Une pluie froide et drue s’abattait sur les gratte-ciels de Konoha, lessivant le goudron des ruelles sombres sans jamais parvenir à effacer la corruption qui y régnait. Au fond d’un quartier industriel abandonné, les gyrophares bleus et rouges des voitures de police déchiraient la pénombre.
À l’intérieur de l’entrepôt, l’odeur métallique du sang se mêlait à celle de la poussière humide. Les inspecteurs demeuraient figés devant la scène. Ce n’étaient pas les corps étendus au sol qui troublaient les plus jeunes recrues — la guerre des clans faisait déjà trop de victimes cette année.
C’était le mur.
Gravé à même le béton, à coups de couteau, un symbole dominait la pièce. L’éventail bicolore des Uchiha. Les entailles, encore fraîches, étaient maculées de sang.
Un silence pesant s’abattit sur l’entrepôt.
Depuis cinq ans, une même rumeur circulait dans les bas-fonds comme dans les bureaux des autorités : Sasuke Uchiha était mort. Ou, du moins, exilé bien assez loin pour ne jamais revenir.
En quelques heures seulement, les fréquences radio de la police saturèrent. Les téléphones des chefs de clan se mirent à sonner les uns après les autres. Des quartiers pauvres jusqu’aux salons feutrés des dirigeants de Konoha, un même murmure se répandit.
« Il est revenu. »
À l’autre bout de la ville, le silence du domaine des Hyûga fut rompu par la sonnerie sèche d’un téléphone sécurisé.
Dans son bureau plongé dans la pénombre, Hiashi Hyûga décrocha sans un mot. Il écouta son interlocuteur, le visage impassible. Seuls ses doigts, immobiles sur l’accoudoir de son fauteuil, trahissaient la tension qui gagnait lentement la pièce.
Lorsque la communication prit fin, il raccrocha avec lenteur.
Son regard glissa un instant vers un ancien portrait de famille accroché au mur.
Puis il détourna les yeux.
Après une longue inspiration, il prononça d’une voix parfaitement calme :
— Prépare Hinata.
La servante, figée derrière la porte entrouverte, sentit un frisson lui parcourir l’échine avant de s’incliner en silence.
Au même instant, une berline noire fendait la pluie avant de s’immobiliser sur les hauteurs de la métropole.
Le moteur s’éteignit.
Le silence reprit aussitôt ses droits.
La portière arrière s’ouvrit lentement.
Une paire de chaussures en cuir effleura l’asphalte détrempé.
Une main pâle repoussa le pan d’un long manteau sombre.
Enfin, un regard se leva vers les lumières de Konoha.
Immobile sous la pluie, Sasuke Uchiha contemplait la ville comme s’il retrouvait un vieux champ de bataille.
Son expression ne trahissait rien.
Ni nostalgie.
Ni colère.
Seulement un calme presque dérangeant.
Après un long silence, il souffla d’une voix basse :
— Ils vivent encore comme s’ils étaient en sécurité.
Un léger sourire effleura ses lèvres.
Puis il reprit sa marche.
La chasse pouvait commencer.