Note : Avec ce chapitre, vous connaîtrez enfin tout du passé de Yumei ! Voici le fin mot de l'histoire sur la peur de son propre alter, le coup de couteau et la fuite de chez elle qui a démarré le prologue et ce que lui a fait son horrible fiancé... Pour les plus sensibles, j'attire donc votre attention sur la mention de violence domestique, même s'il n'y a rien de graphique ici. Heureusement, notre petite Yumei est désormais bien entourée 💕
Bonne lecture !
++++++++++++
Durant la période de redressement de Keigo, Yumei et Fuyumi ont passé la majeure partie de leur temps ensemble. Elles ont appris à se découvrir et, désormais, elles sont devenues presque inséparables. Il faut dire que leurs caractères empathiques, leur grande sensibilité et leur ténacité sans faille leur ont permis de se comprendre et de se rapprocher facilement.
Alors que la santé mentale de Yumei partait à la dérive, Fuyumi est devenue l'ancre solide dont elle avait désespérément besoin. L'institutrice a plusieurs fois impressionné la rouquine par sa force de caractère et son pragmatisme empreints de douceur, là où elle-même a tendance à se sentir rapidement dépassée par les événements. C'est certain, Yumei n'aurait pas pu rêver d'une meilleure alliée en cette période particulièrement troublée de sa vie.
Quant à son amie, la vie dans la grande résidence des Todoroki était devenue bien trop pesante pour elle. Entre son père parti tous les jours en mission top secrète, sa mère toujours internée, Natsuo installé près de son université et Shōto en internat, Fuyumi se sentait de plus en plus angoissée à l'idée de rester trop souvent seule dans la maison familiale. Elle a donc demandé à Yumei si elle pouvait squatter son canapé quelque temps en rentrant du travail, et cette dernière a accepté avec plaisir, heureuse elle aussi de fuir sa solitude écrasante.
Outre leur caractère compatible, il y a un sujet autour duquel les deux jeunes femmes se sont vite retrouvées, bien sûr : Tōya. Chacune ayant côtoyé le jeune homme à une période très différente de sa vie, elles ont commencé par faire connaissance en se racontant des histoires. Une fois remise de la nouvelle de la survie de son frère, Fuyumi a grandement aidé Yumei à se changer les idées en partageant ses souvenirs d'enfance, complétant parfois ceux que le vilain lui-même lui avait confiés. À l'inverse, la jeune sœur a bu avec fascination toutes les informations, toutes les anecdotes que Yumei pouvait lui raconter sur le Tōya du présent. Aussi troublant que cela puisse être, cette version de "Tōya" ressemble si fort au grand frère que Fuyumi s'était imaginé pendant des années qu'elle a rapidement encaissé la réalité de ses crimes. Sans aller jusqu'au pardon, la prise de conscience de sa détresse, de sa vulnérabilité et de l'amour qu'il porte à Hawks et à Yumei lui a suffi à comprendre ses actes en tant que vilain et sa tentative de rédemption. Et surtout, à raviver davantage son envie de le retrouver.
Naturellement, leur projet de reconnecter avec Tōya a donc vite tissé des liens solides entre elles. Mais lorsque Fuyumi a proposé à Yumei de l'aider à ramener son frère à la maison, aucune des deux n'avait la moindre idée de comment s'y prendre. N'étant ni enquêtrices, ni héroïnes, elles n'avaient accès à aucune information sensible au sujet de l'Alliance, et leurs alters ne semblaient pas vraiment appropriés à la recherche d'une personne disparue. Pendant deux jours, elles ont cherché des solutions sans grand succès. Jusqu'à ce que la rouquine se décide enfin à expliquer un peu mieux son pouvoir à son amie...
Et oui... encore. Malgré sa réticence, malgré sa peur de causer davantage de problèmes, Yumei a dû une nouvelle fois se résoudre à remettre son alter sur le devant de la scène. Et c'est ainsi que, grâce à une utilisation à la fois ingénieuse, risquée et particulièrement épuisante, le Troisième Œil leur a permis de dénicher de précieuses informations sur Tōya.
Yumei sait mieux que quiconque comment orienter un futur à l'aide d'utilisations répétées de ses visions. En posant les bonnes questions, comme « Et si je me rendais à cet endroit ce soir ? », son alter peut parfois lui laisser entrevoir des événements ou des indices inattendus. Ensuite, il lui suffit de les garder en tête au moment de poser sa question suivante, et de diriger de plus en plus précisément ses demandes.
Les deux femmes ont donc commencé à enquêter de cette manière. En utilisant son alter sur Fuyumi, Yumei s'est concentrée sur la production de visions très proches dans le temps. Habituellement, elle n'a jamais vraiment cherché à contrôler cet aspect de son pouvoir : puisqu'il faut environ 24 heures de repos entre deux utilisations, elle a toujours privilégié le fait de brasser large et de laisser libre cours à ses visions. Mais cette fois, chaque petit détail des jours prochains compte. Procéder ainsi lui permet également d'éviter de fouiller trop loin dans la vie privée de Fuyumi qui, après tout, n'est son amie que depuis une semaine.
Yumei a donc privilégié la matérialisation de moments très précis et très immédiats de la vie de son amie. Et avec un petit coup de pouce de la chance, ou du destin, c'est de cette manière qu'elles ont trouvé leur premier indice.
Tout a commencé après plusieurs jours d'essais ratés. Cette fois-là, une vision leur a permis d'entrevoir un article de journal mentionnant une maison brûlée dans la banlieue de Tokyo. Dans cette vision, Fuyumi paraissait particulièrement intéressée par cet article, elles ont donc supposé un lien avec les flammes de Tōya. Le lendemain, Yumei a alors simulé ce qui se produirait si Fuyumi se rendait dans ce quartier à une date approximativement similaire à celle de l'incendie et, bingo : en quatre jours, elles ont été capables de déterminer exactement quand Tōya et Himiko Toga se retrouveraient à cette maison pour y mettre le feu.
Elles ont ensuite regardé ce qui se passerait si Fuyumi se rendait là-bas au même moment. Mais elles ont renoncé à ce plan très vite : selon les visions, cette dernière se ferait rapidement repérer par Toga qui voudrait la tuer. Elle serait sauvée in extremis par son grand frère, mais inévitablement capturée, emmenée à leur planque, puis terrifiée par le Roi du Mal en personne. Clairement, aucune des deux ne souhaite infliger ça à Fuyumi, mais cette séance de prédiction leur a donné un second indice encore bien plus précieux que la date de l'incendie : une idée plus ou moins précise de l'endroit où se cache actuellement Tōya.
Ainsi, à l'heure actuelle, Yumei Sasaki et Fuyumi Todoroki sont probablement les deux seules personnes à savoir dans quel genre de lieu se terre l'Alliance. Et cette information, qui devrait les réjouir, leur procure l'exact sentiment inverse. Elles ont désormais l'impression de cacher un indice crucial à la police et de faire une énorme bêtise, et le fait d'avoir invité Hawks pour en parler est peut-être une très mauvaise idée. C'est pourquoi tout va devoir aller très vite. Ce soir, elles proposeront au héros ailé de monter un plan pour agir directement. Et seulement après avoir réussi à parler à Tōya, peu importe sa réaction, elles avertiront la police.
Il s'agit certainement d'un caprice de leur part. Mais il est hors de question de passer à côté d'une dernière tentative de rallier Tōya à leur cause avant qu'il ne soit trop tard et que la guerre n'éclate.
« Tiens ! Je t'ai fait du thé. »
Visiblement de bonne humeur, Fuyumi tend une des deux tasses fumantes à son amie, qui s'est affalée dans le canapé du salon. Yumei lui renvoie un petit sourire forcé et la remercie. La jeune femme aux cheveux blancs parsemés de rouge s'installe à côté d'elle, tournée dans sa direction, secouée d'un enthousiasme qu'elle ne peut pas dissimuler.
« J'arrive pas à croire qu'on va pouvoir mettre Hawks dans la confidence ! On est si proches du but, Yumei !
— Ou... Oui. »
Face à la mine hésitante de son amie, Fuyumi affiche une petite moue déçue, étonnée que son entrain ne soit pas partagé.
« Tout va bien ? »
Alors qu'elle était repartie dans sa spirale de pensées négatives, Yumei réagit avec plusieurs secondes de retard, sursautant légèrement en constatant que son amie vient de lui poser une question.
« Oui, ça va, ne t'inquiète pas. C'est juste que... à propos de Hawks... »
Fuyumi fronce légèrement les sourcils, soudain soucieuse.
« Il n'avait pas l'air bien, affirme l'institutrice.
— Non. Pas du tout... Il avait même l'air... différent. J'ai peur qu'il ne vienne pas nous voir, ce soir.
— Allons, pourquoi ce ne serait pas le cas ? C'est évident qu'il voudra revoir Tōya après ce qu'ils ont vécu, non ? »
Yumei baisse la tête en réfléchissant à la question de son amie, la mine sombre.
« Tōya lui a fait beaucoup de mal, Fuyumi... À ce stade, je ne peux plus vraiment anticiper ce qu'il pense. »
Elle ne sait pas ce que Hawks a subi lors de cette semaine loin d'elle. Vu les derniers événements, il est même légitime de se demander s'ils sont toujours dans le même camp... Et si l'oiseau était redevenu entièrement fidèle à ses employeurs ? N'aurait-il pas plutôt intérêt à capturer Yumei et à l'empêcher de fourrer encore son nez dans les affaires des héros ? Ou au contraire... Il pourrait venir à leur rendez-vous pour récupérer leurs précieuses informations et s'en servir pour attaquer l'Alliance avant de leur laisser le temps de retrouver Tōya. Quel enfer... Elle se sent terriblement mal de douter de la sincérité de son ami proche, et elle déteste par-dessus tout la situation dans laquelle elle se trouve désormais. C'est pourtant maintenant, plus que jamais, qu'elle devrait avoir une confiance inébranlable en ses alliés.
La jeune Todoroki pose leurs deux tasses sur la table basse et se penche en avant pour prendre les mains de Yumei dans les siennes.
« De ce que tu m'as dit de votre trio, je suis certaine que votre amitié survivra à ce qui s'est passé. Vous avez vécu des choses très fortes, tous les trois, en bien comme en mal. Peut-être qu'il ne pourra pas pardonner à Tōya... Mais il ne pourra pas s'empêcher, au moins, d'avoir envie de le revoir. C'est ce que j'aurais fait à sa place, en tout cas. »
Yumei acquiesce d'un hochement de tête, l'air un peu plus détendu à présent.
« Merci d'avoir toujours les mots pour me rassurer, je ne sais pas ce que je ferais sans toi... Oh, Fuyumi... j'espère vraiment, vraiment qu'on n'est pas en train de faire une énorme bêtise.
— Et pourquoi ce serait le cas ? », répond son amie en penchant la tête sur le côté d'un air adorablement confus.
L'ex-journaliste récupère ses mains pour les enfouir dans les manches de son pull noir et détourne le regard, comme si elle se sentait soudainement coupable de quelque chose. Pour masquer son stress croissant, Fuyumi reprend sa tasse de thé et commence à souffler doucement sur le liquide pour le refroidir un peu.
« Parce que mon alter n'a jamais rien fait d'autre que causer des malheurs... »
Un petit silence s'installe entre elles. Yumei voit bien que Fuyumi cherche les mots pour la réconforter, mais ce n'est pas de ça dont elle a besoin en ce moment. Alors, elle hésite encore un peu, puis finit par pousser un soupir et se décide enfin à se lancer.
« Tu sais ? Je n'ai pas osé t'en parler avant, mais... vu dans quoi on s'est lancées ensemble, je crois qu'il faut que tu le saches. Ce qu'on est en train de faire là, avec mon alter, c'est... C'est exactement ce qui a rendu mon fiancé, Kugo... Ce qui l'a rendu fou.
— Oh... Mais je ne suis pas Kugo, tu sais bien ! Et Tōya non plus !
— Je sais..., soupire-t-elle. Mais tu comprendras mieux si je t'explique toute l'histoire. »
Face à son ton grave, Fuyumi réalise que les angoisses de Yumei sont beaucoup plus profondes qu'elle ne l'aurait cru. Alors, la jeune femme aux cheveux blancs s'installe plus confortablement et se penche en avant pour accorder toute son attention aux confidences de son amie.
« Avec Kugo, tout se passait bien au début. On vivait heureux, on a emménagé ensemble et on projetait de se marier. Alors, quand j'ai eu suffisamment confiance en lui, je lui ai révélé mon secret. Les futurs alternatifs... »
Ses mains commencent à trembler. Raviver ces vieux souvenirs est douloureux, d'autant qu'elle a encore du mal à se faire à l'idée qu'une aussi belle histoire ait pu tourner aussi mal. Mais elle rassemble son courage. Fuyumi mérite de savoir dans quoi elle s'est engagée, et désormais, Yumei se sent assez forte et bien entourée pour assumer enfin cette part sombre de son histoire.
« Il a d'abord fait semblant de rien, mais il a réfléchi... longtemps. Et puis un jour, il a essayé de me convaincre qu'on pourrait devenir riches grâce à mon alter... J'étais sceptique dès le départ, mais j'étais aussi très amoureuse, et j'ai décidé de l'aider dans ses expériences. Au début, du moins. Je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête... Je n'aurais jamais dû rentrer dans son jeu. »
Elle tripote nerveusement les manches de son pull, et Fuyumi décide de lui tendre à nouveau sa tasse de thé. Yumei l'accepte avec plaisir et la serre fort entre ses doigts, appréciant les effluves du liquide qui chatouillent ses narines et l'aident à se calmer un peu.
« Ça a commencé par des essais à la loterie. Il me demandait de prédire si on gagnerait quelque chose en jouant telle ou telle combinaison, mais il s'est très vite rendu compte que les probabilités de remporter le gros lot étaient vraiment faibles avec un essai par jour. Alors il s'est tourné vers les paris sportifs, et il a gagné, un peu... Mais plus il prenait goût à la victoire, plus il en redemandait. Jusqu'au jour où... ça a commencé à frôler l'illégalité... »
Elle boit une gorgée de thé dans l'espoir que le liquide chaud détende un peu sa gorge serrée. À côté d'elle, Fuyumi a posé sa joue contre son épaule pour lui donner un peu plus de courage.
« Petit à petit, il a commencé à me demander s'il se ferait prendre par la police ou les héros en volant tel magasin, en passant un accord avec tel ou tel courtier... Souvent, les visions l'avertissaient qu'il allait se faire choper, alors il se tenait à carreau. Il faut dire que son alter qui fait briller ses yeux dans le noir ne lui était d'aucune utilité pour s'en sortir... Mais parfois, je lui prédisais qu'il n'allait pas se faire prendre... et ça lui suffisait pour se décider à exécuter son plan.
— C'est terrible, Yumei... Voir quelqu'un de proche déraper comme ça, c'est... »
Elle ne termine pas sa phrase et se contente plutôt de resserrer son étreinte contre son amie en passant un bras derrière elle. Yumei acquiesce.
« Quand il est entré dans la criminalité, j'ai voulu tout arrêter. On s'est disputés de nombreuses fois, ça tu peux me croire... Mais je... Je n'ai pas réussi à partir. Son emprise était trop forte, il me faisait du chantage affectif, et... Quand il a compris que je m'éloignais... Il a commencé à me frapper... »
Fuyumi pousse un petit soupir effaré, serrant son amie plus fort contre elle. Cette dernière sent les larmes lui monter aux yeux. C'est la première fois de sa vie qu'elle confie tout ça à quelqu'un : même Tōya n'est pas au courant des détails. Quand elle était au Manoir, les souvenirs étaient encore trop vifs, trop récents pour parvenir à les ressasser. Mais à présent, ses confidences lui permettent de se libérer d'un véritable poids sur les épaules. C'est pourquoi elle décide d'aller jusqu'au bout de son récit.
« J'ai essayé de partir une fois, mais il m'a trouvée. J'ai trop hésité, et je lui ai laissé le temps de rentrer à la maison... Il a eu tellement peur que je le quitte qu'il m'a enfermée dans notre chambre. Je travaillais déjà très régulièrement depuis chez moi, alors mon boulot ne s'en est pas inquiété. Et le plus malsain, c'est qu'il continuait à agir comme mon fiancé en même temps... Il me faisait à manger, on dormait ensemble et il me disait qu'il m'aimait. Mais je ne pouvais sortir qu'en sa compagnie, et je devais lui fournir sa vision quotidienne. Si je refusais... Il n'hésitait pas à employer la force. »
Elle ne parvient plus à retenir les larmes, qui coulent lentement sur ses joues.
« Et puis, tout a basculé le jour où il a repéré un gros coup. Un cambriolage chez une vieille dame très riche... Qui nous garantirait une grosse, très grosse fortune sans qu'il ne se fasse prendre. Sauf qu'il allait y avoir un accident... La dame aurait dû mourir pendant leur fuite. Alors, je... Alors quand il est parti, bien décidé à commettre le crime quand même... J'ai retrouvé cette femme, je l'ai appelée anonymement en la prévenant du danger, et j'ai pu éviter sa mort. Mais quand Kugo s'est rendu compte que son plan était tombé à l'eau et qu'il allait devoir à nouveau passer des semaines à trouver la nouvelle combine parfaite... Il... Il a immédiatement su que c'était moi. Et c'est à ce moment-là que j'ai dû le poignarder pour sauver ma vie.
— Oh, Yumei... Je suis tellement désolée pour toi... »
Fuyumi laisse son amie pleurer en silence contre elle, la serrant fort dans ses bras pour la soutenir du mieux possible. Elles restent comme ça un moment, puis, quand elle voit que Yumei se calme un peu, elle se risque :
« Mais Kugo n'a pas changé d'avis, pourtant... Comment ça se fait que sa vision ait été changée contre son gré ?
— Parce que je... je peux aussi influencer le destin, Fuyumi. Quand j'utilise mon alter, on est deux à avoir les visions... On est donc deux à pouvoir les empêcher de se réaliser... »
Fuyumi ouvre des yeux ronds, se décollant de la rouquine dans le même mouvement.
« Ça veut dire que... ?
— Ça veut dire qu'à chaque fois que je montre une vision à quelqu'un, je... je peux décider moi-même qu'elle ne se réalisera pas. En agissant en sens contraire. Au final, personne n'est réellement maître de son destin, même en le voyant avec mon alter... Personne, sauf moi. C'est pour ça que ce pouvoir est aussi terrifiant et qu'il ne devrait pas exister...
— Je... Je vois... »
Les deux jeunes femmes marquent un silence, un peu gênées. Fuyumi cherche un instant ses mots, puis préfère une conclusion optimiste pour réconforter son amie.
« Mais tu verras. Cette fois, ton alter sauvera des vies ! Avec Hawks et moi à tes côtés, tout se passera bien. Regarde : c'est énorme, ce qu'on a fait en seulement quelques jours. On a des indices pour retrouver l'Alliance ! C'est grâce à toi, et toi uniquement, qu'on va pouvoir revoir Tōya. »
Yumei force un petit sourire sur ses lèvres.
« Je... J'espère que tu as raison. »
À sa grande surprise, Fuyumi se penche légèrement vers elle en rougissant. D'une main, elle réajuste ses cheveux derrière son oreille, tandis que de l'autre, elle lui tend son petit doigt levé.
« Merci d'être mon amie, et merci d'avoir partagé tout ça avec moi, Yumei. Je me sens encore un peu plus forte à tes côtés, maintenant. Alors, j'aimerais te faire une promesse. Je te promets d'arrêter tous nos plans et nos enquêtes dès l'instant où tu me le demanderas. C'est toi qui contrôles, cette fois... Est-ce que ça pourrait te rassurer ? »
La rouquine n'en croit pas ses yeux, surprise par l'offre pleine de sincérité de son amie. Malgré tout l'amour qu'elle porte à Tōya et Hawks, aucun des deux n'avait encore réussi à lui faire ressentir les émotions qui la traversent actuellement : le soulagement, l'impression d'être pleinement comprise, et surtout, respectée. Elle dévisage un instant la jeune Todoroki, encore un peu étonnée par la tournure des événements, puis se décide enfin à saisir son petit doigt avec le sien, scellant leur promesse.
« Merci à toi, Fuyumi. Et moi, je te promets d'aller jusqu'au bout pour ramener Tōya. »
* * *
Vêtu en civil, ses ailes cachées sous sa veste bomber kaki et une casquette sur la tête, Keigo abaisse le bout de papier qu'il tenait devant son visage et relève le nez vers le petit immeuble situé juste devant lui. Bien, ça semble être ici... Il suit les indications renseignées par Yumei et sonne à côté de son nom d'emprunt, puis attend quelques secondes avant d'entendre la porte d'entrée s'ouvrir avec un bref "clac" de déverrouillage.
Quand il arrive à l'étage où il est attendu, son amie l'accueille sur son palier avec un petit salut poli et un sourire timide. Un peu déçu par tant de retenue de sa part, il ne peut pas s'empêcher d'écarter les deux bras pour détendre l'atmosphère.
« Allez, viens là. Ce n'est pas une mission ratée et une semaine d'éloignement qui vont se mettre en travers de notre amitié, pas vrai ? »
Yumei a l'air véritablement surprise par cette réaction, ce qui confirme les soupçons de Keigo : elle se méfie désormais de lui. Réaliser cela lui pince férocement le cœur, et alors qu'il s'apprête à baisser les bras et à changer de sujet, il est surpris par la force avec laquelle elle se jette contre lui. Comme dans la rue un peu plus tôt dans la journée, leur soulagement de se retrouver est malgré tout sincère, et ce simple geste d'affection est la première chose qui fait véritablement sourire l'oiseau depuis longtemps.
« Tu m'as tellement manqué, Hawks... »
L'émotion monte à la gorge du jeune homme, qui a besoin de plusieurs longues secondes pour se calmer, au risque de se mettre à pleurer comme un enfant dans les bras de son amie. Décidément, il est devenu bien émotif depuis qu'elle est entrée dans sa vie... Et puis, les derniers événements ne jouent pas en sa faveur. Pourtant, "Hawks" avait été si bien entraîné à réfréner ce qu'il ressent. C'est comme si la présence de Yumei lui permettait d'évacuer sans complexe ce qu'il a gardé en lui depuis toutes ces années.
Et c'est exactement pour ça que l'entendre utiliser son pseudonyme de héros devient de plus en plus insupportable. Alors, il se détache de l'étreinte de Yumei, pose ses mains sur ses épaules, et plonge ses iris dorés dans les siens.
« Yumei... Je pense qu'on a tous les deux énormément de choses à nous dire. Il est temps que je te parle de "Keigo". Et après ça... je ferai tout ce que tu me demanderas pour t'aider à retrouver l'idiot qui manque à notre trio. Peu importe ce qu'il est en train de faire actuellement, il sera mieux à nos côtés que là où il se trouve... Et c'est notre devoir de le sortir de là. »
+++++++++++++++
Note : Alors, qu'est-ce que vous pensez des talents d'enquêtrices de nos héroïnes ? Et qu'est-ce que vous imaginez que "l'idiot qui manque à leur trio" est en train de faire de son côté ? Est-ce que Yumei, Fuyumi et Keigo ont raison de vouloir autant le ramener à leurs côtés ? J'espère que vous êtes prêt·es à découvrir son quotidien chez les vilains dimanche prochain !