Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki

Chapitre 51 : Un dîner chez les Todoroki

Par Sevvka

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Note : Voici le dernier chapitre avant le début de la guerre, on peut dire que c'est le petit moment de calme avant la tempête. Ça me tenait à cœur de revoir Fuyumi, Natsuo et Shōto avant la conclusion, puisque la dynamique de leur famille est tout de même centrale à cette histoire.

Cette fameuse guerre qui, par ailleurs, aura encore un chapitre de plus que prévu (vous pouvez blâmer/féliciter Tōya pour ça, cet idiot m'a réclamé encore un peu plus de screentime... il aime vraiment trop se donner en spectacle 🫠 Est-ce que j'arriverai à finir un jour help ?)

Au passage, j'ai découvert une chanson qui m'a tellement fait penser à cette histoire que j'ai décrété que ce serait son opening fictif. Il s'agit de « Circle The Drain » de Wage War : on dirait que les paroles sont écrites pour nos protagonistes <3 Voilà, je pose ça là haha

Bonne lecture ✨


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« Je suis rentrée ! »

Yumei passe le panneau de bois et de papier de riz servant de porte d'entrée à la demeure des Todoroki, dans laquelle elle loge occasionnellement depuis le retour de Tōya à Musutafu. Elle ôte ses chaussures dans le genkan pour enfiler ses chaussons d'intérieur, puis se débarrasse de sa veste qu'elle accroche à un porte-manteau dans le hall recouvert de vieux tatamis. Quand elle se retourne, Fuyumi est déjà là pour l'accueillir, un sourire radieux sur les lèvres.

« Bon retour ! Alors, comment ça s'est passé ? Tu as enfin pu revoir Tōya ? »

Yumei ne répond pas tout de suite et adresse simplement un petit sourire triste à son amie, tandis que son cœur se serre dans sa poitrine. Elle va devoir lui donner des explications sur ce qu'elle vient de vivre au commissariat... Et cette discussion ne sera pas facile, loin de là. Mais ce n'est ni le moment ni l'endroit pour le faire : elle se contente donc d'un petit « oui, je t'expliquerai » en hochant la tête, ce qui semble ravir l'institutrice.

« D'accord, on en reparle. Tout le monde est déjà là ! On n'attendait plus que toi pour trinquer et commencer à manger. »

Fuyumi s'apprête à retourner auprès des invités, en hôte parfaite qu'elle est, mais Yumei la retient par le poignet avant qu'elle ne s'éloigne.

« Fuyu... Je ne sais pas si je suis d'humeur à... »

Yumei ne parvient pas à terminer sa phrase et détourne les yeux d'un air penaud, incapable de masquer les tourments qui obscurcissent son esprit depuis l'après-midi qu'elle vient de passer avec la police. Heureusement pour elle, Fuyumi comprend tout de suite les signes de sa fatigue mentale. À la surprise de la rouquine, son amie la tire doucement vers elle pour la prendre dans ses bras, ce qui a le don de chasser immédiatement les mauvaises pensées qui grouillaient dans sa tête. Yumei accepte ce câlin de réconfort avec plaisir, rougissant légèrement en réalisant à quel point elle a de la chance d'avoir la jeune Todoroki à ses côtés.

« Si tu es trop fatiguée, n'hésite pas à écourter la soirée et à aller te coucher, d'accord ?

— Ne t'en fais pas pour ça. Ce n'est pas tous les jours qu'on se retrouve tous ensemble, je ne voudrais pas rater cette occasion. C'est juste que... J'espère juste que je ne vais pas plomber l'ambiance.

— Oh, pour ça, ne t'en fais pas ! Tu ne seras jamais au niveau de Natsu pour ce qui est de plomber l'ambiance ! »

Surprise, Yumei se met à rire et son amie la rejoint aussitôt. C'est la première fois que l'ex-journaliste s'apprête à rencontrer les deux frères de Tōya et Fuyumi, et elle peut déjà dire qu'elle va certainement très bien s'entendre avec Natsuo, vu les descriptions qu'on lui a faites de l'individu. Quant à Shōto, elle l'a certes déjà croisé une fois à UA, le jour du raid. Mais ils n'ont même pas eu l'occasion d'échanger quelques mots, ce premier contact ne compte donc pas vraiment.

« Ça marche, tu me rassures. On est d'accord que Natsuo n'est toujours pas au courant pour... ?

— Non. Shōto et moi avons décidé de lui parler de Tōya ce soir.

— D'accord. Ça m'évitera de dire un mot de travers. »


Les deux jeunes femmes se sourient avec complicité et sont tirées de leur conversation au même moment par une voix puissante (que Yumei associe instinctivement à Natsuo) qui demande à Fuyumi si tout va bien.

« On est là ! s'écrie la jeune Todoroki en regagnant le salon. Pardon d'avoir traîné. Natsu, Shō, je vous présente Yumei ! »

Cette dernière pénètre dans le vaste salon servant également de salle à manger et effectue un petit salut respectueux à l'adresse des trois personnes déjà installées à table : Natsuo, Shōto et Keigo. Les deux frères Todoroki et elle échangent quelques politesses pour faire connaissance, tandis que Keigo profite de l'inattention générale pour piquer discrètement dans les quelques plats déjà disposés sur la table.

« C'est trop bien qu'on se rencontre enfin ! s'enthousiasme Natsuo pendant que Yumei s'installe en face de lui. Fuyumi n'arrête pas de parler de toi, ça devenait presque gênant de ne pas te connaître. »

Les joues de Fuyumi se colorent d'un rouge intense et elle s'empresse d'aller chercher quelque chose à la cuisine pour dissimuler sa gêne. Alors que Yumei reste silencieuse, ne sachant pas quoi répondre à une affirmation pareille (qui lui fait par ailleurs très plaisir), Shōto décide d'en rajouter une couche.

« C'est vrai que vous avez développé une belle relation, Fuyumi et toi. L'attachement qu'elle te porte me rend presque jaloux. »

Alors que Yumei s'apprête à répondre qu'elle n'est pas sûre de comprendre où veut en venir l'adolescent, son frère prend les devants, sifflant d'un air faussement embêté.

« Ou là là Yumei, je serais prudent si j'étais toi. On dirait que Shōto ne va pas te laisser facilement lui enlever sa grande sœur !

— Enlever ?! Yumei a l'intention de partir avec Fuyumi ? Mais pour aller où ?

— Tu crois vraiment qu'elle va te le dire ? C'est le principe d'un enlèvement !

— Mais… Ça ne peut pas être un enlèvement, si tout le monde est déjà au courant ? Et puis... »

Le lycéen se tourne soudain vers Yumei, une lueur légèrement paniquée dans le regard.

« Pourrais-tu éviter de partir maintenant avec notre sœur, s'il te plaît ? Ma famille est enfin en train de se recomposer... c'est plutôt un mauvais timing. »

Alors que Natsuo rit jaune en détournant les yeux (puisqu'il ne comprend pas que Shōto fait référence à Tōya, il pense que ce dernier parle de sa volonté de pardonner à son père), Yumei, malgré son cœur encore lourd de sa confrontation avec la police, ne parvient pas à retenir un petit gloussement amusé. Face à la confusion notoire du pauvre Shōto, qui semble avoir bien du mal avec le second degré, elle décide de lui tendre la main pour clore toute ambiguïté.

« Ne t'en fais pas, je ne compte pas t'enlever ta sœur. Je suis juste très proche d'elle ! On peut devenir proches aussi, si tu veux ! »

Ce dernier, soulagé, lui serre la main en retour pendant que Fuyumi dépose encore quelques plats sur la grande table.

« Ta cuisine a l'air incroyable, Fuyumi ! s'exclame Keigo, presque avec des étoiles dans les yeux.

— Hi hi, tu m'en diras des nouvelles ! J'espère que ça te convaincra de ne pas attendre deux mois pour accepter mon invitation, la prochaine fois ! »

Elle ponctue sa remarque d'un petit clin d'œil auquel Keigo répond par un léger rire gêné. La sœur Todoroki s'installe enfin et chacun se saisit de ses baguettes, prêt à se jeter sur ces bons petits plats qui les font tous saliver.

« Bon appétit ! »



L'ambiance est au beau fixe à table, mais pourtant, Yumei doit se forcer à sourire. Malgré la bonne humeur ambiante, elle est incapable de sortir de sa tête sa dernière confrontation avec Tōya, et le poids d'être la seule au courant de ce qui les attend lui donnerait presque le tournis. Depuis tout à l'heure, elle voudrait pouvoir raconter le contenu de sa dernière vision à Keigo et Fuyumi. Mais elle ne peut pas faire ça devant les deux frères, surtout pas devant Natsuo qui ne sait même pas que Tōya est encore en vie.

Si bien qu'elle se sent encore une fois déconnectée. À côté de la plaque. Elle aimerait pouvoir tout avouer à propos de Tōya, mais ce n'est pas à elle de le faire. Heureusement, alors que l'envie devient vraiment difficile à réfréner, c'est Natsuo lui-même qui finit par mettre les pieds dans le plat sans vraiment le vouloir.

« Au fait, Fuyu. Tu voulais me parler d'un truc, non ? Qui concerne notre famille ? »

Un silence gêné suit ses paroles. Chacun sait bien à quoi il fait involontairement référence, et cette tension qui s'est brusquement installée met le jeune homme aux cheveux blancs mal à l'aise.

« Ah, je n'aurais peut-être pas dû amener le sujet devant tout le monde... ?

— Non, ne t'en fais pas, Natsu. En fait, c'est quelque chose dont on est tous déjà au courant. »

Étonné et légèrement nerveux, Natsuo balaie le reste des invités du regard, sourcils froncés, mais il laisse sa sœur continuer sans l'interrompre.

« Voilà, on... On voulait te parler de Tōya. »

Ce simple nom provoque des frissons désagréables chez le manieur de glace. Par réflexe, il tourne la tête vers Keigo, à qui il associe directement le retour du nom de son frère décédé sur le devant de la scène.

« C'est en rapport avec l'enquête de Hawks ?

— Oui, alors... balbutie ce dernier, très mal à l'aise à l'idée que Natsuo va bientôt apprendre qu'il lui a ouvertement menti le jour où il l'a surpris dans son jardin. Disons que l'enquête était, hum... Un peu un prétexte.

— Un prétexte ?! Un prétexte de quoi ? »

Le grand jeune homme commence très visiblement à paniquer quand il tente de croiser le regard de Shōto et qu'il constate que ce dernier a honteusement détourné les yeux. Avant qu'il n'ait le temps de s'emporter, Fuyumi vient s'agenouiller à côté de lui et prend ses deux mains dans les siennes en le tirant légèrement pour qu'il se tourne vers elle.

« Natsu. On est tous vraiment désolés de ne pas avoir pu t'en parler plus tôt. On l'aurait fait si on ne nous l'avait pas interdit, on peut te l'assurer. Mais aujourd'hui, avec la guerre prête à éclater, on pense que plus personne ne nous en tiendra rigueur. Alors, voilà... Tōya... Tōya est en vie. »

Le jeune homme écarquille les yeux tandis que son souffle se coupe brusquement. Comme s'il ne voulait pas croire Fuyumi tout de suite, il se tourne vers Shōto qui lui renvoie un petit sourire et un bref signe de tête, ce qui achève de le convaincre que ses proches ne sont pas en train de se moquer de lui. Les larmes lui montent aux yeux et il se lève un peu brusquement, comme pour mettre une barrière entre les autres invités et lui.

« Qu'est-ce que... ?? Comment... ?? Je ne comprends pas...

— On l'a tous appris récemment, Natsu, enchaîne Shōto de sa voix basse et calme. Il nous a caché ça depuis toutes ces années, et quand on l'a découvert, les héros nous ont demandé de garder le secret.

— Attendez... J'ai... J'ai besoin d'explications. Et surtout... Pourquoi je suis le seul à ne pas être au courant... ? »

Fuyumi l'invite doucement à se rasseoir et les quatre convives lui dévoilent tout : comment leur aîné a survécu, la façon dont il est devenu un vilain, pourquoi il n'est pas rentré à la maison après s'être réveillé de son coma, il y a maintenant huit ans. Ils lui expliquent le long parcours qui a permis à Yumei de changer Dabi pour qu'il redevienne Tōya, comment Shōto puis Fuyumi ont découvert la vérité, et même sa relation avec Hawks. Bien sûr, comme tout le monde, Natsuo avait vu passer les clichés du Numéro 2 embrassant un vilain le jour de sa reddition. Mais à aucun moment il n'aurait pu soupçonner que ce mystérieux jeune homme était en fait son grand frère porté disparu depuis dix longues années.

« La seule personne qui ne sait encore rien, termine Fuyumi, c'est maman. Puisque la guerre est proche et qu'elle est toujours dans un état mental instable, on a jugé que ce serait plutôt une nouvelle à lui annoncer quand notre pays retrouvera enfin la paix... Elle risque de ne pas s'en remettre si elle apprend que Tōya a survécu, puis que les choses dégénèrent et qu'elle ne puisse jamais le revoir. »

Natsuo baisse les yeux, les poings serrés sur ses cuisses et tout le corps tendu. Il lui faut plusieurs longues secondes pour digérer tout ce qu'il vient d'apprendre, d'autant qu'il s'agit de révélations vraiment lourdes à encaisser. Au bout d'un bref silence, il se lève, marmonne quelques mots d'excuse et sort prendre l'air, le visage sombre. Quand il a quitté la pièce, Fuyumi ne peut retenir un profond soupir chargé de stress, alors que Shōto repose ses deux coudes sur la table, joignant le bout de ses doigts devant son visage fermé.

« Il faudrait peut-être lui parler du futur procès... ? se risque Yumei. À moins que votre père ne risque de débarquer en plein milieu de cette conversation ?

— Non, ça n'arrivera pas, répond Fuyumi en secouant la tête. Je lui ai demandé de manger avec ses collègues à l'extérieur pour nous laisser entre nous.

— Alors ça peut être une bonne idée, se risque Keigo. Je sais que c'est encore un sujet sensible entre vous... Mais de ce que je sais de Natsuo, se battre pour rendre justice à son grand frère pourra vraiment l'aider à faire la paix avec toute cette histoire.

— Oui. Je le pense aussi, renchérit Shōto. Natsu a toujours accusé notre père d'avoir tué Tōya. Ce procès sera l'occasion de clore enfin tout ce chapitre de notre vie. »

Il se tourne vers Fuyumi, à qui il adresse un petit sourire bienveillant.

« Je sais ce que tu en penses, Fuyu. Mais je ne crois pas que cela signifiera une rupture définitive pour notre famille. Au contraire, si Endeavor admet publiquement ses torts et que cela nous permet de sortir Tōya plus rapidement de prison, ça nous rapprochera certainement. Moi, j'ai envie d'y croire, en tout cas. »

Sa sœur lui renvoie un regard chargé de tendresse et de gratitude. Yumei sait bien, elle aussi, à quel point la jeune femme angoisse à l'idée de voir sa famille brisée à jamais. Elle pense également que le retour de Tōya pourra permettre aux enfants Todoroki d'aller de l'avant.

Seulement...

Une vive vague de stress s'engouffre tout entière dans le corps de Yumei et elle relève instinctivement la tête vers Keigo. En croisant son regard, ce dernier comprend immédiatement que quelque chose cloche, si bien qu'il semble soudainement tendu lui aussi.

« Tout va bien, Yumei ?

— Mmh... Ou... Oui. Ça va. »

La nervosité avec laquelle elle détourne le regard fait automatiquement froncer les sourcils du héros, qui n'est pas dupe face à sa réaction.

« Tu ne nous as pas raconté. Tes retrouvailles avec Tōya. »

Évidemment qu'il soupçonne quelque chose. C'est impossible de lui cacher quoi que ce soit.

La jeune femme frémit, prise au dépourvu par ce soudain retournement de situation. Elle aurait préféré pouvoir simplement répondre qu'il n'y a rien de grave et continuer à apprécier ce repas avec ses proches en toute insouciance. Malheureusement... la situation est loin, très loin d'être aussi légère qu'elle ne l'aurait voulu.



* * *



[Quelques heures plus tôt]


« Le... le sauveur de notre monde ? C'est quoi ce bordel ? »

Tōya tombe des nues. Depuis qu'il est arrivé au commissariat de Musutafu, ses émotions n'ont cessé de jouer aux montagnes russes, ce qui a fini par le persuader que plus rien ne pourrait le surprendre. Mais la proposition de Yumei de participer à la guerre afin d'arrêter son ancien allié... Putain, celle-là, il ne l'a vraiment pas vue venir.

Tout ça lui semble encore plus absurde qu'une hypothétique réconciliation avec son père. C'est pour dire.

Il est tellement confus qu'il se tourne vers Tsukauchi pour tenter de déchiffrer ses réactions. Mais ce dernier a le visage si sérieux et le regard si directement fixé sur lui que son attitude ne laisse aucune place au doute. Yumei n'est pas devenue folle, et sa proposition lui vient effectivement de la police et des héros.

« C'est... Vous êtes sérieusement atteints, ma parole, réagit Tōya avec un sourire, sa voix tremblant de façon incontrôlable. Vous allez pas me faire croire que vous êtes prêts à confier la partie la plus importante de votre plan à un ancien camarade de votre ennemi... ?

— C'est un risque que je suis prêt à prendre, répond simplement Tsukauchi. Depuis que tu es ici, tu nous as livré des informations inestimables et tu as réussi à me convaincre de ta sincérité. Tu as l'appui de nombreuses personnes influentes, sans parler de ton alter parfaitement adapté à la situation, et de ton talent au combat non négligeable. Izuku Midoriya est très jeune et ne maîtrise pas encore parfaitement son alter, nous aimerions donc éviter de reposer tous nos espoirs sur ses épaules. Nous pensions compter sur les flammes de ton père pour incapaciter l'ennemi, mais avec vous deux dans notre camp, nous pourrons répartir nos forces entre Shigaraki et All For One.

— Et qui vous dit que je suis prêt à me battre contre Shigaraki ? Je vous ai spécifiquement dit que je ne collaborerais avec vous que si vous me promettiez de tout faire pour le sauver.

— Et je t'ai répondu que ça dépendrait de lui, Tōya. Mais peut-être que, face à un ancien allié... face à un ami, il reste une chance de lui faire entendre raison. »

Anxieux, Tōya tourne à nouveau la tête vers Yumei, comme s'il avait besoin de son approbation pour croire à ce discours qui lui paraît toujours plus ridicule. La jeune femme remarque tout de suite son hésitation et reprend ses grandes mains dans les siennes, sous le regard brûlant des deux gardiens musclés qui entourent le détenu.

« Tu n'es pas obligé d'accepter, Tō. En fait, je suis là pour déterminer si ce plan vaut simplement la peine d'être envisagé. Si mes visions montrent un échec ou un coût trop grand pour obtenir cette victoire, on pourra encore explorer d'autres possibilités. Mais, si tu veux mon avis... Participer à l'effort de guerre et empêcher Shigaraki et All For One de détruire notre monde est, pour toi, une opportunité non négligeable de gagner l'opinion publique et d'accélérer ta réhabilitation.

— Je... Ok. Si vous me laissez la liberté de refuser votre proposition... Alors je suppose que je n'ai pas de raison de m'opposer à ce que tu fouilles encore dans mon futur. Je n'ai aucune intention de vous trahir, de toute façon. »

Yumei lui sourit, ravie qu'il accepte de se conformer à la première partie du plan. Elle échange un regard entendu avec Tsukauchi, qui semble un peu tendu face à la prédiction qui les attend, et elle penche la tête en avant afin que Tōya lui touche le front. Histoire de bien ancrer sa question, ce dernier se permet de la prononcer à voix haute.

« Que se passerait-il si je décidais d'affronter Shigaraki sur le champ de bataille ? »

L'électrochoc familier, puis les images suivent aussitôt. Depuis les yeux de Tōya, Yumei et lui-même se voient enfiler et tester un nouveau costume pour l'occasion, sous la supervision de plusieurs ingénieurs et héros dont Eraser Head, prêt à annuler son alter. Dans la seconde vision, il attend, seul, dans un étrange lieu flottant au-dessus de la mer, avec face à lui le bâtiment de UA et un étrange portail mauve qui commence à se former dans les airs. Une autre vision les plonge en plein affrontement dantesque face à Shigaraki, qui a multiplié ses membres pour l'attaquer avec son corps déformé par ses nouveaux pouvoirs.

Et la suivante leur montre la réponse à leur question. La vision est floue, mais Tōya et Yumei parviennent à distinguer ce qui s'y passe : dans un amas colossal de flammes bleues, Shigaraki est brûlé jusqu'à la mort, et son corps finit par disparaître en cendres. Tōya est effectivement capable de vaincre le plus grand fléau de l'humanité.

Mais il n'y a plus d'autre vision ensuite.

Les deux amis reviennent à eux, haletants, le cœur battant. Ils ont tout de suite compris, si bien qu'ils restent sans voix, à se fixer sans savoir comment réagir. Tsukauchi, qui n'a rien vu de tout ça, leur lance tour à tour un regard insistant afin d'obtenir des explications de leur part. Au bout de plusieurs longues secondes, Yumei trouve enfin le courage de parler, même si sa voix tremble affreusement.

« Il y a... Il y a eu quatre visions...

— Quatre ? Tu m'as dit que ton alter montrait toujours entre cinq et huit visions différentes.

— Oui, ça a toujours été le cas... »

Tōya a mal au ventre et il se recroqueville en avant pour réprimer une horrible nausée qui s'empare de son corps. Pour épargner à Yumei la difficulté d'expliquer ce qui va suivre, il décide de s'en charger lui-même, histoire de sortir ce poids qui lui pèse sur l'estomac au plus vite.

« Y a pas eu de cinquième vision, parce qu'il y a pas de suite. Si j'affronte Shigaraki, je vais réussir à le vaincre et à le tuer, mais je vais crever avec. »

Un silence pesant s'empare de la pièce. Tsukauchi passe sa main dans ses cheveux en soupirant pour évacuer son désarroi. Yumei, de son côté, a l'air dévastée et Tōya préfère éviter de croiser son regard pour le moment. Pour une fois... Pour une putain de fois depuis de nombreuses années, il constate que l'idée de mourir le dérange. Sérieusement... il n'a pas fait tout cet effort de rédemption, tout ce chemin jusqu'ici pour crever dans quelques jours. Et pourtant... même s'il voudrait rejeter ce plan de tout son être, il sait quel est l'enjeu ici. On le lui a très clairement fait comprendre.

Shigaraki possède désormais le pouvoir de détruire le pays entier sans le moindre effort. Leurs chances de victoire contre lui sont ridicules, minimes. Alors, recevoir la preuve directe que Tōya peut arriver à le battre est un espoir inestimable.

Mais s'il refuse... S'il choisit de laisser les héros s'en charger et que la guerre tourne à la catastrophe, il devra vivre le restant de sa vie avec la culpabilité de ne pas avoir agi quand il en avait encore l'occasion. Si même il reste en vie, après la véritable catastrophe que s'apprête à commettre son ancien allié...

Alors, que choisir ? Mourir en héros, en étant assuré de préserver la vie de ses proches et le monde dans lequel ils vivent ? Ou rester loin du champ de bataille et survivre, sans savoir s'il restera encore quelque chose de son entourage et de leur pays après la guerre ? Devrait-il faire entièrement confiance à Izuku Midoriya, un adolescent encore en pleine formation, alors qu'on vient de lui servir la preuve irréfutable qu'il est capable de battre Shigaraki tout seul ?

Que faire... ?

« Tōya... se risque Yumei. Tu es bien placé pour savoir que mes visions ne sont pas destinées à se réaliser si tu changes d'avis en cours de route. Tu peux toujours affronter Shigaraki mais refuser d'aller jusqu'au bout de ce combat. Après tout, tu ne seras pas seul sur le champ de bataille...

— C'est... c'est vrai.

— Je ne souhaite pas non plus que tu te sacrifies, Tōya, conclut Tsukauchi de sa voix calme et sérieuse. Prends le temps de réfléchir. Nous aurons besoin d'une réponse rapide pour préparer ton éventuel équipement, puisque nous prévoyons d'attaquer dès que nous aurons fini d'évacuer les civils des zones exposées. Mais nous pouvons te laisser quelques heures pour prendre ta décision. »



* * *



[Retour au présent]


Yumei soutient le regard de Keigo, qui attend désormais qu'elle lui fasse ses aveux. Mais que peut-elle lui dire ? Que Tōya va peut-être devoir se mettre en danger ? Que s'il accepte d'aider les héros, qu'il a toujours méprisés, haïs, il pourra peut-être sauver le monde... mais qu'il y laisserait la vie ? La jeune femme a beau avoir appris de ses erreurs. S'être promis de ne plus jamais mentir à qui que ce soit pour les préserver... Elle ne peut pas lâcher comme ça à Keigo que son partenaire n'a peut-être plus qu'une poignée de jours à vivre. C'est trop dur.

De toute façon, rien n'est encore fait. Et puis, mentir par omission n'est pas vraiment un mensonge... pas vrai ?

« Nos retrouvailles se sont bien passées. Il n'a pas l'air très en forme, mais je suppose que c'est normal, quand on est incarcéré... »

Elle détourne nerveusement le regard, puis se met à triturer un pan de son pull pour calmer les tremblements de ses mains.

« Yumei...

— Ok, vous serez de toute façon au courant très vite. La police lui a fait une proposition. Ils veulent Tōya sur le champ de bataille... dans notre camp.

— Quoi ?! »

Les trois convives autour d'elle s'échangent des yeux ronds, incrédules. Mais la date n'est pas au 1er avril, et Yumei n'a aucune raison de plaisanter à propos d'une chose pareille. Ils sont donc obligés de la croire sur parole.

« C'est... C'est complètement fou !

— Je sais...

— Et ils lui font confiance aussi facilement ? Pourquoi tu es au courant de tout ça, d'ailleurs ?

— Hum... parce que... »

Elle redresse la tête, décidée à ne pas lâcher toute la vérité maintenant.

« Parce que mon alter a prédit qu'il était capable de vaincre Shigaraki. »

Keigo se fige, incapable de répondre. Une lueur d'excitation brille dans le regard de Shōto, qui sait très bien à quel point le leader de l'Alliance est puissant, pour avoir entendu le témoignage de ses amis qui se sont battus contre lui. Fuyumi, quant à elle, a l'air effarée d'apprendre que son frère va devoir s'exposer au danger. C'est le moment que choisit Natsuo pour réapparaître parmi eux, un petit sourire hésitant sur le visage. Il n'a rien entendu de la bombe que vient de lâcher Yumei, totalement en dehors des enjeux de la discussion.

« J'ai bien réfléchi. J'aimerais revoir Tōya bientôt, si c'est possible. L'autre fois, j'ai dit à Hawks que je ne pourrais jamais lui pardonner. Et je ne pense pas avoir changé d'avis... Malgré tout ce que vous m'avez appris sur lui, je ne suis pas sûr d'en être capable. Mais je veux au moins pouvoir le lui dire en face. »

Yumei n'entend même pas la réaction des autres. Elle est tétanisée et n'ose plus rien dire. Natsuo l'a définitivement convaincue de ne pas prolonger cette discussion ce soir. Il faut la comprendre...


Comment lui avouer, alors qu'il vient tout juste d'apprendre qu'il a encore un grand frère et qu'il cherche déjà le courage de lui faire face, que ce dernier lui sera peut-être arraché à l'issue de la bataille qui les attend... ?



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Note : Alors... ça vous fait quoi de savoir que Tōya va peut-être mourir à la fin de l'histoire ? 🫣🫣🫣 (ne me tapez pas svp)





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