L'ombre du renard

Chapitre 14 : Prélude partie 1 : mémoires d'une princesse déchue

Par perse84

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


Prélude partie 1 : Mémoires d'une princesse déçue


Mes secrets sont gravés dans mon cœur à défaut d’être posés sur le papier.

Bien que le papier ait plus de patience que les hommes, il n’est pas à l’abri d’une œillade curieuse.


Le vent souffle sur la nature environnante. Il joue avec les hautes herbes laissées à l’abandon par les fermiers du coin. Ce champ ressemble à une mer paisible. Une surface lisse, uniforme. Le caprice de cette météo venteuse balaye de temps à autre cet horizon verdâtre. Le souffle nous vient du nord et rafraîchit l’air ambiant alors que nous sommes au début de l’été. Je l’accueille pleinement.

Je déteste l’été. Le soleil mordille douloureusement ma peau claire. Mes vêtements du jour ne sont guère adaptés pour une sortie en plein air. Ils sont sombres, accrochant chaque rayon. La chaleur devient insoutenable. Je n’ai plus la force de faire la conversation avec les rares personnes qui m’accordent leur attention. Je leur tourne le dos, leur préférant le spectacle du vent jouant avec les herbes folles.

Les végétaux se plient sous l’effet de la rafale, sorte d’invitation à m’échapper, un appel à peine voilé. Je pince les lèvres. Dois-je ?

Je vérifie discrètement si mes gardiens se soucient encore de moi. Ma tante est à quelques mètres et bavarde avec un cousin éloigné. Son mari est à ses côtés. Son regard embrase la foule d’un air sévère. Il surveille les moindres mouvements de chacun afin que tout se déroule d’après ses prévisions. Mais moi, il m’ignore royalement. Cela ne m’affecte d’aucune manière. Celui dont la présence m’était nécessaire n’est pas venu.

Cette dernière pensée finit de me convaincre. Je m’élance dans le champ abandonné. Je suis petite ; aussi, les herbes fouettent mon visage et mon corps frêle. J’imagine ma petite tête noire doit légèrement dépasser le sommet des plantes à chacun de mes bonds.

Mes chaussures me gênent. Je m’en défais. Les herbes folles chatouillent mes pieds nus.

Les cliquetis des parures accrochées à ma chevelure couleur ébène m’ennuient. Je les arrache et les laisse choir dans les hautes herbes.

Le voile posé sur mes épaules me freine. Le souffle venteux l’entraîne au loin tandis que je décide de le lâcher sans regret.

Je veux me libérer, me laisser gagner par la folie de la course. Adieu les chaussures trop petites qui enferment mes orteils. Au diable les robes en soie qui entravent mes jambes ! Je me saisis de mes bonnes manières, les jette par-dessus mon épaule comme si de rien n’était. La course m’enivre. Je ris, de ce petit rire mutin aux consonances de cristal qui agace tant les membres du clan.

Mes poumons me font souffrir à cause de mon excentricité. Ma bile remonte. Un goût de sang envahit mon palais. Je l’oublie purement et simplement. Ralentir serait synonyme de faiblesse.

En réalité, je veux déchaîner la rage qui est en moi. Je veux qu’elle s’exhorte d’une manière ou d’une autre de mon corps. La course est ce que je maîtrise le mieux. Je suis rapide. Je suis souple. Je suis endurante.

Les limites de ma liberté végétale atteignent la forge. Les bruits métalliques d’un marteau frappant le fer me parviennent. Je ralentis sans cesser ma progression. Un homme en kimono noir travaille une lame sur l’enclume extérieure. Ses longs cheveux de geai sont indisciplinés malgré sa volonté de les attacher dans un chignon maladroit. Il me tourne le dos. Sa main droite lève un lourd marteau à un rythme régulier. Son bras est puissant. Il ne faiblit pas devant la tâche.

Arrivée près de lui, je m’arrête, attendant sagement qu’il remarque ma présence. Je suis essoufflée. Ma respiration n’est pas discrète. J’ai l’impression d’être un cheval sauvage dont on vient de réfréner la fougue. Toutefois, je me tiens droite, le menton haut, le regard franc. C’est ce qu’on m’a inculqué depuis ma naissance. La véritable force provient de notre assurance et non de notre apparence. Et je descends des puissants.

Enfin, l’homme soupire en posant son outil de prédilection. Il lève la tête au ciel, expirant bruyamment.

« Hinata, murmure-t-il.

-Père », je réponds sur le même ton.

L’homme grand, dont j’admire la stature, se tourne à demi vers moi. Les mêmes yeux sans prunelle que les miens se posent sur mon petit corps frêle. C’était lui que j’aimais le plus avant tout ça. Il était tout pour moi et il ne me restera plus que lui dorénavant. Mes sentiments à son égard sont contradictoires. Il est mon père, celui qui m’a tant appris ; celui que je chéris entre tous ; celui qui me cajole. En même temps, c’est de sa faute à lui et de son inébranlable désir d’héritier mâle.

« Tu as mis du rouge sur tes lèvres ? s’étonne-t-il. On dirait presqu’une femme aujourd’hui.

-Les servantes m’ont dit que j’étais à présent la femme de la maison.

-Oui, en effet, répond-il doucement, mais tu n’as encore que six ans. »

Il ne bouge pas. Ses yeux perdent leur éclat. Son corps est devant moi mais son esprit vient de le quitter vers une terre où je ne peux le toucher. Je m’approche. De ma petite main, je tire sur les pans de son vêtement débraillé. J’essaye d’attirer son attention, de le ramener vers moi. Malgré mon ressentiment, j’ai besoin de lui, de ses conseils. Je veux mon père.

« Père. »

Mon appel fait mouche. Je le vois s’animer quelque peu. Sa bouche grimace un sourire. Sa grande main recouvre la mienne.

« Ma mère est morte, dis-je soudain.

-Je le sais.

-Ma petite sœur aussi.

-Elle n’a malheureusement pas survécu à la perte de ta mère.

-Tu n’étais pas à la cérémonie d’adieu de ce matin.

-Un jour, ma fille, tu comprendras que chacun commémore les morts à sa façon. Cette mascarade ne me convenait tout simplement pas.

-Les autres membres ont critiqué ton absence.

-Qu’ils critiquent ! C’est tout ce dont sont capables les faibles.

-Alors que vas-tu faire, mon père ? »

Le chef du clan Hyûga s’agenouille devant la petite fille que je suis. Mes épaules sont sous l’emprise de ses immenses mains. Pour la première fois et certainement la dernière, j’entraperçois l’homme derrière le guerrier, le chef incontesté de la famille. Il se place comme si j’étais son égal. Il hésite à s’adresser à moi. Je n’ose croire que mon petit gabarit pourrait l’impressionner. Cela me perturbe. C’est lui l’adulte et moi la petite fille. Il devrait savoir comment agir en toutes circonstances et non me dévoiler à quel point il perd pied.

« Tu vas épouser une autre femme, père ? »

Ses sourcils se lèvent quelques secondes sous l’effet de la surprise. Il n’imagine pas un instant que je puisse comprendre la complexité de la politique des clans. Pourtant, je sais. J’écoute les murmures provenant des pavillons. Les hommes ne surveillent pas leurs paroles ou leurs gestes devant une innocente enfant. Les servantes m’ont suffisamment répété de me préparer à la venue d’une nouvelle dame dans les appartements de ma mère lors des longs jours de deuil.

« Non, dit-il à mon étonnement. J’ai déjà un petit bout de femme devant moi.

-Mais…

-Regarde-toi ! sourit-il misérablement. Tes vêtements sont sales, ton apparence est déplorable. Cependant, tu te tiens debout face à moi avec toute la noblesse que je t’ai inculquée. Tu me ressembles. Tu n’es pas prisonnière des conventions. Tu aspires à la liberté des sens. Tu es forte, ma fille. Tu es un métal pur que j’ai hâte de forger.

-Que veux-tu dire, mon père ?

-Hinata, tu es ma princesse. Tu es tout ce qui me reste de ta mère. Nulle autre qu’elle ne pourra prendre sa place dans ma couche. Aussi, tu seras mon héritière. Je vais t’enseigner tout ce que je sais. Je serai dur avec toi mais cela uniquement dans le but de t’aider à t’épanouir. Lorsque je ne serai plus de ce monde, je fermerai les yeux sans crainte. Car je saurai. Je saurai qu’une princesse forte et courageuse prendra la tête de cette famille. Tu deviendras Hinata-sama, ma fille. »

Ce que j’ignorais à ce moment-là, c’était la définition du mot « dur » dans sa bouche. En même temps que ma mère et ma petite sœur, j’avais perdu mon père affectueux. Je ne vois plus en lui qu’un maître que je me dois de respecter. Je suis devenue son instrument.

 

 

Le son de mes pas étouffés résonne dans cet espace dénué de toute vie. La vision d’un orage se superpose au bruit du tissu se froissant. Les couloirs sont vides. Cela m’angoisse. Il n’est pas de bon augure que mon père renvoie ainsi ses serviteurs.

J’aurais dû appliquer les enseignements de mon rang et me déplacer discrètement. J’en suis totalement incapable actuellement. D’abord parce que je suis une piètre kunoichi ; ensuite, sa requête selon laquelle il désire ma présence sur le champ m’empêche d’afficher une quiétude que je ne possède pas. J’aimerais tellement être la fille qu’il voudrait que je sois. Malgré tous mes efforts, je suis loin d’être une princesse digne de ce nom.

Devant la porte, j’inspire et expire plusieurs fois, dans le but de calmer mon tempérament emporté. Je suis une fille obéissante. Je me dois d’écouter mon père lorsqu’il me le réclame. Lentement, je fais glisser le paravent. J’incline la tête et attends respectueusement sa permission.

« Entre, ma fille. Installe-toi à ma droite. Et partage avec nous un peu de thé. »

Nous ? Le pronom personnel m’interpelle. Tout en exécutant les impératifs de mon père, j’examine les autres personnes dans la pièce. En face du chef de notre clan, un jeune homme à peine plus âgé que moi tient entre ses bras un enfant. C’est un bébé qui sait à peine marcher. Sa petite bouille fait une grimace. Lorsque ses yeux se posent sur moi, ils s’écarquillent. Un timide sourire s’étire sur ses minuscules lèvres boudeuses. Ce bambin est mignon. Tout le contraire de son protecteur qui affiche un air froid et sans saveur.

Une fois assise, je leur présente mes respects et mes salutations. J’énumère tous les noms pompeux que le clan m’a octroyés. Je veux que le jeune homme sache à qui il a affaire. Le petit ange gazouille durant ma présentation. Je ne lui en tiens pas rigueur. Au contraire, il est adorable. J’aimerais me pencher et jouer avec lui en lui saisissant sa main boudinée. Je songe à ma petite sœur, morte depuis des années, avec qui je n’ai pas pu jouer de la sorte. Je n’en montre rien. Il n’est pas permis pour une dame de ma condition d’exprimer de tels sentiments en public.

« Ah, réagit le jeune homme en réponse à ma politesse, c’est donc elle que je devrais entraîner.

-Oui, tout à fait. »

Un sourire de circonstance s’affiche sur mon visage. Les yeux plissés dans un semblant d’innocence, je me tourne vers mon père en quête de réponse à cet étrange échange. Intérieurement, je hurle mon humiliation. Comment cet homme, tout juste sorti de l’adolescence, ose-t-il se montrer à ce point grossier à mon égard ?

« Hinata, ma fille, il semblerait que mon enseignement ne te convienne guère. Ton art ninja est médiocre. Tu es rapide mais cette vélocité te coûte de l’endurance. J’ai essayé par tous les moyens mis à ma disposition de te forger correctement. Hélas, il n’y a que dans l’art de la métallurgie que tu te démarques. Cela est insuffisant pour le rang auquel je te destine. Je te présente Itachi Uchiwa, dit-il en levant une main en direction du jeune inconnu. Son frère et lui sont les derniers rescapés d’une très ancienne famille de guerriers. En échange d’un foyer, il te formera.

-Il est jeune, énnoncé-je en guise de remarque désapprobatrice.

-Certes. Il a vingt ans, c’est-à-dire deux ans de plus que toi. Son parcours n’en reste pas moins exceptionnel même pour un Uchiwa. Il sera très qualifié, crois-moi.

-Que sont donc devenus les autres membres de sa famille ?

-Ils sont morts, répond-il avec beaucoup d’appoint. Ils n’étaient pas faibles, ajoute-t-il devant mon expression dubitative quant à ses facultés, ils étaient beaucoup trop orgueilleux pour survivre.

-Une tare de famille ? dis-je en sous-entendant son propre orgueil.

-Hinata, assez ! me réprimande mon père. Itachi sera ton maître. Ainsi l’ai-je décidé ! Vois-le comme un sabre, si tu préfères, une lame qui a été forgée par les meilleurs, au fil acéré et au métal résistant. Une lame pour forger une autre lame.

-Une lame… »

Ces mots éveillent mon intérêt. Mon père m’explique souvent que les gens peuvent s’apparenter à des sabres. S’ils ne sont pas éduqués avec soin, si leurs racines ne sont pas fortes, si leur héritage est discutable, alors, ils se brisent. Ma curiosité me pousse à suivre les directives de mon géniteur sans discuter. Je veux voir de quel métal est fait cet homme, cet Itachi.

 

 

Les jours suivants me prouvent de la véracité des sages paroles paternelles. Itachi-san n’est pas seulement fort, il est talentueux. Ses gestes sont précis. Ses compétences sont tout bonnement exceptionnelles.

Malencontreusement, malgré toute ma bonne volonté et son savoir-faire, je stagne à un niveau inférieur à mon rang. Je m’épuise à exécuter les techniques de manipulation de chakra, je muscle mon corps grâce à un entraînement exigeant, je me concentre sur les difficultés à affronter. Cela me paraît éreintant et inutile. Je m’essouffle sans récompense à la clé. J’enrage ! Je n’exprime rien de cette contrariété. Mon éducation m’enchaîne plus farouchement que ce corps indiscipliné.

« Ton corps est fragile. »

Les paroles d’Itachi sont un écho à mes propres réflexions. Exténuée, je me contente de lui offrir mon regard le plus noir tout en continuant à maltraiter le mannequin de bois face à moi.

« Lève la jambe plus haut si tu désires le frapper correctement. »

J’essaye d’obéir à sa consigne sans résultat. Je suis petite pour mon âge. Je ne possède pas assez de souplesse pour accomplir ce qui me semble être un exploit. La fatigue me gagne. Lever cette foutue guibole devient une tâche de plus en plus ardue. J’ai l’impression qu’un diablotin a attaché un bloc de pierre à mes chevilles.

« Frappe, Hinata, frappe ! N’abandonne pas ! Frappe, encore.

-Impossible, dis-je en m’immobilisant, je ne possède pas ta force.

-Je remarque effectivement que, même avec tous ces exercices physiques, ta personne n’acquiert pas la performance attendue. Tu es faible.

-Ne m’insulte pas, dernier Uchiwa. Je viens d’une pure lignée de Hyûga et nous ne sommes pas faibles.

-Là est ton défaut, justement.

-Le métal le plus pur est toujours le plus beau et le plus noble.

-Il est aussi le plus facile à briser. L’alliage le plus solide est celui qui accepte les impuretés et le mélange des genres. Le bronze n’est-il pas né du mélange du cuivre et de l’étain ? L’acier n’est-il pas plus résistant que le fer ?

-Je… Je n’y avais jamais songé…

-Tu dis que tu manques de force. Je dis que cela n’a aucune importance. La force brute n’est d’aucune utilité sans la technique et le talent qui l’accompagnent. Tu ne peux broyer un bras que tu es incapable de saisir. Durant ces deux dernières semaines, j’ai testé ta force brute. Il s’avère que tu n’atteindras jamais un niveau convenable. Il nous faut une autre approche, un autre moyen d’apprivoiser ton talent.

-Mon talent… »

Je ricane à ce mot. J’ai l’impression d’être une page vide que l’encre fuit. Je ne possède rien de particulier. J’ai juste un nom renommé et pompeux. J’ai eu la chance de naître dans cette famille, d’avoir pour père un chef de clan, de l’argent pour payer les maîtres les plus doués. Cela ne fera pas de moi un être exceptionnel, j’en ai bien peur. On n’achète pas le talent. On ne le crée pas du néant. On peut le travailler, le guider, l’exploiter mais on ne fait rien sans rien. Or, de mes doigts s’échappe toute aptitude au combat. Je suis une honte.

« ‘Tachi… »

La voix fluette de Sasuke nous parvient depuis l’intérieur du pavillon. Les pas précipités caractéristiques du bambin nous annoncent sa venue sur la terrasse en bois. L’enfant vient de s’éveiller d’une longue sieste. Sa mine déconfite nous confirme son état encore léthargique. De minuscules larmes garnissent les coins de ses yeux mi-clos. Il les frotte dans un geste enfantin très mignon.

Je souris. Sasuke parvient toujours à m’attendrir. Mon côté maternel ressurgit en sa présence. La vision d’un enfant au creux de mes bras m’envahit et m’enchante. Ensuite, vient la question du père. Un frisson me parcourt. La réalité me rattrape brutalement. Aucun homme n’est digne d’être mon consort actuellement. Je ne me sens pas prête. Alors, en attendant, cela me plaît de jouer les grandes sœurs dévouées pour le petit Sasuke.

Rapidement, je comprends que le chérubin ne s’arrêtera pas au bord. Au contraire, il s’apprête à tomber dans le vide au bout de la terrasse montée sur pilotis. Certes, elle n’est pas bien haute, à peine un mètre. Toutefois, Sasuke vient tout juste de fêter son premier anniversaire. Il va se blesser si sa frêle corpulence rencontre implacablement le sol. Je m’élance. Le petit atterrit dans mes bras lourdement. Sous son poids, je bascule en arrière et me reçois sur mon postérieur. Mon coccyx est douloureux mais l’embrassade tendre et affectueuse du garnement en valait la peine. Je le serre, moi aussi, très fort contre moi.

« Tu es rapide. »

Itachi s’est approché et me toise de toute sa hauteur. Celle-ci est amplifiée par ma position assise. Cela me dérange. Je n’apprécie guère qu’un serviteur puisse me surplomber de sa superbe.

« Oui, dis-je en me relevant, le petit toujours dans mes bras.

-Cela peut être un avantage non négligeable.

-Je t’écoute, ô mon maître.

-Réduis ton ennemi à néant avant qu’il n’ait l’occasion de te toucher, explique-t-il sans relever l’ironie dans ma voix.

-Abandonner le corps à corps ?

-J’aimerais voir ce que tu vaux avec un kunai dans les mains.

-Att… Attends… Je suis l’héritière d’une grande famille de maître d’armes. Je dois être capable de les manier.

-Il n’y a pas qu’une sorte d’arme. »

Mystérieux, il nous emmène Sasuke et moi vers un autre espace d’entraînement. Là, des cibles à la vague allure humaine sont positionnées à une dizaine de pas de nous. Itachi me tend un kunai. Je le soupèse un moment. J’essaye de comprendre l’équilibre de l’objet métallique et le saisis du bout des doigts. Je vise, lance l’arme de jet et, à mon grand étonnement, atteins ma cible assez facilement.

« Excellent ! Pourquoi as-tu joué avec avant de le lancer ? Ces quelques secondes perdues auraient pu te coûter la vie.

-Je ne jouais pas. Je déterminais l’équilibre de l’arme. Sinon, comment voulais-tu que je le lance efficacement si j’ignore comment son poids va l’entraîner vers la cible ?

-Intéressant… Tu fais cela souvent ?

-Tout le temps quand je travaille à la fonderie de mon père. Mon passe-temps est de forger des katanas.

-Tes bras sont maigres pour quelqu’un qui soulève régulièrement un marteau.

-Mon père m’a fait fabriquer des outils spécialement adaptés à ma carrure. Ils ont été réalisés dans un alliage léger. Sinon, il m’aurait été impossible de m’adonner pleinement à mon art.

-A présent, j’aimerais que tu tires une flèche. »

J’inspecte les différents arcs attachés au présentoir. Il y en a de toutes sortes : des arcs longs, des arcs classiques, des arcs à poulies, des yumis… Je choisis un arc classique assez petit et une flèche simple. Je suis maladroite quand je bande la corde. Mon projectile glisse entre mes doigts et il est assez difficile de le maintenir tout en tirant suffisamment sur la corde pour un jet efficace. Grâce aux conseils d’Itachi, j’y parviens. Dès que je lâche le tout, le trait file comme le vent vers la cible. Mon tir est encore plus précis que mon lancer de kunai.

La réussite me grise. Je veux recommencer. J’exige qu’Itachi me procure d’autres flèches. A chaque coup, je suis davantage adroite, davantage appliquée. Il est l’élément que je cherchais.

Dès le soir venu, je me plonge dans les manuels de yumis. J’apprends que je peux modifier la portée de mon arme en améliorant les matériaux ou la courbe de l’arc. Les flèches peuvent également être changées en ajustant leur tête selon l’effet désiré : plate pour couper, en boule pour assommer, en vrille pour percer, en crochet pour arracher…

Le lendemain, je me rends dès l’aurore à la forge. J’ai décidé de créer un éventail de traits. Il ne sera pas dit que la princesse Hinata est faible et sans défense. A défaut d’être une ninja, je serai une archère. La meilleure d’entre toutes.

 

 

« Qu’est-ce que c’est que cela ? »

L’animal s’arc-boute, hennit bruyamment et martèle violemment le sol de ses sabots. Il m’impressionne. Il est grand. Son pelage est sombre. Des expressions admiratives sur la beauté, la noblesse et le pédigrée de la bête se murmurent dans mon dos. Je ne suis pas de cet avis. Je ne vois que sa mâchoire dangereuse et ses yeux fous révulsés par l’excitation. Je reste figée, déglutissant difficilement à l’idée de grimper sur son dos.

« Que tu es bête, ma fille, se moque gentiment mon père. Tu vois bien que c’est un magnifique étalon.

-Ce n’était pas le sens de ma question. Pour être plus précise, je me questionnais sur sa présence dans notre domaine.

-Itachi m’a informé de tes fabuleux progrès. Tu es devenue experte dans le maniement des armes de jet et que tu peux être beaucoup plus efficace que le plus grand des samouraïs. Je suis tellement fier de toi que j’ai décidé de t’offrir un présent en relation avec ton art.

-Pardonne à ta fille inculte, mais je ne comprends pas le rapport entre mon art et cet animal.

-Ne sais-tu donc pas que le kyudo exige l’utilisation exclusive des yumis (arcs longs) et ce, pour la simple et bonne raison, que les archers doivent être des cavaliers assidus ? Vois-tu, le danger pour un archer est sa faible mobilité. Il est forcé de se figer le temps de décocher sa flèche. Notre savoir-faire japonais nous a permis de contrer cette difficulté. Les arcs longs sont prévus en ces fins : il suffit de caler l’arc à la selle de ton cheval. Tu restes concentrée sur ta cible pendant que l’animal s’assure que tu ne sois pas une cible trop facile. Ingénieux, non ?

-Certes… Mais cet animal est…

-J’ai commandé cet étalon spécialement pour toi. Il est habitué aux combats. Il est fort. Il est élevé en vue de servir un véritable guerrier. Tu seras invincible sur son dos. »

Je me tais de peur de froisser mon père avec mes pressentiments. Cette bête est trop fougueuse à mon goût. Je doute pouvoir m’accommoder à sa présence et encore moins le dompter selon mes exigences.

Mon père insiste pour que je l’essaye immédiatement. J’ai peur mais je n’ose l’avouer à qui que ce soit. Le corps tremblant, je m’approche. Je saisis les rênes. Aussitôt, le cheval hennit et souffle bruyamment. Je suis sûre qu’il ressent mon appréhension. Tout le monde m’observe : le palefrenier, les guerriers venus à l’écurie, les serviteurs et mon père. Je ne dois pas faiblir. Je serre les lanières de cuir dans ma main, résolue à affronter mes peurs.

Mon pied se positionne dans l’étrier de métal. Je me hisse sur la selle dure. Mes jambes serrent les côtes musclées de l’étalon. Je me tiens droite, consciente que je ne peux me permettre le moindre faux pas. D’un mouvement, j’incite ma monture à avancer. Tout se passe bien. Je me tranquillise peu à peu. C’est assez étrange d’avancer sans user de ses jambes. J’en tire même un peu de plaisir. Un léger sourire s’étire sur mes lèvres pincées, me conscientisant de la douleur de mes mâchoires serrées sous le coup de mon angoisse.

Brusquement, un bruit de canon retentit. Cela provient du champ d’entrainement des armes à feu. L’animal abaisse ses oreilles. Ses yeux roulent en arrière. Il se cabre sur ses pattes arrières. Je n’ai pas le réflexe de m’accrocher à son large cou. Au contraire, je commets l’erreur de tomber à terre. La bête devient folle. Il est encore plus impressionnant lorsqu’on est couché à terre sous lui. Ses sabots m’effrayent. Je pense ma dernière heure venue et je crie sans pouvoir me retenir.

Heureusement, Itachi vient à mon secours. Il attrape les rênes et tire l’étalon loin de moi. Revenant de leur surprise, le palefrenier et des serviteurs viennent l’aider. On veut m’aider à me relever mais je les repousse. Je ne veux pas que l’on s’aperçoive que je tremble.

Je me recompose un visage de noble dame rapidement tout en frottant ma tenue d’entrainement. Honteuse, je m’apprête à subir les foudres de mon père. Lorsque je me tourne vers lui, prête à subir son courroux, mon cœur s’arrête. Le chef du clan Hyûga est allongé lui aussi sur le sol. Une flaque rouge s’étend à ses côtés. Du sang coule de sa bouche.

« Hinata-sama, votre père a vomi du sang au moment de votre chute, pleure une servante agenouillée près de lui.

-Portez-le dans ses appartements. Appelez le médecin de famille. Nettoyez cette flaque poisseuse. Et, par pitié, enfermez-moi cette bête folle dans son box. »

Je suis heureuse de constater que ma voix est ferme et autoritaire. Chacun exécute mes ordres fidèlement.

Itachi marche vers moi. Il ne dit mot. Il n’en a pas besoin. Je lis dans son regard son soulagement quant à mon absence de blessure et un peu d’inquiétude au sujet des derniers évènements. Je lui souffle un « merci » que lui seul peut entendre. Il y répond en hochant la tête. Pour la première fois depuis qu’il a rejoint le clan, je vois l’homme qu’il est réellement : compétent, humble, perfectionniste et diablement attirant. Son mutisme ne fait qu’accroître la densité de son regard. Il nous invite à nous confier, à nous dévoiler. Cela me trouble.

Mettant de côté cette soudaine révélation, je le quitte au profit de mes appartements. Je suis couverte de poussière. Les servantes me font une rapide toilette. Ensuite, je me dirige d’un pas pressé vers la chambre de mon père. Le médecin est déjà à ses côtés, me renseignant sur le temps que j’ai perdu à mes frivolités féminines. Cependant, je ne pouvais tout de même pas apparaître en souillon au chevet du chef de clan.

« Votre père est très malade, Hinata-sama », m’explique le praticien.

Je me contente de hocher la tête en signe de compréhension. Je suis incapable d’émettre un son. Que voulez-vous répondre quand on vous annonce la détérioration du corps de votre père ? Car c’est bien la signification de ses paroles restreintes : le maître des Hyûga va certainement s’éteindre. Comment est-ce possible ? Ce matin même, mon père respirait la santé. Mes délicats sourcils se froncent. Je ne peux envisager cette possibilité.

« Laissez-nous seuls. »

Tous sortent en silence. Je pose ma main sur la grande dextre de mon géniteur. Elle est froide. Je la soulève et y dépose un furtif baiser.

« Hinata ? marmonne-t-il. Où suis-je ?

-Vous êtes dans vos appartements. Vous avez eu un malaise.

-Quelle sorte de malaise ?

-Vous avez vomi du sang et vous êtes évanoui.

-D’où le goût métallique que j’ai dans la bouche à cet instant. Hinata, comment sont mes ongles ?

-Vos ongles ?

-Regarde-les attentivement, je t’en prie. Et décris-les moi sans omettre le moindre détail.

-Ils sont carrés, soignés. Leur couleur est quelque peu jaunâtre. Attendez. A leur base, j’aperçois une couleur sombre, peut-être noire. »

Le malade soupire et ferme les yeux quelques secondes. Quand il les ouvre de nouveau, il semble déterminé. Il se tourne vers moi. Il me fixe comme si sa déclaration serait décisive pour mon avenir.

« Ecoute-moi. Je vais mourir.

-Comment… ?

-Je suis empoisonné. Ma mort sera lente et douloureuse. Sa durée dépendra du poison que j’ai ingurgité. Toutefois, je prédis ma mort à dans quelques jours à cause des symptômes. Il te faudra te montrer forte. Le poison est l’arme des lâches et des traîtres. N’avale rien dont tu doutes la provenance. Sache que je suis honoré de t’avoir pour fille et mon dernier souhait est que tu diriges cette famille avec noblesse et dans le respect des traditions.

-Père… »

Les larmes roulent sur mes joues sans que je parvienne à les stopper. J’ai toujours su que ce jour arriverait. J’ignorais toutefois qu’il se présenterait si vite. Il est le dernier membre de ma famille proche encore en vie. Il m’a élevée, chérie, protégée. Les autres membres ne voient en moi que l’héritière. Pour lui, j’ai toujours été sa petite fille. Chez qui d’autre verrais-je de l’adoration, de l’amour, du bien-être à ma seule apparition à ses côtés ?

« Père… Comment ferais-je sans vous ?

-Tu as des soutiens. Itachi, par exemple…

-Itachi. Tu as raison. Itachi est une belle lame, dis-je en songeant à son regard de tout à l’heure. Il est forgé d’un acier dur et semble accompli. Il me secondera parfaitement.

-Attention, ricane-t-il accompagné d’une quinte de toux, on pourrait croire que c’est une déclaration.

-Et pourquoi pas ? Un tel homme serait un atout pour notre clan. Il formerait des jeunes Hyûga vers l’excellence.

-Certes mais ce n’est pas un homme pour toi, ma fille. Tu es comme moi.

-Je ne comprends pas. Itachi est expert en arts martiaux, adroit de ses mains et efficace dans toutes les circonstances. Il sait se montrer réfléchi et patient. Je vous l’ai dit : cet homme est une lame de qualité.

-Tout ce que tu dis est vrai. Néanmoins, tu ne veux pas d’une lame finie. Tu préféreras un acier brut, un caractère sauvage. Cela sera un plus grand défi pour le forgeron que tu es en devenir. Un artisan aimera davantage le fruit de son propre art que d’admirer la pièce d’un autre. Tu forgeras un homme fougueux selon tes désirs et, à ce moment-là, ton cœur sera prisonnier de sa volonté.

-C’est ce qu’on verra… »

 

 

Je trempe le pinceau dans l’encrier noir. Tout en tenant la manche de mon yukata sombre, j’attends patiemment que les dernières gouttes du liquide poisseux s’écoulent avant de l’étaler artistiquement sur le parchemin face à moi. Mon père m’a enseigné la discipline. Il m’a aussi permis de l’appliquer de diverses façons : la méditation, le travail manuel, la calligraphie. L’art des lettres n’est pas aussi éloigné que certains peuvent le croire du kendo. Mon sabre est mon pinceau. Les mots sont les coups que je porte à mon adversaire. Grâce à cet exercice, je récupère un peu de mon être dans cet océan de tristesse et de rage dans lequel je me noie depuis quelques jours.

 Mes paupières clignent. Une ombre m’a distraite. Je l’ai entendue arriver depuis un moment. Mes sens ont été décuplés grâce à mon long entraînement. Je n’ai pas envie d’entamer une conversation avec lui. Il n’a qu’à attendre. Malheureusement, il ne respecte pas mon désir de silence. Il le brise de sa voix profonde aux intonations envoûtantes.

« Ton père est mort, dit-il.

-Je le sais, je réponds sans arrêter ma main guidant le pinceau.

-Tu n’étais pas à son enterrement ce matin.

-Il faisait trop chaud. Je déteste la chaleur estivale, surtout lorsque je porte les lourds vêtements de cérémonie aux couleurs si sombres.

-C’est irrespectueux pour sa mémoire.

-Je ne pense pas, dis-je en posant le pinceau à ma droite et en me redressant. Mon père m’a dit un jour que chacun commémore les morts à sa façon. A l’époque, je n’avais pas compris le sens de ses paroles. Aujourd’hui, je suis en âge d’atteindre sa sagesse. »

Itachi Uchiwa est debout dans la cour intérieure de mon pavillon privé. Il n’a pas osé s’avancer davantage s’arrêtant devant la terrasse où je suis agenouillée. Le protocole veut que sa tête soit toujours plus basse que la mienne. Je vois qu’il l’applique déjà, démontrant son allégeance à mon nouveau statut. J’ai confiance en lui. Il sera l’instrument de ma vengeance.

« J’ai besoin de toi, dis-je.

-Je suis à tes ordres.

-Mon père a été empoisonné. Les traîtres ne tarderont pas à se manifester pour s’occuper de mon cas.

-C’est pour cela que tu refuses les plats proposés par tes cuisiniers et que tu te nourris exclusivement de fruits et de plantes cueillis par tes soins, remarque-t-il tandis que son regard glisse sur le plat intact posé derrière moi.

-Exact, souris-je sans réelle joie. Ton esprit est aussi affûté que ton katana.

-Parle et je t’obéirai… Hinata-sama. »

 

 

Le crépuscule efface le bleu limpide du ciel dénué de nuage. D’un horizon ennuyeux, il le transforme en véritable tableau, parsemé de nuances chaudes et diverses. Assise avec nonchalance, je l’attends dans mon petit salon. Cela fait des jours que ma patience est testée. Je suis ravie de constater que ma tranquillité inhabituelle pour mon jeune corps a porté ses fruits.

Mon byakugan est actif. Il est l’une des caractéristiques de notre clan. Notre regard sans pupille, du moins une pupille si claire qu’elle se fond dans l’iris opalin, nous permet de percevoir l’invisible. Je suis une fille de la nuit. Je suis un être capable de tendre de doux pièges.

Nulle crainte n’habite mon cœur. Itachi est dehors. Il guette le bon moment. Le plus difficile lorsqu’on place un guet-apens est la saisie du bon moment. J’aimerais pouvoir me relever et attraper ce rat à la gorge. Au lieu de cela, je ne bouge pas. J’imite l’indifférence, la nonchalance de ce soir d’été. Je me présente sous forme de proie, un appât alléchant.

L’intrus s’approche encore. Ses pas sont calculés. Il s’introduit sur mon territoire sans honte. Il ne sera pas déçu, j’en fais la promesse. Je m’efforce de contempler le magnifique spectacle de la nature. Pourtant, je le vois sans le voir. Toute mon attention est concentrée sur ces pas qui s’avancent vers moi. Je ne dois pas me mouvoir top tôt ni trop tard. Attendre le bon moment. L’angoisse me comprime la poitrine. Attendre le bon moment. Cette rengaine calme mon ardeur. Attendre le bon moment. Encore un pas. Quelques secondes…

Je m’élance en avant en même temps que l’assassin derrière moi enfonce son katana dans mes coussins. Je tire sur le fil que je serrais dans ma main durant tout ce temps. Aussitôt, des kunais volent vers lui. Il les esquive en effectuant un salto arrière. Immédiatement, j’active le second piège en tirant sur un autre fil. Des katanas, ficelés de part et d’autre de la porte coulissante, tombent en vue de l’embrocher en se croisant. Cette fois, l’intrus s’enfuie vers l’avant. Trop tard, mes lancers de shuriken entaillent ses chevilles et ses cuisses. Mon but n’est pas de le tuer : je le veux vivant.

Ses déplacements sont plus lents. Itachi n’a aucun mal à le combattre au katana dans ma cour intérieure. Cependant, comme il n’a pas la permission de tuer, le duel s’éternise. Je m’équipe de mon arc. Je me campe sur mes jambes depuis ma terrasse. Je vise ; je bande mon arc ; je décoche une flèche spéciale perceuse. Comme je l’avais prévu, elle s’enfonce dans le bras de mon ennemi facilement et le cloue contre un jeune cerisier. Notre proie ne crie pas ce qui m’étonne.

Vif comme l’éclair, Itachi lui ouvre la bouche de force. Je veux le questionner sur les raisons de son geste. Est-il capable de lire en moi ? Car, dès les premiers sons que j’émets, il coupe court à mon interrogation en me montrant la capsule de cyanure qu’il a eu la présence d’esprit de retirer de la dent de notre prisonnier.

 

 

A présent, l’homme est attaché dans une de nos caves. Nous sommes éclairés uniquement de torches. Ainsi, personne ne l’entendrait hurler si l’envie lui en prenait. Nous sommes tranquilles. Nous désirons le soumettre à la question. Il peste contre nous. Il maudit sa propre incompétence. Nous l’avons couché sur une table en bois. Chaque membre de son corps est attaché à un pied du meuble. Cela me paraît cocasse de l’observer dans cette position alors que j’ai l’habitude de plat plus raffiné sur ma desserte.

« Nous voulons des noms, répète pour la énième fois Itachi.

-Allez au diable, toi et ta putain ! Vous pouvez me tuer tout de suite car je ne dirais rien. »

Itachi le gifle violemment.

« Fais preuve de respect devant la princesse Hyûga.

-Elle est une honte, une abomination. Elle n’est pas digne d’être une Hyûga.

-Pourquoi cela ? dis-je en stoppant la main de mon compagnon, prêt à renouveler son geste violent.

-Une femme n’a pas l’étoffe de diriger un clan. Une femme, c’est faible. Tu n’as pas le droit de te vêtir en homme et nous diriger comme si nous étions des moutons.

-C’était le vœu de mon père. Il m’a élevée dans ce sens. Je suis plus farouche que bien des hommes.

-Ton père était fou ! Tu es folle de croire que nous te suivrons parce que ton putain de nom est inscrit dans les carnets de la famille.

-Tes insultes ne m’atteignent pas. Cependant, je n’admettrai pas que tu insultes le nom de feu mon père.

-Que vas-tu faire, faible femelle ? Tu vas demander à ton singe savant d’exécuter la sale besogne pour toi tandis que tu iras boire un thé vert dans ton joli petit pavillon de merde. Vas-y ! Je n’ai pas peur de la douleur. »

Je lui souris, espérant de toutes mes forces qu’il aperçoit la folie qui habite mes yeux en cet instant. Sans attendre sa réaction, je sors une pince à couper le métal. Je maintiens fermement sa dextre et lui coupe l’index. Le sang éclabousse mon kimono à la soie délicate. Cela ne m’effraye pas. Au contraire, plus ses cris retentissent, plus cela me soulage. Sa vie est littéralement entre mes mains. Cela me procure un sentiment de puissance inégalée jusque-là. Excitée, je coupe le majeur. Je présente ses doigts fraîchement cueillis et les lui mets sous le nez.

« Alors ? Ces noms ?

-Va te faire voir, sale pute !

-Oh ! Ce n’est pas très gentil, le grondé-je gentiment. Itachi, il me semble qu’il est temps que tu me donnes quelques cours de torture Uchiwa. Maintenant que nous avons un volontaire, j’ai hâte d’expérimenter tes enseignements en la matière.

-Tu n’oserais pas, s’indigne l’homme tandis que son visage devient livide.

-Je suis une Hyûga et je vais te montrer de quoi une Hyûga est faite. Il est tôt. Nous avons une longue nuit qui nous attend. »

La nuit a été effectivement très longue. Mais je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Au petit matin, j’ai brûlé mes vêtements et pris un long bain. L’homme était mort, lentement, salement. Peu importe. Ses derniers mots ont été des noms intéressants.

 

 

Les hommes sont tous réunis dans le petit salon réservé à cet effet. Je les dévisage tous. Chacun est agenouillé noblement en cercle, les mains sagement posées sur leurs cuisses. Aucun n’a osé toucher à la collation que j’ai expressément commandée pour eux ainsi qu’au saké. Soupçonnent-ils le poison ? Je me nourris de leur appréhension quant à la conversation que nous allons bientôt entamer. Je maintiens un visage inexpressif, espérant dégager suffisamment d’assurance.

« Hinata-sama. »

Mes lourdes parures que mes servantes ont accrochées à ma longue chevelure ténébreuse cliquettent quand je tourne ma tête en direction de mon oncle. Avec les années, il me semble qu’il a rapetissé. Il n’est plus aussi impressionnant que le jour de l’enterrement de ma mère. Ses cheveux, habituellement d’un noir profond, sont grisonnants. La fatigue et l’âge ont marqué ses traits délicats. Même s’il reste un combattant vigoureux, je ne doute pas de mon succès si je venais à le combattre.

Mal à l’aise sous mon regard scrutateur, mon oncle s’humecte les lèvres. Le geste me dégoute. Il me rappelle un chien dans l’attente de son maître.

« Hinata-sama, vous avez désiré la présence des anciens séance tenante. Les anciens se sont réunis pour vous. Pouvons-nous à présent connaître la raison de cet appel ?

-Mon père est mort, expliqué-je simplement en les observant tous un à un.

-Nous le savons, maugrée un des anciens. Nous avons assisté à ses funérailles, nous.

-C’est pour cela que j’ai décidé de vous offrir un présent en guise de remerciement. »

Mon père aurait salué mon calme et ma retenue alors que ce porc a essayé de me discréditer devant l’assemblée. Mes doigts claquent selon le signal convenu. Les servantes posent une petite caisse aux côtés de chaque ancien. En même temps, je me lève. Je me positionne devant le dernier membre du clan qui a pris la parole. Des gouttes de sueur roulent sur ses tempes. Ses pupilles s’agitent. Il cherche un appui. Il se sent nerveux. J’en suis très satisfaite et me donne davantage confiance en moi.

« Qu’est-ce que c’est ? me questionne-t-il.

-Je te l’ai dit : ceci est un cadeau pour votre dévouement. Je vous en prie, messieurs, ouvrez-le. »

Dès qu’ils soulèvent le couvercle, l’odeur de mort envahit la pièce. Ce parfum m’incommode mais je m’y étais préparée. Aussi, je n’ai pas réagi de la même manière que mes oncles. Les consternations d’horreur arrivent de toute part mais je fixe toujours l’ancien devant moi. Je me régale de son air stupéfait lorsqu’il découvre la tête de son assassin dans cette petite boîte. Je me demande à quoi il pense. Sait-il qu’il est le prochain sur ma longue liste ?

« Quelle est cette blague de mauvais goût ?

-Je ne vois pas en quoi elle est de mauvais goût. Je vous présente l’assassin de mon père. Voyez, mes oncles, chacun d’entre vous en a une partie. Ainsi, vous pourrez lui accorder le sort que vous désirez afin de venger votre ancien chef.

-Tu… Tu… C’est toi qui as…

-L’impudent a essayé de m’éliminer. Je lui ai donc réservé la politesse que m’a enseignée le clan Hyûga. Mais ce qui a été très intéressant lors de sa visite surprise, c’est notre longue conversation sur sa mission ainsi que le nom de ses commanditaires.

-Ses commanditaires… répète l’ancien en perdant de sa superbe.

-Ne faites pas l’innocent, vilain petit cachotier. Vous pouvez avouer à vos condisciples vos plans de domination du clan. Je suis sûre que certains étaient même de mèche.

-Tu n’as aucune preuve.

-Oh ! Tu traiterais ce pauvre homme de menteur. Pourtant, il y a laissé sa langue, dis-je en lançant l’organe buccale que je tenais caché dans mon yukata devant mon oncle. Mais vous avez raison : je ne pouvais décemment pas vous accuser sans un minimum de preuve. Quelle n’a pas été ma surprise, en me renseignant dans les carnets de la famille, de constater que vous me succéderiez. Bien sûr, cette éventualité n’est possible que si je n’ai pas de descendant et que vous me surviviez. Malheureusement, je suis jeune. Vous êtes vieux. Quelle chance y avait-il pour qu’un homme tel que vous me voir périr ?

-Que veux-tu, petite vipère ? Si tu as monté ce simulacre de procès, c’est pour une raison.

-D’abord, je veux que vous avouiez vos crimes. Ensuite, j’aimerais savoir pourquoi avant votre fin.

-Pourquoi ? Tu oses me demander pourquoi. Ton père a sombré dans la folie quand ta mère a quitté ce monde. Une fille comme chef de clan ! C’est une absurdité ! Ton père était sur le point de conduire la famille vers la ruine. Tu es un blasphème… »

Je lui tranche la gorge devant tout le monde avant qu’il ne finisse son discours écœurant. Le sang gicle sur moi, éclaboussant les invités assis aux côtés de ce porc. Il porte la main à sa blessure, la bouche ouverte. Il essaye de parler ou de respirer, tels les poissons hors de l’eau qui se débattent. Il s’affale sans grâce à mes pieds.

J’essuie ma lame courte sur le dos de ce chien. Je ne veux pas que ma belle lame toute neuve s’encrasse à cause de son hémoglobine poisseuse. Je l’ai fabriquée avec amour le lendemain de la mort de l’assassin. Elle est très résistante et légère. C’est une des rares beautés que je suis parvenue à modeler. Elle est mon chef d’œuvre. Je l’aime énormément. Dorénavant, je ne la quitterai jamais. Je m’en servirai pour me protéger de mes ennemis.

« Voilà le sort que je réserve aux traîtres, déclaré-je à voix haute. Le vœu le plus cher de mon père était de me voir diriger le clan Hyûga. Je veux lui faire honneur. Je veux conduire notre famille vers la fortune et la prospérité. Êtes-vous avec moi ? Ou êtes-vous avec lui ? » terminé-je en pointant ma lame vers ma victime.

Mon oncle le plus fidèle lève son verre de saké vers moi. D’un regard entendu vers ses compagnons, il porte un toast en mon honneur.

« A Hinata-sama, la princesse Byakugan !

-A Hinata-sama ! » hurlent-ils en cœur.

Peu de temps après, je suis seule dans la pièce. Les tâches rougeâtres sont les seuls témoins de la scène qui s’est jouée un peu plus tôt dans la soirée. J’avais besoin de réfléchir à la suite de mon règne au sein de cette famille. Je suis encore jeune et inexpérimentée. Aurais-je les épaules pour supporter mes futures épreuves ?

Mes réflexions sont interrompues par sa venue. Il a marché discrètement mais je ressens sa présence au plus profond de moi. J’ai appris à le repérer, à anticiper sa présence. Il est accroupi devant la porte coulissante. Il attend.

« Entre, Itachi Uchiwa. Je sais que tu es là. »

Le jeune shinobi pénètre silencieusement dans la pièce. Avec respect, il s’incline devant moi. Aucun commentaire ne franchit ses lèvres quant à mon apparence ou à l’odeur sanguinaire qui enveloppe ma personne.

« Félicitations.

-Merci.

-Tu es à présent la princesse reconnue par tous.

-Mais pour combien de temps ? soupiré-je. Si ce ne sont mes oncles, d’autres, plus jeunes peut-être, essayeront d’usurper ma place. Ce clan est corrompu.

-Que vas-tu faire alors, princesse ?

-J’ai besoin d’alliés. Même si je démontre sans cesse mes compétences, on me remettra toujours en question à cause de mon sexe. Je dois être secondée intelligemment. Mon consort devra être fort et puissant.

-A qui songes-tu ?

-A toi.

-Moi ?

-J’ai confiance en toi. Tu as su gagner le respect de tous grâce à tes talents. De plus, tu m’as loyalement servi à la mort de mon père. Tu mérites une reconnaissance de ma part. Je ne te poserais la question qu’une seule fois : veux-tu m’épouser ?

-Oui. »

Itachi s’approche de moi. Je reste agenouillée, n’osant bouger. Cette demande a tout ce qu’il y a de plus logique. Pourtant, je suis gênée et confuse.

Mon promis enserre mes épaules frêles dans ses mains. Je revois mon père des années plus tôt effectuer le même geste et m’annoncer que je serai appelée Hinata-sama. Un éclat particulier habite le regard de l’homme face à moi. Attendait-il ce moment depuis longtemps ? Est-ce du pouvoir, de la cupidité ou du désir que j’y lis ? Malgré moi, je frissonne. J’ai l’impression d’avoir fait un pacte avec le diable.

Itachi rapproche son visage du mien. Il va m’embrasser. La panique me gagne. Ce sera mon premier baiser. Je lève doucement ma main et la pose sur ses lèvres fines.

« Que nous soyons bien clairs : je reste la maîtresse incontestée de ce clan. Et moi seule fixe la date du mariage. Tu ne pourras me déflorer que pendant nos noces.

-Je te jure sur ma vie que je ne toucherai à ton corps magnifique qu’à nos épousailles. Au moins, si tu es la maîtresse du clan, pourrai-je avoir des enfants de mon nom afin de reconstruire mon propre clan ?

-Nos enfants ne porteront que le nom Uchiwa. »

Nous scellons notre accord dans un premier baiser. Il est froid, dépourvu de passion, calculé. Il nous ressemble.



Mot de l'auteur


Merci d'avoir lu ce chapitre! Avant de commencer le tome 2 de "L'ombre du renard", je voulais revenir sur le personnage d'Hinata. Elle est vue à travers les yeux de Naruto comme un ange. Or c'est un être humain à part entière avec ses qualités et ses défauts.




Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés