Sous les arbres du terrain d'entraînement, le silence qui suit la révélation d'Izuku est pesant. Denki et Kyoka sont dos au mur. L'air est électrique, au sens propre comme au figuré : de petites étincelles crépitent nerveusement autour des tempes de Kaminari, tandis que les jacks de Kyoka se tortillent comme des serpents inquiets.
Izuku ne s'énerve pas. Il n'est pas là pour les dénoncer à Aizawa, il est là pour comprendre. Il range son carnet, le fermant avec un bruit sourd qui résonne comme un verdict.
Izuku (calmement) : « Vous ne jouez pas aux justiciers pour vous amuser. La prime sur sa tête est un record historique dans les milieux interlopes. Si vous essayez de le couvrir, ce n'est pas parce que vous l'aimez bien, c'est parce que vous savez ce qu'il a vécu. »
Kyoka soupire, ses épaules s'affaissent. Elle débranche ses jacks, signe qu'elle abandonne toute façade.
Kyoka (la voix brisée par la fatigue) : « Tu as raison, Midoriya. Ren... Grip, ce n'est pas un criminel. C'est un homme qui a perdu sa famille à cause d'un monstre qu'on appelle le Disséquateur. Il a voulu rendre justice quand personne ne le faisait. On l'a croisé ce soir-là. On a vu ce qu'il était devenu, mais on a surtout vu ce qu'il essayait de préserver. »
Denki prend le relais, ses yeux dorés fixés sur ceux d'Izuku, sans aucune trace de sa légèreté habituelle.
Denki : « On ne peut pas le laisser mourir, Midoriya. La Commission et les tueurs à gages veulent sa peau parce qu'il a osé faire le travail sale que le système ignore. Si on le livre, on condamne la seule personne qui a eu le courage de traquer ce tueur jusqu'au bout. »
Izuku reste immobile pendant de longues secondes. Son cerveau d'analyste, qui a déjà affronté des vilains comme Shigaraki, passe en revue les enjeux. Il ne s'agit plus de respecter le règlement de Yuei. Il s'agit de morale, de justice, et de la vie de trois personnes.
Izuku (murmurant pour lui-même) : « L'Ancre Cinétique. Une puissance capable de défier les lois de la gravité locale. Si les mercenaires s'unissent pour le faire tomber... c'est que la Commission a peur de ce qu'il pourrait découvrir sur les réseaux criminels qu'il traque. »
Il lève les yeux vers ses deux camarades. Son regard a changé. Il n'est plus le détective qui traque un suspect, mais le partenaire qui pèse le pour et le contre.
Izuku : « Vous savez que si Aizawa-sensei l'apprend, vous risquez l'expulsion immédiate. Plus que ça, si Grip commet un acte irréparable, vous serez considérés comme ses complices. »
Kyoka : « On le sait. Mais on a déjà choisi notre camp. »
Izuku croise les bras. Un sourire timide, presque invisible, se dessine sur ses lèvres. Il sait que, à la place de Denki et Kyoka, il aurait probablement fait la même chose. L'"Héroïsme" ne se limite pas aux licences délivrées par l'État, et Izuku, le successeur du One For All, le sait mieux que quiconque.
Izuku : « D'accord. Je ne dirai rien. Mais... »
Il sort son carnet et le rouvre à la page concernant Grip, y ajoutant quelques notes rapides avec une main experte.
Izuku : « ...Si vous comptez le protéger, vous avez besoin de plus que de simples écoutes radio. Kirishima a croisé sa route il y a quelques minutes, et il est très remonté. Il va poser des questions. Vous ne pourrez pas le tenir à l'écart longtemps. Si vous voulez garder Grip en vie, il faut une stratégie. Pas juste de la surveillance. »
Denki et Kyoka se regardent, interloqués.
Denki : « Tu... tu nous aides ? »
Izuku : « Je ne peux pas être complice officiellement. Mais je suis un analyste. Et je peux vous dire une chose : Grip fait une erreur. Il travaille en solo. Dans ce genre de guerre, l'isolement est la première cause de mortalité. »
Izuku leur tend son carnet, ouvert sur les points faibles des mercenaires qu'il a lui-même identifiés lors de ses propres analyses sur le terrain.
Izuku : « Dites-lui que s'il veut vraiment survivre, il doit cesser de se considérer comme une proie. S'il veut se battre, qu'il le fasse avec nous. Mais il doit promettre une chose : il ne franchira plus jamais la ligne rouge de la létalité. »
Le pacte est scellé. Izuku Midoriya vient de rejoindre l'ombre, transformant un simple secret en une cellule de soutien tactique pour l'Ancre Noire. Grip ne le sait pas encore, mais il vient de gagner le cerveau le plus brillant de la 1-A comme allié invisible.
L'ambiance décontractée du salon des dortoirs s'éteint d'un coup lorsque la porte d'entrée claque. Eijiro Kirishima pénètre dans la pièce, le souffle court, des morceaux de gravier encore coincés dans ses cheveux rouges et ses vêtements de sport poussiéreux. Son visage habituellement fessu et souriant est d'une gravité qui jette un froid immédiat.
Kirishima (haussant la voix, tapant du poing dans sa paume) : « Tout le monde, rassemblez-vous dans le salon. Maintenant. On a un sérieux problème et ça concerne notre classe. »
Intrigués et sentant que l'heure n'est plus aux plaisanteries, les élèves abandonnent leurs occupations. Mina, Toru, Todoroki, Iida et même Bakugo (qui s'installe en retrait, les bras croisés) forment un cercle autour de lui. En retrait, Izuku, Denki et Kyoka s'échangent un regard chargé de panique. Le piège est en train de se refermer.
Kirishima prend une grande inspiration, posant ses mains sur ses hanches.
Kirishima : « Je viens de croiser Grip. Le vigilant en armure noire dont parlent les médias. Il était sur les toits du district commercial. »
Un murmure de surprise parcourt les élèves. Mina lève la main, brisant le silence.
Mina : « Attends, Kirishima... Tu t'es battu contre lui ? Il est ultra-dangereux, non ?! »
Kirishima : « J'ai essayé de l'arrêter. Je lui ai dit qu'un vrai homme ne se cachait pas dans l'ombre et qu'il devait laisser les Héros l'aider face à sa mise à prix. Mais son Alter... c'est de la folie. Il a balancé un genre de micro-badge à mes pieds, et j'ai été instantanément soudé au béton. Impossible de bouger d'un millimètre, même avec mon Durcissement au maximum. Ce type a une puissance incroyable. »
Iida ajuste ses lunettes d'un geste sec, outré par l'infraction.
Iida : « C'est inadmissible ! Utiliser un Alter non enregistré pour agresser un étudiant de Yuei en pleine rue ! Nous devons immédiatement prévenir Aizawa-sensei et la Commission ! »
Kirishima : « Attends, Iida. Ce n'est pas le pire. Avant de s'enfuir avec son grappin, il m'a regardé à travers sa visière et il m'a dit mot pour mot : "Dis à tes camarades Kaminari et Jiro que le jeu devient trop dangereux." »
Le silence qui suit cette phrase est assourdissant. Vingt paires d'yeux se tournent instantanément, comme un seul homme, vers Denki et Kyoka qui se tiennent côte à côte. La théorie du "rendez-vous amoureux secret" s'effondre en une seconde, laissant place à une réalité bien plus lourde.
Bakugo redresse la tête, ses yeux plissés fixés sur Denki, une lueur de pure colère y dansant.
Bakugo : « Eh, le blondinet... Expliquez-moi ça. Qu'est-ce que vous manigancez avec ce déchet de justicier ? »
Denki commence à bafouiller, sentant la panique paralyser sa gorge, tandis que les jacks de Kyoka s'agitent frénétiquement. Ils sont démasqués devant toute la classe.
Fidèle au pacte conclu quelques minutes plus tôt, Izuku avance d'un pas ferme et se place entre le groupe et les deux accusés, prenant la parole pour canaliser la tempête.
Izuku : « Calmez-vous, s'il vous plaît ! Je... je savais aussi pour Grip. Kaminari et Jiro ne font rien de mal, ils essaient de sauver une vie. »
La classe retient son souffle. Todoroki pose calmement sa tasse de thé, l'air soudain très attentif.
Izuku (regardant Kirishima puis le reste de la classe) : « Grip est traqué par tous les assassins de la pègre parce qu'il a arrêté le Disséquateur, le meurtrier de sa propre famille. Kaminari et Jiro l'ont découvert par hasard lors d'une patrouille. Ils ont compris que s'ils le dénonçaient officiellement, la bureaucratie de la Commission le jetterait en prison sans le protéger des tueurs à gages qui veulent sa peau. Ils ont choisi de surveiller ses arrières à distance pour éviter qu'il ne meurt... ou qu'il ne recommence à tuer. »
Le discours d'Izuku, teinté de sa passion habituelle pour la justice, jette un voile de respect et de gravité sur le salon. Kirishima baisse les yeux, ses poings se desserrant.
Kirishima (la voix radoucie) : « Alors... ce qu'il fait, c'est pour venger sa famille ? Et il refuse notre aide pour ne pas nous mettre en danger ? »
Kyoka (prenant enfin la parole, la voix tremblante mais déterminée) : « Oui. Il est seul, blessé, et toute la pègre veut sa tête. On ne pouvait pas juste tourner le dos et faire comme si de rien n'était. C'est ça, être un héros, non ? »
La 1-A est désormais face à un dilemme moral majeur. Ce n'est plus le secret de Denki et Kyoka : c'est une affaire qui implique la conscience de toute la classe.