Naruto : Le Trône d'Ombre

Chapitre 5 : Le Visage et l'Ombre

Par fanficfranime

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Trois ans ont passé. Le monde ninja changeait. Les frontières tremblaient. Des ombres anciennes se réveillaient. L'Akatsuki ne chassait plus en secret. Ils marchaient au grand jour. Manteaux noirs à nuages rouges. Regards froids. Objectif clair. Les Bijuu. Et Konoha était sur leur route.


Sasuke Uchiha avait grandi. Pas seulement en taille. En présence. Kakashi l'avait façonné avec une patience désespérée. Le Sharingan n'était plus une malédiction. C'était un outil. Précis. Calme. Analytique. Sasuke ne combattait plus avec la rage aveugle de l'enfance. Il combattait avec la froideur de celui qui a vu derrière le masque du monde. Son ninjutsu était propre. Économique. Dévastateur. Les missions de rang S s'enchaînaient. Les rapports s'empilaient sur le bureau du Hokage. Les civils murmuraient son nom avec respect. Les enfants portaient des répliques de son bandeau. Il était devenu le symbole. Le prodige revenu de l'ombre. Le héros visible.


Mais les héros visibles ne voient pas tout. Ils ne voient pas les fondations qui saignent sous leurs pieds.


Quand une cellule Akatsuki s'infiltrait dans le pays du Feu... Sasuke était envoyé en première ligne. Il affrontait leurs techniques. Il lisait leurs mouvements. Il protégeait les villages frontaliers. Les foules l'acclamaient à son retour. Les journalistes ninja publiaient ses exploits. Tsunade hochait la tête avec une fierté teintée d'inquiétude. Tout semblait fonctionner. La lumière brillait. Konoha respirait.


Pendant ce temps... Naruto réglait ce que la lumière ne pouvait pas toucher.


Danzō ne gaspillait pas ses armes sur les batailles publiques. La Racine opérait là où les échecs ne pouvaient pas être vus. Quand un espion Akatsuki se cachait dans les égouts de Tanzaku. Quand un seigneur féodal corrompu vendait des routes de ravitaillement à Pain. Quand un ninja de Konoha s'apprêtait à trahir... Naruto partait.


Pas de déclaration. Pas de témoin. Pas de gloire. Juste un signal mécanique. Trois coups à la fenêtre. Une coordonnée gravée sur un morceau de bois noir. Un délai mesuré en heures.


Naruto ne portait plus de vêtements orange depuis des années. Même en surface, il choisissait des gris ternes. Des verts boueux. Des couleurs qui se fondent dans les murs. La nuit, il enfilait l'uniforme noir de la Racine. Le masque sans expression couvrait la moitié inférieure de son visage. Les sceaux de suppression pulsaient doucement sous sa peau. Le fuuton attendait dans ses poumons comme un animal patient.


Une mission typique durait quatre heures. Infiltration silencieuse. Identification de la cible. Neutralisation des gardes avec des coups de paume précis sur les points de pression. Approche finale. Le vent tranchait une gorge. Ou paralysait un cœur. Ou étouffait un cri avant qu'il ne naisse. Vérification du pouls. Effacement des traces chimiques. Dispersion des cendres ou immersion dans les courants souterrains. Retour avant l'aube. Douche froide. Vêtements civils. Masque du genin fatigué remis en place.


Personne ne posait de questions. Pourquoi auraient-ils posé des questions ? Naruto Uzumaki était le dernier de la promotion. Le bruyant inutile. Celui qui ratait encore parfois ses transformations devant Iruka. Celui qui dormait en cours de stratégie. Celui dont le chakra semblait toujours... étrangement plat aux senseurs. Personne ne soupçonnait que cette platitude était un barrage artificiel. Que derrière ce mur de chakra scellé se cachait un océan de violence contrôlée.


Mais Sasuke, lui, voyait. Pas à travers les apparences. À travers les absences.


Il remarquait les détails. Naruto manquait toujours les réunions du dimanche soir. Naruto revenait parfois avec une odeur subtile de fer et de pierre humide sous le savon bon marché. Naruto souriait trop peu. Ses yeux bleus traversaient les gens sans les voir. Ses doigts tremblaient légèrement quand il pensait que personne ne regardait. Et surtout... Naruto n'était jamais surpris par la violence. Jamais. Quand un entraînement dérapait. Quand un civil agressif croisait leur route. Quand le sang coulait lors d'une mission ratée. Naruto restait immobile. Respiration stable. Rythme cardiaque invisible. Comme si la violence était une vieille langue maternelle qu'il n'avait jamais oubliée.


Un soir d'hiver, après une mission particulièrement éprouvante contre deux membres de l'Akatsuki en bordure du pays des Rizières, Sasuke est rentré à Konoha couvert de boue et de sueur. Kakashi l'attendait aux portes. Les ANBU sécurisaient le périmètre. Tsunade préparait le rapport officiel. Tout était propre. Contrôlé. Visible.


Sasuke a croisé Naruto sur le pont principal. Le blond marchait lentement. Capuche relevée. Mains dans les poches. Il venait « d'acheter du ramen tardif ». C'est ce qu'il a dit. Sa voix était celle du cancre. Légèrement enrouée. Fatiguée. Normale.


Mais Sasuke avait son Sharingan activé. Par réflexe. Par habitude de survie. Et dans la pénombre du pont... il a vu quelque chose que l'œil nu manquait. Sous les vêtements civils de Naruto... des lignes de chakra scellé pulsaient faiblement. Des sceaux complexes. Anciens. Militaires. Le genre de marquage qu'on ne trouve que dans les archives interdites de la Racine. Et sur ses phalanges... des micro-coupures fraîches. Trop régulières pour être accidentelles. Trop précises pour être civiles.


— Naruto, a appelé Sasuke. Sa voix était calme. Trop calme.


Le blond s'est arrêté. Il n'a pas sursauté. Il s'est retourné lentement. Le masque est tombé en place instantanément. Le sourire niais. Les yeux pétillants artificiellement.


— Yo, Sasuke-teme ! T'es rentré entier ? J'ai cru que t'allais encore te faire botter les fesses par ces types en manteau noir !


Sasuke n'a pas souri. Il a fait un pas en avant. Le Sharingan tournait lentement. Il lisait les micro-expressions. Il traçait les flux de chakra. Il cherchait la faille dans le masque.


— Où étais-tu cette nuit ? Entre minuit et quatre heures du matin.


Naruto a gratté sa nuque. Il a ri trop fort. Le son résonnait faux sur le pont désert.


— Euh... chez Ichiraku ? Teuchi m'a laissé dormir sur le comptoir après la fermeture. Tu sais comment c'est, quand t'as plus de ryo !


Mensonge. Parfaitement construit. Parfaitement livré. Mais le Sharingan voyait le pic infinitésimal de tension dans les muscles du cou. Voyait la compression artificielle du chakra dans les poumons. Voyait l'absence totale de chaleur dans les iris bleus.


— Rentre chez toi, Naruto, a dit Sasuke finalement. Il fait froid.


Le blond a hoché la tête. Il a fait un signe de main exagéré. Il a repris sa marche vers les quartiers populaires. Ses pas ne faisaient aucun bruit sur le bois gelé du pont. Aucun bruit du tout.


Sasuke est resté seul sur le pont. La pluie fine commençait à tomber. Il a fermé son Sharingan. Il a senti un poids nouveau dans sa poitrine. Pas de la colère. Pas de la trahison. De la compréhension glacée. Son coéquipier ne vivait pas la même vie que lui. Son coéquipier portait quelque chose d'immense. De terrible. De nécessaire, peut-être. Et personne ne le voyait. Personne, sauf lui.


Cette nuit-là, Sasuke n'a pas dormi. Il a nettoyé ses armes trois fois. Il a refait ses bandages cinq fois. Il a regardé le plafond de sa chambre jusqu'à ce que l'aube grise filtre à travers les rideaux. Et il a pris une décision. Silencieuse. Définitive. Il allait suivre Naruto. Pas pour l'exposer. Pas pour le sauver. Pour comprendre. Pour savoir quel prix exact avait été payé pour que sa propre lumière puisse briller.




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