La pluie s’est arrêtée, laissant place à une nuit d'un calme trompeur. Grip est posté sur le toit d'un complexe de cinémas abandonné, au cœur du district commercial. Il panse une légère entaille au bras, vestige de son combat précédent contre Ironfist. Soudain, l'air autour de lui devient lourd. Une odeur d’ozone et de soufre s'élève.
Il n'a pas le temps de ramasser son casque. Les vitres de la verrière sous ses pieds explosent vers l’extérieur. Les nouveaux prédateurs sont là.
Ce ne sont pas des amateurs. Ce sont des figures bien connues du circuit des chasseurs de primes de l'ombre, attirées par les zéros alignés sur le contrat de Grip.
Trois silhouettes s'extirpent de la fumée et se positionnent aux angles du toit, bloquant toute retraite.
Sledge (L'Exécuteur) : Un colosse dont l'Alter, Onde de Choc, lui permet d’emmagasiner l’énergie cinétique de ses propres battements de cœur pour la relâcher sous forme d'impulsions sismiques à travers ses poings.
Viper (La Traqueuse) : Une mercenaire agile équipée de deux sabres rétractables. Son Alter, Venin Paralysant, rend ses fluides corporels (et donc ses lames enduites) capables de bloquer le système nerveux de sa cible à la moindre écorchure.
Gaze (Le Sniper Vaudou) : Posté sur un château d'eau à deux cents mètres de là. Son Alter, Verrouillage Visuel, lui permet de ne jamais rater sa cible tant qu'il garde un œil ouvert sur elle, guidant ses balles perforantes à tête chercheuse.
Sledge (faisant craquer ses poings) : « Grip... Ton nom vaut plus que tout le coffre-fort de la Commission des Héros ce soir. Dommage que tu aies choisi de devenir mou. Tu aurais dû crever avec le Disséquateur. »
Le combat s'engage sans sommation. Un sifflement strident déchire l'air : la première balle de Gaze fonce droit sur le cœur de Ren.
Grip réagit à la vitesse de l'éclair. Il active son Ancre Absolue sur la plaque d'acier de son gantelet gauche et la lève. Clang ! La balle à tête chercheuse s'écrase contre sa main immuable, se ratatinant comme un morceau de plomb vulgaire. L'espace n'a pas bougé d'un millimètre.
Mais Viper profite de cette fraction de seconde pour glisser derrière lui. Ses deux sabres étincellent dans la nuit, visant les articulations de l'armure de Ren pour lui injecter son venin.
Ren (froid, concentré) : « Trop lente. »
Au lieu d'esquiver, Ren projette son câble barbelé vers le haut, l'ancre à une poutre métallique, et s'ancre lui-même à une vitesse de traction inversée. Il est propulsé vers le ciel, évitant les lames de Viper de quelques centimètres. En plein vol, il dégaine son fusil à pompe lourd à tambour et tire vers le bas.
L'impact des cartouches cinétiques force Viper à se jeter en arrière, mais Sledge bondit à sa rencontre dans les airs, ses poings chargés d'une lueur rouge destructrice.
Sledge : « Descends de là ! »
Il frappe Ren en plein torse. L'onde de choc sismique est censée briser les côtes de Grip et le projeter à travers le toit. Mais au moment précis de l'impact, Ren active son Ancre Cinétique sur tout son corps. Il devient un point fixe dans l'univers. L'onde de choc de Sledge rencontre une résistance infinie. Le retour de flamme est terrible : le bras droit de Sledge se déboîte dans un craquement sinistre sous la force de sa propre puissance retournée contre lui.
Le colosse hurle et s'écrase sur le toit, tenant son épaule brisée.
Ren retombe lourdement sur ses pieds, son fusil fumant à la main. Il saigne un peu du nez à cause de la pression atmosphérique, mais ses yeux sont d'une clarté absolue. Les hallucinations ne l'atteignent plus. Il est le prédateur désormais.
Une deuxième balle de Gaze lui effleure la joue, traçant une ligne de sang. Ren tourne la tête vers le château d'eau lointain.
Il n'a plus l'intention de fuir. Il sait que s'il ne donne pas un exemple terrifiant ce soir, d'autres viendront demain, et après-demain, mettant en danger Denki et Kyoka qui tentent de le couvrir.
Il pointe son grappin barbelé non pas vers les deux assassins au sol, mais directement vers le château d'eau où se cache le sniper.
Grip (la voix glaciale qui résonne sur le toit) : « Vous êtes venus toucher une prime... Vous allez juste toucher le fond. »
Le combat fait rage sous la lune de Musutafu, et alors que la pègre pensait cueillir un homme affaibli, ils sont en train de réaliser que l'Ancre Noire est plus solide et impitoyable que jamais.
Alors que le combat fait rage sur le toit du cinéma, Grip ajuste sa trajectoire pour fondre sur Gaze, le sniper. Mais avant même qu'il ne puisse presser la détente de son grappin, une traînée rouge et fulgurante déchire le ciel nocturne dans un sifflement aigu.
Fwoush !
Une pluie de plumes écarlates, rigides et tranchantes comme des lames d'acier, s'abat du ciel. Deux d'entre elles viennent sectionner proprement le fusil de précision de Gaze sur son château d'eau, tandis qu'une dizaine d'autres se plantent au millimètre près autour de Viper et de Sledge, les clouant au sol par leurs vêtements.
Une silhouette ailée descend du ciel avec une élégance décontractée, se posant sur la rambarde du toit. Les mains dans les poches de sa veste d'aviateur, ses lunettes de protection reflétant la lune, le Héros Numéro 2 fait son entrée.
Hawks.
Ren se fige, son fusil à pompe braqué par réflexe sur le nouvel arrivant. Il s'attend à devoir affronter le fleuron de la Commission des Héros, mais Hawks se contente de lever une main d'un air nonchalant, un sourire en coin sur les lèvres.
Hawks : « Woah, du calme l'Ancre ! Si je voulais t'arrêter, tu serais déjà menotté en bas. Et entre nous, tu as déjà assez de monde sur le dos pour ce soir, non ? »
D'un geste mental imperceptible, Hawks commande à ses plumes. En une fraction de seconde, le sniper Gaze est soulevé de son perchoir par une onde de plumes et déposé, inconscient et ligoté, aux pieds de Ren, rejoignant ses deux compères hors d'état de nuire.
Ren ne baisse pas son arme, méfiant.
Grip : « Qu'est-ce que le Héros Numéro 2 fait dans les bas-fonds de Musutafu ? Tu es venu toucher la prime toi aussi ? »
Hawks (sautant de sa barrière pour marcher vers lui) : « La prime ? Non, pas mon genre. Disons plutôt que je garde un œil sur les dossiers qui fâchent. La Commission n'aime pas trop quand les syndicats du crime mettent des mises à prix astronomiques sur des chasseurs de primes accrédités... enfin, "ex-accrédités". Ça fait désordre. Et puis... j'ai des petits oiseaux à Yuei qui s'inquiètent beaucoup pour toi. »
Ren comprend instantanément qu'il s'agit de Denki et de Kyoka. Hawks, qui collabore parfois avec les agences et garde un œil sur la nouvelle génération, a fini par intercepter les mouvements suspects des deux élèves de la 1-A. Mais au lieu de les dénoncer ou d'arrêter Grip, le héros ailé a choisi une approche bien plus pragmatique. Hawks connaît la face sombre de ce monde ; il sait ce que c'est que de porter un fardeau invisible.
Il s'approche de Ren et pose une main sur le canon de son fusil à pompe, le abaissant doucement.
Hawks (le ton plus sérieux, presque bas) : « Tu as fait du bon boulot avec le Disséquateur, Kurogami. Tu l'as livré vivant. C'est ça qui t'a sauvé à mes yeux. Si tu l'avais tué, on serait en train de se battre en ce moment. Mais là, tu as choisi la justice, même si elle est douloureuse. »
Grip : « Ces enfoirés ne vont pas s'arrêter. Tant que la prime est active, je suis un aimant à merde. »
Hawks (souriant, ses ailes s'agitant légèrement) : « C'est pour ça que je suis là. Je ne peux pas officiellement t'aider à chasser, mais je peux faire en sorte que les "gros poissons" qui entrent en ville trouvent des plumes sur leur chemin avant d'arriver jusqu'à toi. Vois ça comme un partenariat non officiel. Tu t'occupes de nettoyer les ruelles, je m'occupe de brouiller les pistes de la Commission et de la pègre. »
Hawks se retourne, entendant au loin les premières sirènes de police que son agence a contactées pour ramasser le trio de mercenaires. Ses ailes se déploient, prêtes à le renvoyer dans les cieux.
Hawks : « Oh, et une dernière chose... Kaminari et Jiro se donnent beaucoup de mal pour toi au lycée. Ne gâche pas leur avenir en te laissant crever sur un toit. Deviens l'ancre de cette ville, pas son fantôme. »
Dans une rafale de vent et de plumes dorées, Hawks s'élance dans la nuit, laissant Grip seul avec les criminels ligotés.
Ren regarde le ciel, puis son gantelet. L'aide inattendue du numéro 2 des héros redéfinit totalement la donne. Le chasseur est toujours chassé, mais avec Hawks dans les airs et le duo de Yuei en couverture, la pègre va rapidement comprendre que vouloir déraciner l'Ancre Noire est un jeu bien trop dangereux, même pour les meilleurs mercenaires du monde.
Le lendemain matin, l’ambiance au dortoir de la 1-A est digne d'un lendemain de grand final de série télé. Autour de la table du petit-déjeuner, Mina, Toru et Kirishima continuent de chuchoter avec des sourires complices, jetant des regards appuyés vers Denki et Kyoka. Pour eux, le feuilleton de « l'escapade amoureuse secrète » bat son plein. Kirishima essaie même de faire un clin d'œil discret mais ultra-voyant à Denki en lui tendant le pichet de lait, ce qui manque de faire s'étouffer le pauvre blond.
Mais derrière ce rideau de fumée adolescent, la réalité est beaucoup plus tendue.
Profitant d'un moment de calme avant les cours de l'après-midi, Denki et Kyoka se sont isolés au fond de la bibliothèque de Yuei. Officiellement, ils révisent la géographie urbaine. Officieusement, Kyoka utilise son terminal de soutien pour scanner les fréquences radios et les forums cryptés de la police.
Kyoka (la voix basse, un écouteur enfoncé dans l'oreille) : « Ça s'est agité un maximum cette nuit dans le district commercial... Il y a eu une coupure de courant générale sur le toit du cinéma. La police a ramassé trois gros poissons de la pègre : Sledge, Viper et Gaze. »
Denki (pianotant nerveusement sur son carnet) : « C'est Grip ? Il les a eus tout seul ? »
Kyoka : « Les rapports parlent de blessures par balles cinétiques... donc oui, c'est lui. Mais le plus bizarre, c'est que les trois types ont été retrouvés cloués au sol par des plumes rouges. Hawks était sur coup. »
Denki (écarquillant les yeux) : « Le numéro 2 ?! Tu penses qu'il a capté notre plan ? S'il balance Ren à la Commission... »
Kyoka (interrompant Denki d'un coup de coude) : « Chut... Arrête de parler. Ne bouge pas. »
À travers la rangée de livres sur les Alters de type Émissif, une silhouette vient de se glisser avec la discrétion d'un ninja. Izuku Midoriya est assis trois tables plus loin. Il a un manuel d'histoire ouvert devant lui, mais il ne lit pas une seule ligne. Son regard vert est braqué sur eux, et son stylo bille clique à un rythme régulier, presque hypnotique.
Click. Click. Click.
Izuku n'a pas mordu à l'hameçon de Mina Ashido. Le mélodrame amoureux ne colle pas avec la tension quasi-militaire qu'il ressent chez ses deux camarades. Pourquoi des élèves amoureux passeraient-ils leur temps à éplucher les rapports d'incidents criminels majeurs impliquant le vigilant le plus recherché du moment ?
Izuku plisse les yeux, observant les mouvements nerveux des Earphone Jacks de Kyoka. « Si Jiro filtre les ondes sonores de la police de Musutafu, ce n'est pas pour trouver un endroit où aller dîner, se dit-il en griffonnant frénétiquement dans son carnet. Et Kaminari libère de petites décharges de stress... Ils ne préparent pas un rendez-vous. Ils surveillent une zone de guerre. Ils protègent quelqu'un. »
Sous la surveillance étouffante d'Izuku, Denki sent la sueur perler sur ses tempes. La pression devient double : dehors, Ren fait face à des vagues de tueurs à gages, soutenus désormais par Hawks dans l'ombre. Dedans, le plus grand analyste de leur génération est à deux doigts de découvrir le pot aux roses.
Denki (simulant un bâillement pour masquer sa panique) : « Bon... eh bien, cette révision sur les infrastructures de Musutafu est vraiment... passionnante, Jiro ! On devrait peut-être aller prendre l'air ? »
Kyoka (fermant brusquement son ordinateur portatif, le ton volontairement détaché) : « Ouais. T'as raison. De toute façon, ton cerveau va encore surchauffer si on reste là. »
Ils se lèvent, rangeant leurs affaires sous le regard d'Izuku qui note soigneusement l'heure exacte de leur départ. En passant à côté de la table de Deku, Denki lui adresse un salut amical mais crispé.
La tension monte d'un cran à Yuei. Denki et Kyoka savent que si Izuku finit par assembler toutes les pièces du puzzle, ils n'auront d'autre choix que de le confronter. Et impliquer le successeur d'All Might dans cette affaire de justicier pourrait bien faire basculer tout le lycée dans la tempête.