Danse avec moi, loin de cet enfer || Le choix de Toya Todoroki

Chapitre 35 : Un soupçon de vérité

Par Sevvka

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Note : Alors, comment dire... Voilà un chapitre qui s'annonce intense. Dans tous les sens du terme, je crois ? 🥵

En guise de warning : la scène du milieu contient un rapport intime légèrement explicite. Tout n'est pas écrit dans le détail, parce que ce n'est pas le but de cette histoire, donc je n'ai pas jugé nécessaire de passer l'entièreté de ce chapitre important en contenu pour adulte. Mais prenez-en conscience si ce genre de scène n'est pas faite pour vous. 

Ça me tenait vraiment à cœur de décrire de façon à la fois intense, sensible et réaliste la passion débordante que Tōya et Keigo ont développé pour l'autre depuis le début de cette histoire... Cette fic est une façon pour moi de tester ma capacité à écrire une grande variété de scènes différentes, alors j'espère que j'aurai réussi à retranscrire au mieux leur première fois ensemble !

Profitez bien de tout cet amour, les ennuis arrivent très bientôt... 🙈


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[Trois jours avant le raid sur le Manoir]


Yumei tourne distraitement sa cuillère dans sa soupe miso, la joue appuyée sur son poing, l'esprit ailleurs. Au milieu du brouhaha ambiant du réfectoire, elle écoute d'une oreille distraite les conversations des membres de l'ex-Alliance sans vraiment prendre la peine d'y participer. Ses pensées ont à nouveau dérivé vers l'attaque qui aura lieu dans à peine trois jours, et qui marquera la fin de son séjour au sein du Front de Libération du Paranormal. Au plus l'échéance approche, au moins elle parvient à ignorer cette angoisse pesante qui ne cesse de croître en elle.

Même s'il lui reste encore un peu de temps, elle regrette déjà son quotidien ici. Les repas avec ses nouveaux amis, les réunions avec la Division Carmin, les moments de détente autour d'un verre d'alcool ou d'un plateau de sushis, les rendez-vous sur la falaise avec Tōya et Hawks... L'air de rien, cette aventure n'a duré qu'un petit mois, mais elle a l'impression que cela fait des années qu'elle a quitté la vie qu'elle menait à Gifu. Plus qu'une simple parenthèse dans son existence, son séjour au Manoir de la Montagne Gunga l'aura véritablement changée. En bien ou en mal, elle doit encore le découvrir...

Cela dit, ce n'est pas l'imminence de la bataille qui la tourmente le plus. Elle est encore plus dérangée par les deux chaises vides à côté d'elle, habituellement occupées par ses deux plus proches amis, qui n'ont pas pointé le bout de leur nez au repas de ce soir. Depuis que Tōya et Hawks se sont avoué leurs sentiments, Yumei se sent cruellement mise de côté. Isolée. Plantée à l'autre extrémité d'un fossé qui s'est creusé entre eux et qui s'élargit chaque jour un peu plus. Et ça, elle a beaucoup de mal à le supporter... Bien plus que l'idée de devoir bientôt dire adieu au Manoir.


Elle sait ce qui est en train de se passer, elle n'est pas dupe. Elle comprend pourquoi les garçons l'évitent, particulièrement Hawks, puisque Tōya n'est encore au courant de rien. Tous deux sont en plein dans l'énergie d'une nouvelle relation. Ils apprennent à se découvrir, et ils ont besoin de passer du temps en tête-à-tête, ce que Yumei peut très bien concevoir... après tout, elle a déjà été à leur place.

Le problème, c'est qu'aux yeux de Hawks, elle représente un désagrément. Elle est cette petite voix agaçante qui ne cesse de lui rappeler de redescendre sur terre pour aborder un sujet difficile avec Tōya. Celle qui risque de fragiliser leur couple naissant. Celle qui est là pour leur mettre des bâtons dans les roues. Mais elle n'a aucune envie de jouer ce rôle... Elle aurait tellement aimé que le héros soit assez mature pour cesser de la fuir tout le temps. Qu'il prenne lui-même ses responsabilités, plutôt que de la faire passer pour une tue-l'amour qui interfère dans leur bonheur.

Alors oui, elle est heureuse pour eux. Mais elle est aussi raisonnable. Si Tōya n'apprend pas très vite ce qui l'attend dans trois jours, ils risquent bien plus qu'un accès de colère de sa part. Et voir Hawks continuer à fuir la confrontation, malgré l’urgence de la situation, l’agace au plus haut point.

« Vous pensez qu'ils sont où ? »

Yumei tique à ces mots et son esprit revient aussitôt au milieu de la conversation. Elle tente de remonter le fil de la discussion, mais elle se doute déjà de qui en est le sujet.

« Aucune idée. C'est vrai qu'on ne les voit plus beaucoup pour le moment, constate Twice.

— Vous croyez qu'ils sont amoureux ?, lâche Himiko en rougissant, le menton posé dans le creux de ses mains.

— Amoureux, je ne sais pas. Mais ils baisent, ça c'est sûr. »

Tous les visages se retournent choqués vers Mr. Compress, qui hausse les épaules avec un sourire aux lèvres, très satisfait de l'efficacité de son effet de surprise.

« Ah, vous ne pouvez pas savoir à quel point j'adore quand mes répliques vous font autant réagir ! Mais plus sérieusement. Franchement, vous arrivez à quelle autre conclusion ? Ils disparaissent tout le temps au même moment, il y a de quoi se poser des questions.

— Mais ils ne pouvaient pas se piffer avant, réfléchit Twice. Ils ont quand même fait une sacrée scène le soir de la fête. Vous croyez qu'on peut changer autant en si peu de temps ?

— Aucune idée. Mais ce qui est sûr, c'est qu'on a du mal à reconnaître Dabi pour le moment... », complète Spinner d'un air sombre.

Ses paroles ont jeté un froid soudain autour de leur table. Alors que Yumei repose son bol de soupe qu'elle vient de vider, elle constate avec effroi que tous les regards se sont tournés vers elle, sauf celui d'Himiko qui est dirigé vers son propre bol de riz dans lequel elle donne des coups de baguettes frénétiques. L'ex-journaliste comprend directement leurs accusations. Visiblement, ils sont tous d'accord : c'est à cause d'elle que Dabi n'est plus le même. Ils doivent en avoir parlé dans son dos, et cette simple idée la fait frémir d'effroi.

Un souvenir datant de son arrivée au Manoir remonte alors à la mémoire de Yumei. Elle se rappelle d'une de ses toutes premières discussions avec Spinner. Il avait sous-entendu qu'il voulait découvrir ce qui la liait à Dabi et qu'il allait la surveiller.


Ont-ils fini par comprendre qu'elle et Hawks leur cachent des choses ?


« Et toi, Yumei ? T'en penses quoi ? », l'interroge Spinner comme s'il lisait dans ses pensées.

Elle déglutit, pas sûre de savoir exactement ce qu'on attend d'elle.

« Vous voulez dire, par rapport à la relation entre Dabi et Hawks ? Je... J'ai l'impression qu'ils sont surtout devenus très amis. C'est plutôt cool, non... ? »

Elle ne sait pas quoi rajouter. Elle ne peut décemment pas leur dire que Dabi est redevenu Tōya, qu'il a décidé de changer complètement ses objectifs de vie, qu'il a développé des sentiments pour Hawks et qu'il va bientôt rencontrer les héros de UA pour discuter de son avenir. Alors, elle se lève un peu brusquement de sa chaise, consciente que la fuite est sa meilleure solution. Elle attrape son plateau de cantine en le secouant maladroitement malgré elle, marmonne des excuses en prétextant une soudaine fatigue, et part ramener sa vaisselle, le regard accusateur de ses amis pesant dans son dos.

Quand elle quitte le réfectoire, son corps bouillonne. Yumei comprend qu'elle a fini par éveiller des soupçons, que c'est en train de lui retomber dessus et que tout va devoir s'accélérer avant que la situation ne soit hors de contrôle. Il est désormais primordial que Hawks avoue à Tōya pour leur plan, peu importe son attachement pour lui. S'il ne l'a toujours pas fait ce soir, alors elle est bien décidée à s'en charger elle-même.



* * *



Plaqué contre le mur de sa propre chambre, Keigo laisse le corps d'un certain jeune homme aux cheveux blancs se coller au sien dans une étreinte sensuelle. Autour d’eux, ses belles plumes rouges jonchent le sol dans un désordre chargé de passion, certaines flottant encore dans l'air avec la ferveur de leurs mouvements. Cela fait déjà quelques minutes qu'ils se dévorent les lèvres et jouent avec leurs langues, réfrénant difficilement leur désir. Affamés d'un contact physique dont les obligations du héros les privent trop souvent, ils en profitent maintenant pour rattraper le temps perdu.

Depuis qu'ils se fréquentent, ils ont toujours évité de se retrouver à deux dans l'une de leurs chambres. Vu l'intrusivité de certains membres du Front, ils ne sont pas à l'abri d'être surpris ensemble en journée, et les voir rentrer dans la même piaule le soir est la meilleure manière de lancer une flopée de rumeurs sur eux en un rien de temps. Mais aujourd'hui, ils en ont assez d'être prudents. À force de s'embrasser à chaque occasion, leurs corps en réclament plus, et ils ont de moins en moins envie de freiner leurs envies. Ils ont donc décidé de ne pas se rendre au repas de ce soir pour se retrouver discrètement à deux et, cette fois, ils n'hésitent plus à faire monter la température.

Alors que Keigo enserre la tête de Tōya pour mieux plaquer ses lèvres contre les siennes, le jeune Todoroki s'amuse à masser doucement ses fesses. Oh, qu'ils en ont rêvé, du corps de l'autre... Depuis qu'ils se sont rencontrés, même quand ils se détestaient encore, ils n'ont jamais pu ignorer qu'ils se plaisaient beaucoup. Et désormais, plus rien ne les retient de découvrir enfin leur partenaire sous toutes ses coutures.

« Putain... Tu peux pas savoir comme tu me fais de l'effet, Kei. »

Le héros colle son front à celui de son compagnon en souriant de toutes ses dents.

« Et toi alors, tu peux parler...

— Moi, je sais depuis longtemps que je te fais de l'effet. »

Keigo lève un sourcil.

« Tiens donc ?

— Tu te rappelles pas le regard que tu m'as lancé quand on s'est rejoints pour la deuxième fois sur la falaise ? »

Bien sûr qu'il s'en rappelle. Tōya avait troqué ses habits de vilain pour une tenue qui le mettait particulièrement en valeur, et c'est probablement depuis cette soirée que l'homme ailé a commencé à développer une réelle attirance pour lui.

« Évidemment, comment oublier ? T'étais tellement sexy...

— Ah, et c'est plus le cas maintenant ? »

Keigo roule des yeux d'un air exaspéré, mais son sourire ne quitte pas son visage. Il rapproche à nouveau sa bouche de celle du jeune homme aux cheveux blancs, le regard rempli de désir.

« J'aimerais bien vérifier. Mais t'as un peu trop de vêtements pour ça... »


Les deux hommes commencent à avoir de plus en plus chaud. Keigo est le premier à leur faire la proposition concrète d'aller plus loin que leurs baisers et caresses habituels, et ils sont encore un tout petit peu gênés par cette idée. En guise de réponse, Tōya recommence à l'embrasser vigoureusement, les mains toujours sur ses fesses, et rapproche encore un peu plus leurs bassins pour les coller l'un à l'autre. Quand leurs entrejambes se frottent dans leurs mouvements lents, ils ne peuvent retenir quelques premiers grognements de plaisir. Mais avant qu'ils ne commencent à trop s'emballer, le vilain s'écarte d'un pas. Un sourire timide assez inhabituel sur ses lèvres, il exécute finalement la demande du héros en enlevant son t-shirt, dévoilant son torse et ses épaules couverts de cicatrices de brûlure.

« C'est l'heure du test... Est-ce que tu me trouves toujours aussi sexy comme ça ? »

Le regard de Keigo se promène sur le corps de Tōya. Le pauvre n'a vraiment pas été épargné par son alter : une bonne moitié de sa peau est complètement brûlée, maintenue par des agrafes chirurgicales qui dessinent plusieurs chemins de métal à divers endroits de sa poitrine. Cependant, malgré ce spectacle désolant, le héros ne peut que confirmer à quel point cet homme lui plaît physiquement. Les cicatrices mises de côté, ce dernier est en excellente condition physique et, bien qu'il soit un peu mince, il est parfaitement à son goût.

Keigo fait un pas en avant pour réduire la distance entre eux, puis il passe timidement le bout de ses doigts sur le torse de Tōya pour effleurer sa peau brûlée.

« Tu sens quelque chose, si je fais ça ?

— Mmh. Pas vraiment... J'ai perdu beaucoup de sensations à ces endroits-là...

— Et là ? »

Il se met à caresser une zone de peau saine autour d'un téton, et tout le corps du vilain se met à frissonner.

« Oh que ouais, je le sens. J'dirais même que les sensations sont plus fortes pour compenser les zones brûlées.

— Intéressant. Je retiens. »

L'oiseau s'amuse à parcourir la peau de Tōya du bout des doigts, qui commence à rougir de plaisir. Il laisse sa main se balader un peu partout, sur son torse, sur son ventre. Il effleure les quelques poils blancs du vilain sous son nombril, jusqu'à arriver à sa ceinture. Puis soudain, une question lui échappe sans trop réfléchir.

« Et là, tu... Tu sens encore quelque chose ? »

Tōya comprend immédiatement ce qui le préoccupe, et il éclate de rire. Pour réponse, il attrape la main de Keigo qui était encore sur son ventre et la pose sur la bosse qui s'est formée dans son pantalon depuis quelques minutes déjà. Alors que le héros sent la chaleur lui monter aux joues, il s'approche de son oreille pour lui murmurer :

« À toi de le découvrir, joli petit oiseau. »

Ces mots font buguer Keigo, qui reste quelques secondes sans bouger, la main toujours positionnée de façon un peu gênante sur l'érection de Tōya. Ce dernier s'en amuse et, sans prévenir, il attrape son partenaire pour le soulever, effectue un demi-tour dans son mouvement, puis le laisse tomber sur le lit en venant se positionner au-dessus de lui. Ils se regardent un moment en silence, tous les deux très rouges, puis d'un accord silencieux, ils recommencent à s'embrasser avec une faim dévorante.


Les sensations dans le corps de Keigo explosent. Cette proximité inédite avec Tōya lui fait tourner la tête et hérisse tous les poils de sa peau, alors qu'une chaleur intense l'envahit de la tête aux pieds. Autour d'eux, les plumes laissées au sol frémissent au même rythme, gonflant et dansant dans l'air en même temps que son désir prend son envol. En cet instant, il n'y a plus rien d'autre au monde que le jeune Todoroki. Tous ses problèmes, la mission d'infiltration, le plan avec UA, la bataille imminente ont été recalés dans un coin très, très lointain de son esprit.

Il aide le vilain à se débarrasser de son propre t-shirt, bloqué à cause des petites ailes dans son dos qui ont doublé de volume, et enserre la taille de ce dernier avec une de ses jambes, plus que prêt à passer à la vitesse supérieure. Ils s'observent un instant, haletants, puis Tōya pose la question qui fâche :

« T'as le nécessaire ? Si jamais on veut aller plus loin ? »

Keigo se sent soudain bête. Bien sûr que non, il n'a pas amené de préservatifs et de lubrifiant avec lui pour infiltrer le Front et planifier une attaque contre la plus grande organisation criminelle du pays.

« Heu, en fait, non. C'était pas vraiment ce que j'avais en tête en venant au Front, tu vois... »

Les lèvres de Tōya s'étirent en un sourire espiègle.

« Allons. Tu vas me faire croire que t'as pas un esprit pervers ?

— Hein ? Mais bien sûr que non, enfin !

— Pourtant, j'ai vu comme tu ne peux pas t'empêcher de me mater... »

Keigo roule des yeux d'un air exaspéré, ce qui fait visiblement beaucoup rire son partenaire.

« Je te l'ai dit en plus, que j'avais pas le temps de penser à ça...

— Ouais, ouais. C'est pas ce que tu m'as montré ces derniers jours. »

Le héros rougit de plus belle, et le vilain se penche vers lui pour lui déposer un long baiser mouillé dans le cou. Quand il se redresse, il murmure :

« C'est pas grave. On a pas besoin de ça pour kiffer notre moment. »

Et comme s'il s'agissait d'un signal de départ, les deux amants cessent leur discussion pour se reconcentrer sur les plaisirs de leurs corps. Ils s'amusent à découvrir chaque recoin de peau de l'autre à coup de caresses, de baisers, de suçons. Petit à petit, leur désir s'emballe et ils se mettent à frotter leurs bassins pour gonfler toujours plus leurs entrejambes. Ils finissent par se déshabiller entièrement et ne perdent pas une miette de ce qu'ils peuvent observer chez l'autre. Ils prennent leur temps pour se découvrir, pour apprendre comment fonctionne le corps de leur partenaire, et ils n'ont pas besoin de s'unir physiquement pour faire monter leurs plaisirs à tous les deux.

Les frictions, les jeux de leurs mains et de leurs langues suffisent amplement à les faire gémir, encore, encore et toujours plus, jusqu'à décoller ensemble au septième ciel... et ils ne s'interrompent que lorsqu'ils ont chacun joui entre les doigts de l'autre, secoués par l'intensité du moment qu'ils viennent de vivre.

Trempé de sueur, Tōya se laisse tomber à côté de Keigo, une grande satisfaction imprimée sur son visage. Le héros halète encore, toujours plongé dans ce moment de complicité qu'il n'aurait jamais cru vivre il y a à peine une semaine. Il se tourne vers son partenaire, et ils rient doucement en croisant leurs regards, comme pour se remercier de cet instant inoubliable qu'ils viennent de passer ensemble.

« Je... »


Et là, c'est le drame.


Alors que Keigo s'apprêtait à parler, il est interrompu par des coups frappés à la porte. Les cœurs des deux amants font un bond dans leurs poitrines respectives et ils reconnaissent aussitôt la voix de Yumei, qui semble particulièrement agacée.

« Hawks ? Tu es là ? »

Les garçons s'échangent un regard paniqué. Alors que Tōya fait un "non" silencieux de la tête pour signifier à Keigo de faire semblant d'être absent, le héros ne peut se résoudre à mentir à son amie.

« Heu... Attends, Yumei. Une minute ! »

Le vilain lui adresse une expression exaspérée et lui communique en langage des signes improvisé qu'il est franchement idiot d'avoir répondu, mais Keigo l'ignore royalement et se précipite dans sa salle de bain. Il attrape un rouleau de papier toilette qu'il balance à Tōya pour que ce dernier efface au mieux les indices de la scène de crime qu'ils ont commise dans son lit, et il se frotte lui-même la peau pour dégager le fluide qui y collait encore. Il regrette de n'avoir pas le temps de prendre une douche, et il regrette encore plus de ne pas avoir choisi de faire ses ébats avec Tōya à l'intérieur : tout aurait été beaucoup plus facile à arranger ensuite. Il prend une petite seconde pour se recoiffer devant son miroir, puis revient dans sa chambre à toute vitesse, ouvre grand la fenêtre dans l'espoir que l'odeur de sexe disparaisse le temps qu'il laisse entrer Yumei, et il se rhabille alors que Tōya en fait de même.

Quand ils sont prêts, les deux hommes se sourient bêtement, un peu satisfaits d'avoir encore joué de si près avec le feu. Le vilain s'assied sur le lit et attrape son téléphone pour faire semblant de rien alors que l'oiseau part ouvrir enfin la porte à leur amie.

« Yumei ! Quel bon vent t'amène ? »



* * *



Tōya relève discrètement le nez de son portable alors qu'il observe Keigo ouvrir la porte à Yumei. Même s'il est évident qu'elle va comprendre ce qu'ils viennent de faire tous les deux, il ne peut pas s'empêcher de s'amuser de la situation et il a du mal à réprimer un petit sourire sur ses lèvres. Après tout, il n'y a rien de honteux à ce que deux jeunes hommes en relation aient des moments intimes, et elle doit de toute façon se douter que ça arriverait tôt ou tard.

Il la salue d'un petit signe de la main quand il remarque qu'elle penche la tête pour l'observer par-dessus l'épaule de Keigo. Il la voit également froncer le nez en captant l'odeur de sueur et de plaisir, et à la grande surprise du vilain, cela semble l'énerver. Elle pénètre dans la chambre en forçant l'homme ailé à s'écarter, et pendant qu'il referme la porte derrière elle, elle commence à s'emporter.

« Non mais vous n'êtes pas croyables, tous les deux ! Vous pensez vraiment que c'était la meilleure chose à faire maintenant ?! »

Tōya se sent gratuitement attaqué. Sans se lever du lit, il lui répond d'une voix agacée.

« Bah quoi ? T'es jalouse ? T'aurais voulu participer ? »

Il regrette immédiatement ses paroles quand il la voit ouvrir de grands yeux et réprimer difficilement une véritable colère. Il ne l'a jamais vue comme ça, et il prend soudain un peu peur de ce qui va leur tomber dessus.

« Non, je ne suis pas jalouse, Tōya ! Je suis juste furieuse contre Hawks ! »

Ne comprenant rien à ce qu'il se passe, Tōya regarde le principal concerné, qui a l'air de se décomposer sur place.

« Yu... Yumei, attends. C'est tout sauf le moment pour...

— Et c'est quand, alors, le moment ?? Tu réalises que tu me dis ça depuis presque une semaine ?! La situation commence à nous échapper, et tu ne fais rien pour l'en empêcher ! J'en ai marre de me sentir seule à essayer de tout maintenir sous contrôle ! Alors je veux qu'on aborde ce sujet avec Tōya, et je veux qu'on le fasse maintenant ! »

Le jeune Todoroki blêmit. Il comprend soudain que ses deux amis lui cachent des choses depuis plusieurs jours, et même s'il ne sait pas encore de quoi il s'agit, cette simple idée le met déjà sur la défensive.

« Quoi ? C'est quoi cette histoire ? De quel sujet vous parlez ? »

Keigo se tourne vers lui avec une lueur d'appréhension dans le regard. Le cœur de Tōya s'emballe et il commence doucement à stresser d'apprendre ce qui va suivre. Yumei lance un regard plein de reproches au héros, qui vient s'asseoir avec précaution sur le lit à côté de son compagnon. Il prend une de ses mains entre les siennes, comme si ce geste plein de douceur allait l'aider à mieux accepter la nouvelle.

« On parle de ton avenir, Tōya... Yumei et moi avons mis en place un plan. Si tu décides de le suivre avec nous, tu... Tu vas pouvoir vivre une vie normale à nos côtés.

— On a négocié avec UA pour planifier ta réinsertion dans la société, et ils ont accepté de te rencontrer », rajoute Yumei d'une voix ferme mais le regard coupable.

Tōya a du mal à encaisser ce qu'il vient d'entendre. Sa lèvre inférieure tremble alors que sa voix se retrouve bloquée dans sa gorge, incapable de formuler une réponse intelligible. Il ne comprend pas, ou plutôt, il a peur de comprendre. Il regarde tour à tour Keigo et Yumei, qui le dévisagent avec une crainte visible de sa réaction. Qu'est-ce qu'ils entendent par "vie normale" ? Ne sont-ils pas suffisamment heureux comme ça ? Pourquoi cela doit-il changer ? Pourquoi avoir parlé de lui à UA dans son dos ? Pourquoi...

« Pourquoi vous faites ce genre de choses sans moi... ? C'est quand même à moi de décider de ma propre vie... »

Étonnamment, il n'arrive pas à s'énerver, parce qu'il n'a pas oublié les visions du futur que Yumei lui a montrées il y a une semaine. Il se souvient s'être vu à UA, s'être vu devenir un héros avec Keigo. Il sait qu'il s'agit d'une démarche positive pour son avenir et que ses amis pensent avant tout à son bien-être. Ce n'est pas tant le plan qu'ils ont monté qui le blesse, mais le fait qu'ils l'en aient exclu par crainte de sa réaction...

« Je vous fais si peur que ça ? »

Cette fois, c'est le regard de Tōya qui se remplit d'appréhension. Il devine qu'il a vu juste quand Keigo détourne les yeux d'un air coupable. Cette absence de réponse le déçoit tellement qu'il ravale sa salive difficilement, lâchant la main de son partenaire, les poignets tremblants.

« Ne le prends pas mal..., se risque Yumei. C'était impossible de t'emmener à UA avec nous, et on a jugé que c'était mieux de t'en parler une fois que le plan serait un minimum concret.

— Vous avez été à UA ?! Quand ?

— Il y a bientôt une semaine...

— ... et... Et elle aura lieu quand, cette fameuse rencontre ?

— Dans trois jours. »


Ça fait une semaine qu'ils me cachent ça... ? 


La respiration du manieur de flammes s'accélère. Trois jours... Ça signifie qu'il n'a plus le temps de digérer, d'y réfléchir, de négocier de potentiels autres aménagements. Il a l'impression qu'une bombe vient d'être lâchée au-dessus de sa tête, prête à anéantir ses repères d'un coup, et qu'on l'a privé de tout moyen de se défendre contre cette explosion imminente.

Il baisse la tête, tiraillé entre une profonde déception et une angoisse dévorante de laisser son avenir entre les mains de personnes qui, visiblement, ne croient même pas en lui. Il n'aurait jamais pensé que Yumei et Keigo lui feraient un coup pareil... Même si c'est pour son bien, même si c'est maladroit, il aurait espéré être considéré comme leur égal.

Pas comme une bête sauvage imprévisible qu'il faut gérer avec la plus grande des précautions.


Il se lève sans un mot de plus, les nerfs à vif et la désagréable sensation de vouloir pleurer sans le pouvoir. Il lance un regard profondément déçu à Keigo, qui est épouvanté de sa réaction, et il quitte la pièce en claquant la porte derrière lui.




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