais rien..., haleta-t-il. Si tu t'énerves, Camie sera punie. Je suis désolé... Je voulais juste me rattraper auprès de Nami, je... Moi, je me moque de mourir, mais vous... Si tu touches cet homme, les conséquences seront terribles, vous serez tous exterminés.


— Il s'en est pris à toi, fulmina Luffy en se dégageant.


— Tu m'as... promis.


— Alors je romps cette promesse, trancha le capitaine.



En silence, il s'approcha du Dragon Céleste qui lui tournait le dos, occupé à se pavaner joyeusement.



Dans la salle, les commentaires des spectateurs fusaient, s'interrogeant sur l'ignorance de Luffy, sa folie ou sur le sérieux de la situation, tandis que d'autres préférèrent même quitter les lieux par précaution.



— Il est taré, ou quoi !? s'emporta quelqu'un d'une voix plus forte que les autres.


Noriko tourna la tête vers le haut de la salle : Eustass Kid s'était rapproché, la mâchoire crispée. Elle chercha instinctivement Trafalgar Law du regard, ce dernier n'avait pas bougé, mais était sérieusement concentré sur la situation. Tous deux ne semblaient pas avoir l'envie d'avoir affaire à un Amiral.


— Luffy..., implora Octy.


Saint Charloss se retourna.


— Tu parles encore, sale vermine ?


Il se figea en apercevant le regard furieux du Chapeau de Paille, puis afficha un air perplexe.


— Qu'est-ce qu'il me veut, celui-là ?


Toujours confortablement installés, son père et sa sœur bougèrent à peine la tête. Pourquoi avoir peur s'ils savaient qu'ils ne risquaient rien ?


— Arrête ! supplia Pappag.


Luffy ne ralentit pas.



Son équipage se contenta de l'observer en silence, sachant pertinemment que rien ne le ferait changer d'avis.



— Tu vois pas mon arme !? s'amusa Saint Charloss en la pointant sur le pirate.


Peu impressionné, il tira. Une fois. Deux fois.



D'un simple mouvement, Luffy évita chaque balle. Un dernier pas le séparait désormais du Dragon Céleste et il planta si fort son pied dans le sol que ce dernier se brisa sous l'impact. Tout en poussant un grognement de colère, il recula dangereusement son poing.



Le noble eut tout juste le temps d'ouvrir de grands yeux qu'une droite spectaculaire s'abattit sur sa joue, fracassant son casque sphérique et brisant bruyamment l'os de sa pommette.



Dans un grand cri de rage, Luffy l'envoya valser à plusieurs dizaines de mètres de lui. Plusieurs rangées de fauteuils furent balayées et une partie de la scène défoncée lorsque le corps du noble s'écrasa lourdement dessus.



Des hurlements s'élevèrent dans l'assemblée et, très vite, une panique générale s'installa : un Amiral serait bientôt présent.




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