Il est quatre heures du matin, et sous la lumière crue des néons, l'ambiance est lourde.
Autour de la grande table ovale, les visages des plus grands héros professionnels du pays sont graves. Nezu, le directeur, est assis en bout de table, ses pattes jointes, un reflet d'une intelligence froide dans ses yeux noirs. À ses côtés, Shota Aizawa, les vêtements encore froissés par son affrontement nocturne à l'hôpital, reste debout, les bras croisés. Midnight, Present Mic, Ectoplasm, Vlad King et All Might (sous sa forme humaine) complètent ce conseil de guerre improvisé.
Aizawa jette un dossier épais au centre de la table. À l'intérieur, les détails de la tentative d'assassinat sur Denki et Kyoka, ainsi que les rapports cryptés fournis par Hawks et Grip.
Aizawa (la voix rauque) : « La nuit dernière, j'ai intercepté un tueur à gages professionnel dans la chambre de Kaminari et Jiro. Il avait pour ordre de les éliminer par injection létale. Les commanditaires viennent d'une faction dissidente de la Commission de la Sécurité Publique. Ils utilisent des fonds d'État pour nettoyer les bavures de leurs opérations clandestines. »
Un murmure d'indignation parcourt la pièce. Vlad King frappe du poing sur la table, faisant trembler les tasses de café.
Vlad King : « C'est inadmissible ! Que le gouvernement nous cache des choses pour des raisons politiques est une chose, mais envoyer des assassins pour exécuter des gamins de seize ans sur un lit d'hôpital ?! Ils ont perdu la tête ! »
Present Mic (sans une once de son enthousiasme habituel, le regard sombre) : « Jiro a pris une balle. Kaminari est dans le coma. Si Shota n'avait pas veillé sur eux en secret, nous serions en train de planifier deux enterrements ce matin. »
All Might, serrant un mouchoir contre sa bouche, lève les yeux vers le directeur.
All Might : « Nezu... Qu'a dit la Commission officielle ? Hawks a-t-il pu remonter jusqu'à la tête de cette cellule ? »
Le petit directeur prend une gorgée de son thé avant de répondre d'une voix d'une sérénité presque effrayante.
Nezu : « Hawks travaille dans l'ombre. La Commission est actuellement divisée. La présidente officielle ignore une grande partie des agissements de cette faction extrémiste, qui agit par paranoïa face à la montée de la Ligue des Vilains. Pour eux, Kaminari était un "risque de fuite d'informations" après son piratage, et Yuei est devenu trop instable. Ils voulaient régler le problème avant que le public n'apprenne que le gouvernement a tenté de faire chanter le vigilant Grip pour assassiner un apprenti héros. »
Nezu pose sa tasse avec un claquement sec qui fait taire tout le monde.
Nezu : « Ils pensent que parce qu'ils portent des costumes cravates et des badges d'État, Yuei va se plier à leurs exigences d'éthique et de silence. Ils oublient que notre priorité absolue est, et sera toujours, la vie de nos élèves. »
Le directeur se lève sur sa chaise et commence à lister les contre-mesures immédiates, validées par l'ensemble des professeurs :
Sécurisation de l'Hôpital : Denki Kaminari et Kyoka Jiro sont immédiatement transférés en secret dans l'infirmerie souterraine de Yuei, sous la protection directe de Recovery Girl et d'un détachement de clones d'Ectoplasm. La Commission n'a plus aucun droit de regard ni d'accès à leurs dossiers médicaux.
Levée du Secret Familial : Contrecarrant les ordres du gouvernement, Aizawa a personnellement escorté les parents de Kaminari jusqu'à l'enceinte de l'école. Ils savent tout, et ils sont désormais en sécurité à Yuei, aux côtés des parents Jiro.
Alerte Rouge pour la 1-A : Les sorties non supervisées sont strictement interdites. Izuku, Bakugo et Todoroki sont placés sous surveillance, non pas pour les punir, mais pour éviter qu'ils ne mènent une vendetta aveugle de leur côté.
Avant de lever la séance, Aizawa s'arrête près de la porte. Il regarde Nezu.
Aizawa : « Et pour Grip ? Il est toujours dans la nature, et il est en train de remonter la piste de l'argent pour trouver qui a payé le tueur de cette nuit. »
Nezu esquisse un sourire subtil, presque imperceptible.
Nezu : « Officiellement, Yuei ne collabore pas avec les vigilants. Officieusement... si Monsieur Kurogami trouve des preuves tangibles qui peuvent détruire cette faction corrompue de l'intérieur, nous ne ferons rien pour entraver sa route. Laissez-le chasser, Shota. Pendant ce temps, nous serons le rempart de ses protégés. »
La réunion se termine alors que les premiers rayons du soleil traversent les vitres blindées de Yuei. Les professeurs se séparent, non pas pour aller enseigner, mais pour monter la garde. La Commission a voulu jouer avec le feu en touchant à la 1-A ; elle vient d'éveiller la colère des plus puissants héros du Japon, bien décidés à protéger leurs enfants contre les vilains, mais aussi contre l'État.
Le transfert s'est fait dans le secret le plus total. Désormais installée dans une chambre hautement sécurisée de l'infirmerie souterraine de Yuei, Kyoka Jiro se remet doucement. Le soulagement d'avoir quitté l'hôpital public est immense, mais son attention reste entièrement rivée sur le lit d'à côté, où Denki est toujours plongé dans son profond sommeil, le rythme de sa respiration dicté par les machines.
Alors qu'elle ajuste la couverture de Denki de sa main valide, la porte blindée coulisse. Accompagnés par Shota Aizawa, un homme et une femme entrent. Les traits de l'homme rappellent immédiatement ceux de Denki, avec la même mèche rebelle, tandis que la mère a les yeux dorés et fatigués de ceux qui ont passé des nuits à s'inquiéter.
Les parents de Denki Kaminari sont enfin là.
En voyant Kyoka assise au chevet de leur fils, son bras en écharpe et le visage encore marqué par la fatigue, les parents de Denki s'arrêtent net. Mika et Kyotoku Jiro, qui étaient déjà dans la pièce, s'avancent pour les accueillir dignement.
La mère de Denki se précipite d'abord vers le lit de son fils, éclatant en sanglots en lui prenant la main, avant de redresser la tête vers Kyoka.
Madame Kaminari (la voix tremblante) : « C'est... c'est toi, Kyoka, n'est-ce pas ? Monsieur Aizawa nous a tout raconté pendant le trajet. C'est toi qui as pris cette balle pour protéger notre Denki... »
Kyoka sent ses joues s'empourpfrer malgré la tristesse de la situation. Elle baisse humblement les yeux, intimidée par le regard reconnaissant et lourd de reproches qu'ils s'infligent à eux-mêmes.
Kyoka : « Je... Oui, Madame. Mais c'est Denki qui a pris tous les risques pour ma famille avant ça. C'est lui le vrai héros. Je n'ai fait que... ce que n'importe qui aurait fait pour lui. »
Le père de Denki, qui fixait alternativement le bandage sur l'épaule de la jeune fille, les écouteurs de ses jacks qui s'agitent nerveusement, et la manière dont Kyoka tenait le poignet de son fils un instant plus tôt, laisse échapper un soupir ému. Il s'approche doucement du lit.
Monsieur Kaminari (un faible sourire triste aux lèvres) : « Denki nous parlait souvent d'une fille de sa classe. "La rockeuse qui remet les pendules à l'heure", il disait... En voyant tout ce que tu as traversé pour lui, et le fait que tu ne le quittes pas des yeux... Dis-moi, ma petite, est-ce que tu es la petite amie de notre fils ? »
Le silence qui suit est presque comique au milieu de la gravité ambiante. Au fond de la pièce, Bakugo, qui passait par là, lâche un ricanement étouffé, tandis qu'Izuku devient rouge pour elle. Kyotoku Jiro, le père de Kyoka, croise les bras en fronçant un sourcil protecteur, mais sans animosité.
Il faut dire que les derniers événements ne leur donnent pas vraiment tort :
- Kyoka a bravé les ordres d'Izuku et de Grip, fonçant tête baissée sous le feu d'un sniper par pure terreur de le perdre.
- Elle a littéralement servi de bouclier humain pour lui éviter la mort.
- Et Denki a déclenché un cataclysme électrique sans précédent, quitte à s'autodétruire l'esprit, par pure rage de la voir blessée.
Kyoka sent une vague de chaleur lui monter aux oreilles. Elle bafouille, ses jacks s'entortillant sur eux-mêmes, cherchant ses mots face aux yeux dorés et insistants de la mère de Denki.
Kyoka (bafouillant, rouge brique) : « N-Non ! Enfin... on n'a jamais... ce crétin n'a jamais rien dit de tel ! On est juste... très proches. On fait de la musique ensemble, et... »
Elle s'arrête, son regard dérivant à nouveau vers le visage paisible de Denki. Sa voix s'adoucit, perdant toute trace d'embarras pour ne laisser place qu'à une sincérité désarmante.
Kyoka (murmurant) : « Mais... il compte plus que tout pour moi. S'il ne se réveille pas, je... je ne me le pardonnerai jamais. »
La mère de Denki sourit doucement à travers ses larmes et pose une main réconfortante sur l'épaule valide de Kyoka, scellant une alliance tacite entre les deux familles.
Madame Kaminari : « Alors c'est tout comme. Merci d'aimer notre fils à ce point. Ensemble, on va le faire revenir. »
Dans la sécurité des sous-sols de Yuei, entourée des deux familles désormais unies et de ses camarades, Kyoka ressent une force nouvelle. Le mystère de l'absence des parents est résolu, et la culpabilité laisse place à un bloc défensif inébranlable. Pendant ce temps, Denki a peut-être le cerveau au repos, mais il a désormais deux familles entières qui veillent sur son retour.
À peine sortis de l'infirmerie souterraine, Izuku et Bakugo se dirigent vers le salon des dortoirs, le silence entre eux étant chargé d'une tension inhabituelle. Ils s'affalent sur les canapés, rejoints rapidement par Todoroki, Iida et Kirishima qui attendaient des nouvelles avec impatience.
L'atmosphère est électrique, mais d'une manière bien différente de celle du combat contre l'assassin.
Kirishima (curieux) : « Alors ? Comment ça s'est passé avec les parents de Kaminari ? On a vu Aizawa entrer avec eux, puis le calme plat... »
Izuku, toujours un peu secoué, passe une main dans ses cheveux en bataille. Bakugo, lui, fixe le plafond avec son air dédaigneux habituel, mais ses yeux trahissent une agitation intérieure.
Izuku (à voix basse) : « Les parents de Denki... ils sont incroyables. Ils étaient en larmes. Mais le moment le plus intense, c'était quand le père de Denki a demandé à Jiro si elle était sa petite amie. »
Iida (les yeux grands ouverts) : « Quoi ?! En pleine infirmerie ? C'est... c'est très prématuré compte tenu de la situation neurologique de Kaminari ! »
Bakugo (ricanant froidement) : « T'es vraiment un neuneu, Iida. C'est pas une question de timing, c'est une question de faits. Ces deux-là, c'est un aimant à emmerdes. Regarde Jiro : elle est restée assise sur son fauteuil toute la semaine, sans lâcher la main de cet idiot. Si ça, c'est juste de l'amitié, alors moi je suis la fée clochette. »
Todoroki, toujours aussi pragmatique, croise les bras.
Todoroki : « Il n'a pas tort. Ils se sont mutuellement sauvés la vie, au sens propre. Jiro a pris une balle pour lui, et Denki a grillé son système nerveux par rage de la voir blessée. Dans n'importe quel manuel de psychologie, c'est un lien émotionnel supérieur au simple camarade de classe. »
Izuku (souriant tristement) : « Ce qui m'a frappé, c'est la réponse de Jiro. Elle était toute rouge, mais elle n'a pas nié. Elle a juste dit qu'il comptait "plus que tout" pour elle. Vous avez vu la tête de sa mère ? Elle n'était même pas surprise. »
Kirishima (enthousiaste mais ému) : « Mec, c'est beau ! Denki a toujours été un peu le clown de la classe, mais là, il a prouvé qu'il était un vrai héros, pour Jiro et pour nous tous. Si même les parents se posent la question, c'est que c'est une évidence pour tout le monde, sauf pour eux deux. »
Bakugo se redresse, son regard croisant celui d'Izuku. Pour une fois, il n'y a pas d'insulte, juste une observation brutale de la réalité.
Bakugo : « Ils sont complètement cramés l'un pour l'autre, c'est clair. Mais le problème, c'est que maintenant, le temps est compté. Jiro attend qu'il se réveille pour lui avouer ou pour lui en coller une, je sais pas. Mais tout ce qu'on peut faire pour eux, c'est s'assurer que quand il ouvrira les yeux, il n'y aura plus de tueurs, plus de Commission, et plus de mensonges. »
Izuku (déterminé) : « Tu as raison. On a entendu le père de Denki promettre qu'ils le ramèneraient à la maison. S'il y a un lien entre Jiro et lui, c'est ce lien qui sera sa meilleure motivation pour lutter contre ce coma. Il ne va pas rester endormi alors qu'elle l'attend juste à côté. »
Le petit groupe se tait. La conversation a permis de relâcher un peu de pression. Ils savent maintenant que, peu importe les titres officiels de "héros" ou les enjeux politiques de la Commission, leur priorité, celle qui donne un sens à leur lutte, est de protéger ce lien fragile qui s'est noué entre le garçon foudroyé et la fille aux prises jacks.