Deux semaines. Voilà maintenant deux semaines que ma vie est totalement bouleversée, après cinq années à avoir construit mon petit havre de paix et enregistré certaines habitudes dans mon corps. Le plus difficile, c’est d’accepter de partager mon intimité avec un étranger, mais je ne pouvais pas me reposer sur Parker indéfiniment. Lui aussi a besoin de repos. Devoir vivre dans cette planque exiguë qui me rend malade. Mes cauchemars sont toujours aussi violents, alors je finis mes nuits éveillée, de peur de me rendormir pour ne plus jamais me réveiller. Même si j’ai eu des moments de détente me faisant oublier mon quotidien, l’illusion n’a duré qu’un temps.
Face au manque de sommeil, je commençais à divaguer, stresser, angoisser. J’ai même failli faire un malaise. Si McGee n’avait pas été là pour me rattraper, j’aurais pu me blesser. Cet incident a alerté mon chef sur le fait que la situation ne pouvait plus continuer. Il comptait tenir sa promesse le soir du concert. Alors, c’est ensemble que nous sommes allés demander au directeur de revoir les conditions de ma protection, principalement le lieu. Pour l’instant, c’est toujours à l’étude. Deuxième changement, c’est ma routine matinale. Hors de question d’arrêter, alors j’ai décidé de varier les lieux et le temps de courses, mais surtout les horaires. C’était pour me permettre de dormir une heure de plus, mais comme je n’y arrivais pas, à la place je l’utilise pour méditer. C’est ma principale ressource pour me reposer, bien que cela ne remplace pas les heures de sommeil perdues. Il y a aussi plus de monde qui me surveille, en plus de Parker, qui a insisté pour courir avec moi tous les jours, une recommandation de son médecin d’après lui. Je doute de la véracité de ce propos, même si ça me fait plaisir de passer plus de temps avec lui. Et d’autres agents, plus discrets et éloignés, inspectent les environs et nous tiennent au courant du moindre danger.
Ce matin ne déroge pas à la règle, sauf peut-être si on additionne un élément perturbateur du nom de Matthew. Alors que je l’ai sommé de ne plus m’approcher, comme je l’avais dit à mes deux amies, il a décidé de n’en faire qu’à sa tête. Alors, pour la troisième fois, il se retrouve sur mon parcours du Potomac. Lors de sa première intrusion, les agents ont cru à une menace et l’ont cerné et pointé de leur arme, jusqu’à ce que j’intervienne pour dire qu’il était un ami. En plus de ma honte, j’étais en colère contre lui et, durant une bonne dizaine de minutes, je l’ai sermonné sur le danger que je venais de lui éviter. Ce qui semble être tombé dans l’oreille d’un sourd, vu qu’il est revenu comme une fleur. Son côté borné ne me manquait pas du tout. Je sais ce qu’il essaie de faire : passer du temps avec moi pour que nous nous rapprochions. Ce qui n’arrivera pas et il le sait.
Appuyée contre une table ronde de l’espace détente du Potomac, j’étire mes mollets tout en attendant Parker, parti chercher des boissons et de quoi nous restaurer. Je suis seule avec Matt et la dizaine d’agents éparpillés un peu partout autour de nous. Mes yeux n’arrivent pas à se détacher de mon supérieur coincé dans la file d’attente. De temps en temps, il se retourne et, pour ne pas que nos regards se croisent, je reviens sur mes mains.
- Il s’est passé quelque chose avec Parker, sort Matt me montrant mon manque de discrétion.
- Quoi ? Non rien, je lui réponds évasive.
- Alors pourquoi tu évites son regard ? Il t’a fait du mal ?
- Non ! C’est rien, je t’assure. Juste…
Je coupe, ne sachant pas quoi répondre. Il n’a pas besoin de savoir ce qui me perturbe depuis quelques jours, ou plutôt depuis ce fameux jour. Je secoue la tête pour éviter les images qui s’insinuent sous mes yeux quand j’effleure ce sujet dans mon esprit.
- Tu sais que tu peux tout me dire, reprend Matt tout en prenant ma main dans la sienne.
Ce contact provoque une réaction de rejet, sans que j'en comprenne la raison. Pourtant, je ne fais rien pour l’arrêter. Je croise son regard charmeur, mais aussi intrigué par mon comportement, et je finis par lui révéler ce qui me perturbe depuis un certain temps.
- Ce n’est pas grand-chose. Juste un moment de faiblesse de ma part.
Je le vois tiquer sur cette phrase et, avant qu’il ne se fasse de fausses idées, je l’arrête.
- Ce n’est pas ce que tu penses. J’avais besoin d’une épaule et il m’a prêté la sienne. Puis on a fini par s’endormir. C’est tout.
Comme si évoquer ce fait qui appartient au passé, ma langue se délie et je ne peux contenir plus longtemps le flot de mes émotions contenues. De notre nuit passée ensemble à notre discussion survenue après mon cauchemar. Bien sûr, je n’entre pas dans les détails ; il n’a pas besoin de savoir ce que j’ai ressenti en me réveillant aux côtés de Parker. De ce sentiment d’apaisement et de douceur, ainsi que d’une petite joie de l’avoir rien qu’à moi. Je sais qu’il n’est pas disponible et je déteste au plus haut point les briseuses de couple. Alors en devenir une, non merci. Même si j’ai honte de mon comportement, je le range dans le même panier qu’une séance de psy et je me dis que c’est nécessaire d’un point de vue professionnel. C’est clairement une fuite en avant et une excuse, mais si je ne le fais pas, mon mental risque de ne pas survivre. Je n’évoque pas non plus la fois où il a dormi chez moi. Ce n’était qu’un malencontreux accident, rien de plus. À cette époque, il n’y avait rien d’ambigu dans mon esprit et mes sentiments envers lui, contrairement à maintenant. Bien que je refuse d’y mettre un nom.
Un rayon de soleil perce à travers les nuages épais et me fait revenir de mon souvenir. Parker est toujours dans la file. On le remarque bien, vu qu’il est illuminé par l’éclaircie mettant en évidence sa magnifique chevelure couleur gris argent. Je reporte ma concentration vers Matt et la pression qu’il exerce sur ma main.
Comme je m’en doutais, cet aveu ne lui fait pas plaisir, d’après son froncement de sourcils et la contraction de sa mâchoire. Voilà la raison qui m’a fait hésiter à lui dire. Sa jalousie nouvelle me surprend et me fait mal. Ce n’est pas ce que je veux voir. Sa joie, son sourire ou encore son humour. Tout ce que j’ai toujours aimé chez lui. Remarquer les récentes facettes de lui me fait comprendre qu’il a changé et que c’est peut-être à cause de moi.
- Si tu as besoin d’un confident ou d’une épaule, je suis là, Syna, m’affirme-t-il en accentuant la pression sur ma main et en caressant le dos de son pouce. J’espère que tu le sais.
- Tu sais bien que c’est impossible. Déjà tu ne devrais pas être là, je lui souffle un peu excédée.
Je dois être plus ferme !
- Écoute, on ne se remettra jamais ensemble. Même s’il n’y avait pas de menace. Je ne ressens pour toi que de l’amitié, je finis par lui dire.
Même si son regard triste me peine, je ne détourne pas le mien.
- Je vois. Tu es tombée amoureuse de Parker, c’est ça ? Lance-t-il dans un ton arrogant.
- Alors là pas du tout. Je ne ressens rien de ce genre pour lui. Juste…
- De l’intérêt, me coupe Matt. La façon dont tu le regardes avec tes yeux pétillants. Je reconnais ce regard, car c’est le même que tu m’as lancée avant de m’avouer tes sentiments. Ça ne marchera jamais, vous êtes trop différents, rajoute-t-il comme si je ne le savais pas déjà.
Il faut toujours qu’il arrive à mettre le doigt là où ça fait mal. Il a toujours eu un sens de la déduction affûtée, sûrement grâce aux nombreux romans policier qu’il a lus. Par contre me le balancer en pleine figure me serre le cœur tellement que j’ai envie de le contredire : d’abord, tu n’en sais rien. Et je crois que je suis la mieux placée pour le savoir. Alors ton petit conseil, tu peux te le garder.
C’est bien la première fois que je lui balance autant de rancune, mais il l’a bien cherché.
Un mouvement m’attire vers le stand de boisson et je vois Parker revenir vers nous. De ce fait, je retire ma main de celle de Matt. Rien que d’imaginer Parker se faire une mauvaise idée de ma relation avec mon ex me dérange au plus haut point. Il est temps de mettre un terme à tout ça.
- C’est la dernière fois que je viens courir ici. Et s’il te plaît reste loin de moi. Je ne veux pas que notre amitié s’arrête, alors fait ce que je te dis, s’il te plaît.
Matt entoure sa tête de ses mains, dépité et déçu par ma réaction, mais il ne recule pas. Au contraire, il recherche de nouveau ce contact, que je lui refuse en mettant mes mains loin de lui. Dans un dernier effort, il s’adresse à moi : Syna, lors de nos retrouvailles, je me suis dit que le destin nous donnait une seconde chance. Suis-je le seul à le penser ? Dis-moi pourquoi ?
- Parce que ça ne marchera pas. Je t’ai fait du mal, je réplique sans temps de réflexion.
- Je t’ai pardonné. Tu n’as plus à t’en faire pour ça.
- Moi, je me le pardonnerai jamais !
Je regarde du côté de Parker, qui reste en retrait sentant qu’il n’avait pas besoin d’intervenir. J’apprécie le fait qu’il respecte la promesse de ne pas s’occuper de mes affaires.
- Je vois. Tu es accro, me dit Matt, faisant revenir mon attention vers lui. Ce n’est pas que tu ne me pardonnes pas. C’est juste que je suis arrivé trop tard.
Je me mords l’intérieur de la bouche, car ce qu’il dit n’est pas forcément faux, même si je ne connais pas encore l’entièreté des sentiments que j’éprouve pour Parker. C’est peut-être juste un sentiment fugace et qui partira aussi vite qu’il est arrivé. Ou bien, c’est quelque chose de plus profond et qui s’installera lentement en moi. Quelle que soit la réponse, rien ne me satisfais. De plus, je n’ai pas le temps d’y penser. Si ça doit se faire et bien ça se fera, mais je ne vais pas provoquer cette chance. Pour l’instant, je dois me concentrer sur moi et mes problèmes.
- J’ai compris. Je te laisse tranquille, Syna. Je te souhaite bonne chance. De toute façon, je serai plus là l’année prochaine, déclare Matt me prenant au dépourvu.
- Tu t’en vas ? Je le questionne intriguée et surprise.
- J’ai été muté en Californie. J’aurais aimé t’emmener avec moi. Au revoir Syna, j’étais ravi de te revoir.
- Attends Matt. On reste en contact ?
- Désolé, je ne pourrais pas me satisfaire d’une amitié.
Après avoir fini de dire ce qu’il avait à dire, il s’éloigne encore plus de moi. J’aurais tellement aimé que ça ne se termine pas de cette façon entre nous. Je suis étonnée de ma propre naïveté, que de vouloir entretenir une relation amicale, alors qu’il ressent de l’amour romantique à mon égard. Alors pourquoi je ressens un frisson me parcourir l’échine, comme si c’était la dernière fois que je le voyais. Je cours vers lui, l’attrape le bras et le retourne pour le regarder dans les yeux, dont le regard abattu me fait mal à la poitrine.
- Matt, promets-moi que s’il t’arrive quelque chose, tu viendras me voir. Promets-le-moi ?
Je sais que j’exagère et que ça l’affectera davantage, mais je veux qu’il sache que je suis là pour lui, au cas où. En espérant qu’il n’aura jamais l’occasion de m’appeler et que c’est juste une mauvaise intuition. Il secoue son bras pour le récupérer et dans un souffle consente à m’appeler s’il a un problème, puis s’en va main dans les poches, regard baissé. Voilà, je blesse encore une personne qui m’est chère. Ma seule présence suffit à affecter mon entourage, que ce soit directement ou indirectement. La malédiction des Howard.
Jusqu’à ce qu’on arrive à l’agence Parker reste silencieux, ne me demandant pas comment je vais et évite d’être trop près, me laissant de l’espace pour faire mon deuil de cette amitié. Je lui suis reconnaissante, car je ne sais pas si j’ai la force de dire quoi que ce soit.
Après la douche, Parker m’attend en dehors des vestiaires, je le rejoins et remarque qu’il tient une cravate dans ses mains. Intriguée par ce revirement soudain, je lui pose cette simple question.
- Besoin d’aide pour votre nœud de cravate ? Je montre du menton le bout de tissu.
Je pensais juste lancer une petite plaisanterie pour signifier que j’avais retrouvé mon aplomb, après ma dispute avec Matt. Surtout qu’il doit savoir le faire par cœur, après les nombreuses années d’apprentissage.
- Je crois que j’ai oublié comment on fait, m’annonce-t-il en me tendant la cravate bleu nuit. Vous pouvez peut-être m’aider. En plus, je trouve vos nœuds parfaitement bien exécuté.
Abasourdie, j’acquiesce en m’avançant vers lui. Je m’attendais à ce qu’il me dise qu’il se jouait de moi ou qu’il voulait voir ma réaction, pourtant, il reste la tête droite durant tout le temps que dure l’opération. La curiosité de savoir pourquoi il a décidé d’en porter une aujourd’hui, alors qu’il avait même oublié jusqu’à leur existence, m’emporte.
- Est-ce par nostalgie ou bien parce que je vous ai confié que j’avais un faible pour les cravates, que vous en portez une aujourd’hui ?
Tout en parlant, je finis par replier son col sur la cravate, d’épousseter ses épaules, et même refermer sa veste prise dans mon élan. Je relève la tête fier de mon travail, et quand je remarque la surprise dans son regard, ne s’attendant pas à ce que j’aille aussi loin, je recule d’un pas.
- Désolée, j’avais l’habitude de faire ça avec Matt. Je sais pas ce qui m’a pris. Peut-être que le fait de juste le voir m’a fait ressurgir ses gestes, je me justifie avec hâte.
- Disons que je suis votre doudou et vous mon aide cravate, me dit-il en faisant un clin d’œil. Par contre, arrêtez de vous excuser pour ce genre de geste. C’est comme s’il y avait une barrière entre nous et ça me dérange.
Il essaye de me remonter le moral, sinon il ne dirait pas ce genre de choses. S’il savait comme ça me faisait plaisir, est-ce qu’il continuerait ou au contraire s’arrêterait ? Je n’ai pas envie de tenter le diable, alors je joue le jeu également.
- Bien à partir de maintenant, je m’occupe de vous, enfin de votre cravate. Et pour les excuses, je vais faire gaffe. C’est juste une habitude. Moi non plus, je n’aime pas l’idée qu’il y ait un fossé entre nous, je rajoute en décochant mon plus beau sourire.
- Pour vous aider, que diriez-vous d’instaurer un système de gage ? Clame Parker sérieusement. Du genre une excuse, une anecdote sur vous.
- À condition que vous participez. Il est hors de question que je me dévoile et que vous vous restez mystérieux, j’indique le ton léger, un peu suave et le toisant de haut en bas.
Je m’élance vers les escaliers, Parker sur les talons et brusquement, je me retourne. Positionnée sur une marche plus haute que lui, je réduis la distance en lui murmurant à l’oreille : même si avoir une part de mystère est excitant.
La réaction ne se fait pas attendre, ses pupilles se dilatent et il semble un peu déstabilisé de cet épanchement. Mais il reprend vite ses esprits et poursuit notre petit jeu de séduction. Je ne sais pas si lui le voit comme ça, mais de mon côté, je ne peux l’appeler autrement.
- Et bien je vais faire attention alors. Pour garder un peu de mystère.
Il me devance dans les escaliers et fait exactement ce que je viens de lui faire. Devant son regard en hauteur, je trouve qu’il a un air intimidant et je me demande si de son côté, il a ressenti cette intimidation quand je lui faisais face.
- Au fait, vous devez dire quatre anecdotes. J’ai été sympa, car normalement, il y en avait plus, me lance-t-il sans préambule et en montant les marches deux par deux.
- Quoi ? C’est rétroactif en plus. C’est pas du jeu, je crie en le poursuivant. Vous aussi, vous en devez deux alors. Enfin seulement deux ! Je le savais que je n’aurais pas dû accepter, je marmonne tout bas.
- J’attends, me presse Parker sur le palier entre le premier et le deuxième étage.
- Ok. Alors anecdote n°1 : j’ai appelé le chat qui squatte mon jardin, Gibbs, car son pelage, son air renfrogné et son côté solitaire, m’ont fait penser à lui. Personne n’est au courant, et je voudrais que ça le reste.
- Pas de problème. Ensuite ?
On dirait qu’il est impatient de découvrir mes petits secrets intimes, comme un gosse qui refuse d’attendre pour éteindre les bougies de son gâteau d’anniversaire, car sa mère n’arrive pas à prendre une belle photo. Donc, pendant notre montée dans les étages supérieurs, je lui sors les autres anecdotes. Rien de bien folichon, bien que deux sont assez honteuses et m’ont valu quelques ricanements de mes paires. La deuxième anecdote concerne ma malédiction avec les machines à café du temps où j’étais au FBI, à chaque fois que je les utilisais, elle tombait en panne. À tel point que le service comptabilité m’a demandé de prendre mon café dehors, car les frais en petit électroménager avaient bondi de 60 % en seulement six mois de services. Le troisième est plus délicat, car ça concerne Lewis et j’ai encore du mal à digérer ce qu’il a fait. Mais je lui avoue qu’une fois, au lieu de l’appeler Monsieur ou Lewis, j’ai sorti un « papa » en plein cours. Parker ne peut s’empêcher de trouver ça mignon ou drôle, mais je lui signale que les autres n’ont pas arrêté de m’embêter avec ça. Il commence à s’excuser, mais il s’arrête à temps et intérieurement, je le maudis. Enfin, je termine par une anecdote plutôt rigolote en y réfléchissant après coup.
- Enfin, je commence en rigolant, lors de mon premier interrogatoire au FBI, j’ai confondu un stylo et une sucette. Vous auriez vu la tête du suspect en mode : elle est sérieuse, imitant la voix d’un homme assez grave. Rien que d’y penser ça me fait rire, je dis en me retenant les côtes après avoir ri. À vous maintenant.
- Bien ce ne sera pas aussi drôle, car le panier est élevé. Il faudra m’expliquer comment vous arrivez à confondre un stylo et une sucette.
Il réfléchit un instant, puis sort le grand jeu : alors, j’ai une multitude de plantes dans mon appartement et j’aime bien observer les oiseaux.
Je suis pantoise devant les révélations. Rien de honteux, au contraire ça le rend encore plus attachant. C’est quoi ces loisirs mignons et adorables ! Par contre, je suis un peu déçue qu’après ce que je viens de lui dire, il se réfugie derrière quelque chose de simple. Et ça, je ne vais pas le rater.
- Hé, c’est de la triche. Il s’agit que de vos hobbies, c’est pas vraiment des anecdotes, je me plains en faisant la moue.
- Pourtant on peut apprendre beaucoup d’une personne en connaissant ces loisirs, me répond-il. Je n’ai pas triché. J’ai omis de préciser que ça concerne aussi n’importe quelle information, tant qu’elle est exacte.
- Mouais, j’ai quand même l’impression de m’être fait avoir, je constate toujours en boudant.
Puis me vient une arrière-pensée pour me venger, un peu folle, mais qui je suis sûre titillera son intérêt. Enfin, je l’espère, sinon je vais devoir m’enfouir dans un trou et y rester le restant de ma vie.
- Pour votre plaisir, et parce que vous avez dit que j’en devais plus, je vais vous dévoiler une petite info actuelle. J’inspire lentement et humidifie mes lèvres, avant de reprendre le ton assez coquin : je porte l’un des ensembles de lingerie que j’ai acheté la dernière fois.
Comme attendu, Parker est littéralement bouche bée devant cette révélation. Il ne sait pas où regarder et je vois ses yeux tourbillonner dans ses orbites. Je ressens une petite fierté et je me félicite de l’avoir décontenancé aussi facilement. Si parler lingerie féminine était son point faible, alors je n’hésiterais pas à l’utiliser, avec parcimonie, quand l’envie de le taquiner me prendra ou bien quand il l’aura mérité. Toujours estomaqué, son regard se pose de nouveau sur moi, avec un petit intérêt qui illumine ses pupilles noisette. Puis balance, enfin la question que j’attendais : lequel ?
- Devinez, je lui murmure espiègle et en m’éloignant à reculons le regard ancré dans le sien.
Ça ne devrait pas être trop dur à deviner. Ce jour-là, j’ai acheté trois ensembles : un vert émeraude avec des nœuds pour fermer le soutien-gorge et la culotte, un classique en dentelle blanche et un noir avec un soupçon de dorure, un peu transparent. Celui-ci m’a tout de suite tapé dans l’œil, car il s’accorde à merveille avec la nuisette qui a les mêmes tons. Même s’il tombe juste, je me ferais un malin plaisir à garder le secret.
Comme chaque jeudi, ma principale tâche importante, le matin, est de ramener le café pour l’équipe. Alors que j’arrive à l’étage de l’open space, je réalise que j’ai oublié d’en acheter. Avec les événements de ce matin : la dispute avec Matt et le petit jeu avec mon chef, ça m’était complètement sorti de la tête. Je préviens Parker et file à l’extérieur de l’immeuble. Étant dans une base marine, je peux me promener librement. Au vu de la sécurité, il faudrait être fou ou bien désespéré pour forcer l’entrée. En possession des cafés, je retrouve mes camarades au milieu en train de discuter et de savourer les viennoiseries que Parker ramène régulièrement.
- Voilà les cafés, j’annonce en me faufilant entre Jess et McGee.
- Enfin, dit Nick un peu grognon. On aurait dit que tu avais oublié.
- C’est le cas. Heureusement que je m’en suis rappelée à temps.
Je lui souris et prends le café de Parker pour lui donner : tenez Parker. Il me remercie et nos doigts se frôlent inconsciemment provoquant un léger frisson le long de mon bras.
- Hé, pourquoi Parker a droit à un traitement de faveur ? Se plaint Nick, même si son ton se veut amusé.
- Parce que c’est le chef, qu’il amène des viennoiseries tous les jours et pour le remercier de venir courir avec moi le matin, alors qu’il n’est pas obligé, je résume les raisons, bien que j’omis la plus importantes, le plaisir que je prends à sentir nos doigts se rencontrer.
- C’est moi ou tu apprécies de plus en plus de passer du temps avec Parker. Il y a eu un truc entre vous qu’on ignore, s’enquiert Nick.
- Peut-être, je rétorque sourire aux lèvres en lui lançant un clin d’œil.
À voir sa réaction, il pensait que j’allais réfuter, voir l’ignorer, mais j’ai décidé de changer, d’être une Syna plus authentique et fun. Après un petit moment de rigolade, je bois une gorgée de mon café et m’assois sur mon siège, qui se dérobe sous mes fesses. Le bruit résonne dans l’ensemble de la pièce, ainsi que le ricanement de mes collègues. Je reviens sur ce que j’ai dit, je veux bien rire à des blagues nulles ou des sous-entendus graveleux, mais dans ce genre là, je n’adhère pas du tout. Trop de mauvais souvenirs de mon adolescence reviennent me hanter, alors que je les avais enterrés profondément en moi.
- Fais chier, j’avais oublié que je travaillais avec des personnes immatures, je crache en me relevant.
Un nouveau juron sort de ma bouche en voyant que ma chemise était tâchée de café. Fort de mes expériences passées, je garde toujours une chemise dans l’armoire située derrière mon bureau. J’ouvre le tiroir et en sort la seule chemise plus fine et adaptée à l’été, mais n’ayant pas d’autres choix. Je remarque un débardeur un peu délavé, je le prends aussi, au moins il me tiendra un peu plus chaud que juste avec la chemise. Je déboutonne ma chemise, quand la voix de mes collègues masculins outrés se fait entendre.
- Tu vas te changer ici, me demandent-ils décontenancés.
- Oui, ça pose problème à quelqu’un ? Ceux qui veulent mater, matent. Ceux outrés, détournent le regard. Je n’ai rien à cacher, j’avoue sans honte.
Mon téléphone vibre m’annonçant un message, je boucle ma ceinture après avoir remis ma chemise dans mon pantalon et je sors le téléphone de ma poche arrière. En voyant le nom de Parker sur l’écran, je frôle la crise cardiaque et encore plus en lisant le message.
Parker
Le vert, je m’en doutais
Cette couleur vous va à ravir
Syna
Je vois que vous avez maté
Merci
Parker
Juste entraperçu
j’ai détourné le regard
par respect pour vous
Syna
Ça ne me dérange pas
Mais dites moi, ce n’est pas
des excuses dissimulées ?
Vous me devez une anecdote !
Alors que j’attendais une réponse de mon chef, un autre nom s’affiche sur l’écran. Un message alarmiste qui provoque chez moi une peur immense.
Kyv
Syna !! Tu as vu les infos
Il se passe quelque chose d’horrible
à l’hôpital de Tama !
Elle répond pas !!
J’ai peur !!
Mon sang ne fait qu’un tour dans mes veines, lorsque je reprends mes esprits. Une infinie de questions parasitent mon cerveau, mais pour l’heure, la seule chose que je peux faire, c’est découvrir ce qu’il se passe. Je prends la télécommande pour mettre sur une chaîne d’info qui en parle et augmente le son. Devant mon attitude sérieuse et peu fréquente, mes collègues m’interrogent sur mon état, mais je leur impose le silence. La présentatrice emblématique de CNN est justement en train de faire un point sur la situation.
- On se retrouve devant l’hôpital de Washington DC, où un homme armé a pénétré dans la bibliothèque de l’établissement. Il retiendrait environ une dizaine de personnes, deux personnels de l’hôpital, quatre patients, dont une enfant de six ans et sept visiteurs. La police et le FBI ont bouclé le périmètre et n’ont toujours pas réussi à entrer en contact avec le forcené. Les seules informations que l’on a, c’est qu'il est âgé d’une vingtaine d’années et qu’il se prénomme Delvon Neil. Pour l’instant, aucune revendication du preneur d’otages n’a été faite auprès des autorités. Nous reprendrons l’antenne quand on aura plus d’informations. À vous les studios.
Les images des policiers et fédéraux entourant et pointant leur arme vers l’établissement, ainsi que des snipers positionnés en hauteur, au cas où le preneur d’otage s’approche des portes ou fenêtres, tournent en boucle dans ma tête. Il suffit d’une étincelle pour que tout dérape et qu’un drame survient. J’ai fait assez de prise d’otages pour savoir le pourcentage que les otages y passent. Hors de question que je laisse la vie de Tamara entre les mains du FBI. Je pose la télécommande, que je tenais fermement dans les mains, les rendant blanches tellement, la pression était forte. Puis je prends mes affaires et me dirige vers la sortie.
- Où allez-vous comme ça ? M’arrête mon supérieur en me prenant le bras.
- Sur place. Ma meilleure amie est peut-être en danger. Elle ne répond pas à ses messages. Ce qui ne lui ressemble pas. S’il vous plaît, laissez-moi y aller, je le supplie en essayant de faire vibrer son côté généreux.
Je ne suis clairement pas en état pour pinailler sur les procédures et la juridiction. Si le crime ne concerne pas un membre de la Navy ou un membre de la famille d’un marine, le NCIS n’a pas le droit d’enquêter ou d’intervenir dans les affaires du FBI. Mais là, il s’agit de ma meilleure amie et je dois y aller. Si je dois donner mon insigne avant de partir, bien, je le donnerais, mais je sortirai d’ici, dans les cinq minutes qui suivent cette conversation. Je vois Parker se passer la main sur le visage. Excédé ? Dépité ? Non plutôt inquiet pour moi. Il comprend mon besoin vital de me rendre là-bas, mais il ne peut pas m’en donner l’ordre. Si seulement on pouvait relier un élément à la Navy, on pourrait avoir plus de liberté d’agir. Je réfléchis un moment, avant de me rendre compte que le nom de famille du forcené me rappelle quelque chose. Neil ? Où ai-je entendu ou vu ce nom avant aujourd’hui ? Je rebrousse chemin vers mon pc et lance une recherche dans nos serveurs pour suivre mon intuition. Un dossier en ressort, assigné aux dossiers des affaires classées sans suite. Je l’ouvre et lis le rapport qui a été rédigé par un membre de l’équipe b. D’après celui-ci, le jeune Delvon est venu demander au NCIS d’enquêter sur la disparition de son père. Il ne croit pas à la version de la Navy qui le considère comme un déserteur. Pour lui, son père était un soldat honorable et fier de se battre pour sa patrie. L’enquête a été classée sans suite, car il n’y a aucune preuve qu’il est disparu et son régiment maintient la version de la désertion. Le voilà notre lien, si j’en parle à Parker et au directeur, peut-être que je pourrais me rendre à l’hôpital.
- Vous avez trouvé quelque chose, me surprend Parker faisant tambouriner mon cœur dans ma cage thoracique.
- Oui ! Delvon Neil est le fils du commandant Douglas Neil. Il est venu ici, pour demander une enquête sur la disparition de son père. C’était pendant mon absence et l’affaire a été classée sans suite, je donne à l’équipe les informations obtenues.
- Comment tu connais cette affaire, alors que tu n’étais pas là ? Me questionne McGee. Même moi, je n’en ai aucune idée.
- C’est l’équipe b qui s’en est chargée. Et je te signale que j’ai bossé une semaine dans les archives. Mais je me suis souvenue du nom, car je rangeais la salle des archives sur mon temps libre.
- Qui range la salle des archives ? Ricane Nick.
- Moi quand je suis énervée. Faire le ménage ou ranger détend mes nerfs. Quoi ? Je demande à l’assemblée en les voyant faire les gros yeux. Ça vous étonne tant que ça que je fasse du ménage ?
- Bah, on pensait que tu étais plutôt adepte du défoulement contre un sac de frappe, plutôt que d’astiquer les meubles, renchérissent mes collègues.
J’hallucine. C’est comme ça qu’ils me voyaient pendant tout ce temps, une brute qui frappe tout ce qui bouge. Bon, ils n'ont pas tort, mais je préfère de loin le calme d’une salle d’archive que la salle de sport.
- Seulement quand j’ai envie de taper quelqu’un ou quand il n’y a rien à nettoyer, je réponds même si ça ne semble pas les rassurer sur mon côté violent. Bref, on peut y aller, Parker.
- Nous ? Et Où ?
- À l’hôpital. On a notre lien, on peut intervenir.
- Ça ne marche pas comme ça. Le FBI ne va pas être d’accord.
J’allais répliquer que je m’en fichais de l’accord du FBI, quand le directeur vient à notre rencontre. Après lui avoir expliqué la situation, il accepte que Parker et moi partions pour l’hôpital et qu’il allait prévenir le directeur du Bureau. Sourire aux lèvres, je prends les clés de voiture et les secoue devant Parker, qui les prend tout en expirant.
Pour une fin de matinée, le temps est grisonnant, comme si le soleil était sur le point de se coucher, un vent venant de l’est refroidissait l’air à faire chuter les températures, nous informant que l’automne était bien installé. Un temps idéal pour rester cloîtrer à la maison, avec une bonne boisson chaude, plutôt qu’enfermer dans une auto en plein milieu d’un embouteillage. À cette heure-ci, la circulation est souvent obstruée et ça doit faire au moins une dizaine de minute que la voiture progresse lentement, avançant d’un mètre toutes les minutes. La patience ne fait pas partie de mes qualités et rester assise sans bouger pèse sur mon moral, surtout dans une situation où je voudrais que tout aille vite. En plus, je n’améliore aucunement mon état en regardant toutes les cinq minutes mon téléphone pour suivre l’avancement de la situation. Après un énième soufflement, Parker saisit mon smartphone et le met dans la poche de sa veste.
Interloquée je le regarde avec les yeux écarquillés : vraiment ? Comment je fais pour suivre les nouvelles ? Déjà que vous avez débranché la radio, maintenant mon téléphone. Ça sera quoi après ? Vous allez coudre ma bouche ?
- Si vous continuez à insulter tout ce qui bouge, ça pourra arriver, m’intimide-t-il et voyant mon air outré, il poursuit : vous commencez à devenir irritable et je ne veux pas passer le reste du trajet avec une personne qui ne sait pas se tenir. Je comprends que vous vouliez savoir ce qu’il se passe, mais ça ne nous fera pas avancer plus vite. Alors respirez un bon coup et détendez-vous, ok.
- Ben voyons ! Désolée de m’inquiéter pour mon amie et de ne pas avoir des nerfs d’acier, contrairement à vous. Je déteste attendre et de rien faire. J’ai besoin de m’occuper l’esprit.
- Déjà, je m’inquiète également pour votre amie et j’ai plus d’années pour gérer émotionnellement ce genre de situation. Je ne dis pas que vous ne savez pas faire face à ce genre de situation, mais que j’ai plus d’années derrière moi, se justifie-t-il avant que je ne réplique une tirade cinglante. Ensuite, vous me devez une anecdote, vous vous êtes excusée. Et enfin, on pourrait discuter pour passer le temps.
- D’accord, je reconnais que je n’ai pas encore l’expérience pour prendre du recul. Il faut dire que je n’ai pas encore atteint l’âge de raison, donc je peux me permettre d’être déraisonnable de temps en temps, je l’enquiquine un peu. Pour l’anecdote pas avant la vôtre et je veux une vraie cette fois-ci. Et vous voulez parler de quoi ?
- Par exemple, comment vous vous êtes rencontrées ? M’interroge Parker croisant les bras sur le volant pour étirer son dos. À vous entendre, elle est très importante pour vous.
- Elle l’est, j’affirme en caressant une photo de nous deux. On s’est rencontrée au lycée, elle est devenue ma première amie. Regardez, c’est nous à l’époque, je lui tends la photo, mais avant qu’il ne la saisisse, je m’empresse d’ajouter : ne rigolez pas.
Il acquiesce et regarde attentivement le cliché datant de la remise des diplômes du lycée. On est dans les bras de l’une de l’autre, affichant un énorme sourire et tenant dans nos mains le diplôme. J’ai un peu peur de sa réaction, car on ne me reconnaît pas vraiment. J’étais un peu ronde et j’en avais honte à l’époque, à cause des remarques des autres élèves. Bon mon côté renfermé et sombre était peut-être aussi lié à ça.
- Vous êtes toutes les deux adorables, me dit Parker en me rendant la photo. Vous n’avez pas beaucoup changé.
- Pardon ? Bien sûr que j’ai changé, vous êtes aveugle, j’éructe outré. J’ai perdu du poids, je suis plus grande et…
- Attendez, je me suis mal exprimé, me coupe Parker en passant une main dans ses cheveux. Évidemment que vous avez changé physiquement, tout le monde change. Je parlais de l’atmosphère que dégage la photo. On vous reconnaît grâce à vos yeux et votre sourire, eux n’ont pas changé. C’est ce que je voulais dire.
- Oh, je comprends mieux. Merci.
Je fixe mon regard sur le visage de Tamara et me remémore notre première rencontre. Je m’en souviens comme si c’était hier. La meilleure journée de toute ma vie.
Des années auparavant
J’ai toujours été au lycée à reculons, la boule au ventre et les voies respiratoires bloquées par l’anxiété qui rampait en moi à chaque fois que je grimpais les marches, me rapprochant de l’entrée de l’établissement. La rumeur du jour disait qu’une nouvelle élève était transféré dans notre classe. Je me rappelle encore l’euphorie de mes autres camarades en apprenant la nouvelle, entre les filles qui espéraient qu’elle ne leur fasse pas de l’ombre et les mecs qui eux espéraient qu’elle soit canon. Moi ça ne m’intéressait pas vraiment, de toute façon, je n’étais pas assez intéressante pour qu’elle vienne me parler. Même si au fond de moi, j’avais l’espoir que ça serait différent. Si mon père entendait cette pensée, il me sortirait sa citation fétiche « L’espoir est le pire des maux, car il prolonge les tourments de l’être humain » de Friedrich Nietzsche. Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à espérer un peu de bien dans sa vie. Sinon il n’y aurait pas un proverbe sur ça.
Comme à mon habitude, je me cachais à la bibliothèque avant le début des cours. Les livres et le silence m’ont toujours été de meilleur compagnie que les personnes de mon âge, méchants et immatures. Mais pas ce jour-là.
- Je peux ? S’adresse à moi une voix douce, avec un léger accent du sud.
Surprise qu’une personne m’interpelle, je lève les yeux de mon bouquin et devant moi se tient une jeune fille noire à la coupe afro, avec un magnifique bandana bleu à motif de fleurs jaune. Elle a une peau parfaite, brillante et un léger maquillage qui accentue ses yeux d’un noir intense. Mais ce qui me frappe le plus, c’est la largesse de son sourire. Je ne savais pas que des lèvres pouvaient s’allonger aussi finement jusqu’à recouvrir l’entièreté du visage, sans paraître bizarre. Elle me regarde et me réitère sa question au cas où je n’aurais pas entendu la première fois. Je reprends mes esprits et retire mon sac pour qu’elle puisse s’installer. Pourtant à cette heure, la biblio n’est pas surchargée, alors je me demande pourquoi elle est venu vers moi. Son visage ne me dit rien et je suppose que c’est la nouvelle qui devait arriver aujourd’hui. J’entends déjà les gars s’excitaient, car elle est très belle et l’autre moitié la jalouser. Je n'aimerais pas être à sa place. Débarquer dans un nouveau lycée et être le centre de l’attention, très peu pour moi. Remarquant ses mains tremblantes, j’ose un nouveau regard vers elle et remarque son teint devenir livide au fur et à mesure qu’elle observe sa montre.
- Tout va bien ? Je demande en remarquant son état.
- Oui. J’ai juste le tract. C’est mon premier jour ici.
- Je suis sûre que ça va aller, je la rassure, même si je suis un peu stressée de parler à quelqu’un d’autre qu’à moi-même. C’est plutôt sympa ici, à condition de remplir les bonnes critères.
- C’est à dire, réplique-t-elle plus tendue que jamais.
- Désolée, je ne voulais pas te stresser encore plus, je m’empresse de la rassurer. Mais je pense que ça ira, tu as l’air d’une fille sympa.
- Oh merci. Au fait, tu t’appelles comment ?
- Syna Howard. Et toi ?
- Tamara Mugabi. Je viens d’Atlanta. Tu y es déjà allée ?
- Non, je ne suis jamais sortie de DC. Mais j’ai déjà vu des images, ça a l’air chouette et jolie.
Je ne sais pas si parler de sa ville natale lui fait du bien, mais elle reprend des couleurs à chaque fois qu’elle me parle des lieux emblématiques à visiter, de ses amis qui lui manquent déjà et du reste de sa famille, principalement sa grand-mère avec qui elle entretient une relation fusionnelle. Une pointe de jalousie creuse mon estomac en l’entendant parler de ses activités avec son aînée. N’ayant jamais connu mes grands-parents, j’ai toujours été envieuse des personnes qui avaient la chance de connaître l’histoire de leur famille. Mes parents ne sont pas du genre à s’épancher sur leur passé et j’ai arrêté de les questionner, au vu des réponses vagues qui m’abreuvaient et ne me convenaient plus. Maintenant, que j’ai pris de l’âge, je me suis rendu compte, qu’il y avait sûrement des raisons difficiles ou dures pour ne pas aborder le sujet.
La sonnerie retentit dans le couloir annonçant le début des cours, je range mes affaires et j’invite la jeune fille à me suivre. Ensemble, on se dirige vers notre classe et je ne peux m’empêcher de trouver sa grisant, car c’est la première fois que j’entre accompagner et je ressens un sentiment de bien-être. Qui est vite balayé par les remarques et rigolades de mes camarades, me faisant baisser les yeux. J’espère juste que Tamara n’a pas assistée à ça. À peine installé à mon bureau, le professeur introduit la nouvelle. Sans surprise certaines filles pestent et les mecs sifflent et font des gestes obscènes entre eux, à l’insu du professeur. Après s’être présentée, l’enseignant n’a pas le temps de lui dire où s’asseoir, qu’elle se dirige vers moi et me montre du doigt la place libre. D’abord gênée, j’acquiesce et elle s’installe à côté de moi et ce devant la classe entière qui semble avoir perdu tout intérêt pour elle.
- Tu devrais pas me parler, je déglutis pendant la leçon, surtout si tu veux te faire des amis.
- Pas la peine, j’en ai déjà une, me répond-elle avec un sourire et un clin d’œil. Et puis tu sembles plus sympa que les autres personnes de la classe. D’après ce que j’ai vu quand tu es entrée.
- Je ne veux pas qu’à cause de moi, tu deviens une cible.
- Ça, c’est mon problème, pas le tien. Et j’ai envie de parler à la personne qui a essayé de me rassurer, même si c’était maladroit. Plutôt qu’à des personnes immatures et qui se croient au-dessus des autres.
Ces simples mots m’ont sauvé de ma solitude et je ne sais pas si elle s’en est rendu compte ce jour-là. Mais depuis ce moment, on ne s’est plus quitté. Elle a ensoleillé mes deux dernières années de lycée, me faisant prendre conscience de qui j’étais vraiment et de me rebeller contre l’éducation stricte que mon père me faisait subir depuis trop longtemps. Grâce à elle, ou à cause d’elle, en fonction du point de vue, j’ai pu faire ma crise d’ado, certes bien après tout le monde, mais ça m’a fait beaucoup de bien. Ne pas respecter le couvre-feu, tenir tête à mon père, et même faire le mur pour aller en soirée avec Tamara. Elle est à l’origine de plusieurs première fois, comme mon premier baiser. C’est comme ça que j’ai appris qu’elle aimait les filles et après ce bisou timide et désastreux, on a décidé de rester amie. L’explication la plus simple était qu’on n'avait rien ressenti quand nos lèvres se sont jointes. Mais Tamara m’a avoué plus tard, de peur que je le prenne mal, que je n’étais pas son genre de fille. J’ai tout de suite balayé son inquiétude en lui disant que je préférais les garçons, même s’ils ne le méritaient pas. On a eu un énorme fou rire et il nous arrive encore d’en rire.
De nos jours
Toujours dans mes souvenirs, lorsque je ressens une présence douce me prendre la main. Je réponds favorablement à cette pression agréable et réconfortante, sans vraiment m’en rendre compte. Tout comme les larmes qui s’échappent de mes yeux. Je les essuie avec ma main libre et j’observe l’environnement autour de moi. La circulation est redevenue fluide et d’après mes connaissances de la ville, il nous reste une dizaine de minutes avant d’arriver à l’hôpital. Confirmer par mon compagnon de route.
- On arrive bientôt, m’informe-t-il. Vous tenez le coup ?
- Oui. J’étais juste dans mes pensées, mais ça va. Merci d’être là et pour ça, je lui signale en lui montrant nos mains entrelacées. Ça m’a fait beaucoup de bien, de ne pas me sentir seule.
- Vous n’avez pas à me remercier, je n’ai pas fait grand-chose. Je peux vous poser une question ? Me demande-t-il me prenant au dépourvu. J’acquiesce et il reprend : pourquoi m’avoir désigné ? Je suis sûr que les autres auraient été tout aussi bienveillants à votre égard.
D’abord, cette question est un électrochoc dans tout mon corps ne m’attendant pas du tout à ça. Prise au dépourvu, je reste pantoise en faisant mine de réfléchir. Bien sûr que mes collègues auraient été de bons soutiens, comme ils l’ont été à l’époque. Mais je ne veux plus qu’ils me voient comme ça, faible. Je préfère me montrer forte et comme avant, même si je dois taire mes sentiments devant eux. Avec Parker, c’est différent. Je n’ai pas besoin de me cacher, car il ne connaît pas la Syna d’avant. J’ai envie qu’il me voit entière. Ensuite, il y a aussi une raison plus personnelle et intime.
- Parce que j’aime bien passer du temps avec vous, je murmure discrètement et dans un ton inaudible.
- Pardon, je n’ai pas entendu ? M’interpelle mon supérieur.
- J’ai dit : parce qu’on s’est promis de se surveiller l’un l’autre. Mais apparemment vous l’avez oublié, je souffle pour montrer ma déception.
- Je n’ai pas oublié. Mais après les récents événements, je pensais que vous voudriez prendre du recul.
- Et bien vous pensez mal, je réplique en levant les yeux au ciel. Puis le voyant se raidir, je reprends mon sérieux : je plaisante. La vrai raison est que vous me devez une anecdote.
- Vous n’en démordez pas, à ce que je vois, dit-il détendu. Bien la voici : j’ai été envoyé en centre de détention pour mineur, pour vol de voitures entre autres choses.
- Je ne m’attendais pas à ça, je dis interloquée et sans savoir quoi dire.
- Déçu ?
- Non je dirais pas ça. Juste surprise que mon chef soit un délinquant.
- Était. En tout cas cette expérience m’a changé et depuis je me tiens à carreaux.
- Je vois ça, je lui souris. Bon c’est mon tour. Moins palpitant, quoique ? Vu qu’on est à l’adolescence, j’ai eu mon premier baiser à l’âge de 18 ans. Et c’était Tamara, je lui avoue en rigolant.
Lui non plus ne s’attendait pas à ce genre de révélation, mais je ne ressens aucune gêne, ni rejet. Franchement, je ne sais pas pourquoi j’ai sorti cette anecdote. Peut-être parce que j’ai repensé à ce baiser ou bien parce que depuis tout à l’heure, je n’arrive pas à décrocher mes yeux de ses lèvres fines et attractives. Alors que des pensées indécentes s’insinuent dans mon cerveau, la voix de Parker me fait revenir à notre conversation. Honteuse, je retourne contempler le paysage qui défile devant moi.
- C’était bien ? M’incite-t-il à m’épancher sur le sujet.
- Désastreux. Enfin ce n’était pas mauvais, mais on a vite compris qu’il n’y avait que de l’amitié entre nous.
Parker rompt le contact en reprenant sa main, pour diminuer la vitesse de conduite, au vu du barrage de police qui contrôle la circulation autour de l’hôpital. La fin de cette proximité lance un froid en moi, ainsi que de la solitude. On s’identifie et le policier nous laisse passer. Dès l’arrêt du véhicule, je suis prête à bondir, sauf que Parker me retient par le bras.
- Attendez. Avant de descendre, je voudrais faire un point avec vous sur l’entente avec le FBI. Il réfléchit un instant à ce qu’il va dire par la suite, prenant des précautions pour ne pas me froisser. Même si le directeur de l’agence a bien voulu notre présence sur les lieux, ce n’est forcément pas le cas des agents sur place. Depuis l’arrestation de Lewis, votre popularité a encore chuté. Alors prenez sur vous.
- Pardon, je proteste en claquant la porte. Je n’ai fait que mon travail. Je n’ai rien à me reprocher. S’ils ont un problème ça les regarde.
- Je suis d’accord avec vous, mais pour l’entente de nos deux agences, il vaut mieux faire profil bas.
- Que moi je fasse profil bas !! Je crie hors de moi. Mais j’en ai rien à foutre de cette agence et de ce qu’il pense. Et je vous l’ai déjà dit : mêlez-vous de vos affaires. Ma relation avec le FBI ne vous concerne pas.
- Sauf si ça perturbe nos relations avec eux. Il souffle un moment avant de reprendre : écoutez, je n’apprécie pas votre père, mais tout le monde n’est pas comme lui. Il y a des personnes sympas aussi.
- Vous savez quoi, pour le bien de notre entente, la conversation s’arrête là. Je ne comprendrais jamais pourquoi vous prenez leur défense alors qu’ils vous ont viré comme un mal propre.
Je sors du véhicule pour montrer la fin de la discussion et avant de passer le cordon de sécurité, je lui fais face et lui souris : je ne vous promets rien, mais je vais essayer d’être sage, je le rassure de manière infantile, vu qu’il a encore pris son côté paternaliste, le faisant lever les yeux au ciel.
Je me faufile dans la masse de personnes qui s’est entassée tout autour des lieux, comme une petite sourie entre les herbes folles. Beaucoup de visages tristes et effrayés de famille venue prendre des nouvelles de leur proche, mais aussi certains intrigués ou inquiets voulant suivre les événements au plus près. Au loin, entouré de barrières et de cordons, se trouve le poste de commandement où la police et le bureau sont en pleine discussion. Je m’approche lentement vers la table recouverte du plan de l’hôpital et d’autres papiers, tout en cherchant l’agent du FBI chargé de l’affaire, pour me préparer à enfermer mes émotions en fonction de la personne. Parker, lui, est en pleine discussion avec un agent du FBI assez âgé et que je ne connais pas, sûrement un ancien collègue à lui. Ne voulant pas les déranger, je poursuis ma route sans lui.
- Syna ! M’appelle une voix chaleureuse que je connais trop bien.
Je me dirige vers la voix et découvre l’agente Connor toute sourire et enchantée de me voir. Je suis soulagée que ce soit elle qui dirige l’enquête et pas l’arrogant Sullivan, bien que son absence me surprend, ce genre d’affaire fait toujours beau dans notre carrière.
- Rebecca, je m’avance vers elle lui rendant son sourire et l’enlaçant tendrement. Je suis contente que tu gères cette enquête et pas… Je suspends ma phrase et lance des regards suspicieux derrière les épaules de mon amie, au cas où il sortirait de derrière les véhicules.
- T’inquiètes, Sullivan n’est pas là, me rassure l’agente. Il a une mission plus importante.
- Plus qu’une prise d’otage ?
- S’occuper de son fils malade.
Je frissonne de dégoût, mais je ne sais pas si c’est parce qu’il a un fils, donc accessoirement une femme qui a voulu de lui, ou bien parce qu’il est du genre papa poule.
- Pauvre gamin, je le plains d’avoir un père comme lui, j’expire de dépit avant de reprendre : tu peux me faire un topo de la situation, car mon supérieur m’a confisqué mon portable, tu te rends compte ! Lancé-je en revenant au sujet principal.
- Je suis presque sûr que tu l’as cherché, me gourmande-t-elle en zyeutant vers mon chef. Tu savais que Parker était populaire auprès des agentes. Elles ont été déçues en apprenant son licenciement. Mais bon vu qu’il est inaccessible, elles sont vite passées à autre chose.
- Comment ça inaccessible, je m’empresse de lui demander oubliant l’urgence de la situation et aussi intriguée par cette révélation. Il me semble qu’il n’est pas marié.
- Oh, je ne crois pas qu’une alliance les aurait arrêtées. Mais une rumeur circulait comme quoi, après son mariage avec une collègue et qui s’est terminé rapidement et pas très bien. Même si je ne connais pas les détails. Et bien, il refuse catégoriquement de sortir de nouveau avec des personnes avec qui il travaille, m’annonce-t-elle tout bas.
Un gouffre énorme s’ouvre en moi se remplissant de déception en apprenant la nouvelle. Notre entente depuis quelque temps est au beau fixe, même s’il y a des petits accrochages comme tout à l’heure, mais ça s’est globalement améliorée. Et il y a également ces petits gestes, certes anodins, et ces discussions, qui nous ont rapprochés. Peut-être par naïveté, je croyais qu’il ressentait une petite attirance ou au moins de l’intérêt envers moi. Mais maintenant, je me demande si ce n’était pas que de la gentillesse et puis, il y a cette femme mystérieuse aussi. Je me mords la joue, en le regardant sourire à la personne avec qui il discute depuis tout à l’heure, déçue de n’être qu’une simple collègue pour lui. Mais je suis ravie d’apprendre ça maintenant, alors que mes sentiments sont encore flous. Comme ça, je pourrais rapidement passer à autre chose. Il n’y a rien de plus frustrant qu’un amour à sens unique, à présent, je comprends ce que doit ressentir Matt.
- Bon, fini les ragots. L’affaire ? Je ramène enfin la conversation à son but initial.
- Ok. Alors, le suspect est entré vers 9h et a pris en otage la bibliothèque aux alentours de 9h10.
Elle m’explique la situation avec l’aide du plan.
- Toutes les issues à l’intérieur sont fermées, sauf celles conduisant à l’extérieur, ici et ici. Il évite les fenêtres comme la peste et retient les otages dans cette partie de la pièce. L’hôpital nous a donné une liste des patients et du personnel manquant. Pour les visiteurs, c’est plus compliqué.
Elle me tend la liste et je parcours du regard si le nom de mon amie est sur la liste. Ma respiration se bloque en voyant écrit en gras Tamara Mugabi et tout mon alentour devient noir. Je n’entends plus la voix de Rebecca qui continue à me résumer la situation.
- Syna tu m’écoutes ? Hé Syna, crie-t-elle en me secouant l’épaule. Tout va bien ?
- Oui, tu disais ? Au vu de son expression, elle ne reprendra pas tant que je ne lui dis pas ce qu’il vient de m’arriver. Je prends une longue respiration : je connais une des otages. C’est une amie à moi.
- Maintenant je comprends pourquoi tu es là. Bref, je disais qu’on a établi le contact, mais pour l’instant il reste silencieux. Il nous a toujours pas dit ses revendications, mais aucun otage n’est blessé.
Un sentiment de soulagement s’échappe de mes poumons en entendant qu’il n’y a aucun blessé. Pour l’instant, Tam est sauf, mais pour combien de temps encore ? Mais quand est-il de son état mental ? La connaissance, elle doit prendre sur elle pour rassurer les autres otages. Par contre son côté tête brûlé me fait peur, elle n’hésite pas à se mettre au-devant du danger, si c’est pour protéger les autres. J’espère juste qu’elle ne va pas énerver le malfrat.
- Mais laissez-moi passer. Ma femme est dans cet hôpital. J’ai une amie au NCIS, vous allez le regretter.
Un brouhaha attire l’attention des agents autour de moi, accentuant la tension dans laquelle ils sont déjà. Je me retourne pour voir ce qu’il se passe et intervenir au cas où ça déraperait et aussi parce que j’ai un mauvais pressentiment. Qui s’avère exacte en voyant une femme rousse énervée le doigt pointé sur le pauvre sergent de police, qui doit s’en prendre plein les oreilles. Évidemment, il s’agit de Kyveli et je me sens bête de l’avoir oublié. C’était sûr qu’elle allait débouler vu comment elle est ultra protectrice envers Tam. La situation commence à dégénérer quand le policier attrape le bras de ma copine, énervant encore plus celle-ci. Si je veux lui éviter la prison pour la nuit, il vaut mieux que j’intervienne rapidement. Je m’élance vers elle, en dépassant Parker, qui fait enfin son retour, à croire qu’il s’est rappelé qu’il avait un métier. Je ne lui laisse même pas le temps de finir sa phrase qui commence par « ce n’est pas votre... »
Kyveli me repère et hurle mon prénom faisant tourner les têtes des policiers et agents du FBI vers moi. Merci Kyv, moi qui voulais rester discrète, c’est raté. Même le policier se cache les oreilles devant la force de son cri.
- C’est bon sergent. Je vous libère, je lui dis en comprenant son soulagement en me voyant arriver. Je me retourne vers Kyveli pour la gronder un peu : ça ne va pas de faire une scène comme ça. Je comprends que tu sois inquiète, mais évite de hurler à la mort. Les agents sont déjà stressés. Ils n'ont pas besoin d’une folle qui se ramène et leur fait peur.
- Tu répondais pas à mes messages, alors je suis venue par moi-même. Tu as des infos, car la journaliste ne donne pas les noms. J’ai peur Syna, me sort-elle les larmes aux yeux.
Merde, avec Parker qui a mon téléphone, je n’ai pas eu ses messages. C’est clairement de sa faute, il va falloir que je le récupère. J’expire pour me donner du courage et lui avouer ce que j’ai appris.
- Désolée, Parker a mon téléphone, je n’ai pas vu tes messages. C’est une longue histoire, je te la raconterai plus tard, je lui promets en voyant son regard incrédule. Je déglutis avant de reprendre : écoute, le nom de Tam est sur la liste des otages. Pour l’instant, elle va bien, j’ajoute en vitesse devant son visage devenir blême.
- Je m’en doutais, c’est pour ça qu’elle répond pas à mes appels et messages. Tu as pu lui parler ?
- Non, pas encore. Mais je suis sûre que ça va. Tu la connais, elle doit faire la misère au gars, je lui souris pour qu’elle se détend, ce qui semble marcher.
- J’espère qu’il regrette d’avoir ciblé l’hôpital où elle travaille, me sourit Kyveli à son tour, avant de reprendre un air triste et sérieux. S’il lui arrive quelque chose, je sais pas ce que je vais devenir.
Voir mon amie craquer sous mes yeux, me fait haïr la personne qui lui fait subir ça. C’est la première fois que je la vois pleurer, elle qui a le sourire facilement aux lèvres et qui passe son temps à m’embêter, la voir si faible et démunie, me déchire le cœur. J’essuie ses larmes et prends son visage entre mes mains, pour l’amener à ma hauteur d’yeux et essaie de la rassurer avec une voix douce et rassurante : je vais tout faire pour la sortir de là. Tu me fais confiance ? Elle acquiesce et je lui embrasse le front tout en la prenant dans mes bras. Je dois y aller. Tu restes là, compris. Je vais vite te la ramener, ok.
Après un énième câlin, je retourne vers le poste de commandement, où le capitaine est justement en train de discuter avec le suspect. J’espère que la situation va s’améliorer, je ne veux pas avoir fait une promesse à mon amie et ne pas l’honorer. À peine ai-je rejoint les autres, que le capitaine s’adresse à moi : vous êtes Syna Howard ? J’acquiesce et il poursuit : le suspect veut vous parler, me dit-il en me tendant le téléphone.
Parker et moi avons plein de questions qui turbinent dans notre tête. Comment est-il au courant que je suis là ? Comment connaît-il mon nom ? Et surtout pourquoi veut-il me parler ? Mais devant l’urgence de la situation, nous n'avons pas le temps de perdre du temps.
- Syna Howard. Je vous écoute ?
Sa voix est grave, ferme et aucunement affolée, alors que se retrouver encerclé par des snipers devrait le rendre nerveux. Je ne ressens aucune animosité envers moi, au contraire plus de la sympathie. Comme s’il voulait quelque chose de ma part. Et je n’aime pas ça, j’ai l’impression d’être prise au piège.
- Si vous voulez que je libère les otages, alors faites ce que je vous dis.
- Que voulez-vous ? Est-ce en rapport avec la disparition de votre père ? Je balance pour le déstabiliser un peu.
- On dirait que vous avez fait votre boulot avant de venir ici, me répond-il toujours calme. Oui c’est par rapport à mon père. Rouvrez l’enquête, si vous voulez que rien arrive aux otages.
Bon, la déstabilisation n’a eu aucun effet. Je me pince les lèvres, cherchant comment l’amener à libérer les otages. Rouvrir une enquête ne se fait pas en claquant des doigts et ça peut prendre du temps. Mais je ne pense pas qu’il tiendra jusque-là.
- Je ne peux pas décider de l’ouverture d’une investigation, surtout quand elle a déjà été fermé.
Je l’entends souffler, se plaindre et crier sur un otage qui a essayé de partir pendant qu’il était occupé à me parler. La situation peut dégénérer à toute vitesse. Réfléchit Syna, il doit bien y avoir une solution ! Pendant ce temps, Parker m’avertit qu’il contacte Vance pour faire avancer les choses plus rapidement. Sentant que ça prendra du temps, je continue de faire fonctionner ma cervelle, quand une idée germe dans mon esprit.
- Mon supérieur est en train de prévenir le directeur du NCIS pour rouvrir l’enquête. Mais en échange de votre bonne foi, je voudrais que vous relâchiez les otages. Aucun mal ne vous sera fait, je peux vous le promettre.
- Non, dès la moindre occasion, le raid et les snipers ne vont pas me louper. Le temps presse, Syna.
Encore raté. Une autre idée avait germé également, mais elle est trop risquée et je ne sais pas si Parker acceptera. Mais je tente le tout pour le tout, pour sortir mon amie de là.
- J’ai une proposition à vous faire. En échange des otages, prenez-moi à leur place. Les négociations iront plus vite.
Il réfléchit à voix haute, pesant le pour et le contre, alors pour l’inciter à accepter, j’enfonce une porte ouverte : j’ai lu le rapport sur la disparition de votre père. J’aimerais entendre votre témoignage de vive voix, en face-à-face.
Après un moment, il accepte, mais à une condition que je vienne désarmer. J’accepte et je lui promets de le rappeler, pour mettre au point l’échange d’otages. Quand je donne le téléphone au capitaine, les yeux de Parker lance des éclairs et je sens que ça va être difficile de le faire céder.